n V w s. ?1 ANNALES DES SCIENCES NATURELLES. TOME V. // ANNALES DES SCIENCES NATURELLES, PARTIE ZOOLOGIQUE. Recherches anatomiques et physiologiques sur forgane de l'ouïe dans les Oiseaux, Par M. Breschet, Docteur en médecine, Chirurgien ordinaire de l'Hôtel-Dieu, membre de l'Instilut, etc. CHAPITRE PREMIER. PARTIE HISTORIQUE. § i.Un des plus anciens et des plus illustres membres de celte académie, lequel fut anatomiste habile, médecin éclairé et grand architecte , Claude Perrault enfin , a dit : « L'histoire , de quelque a nature qu'elle soit, s'écrit en deux manières; en l'une, on « rapporte toutes les choses qui ont été recueillies en plusieurs « temps, et qui appartiennent au sujet qu'elle traite : en l'autre, « ou se renferme dans la narration des faits particuliers, dont «celui qui écrit a une connaissance certaine (i)-» Nous avons suivi avec rigueur dans cet opuscule, ce que nous enseignent oes paroles. Dans la première partie de notre travail sont consi- gnés les principaux faits publiés jusqu'à nos jours par les ana- tomistes ; et dans la seconde partie , nous avons placé ce que (i) C, Perrault.— Mémoires pour servir à l'IiisloirG paturcUe Jej aojmauxj etc. Parisj ^67^ BiiESCHET. — Organe de route dans les Oiseaux)^ nos propres recherches nous ont fait connaître. Ainsi; on pourra voir avec facilité et promptitude ce qu'était la science, avant nous, sur ce point d'anatomie, et ce que nous avons ajouté. IN'ous dirons à cet égard que notre travail était achevé depuis long-temps , lorsque nous avons pu consulter plusieurs ouvrages publiés avant le commencement de nos dissections, ou à une époque correspondante à celle de nos propres inves- tigations; tels sont les Mémoires deMM.Tréviranus, Huschke, etc.; tel est surtout le travail de JNI. Windischmann, bien postérieur au nôtre, et dont nous devons la connaissance à M. MuUer, alors professeur de l'université de Boim, lorsque nous lui communi- quâmes nos propres études. § 2. Casserius(i) , dont les recherches sur la structure de l'o- reille de l'homme et des animaux sont pleines de faits, et dont les figures sont dignes d'éloges, quoique publiéesà une époque déjà bien loin de nous (1600), a successivement représenté le con- duit auditif, et la membrane du tympan de l'Oie , du Coq- d'Inde (2) ; la cavité du tympan avec le nerf et l'osselet qui la traversent. Il donne à cette dernière partie, le nom de Mar- teau (3); il décrit aussi le labyrinthe et une ouverture commu- niquant avec la Cochlée. (4) Il représente séparément la coluraelle avec ses annexes, nomme marteau le centre de cette tige et étrier son extrémité interne; mais d'après la figure de cette dernière partie, il est à croire qu'il a représenté le cartilage de la Cochlée, et non la platine ou base de la Columelle. (5) § 3. Claude Perrault avait depuis long-temps observé que la struc- ture de l'organe de l'ouïe des Oiseaux a quelque chose de parti- culier :« Les osselets sont réduits à un seul, et dans le labyrin- « the au lieu d'un conduit en spirale, il y a seulement un conduit « court en manière d'un petit sac. » (t) Julii Casserii Placenlini de vocis auditùsque orgaiiis, etc. Ferrariœ i6oo. — Peutaes* theseion, hoc est, de qninque sensibus. liber x, Veuetiis 1C09. (2) Tab. org. audilûs. — Tab. vm. fig. i et vi. (3) Tab. IX. fig. XII et xin. (4) — fig. XIX, foramen ad cocbleam vergens. fig. xx. Extuberanlia cochlece. (5) Ossicula organi audilus diversorum auimalium. (Auseiis.) H, BRESCHET. —' Organe de Vouie dans les Oiseaux. 7 Ce qu'il dit de l'oreille des Poissons n'a pas été cité par les auteurs modernes , cependant ses observations sont bien anté- rieures à celles de Geoffroy, Camper, Monro, etc. « Dans les Poissons, nous n'avons point encore pu trouver ni de tambour, ni d'osselets, ni de conduits dans le labyrinthe, qui ait aucune analogie avec le Limaçon : Ilj en a même beaucoup où il ne se trouve point d'ouverture au dehors qui soit visible. Tout ce qu'on y voit distinctement sont les conduits, principalement ceux du labyrinthe, qui se trouvent en quelques Poissons, au nombre de trois, comme aux Oiseaux; il y en a où il ne s'ea trouve que deux. » (i) Il paraîtrait d'après ce passage, que C. Perrault avait con- naissance des communications de l'oreille des Poissons avec l'extérieur, communications indiquées dans la Raie, par Geof- froy, décrites avec plus d'exactitude par Monro, et surtout par Weber, et niées, fort mal-à-propos, comme le remarque fort bien G. Cuvier (2), par Camper et Scarpa. Quant aux Poissons qui n'ont que deux canaux semi-circu- laires, nous n'en connaissons pas, et il est à présumer que C. Perrault s'est trompé sur ce point. Les Cyclostôraes sont les seuls Poissons dont l'oreille soit dépourvue de canaux semi-cir- culaires. Dans un autre ouvrage consacré à la description analomique de beaucoup d'animaux, C. Perrault parle de la structure des organes des sens chez un grand nombre d'Oiseaux, mais il ne dit rien de la disposition de l'appareil auditif. (3) § 4. Comparetti (4) reconnaît l'existence d'un sac dans le la- byrmthe des Oiseaux, ainsi que la présence de corpuscules cré- tacés. II avait étudié assez bien la Cochlée sous le rapport de sa forme, de sa longueur et de sa courbure, particulièrement dans (0 OEuvres diverses de physique, etc. De C. et P. Perrault. Du liruil, troisième partie, «hap. I, t. 1, p. 347. (a) Histoire i.alurelic des Poissons. T. i. liv. 5. cl.ap. vr. p. 4O0. (.^) Mémoires pour servir à l'histoiie naturelle des aiiinuux , par C. Perrault, in-r„. Pari* 1676. (4) Andréa; Comparetti in Cymnasio Patavino. p.p.p.OLservationesauaton)k\c. Dcaurein- tcriià coiupaialà. Pata\iu; ia-4" 1789. 8 BRESCHET. — Organe de l'oiîie dans les Oiseaux. les Oiseaux de proie (Accipitres), les Canards (Anseres), les Pies, les Echassiers (Grallœ) et les Grues. Le vestibule, le limaçon et le corps cartilagineux de cette dernière partie, ainsi que le fluide qui remplit ces cavités, paraissent avoir été observés par Comparetti (i). IMais il s'exprime en termes si généraux, et le plus souvent avec si peu de clarté et de précision, qu'il faut déjà connaître les parties dans leurs plus petits détails pour .comprendre les descriptions de cet auteur. Cependant le corps naviculaire de l'intérieur de la Cochlée n'avait pas échappé à la sagacité de cet anatomiste; seulement il en explique mal la na- ture et le mode de formation, (a) Il cherche à apprécier la disposition et la nature de ces tu- bes semi-circulaires contenus dans les canaux, et le fluide qui baigne ces parties ^3); enfin, il admet l'existence de deux aque- ducs, un pour la Cochlée et l'autre pour le vestibule. (4) § 5. Scarpa,dan5 deux ouvrages différens (5), s'est occupé de la structure de l'oreille des Oiseaux, et ces deux ouvrages contien- nent des observations importantes et nbmbreuses. Il indique rapidement le tympan et la columelle, dans son livre sur l'au- dition et l'olfaction ; mais il insiste davantage sur la disposi- tion des canaux demi-circulaires , sur les tubes qu'ils renfer- -ment et dont quelques-uns sont pourvus d'ampoules ou de ren- flemens à leur terminaison. Il parle de l'existence de liquide (i) Neque avibus decst sacculus, qui cum corpusciilo cretaceo major amphibis reptilibus et in serpentibus, minor, et auterior iu nautibus, varius in piscibus, niaximus ia Cyprinis inter alia gênera Piscium similia, etc. p. Sy. (2) Pages 184, iS5, iS6. (3) Quod si acicnla fundum discindaf, separantur latera, et corpiisculum suscepit flguram annuli formem cura capitulo, aut nodulo eximâ extremitate, et cum aspera el crassiore superficie abextiemo superiori, etc. p. igo. (4) Ductus ipsi recentissimi intra canales, ferè instar Taeniarum, contract' sunt, ut multo œagb superent elongati longiludinem suorum canalium; et visi sunt simiies illis, quos supra tu— iiicas carotidis internœ repère pervideram, a ganglio olivari asceudentibus. Ita diguovi, sub» ^tantiam ductuum, et vesicularum compositam e^se ex membranulis, vasculis, nervulis cum sep- lis, caveolis, et monticulis conciusis, madefactis et irroralis bumore sui geoeris comparato, et diverso ab eo, quo implenlur Veslibula et Cauales continentes, etc. p. 192. (5) Neque déesse videnîur avibus caualiculi, aqu.Tductus dicti, per quos humer exire possit. Ccchlearis tubus habet illum, qui, a foraminulo incipieus ad extremitatem canalis majoris semj- ,jcircularis, ia tubumipsum descendit, Veslibulo est alter, qui posterior est, etc. Page aoi. BRESCHET. — Organe de inouïe dans les Oiseaux. 9 dans le labyrinthe, et il admet les deux ouvertures qui font communiquer le vestibule et le limaçon avec la cavité tympa- nique. La fenêtre ronde est ouverte près de l'origine du canal recourbé du limaçon, la fenêlre ovale ne correspond pas au centre du vestibule , mais près de la paroi postérieure de la ca- vité. Les véritables canaux semi-circulaires sont membraneux dans les Oiseaux , et c'est parce qu'on les avait cherchés sur des têtes sèches qu'on les avait pris tantôt pour les vestiges des zones nerveuses , tantôt pour le périoste de ces canaux; comme dans les Poissons et les Reptiles, ces tubes demi-circulaires membra- neux, ainsi que leurs ampoules terminales, sont distendus par une humeur limpide, (i) Scarpa assure n'avoir point trouvé de matière crétacée ni de sac au vestibule (2). Il a représenté et décrit la cochlée rudi- men taire, et indiqué le cartilage et le liquide qui y sont con- tenus. Enfin, il termine en déclarant que la plus grande ana- logie existe, surtout pour les canaux demi circulaires, entre le la- byrinthe des Oiseaux, celui des Poissons et des Reptiles. (3) Il peut avoir raison à l'égard de beaucoup de Reptiles ; mais quant aux Poissons, il est certainement dans l'erreur, particu- lièrement pour ce qui concerne le limaçon. (4) §6. Dans son premier ouvrage, Scarpa avait principalement pour but de démontrer que, chez les Oiseaux comme chez l'homme et les Mammifères , les ondes sonores arrivent au labyrinthe par la chaîne osseuse et la fenêtre ovale, à laquelle les osselets cor- respondent, ou par la fenêtre ronde qu'il désigne sous le nom (l) Analomicœ disquisitioncs de Olfactu et jeudi tu. Mediolanî. 1794. — r)e structura fenes- trœ rotundce auris, et de tympano secundario anatomicœ observaliones . Mutinae 1772. (1) Sacculum Teslibuli cum materie crelaceâ in avibus reperimus nullum. Eteuim tumeJula: ampullx dtictiis niemhranosi majoris, et miniini ferc totam veslibiili cavitalem repleut, exiguo- que illo in spatio, quod rvmanet iater ampullas modo memoratas, et leiieslram ovaleni, uihil nia- teriie cretace.-e contineri cerlo nobis constat. Sacculi autem cum materie cretaceâ dcfectui sup- petias fene in Avibus videtur eximius aller jinrliiim apparatiis, ob (picm vrl maxime intima Voliicrum auris ad perfecliorum animaliiim orjjaiium audilùs imiiiediatum accedit. — Dtsq. de 'Auditu *t Olfaclu. P. 3fi. (3) Ilœc cavitas liumort rejdeta est. J ix, p. 50, (4) S «. p«e« 38. lo BREScriET, ' — Organe de l'ouïe dans les Oiseaux. de tympan secondaire (i). Il décrit successivement la disposiiioa des plumes situées au pourtour de la membrane du tympan, et qui représeute l'auricule et le canal auditif dans quelques circon- stances.La membrane du tympan convexe en dehors, le muscle attaché à la face extérieure de ce diapliragme,etlebourrelet i^lan- duleux çprrespondant à sa circonférence (2). 11 indique avec le mémesoin la trompe d'Eustachi, le canal osseux contenant des vais- seaux sanguins(3), les communications ues deux cavités du tympan entre elles, par l'intermédiaire des cellulosités du diploé(4).ll faut remarquer que \'à fenêtre dite o\,'ale est triangulaire et que h, fenêtre ronde est oblongue, beaucoup plus grande que la première, et qu'elle est fermée par une membrane à surface plane (§ xix). Le nombre des canaux semi-circulaires est le même que dans les autres animaux; mais ces canaux différent par leur étendue, leur situation et leur entrecroisement. Cette dernière circon- stance assignée, par Yésale , aux conduits semi-circulaires de l'homme, est une erreur qui démontre que ce grand anatomiste, qui a reproché si souvent à Galien d'avoir attribué à l'espèce humaine des dispositions propres aux animaux, n'est pas lui- même à l'abri de cette accusation. § 7. Scarpa décrit aussi la coclilée , laquelle ne présente pas dans les Oiseaux des spires comme sur l'homme et sur les mammi- fères, mais elle forme un canal légèrement courbé, et comparable à l'appendice vermiforme des intestins (5). Il indique dans la cochlée deux rampes distinctes l'une de l'autre, par une mem- brare qui remplit à leur égard, les fonctions de la lame spi- rale (6), et il déclare ignorer si ces deux rampes communiquent entre elles au sommet du limaçon. Il n'admet pas la présence de (i) De structura fenestras rotundce auris, et deljmpano secundario anatomicaobstrvaùones, Mutiux 1772. (2) § VIII. p. 108 tsb. II. Cg. II. {'^) § XVII. p. 120. (4) § XVI. p. 118 et II 9. (5) Sed canalem etficit non niliil recurvum, et vermiformem întesliDorum appendieuliini simulantem. § \.\ir. Cap. v. p. 123. (6) Uisliiiguit autem hasce scalas membrana nicucre spiralis lamiuae fungens; Cap. V» page X25. BRESCHET. — Organe de l'ouïe dans les Oiseaux. 1 1 îa îymDhe de Cotngno dans le labyrinthe (i"); et c'est moins dans cet ouvrage que dans celui qui lui est postérieur, dont nous avons déjà donné l'analyse , qu'il faut chercher des idées pi'écises et exactes, sur le labyrinthe membraneux et sur la distribution des nerfs. Il ne fait non plus dans ce livre sur le tympan secondaire, aucune mention de l'existence de matière pulvérulente dans le labyrinthe. § 8. Les recherches d'Aloys Galvani (2) sont antérieures à celles de Scarpa, sur la fenêtre ronde et le tympan secondaire, puis- qu'audire deGalvani elles appartiennent aux années 1768, 1769, 1770, où il en avait fait connaître les résultats à l'Académie de Bologne : cependant elles n'ont été publiées qu'en 1783 dans le sixième volume des Commentaires de cette compagnie sa- vante. En passant sous silence ce qu'il dit du méat auditif, des par- ties contenues dans le tympan, et d'un canal qui contient, selon lui, une branche de l'artère carotide, une» veine et un nerf, qu'on peut comparera la porlion dure de la septième paire, ca- nal osseux qu'il connaissait avant que Scarpa en parlât, on ar- rive à la membrane du tympan, à la columelle, et à ses annexes^ Il dit qu'il y a dans le tympan une branche nerveuse semblable à la corde du tambour. Il a connu assez bien le limaçon, et dit qu'il contient une cloison formée par une partie cartilagineuse (3) , que le nerf de la cochlée se termine au sommet de cette partie du labyrinthe, par un pinceau dont les filamens, de grosseur et de longueur variées, nagent dans l'humeur de Cotugno. I.e3 canaux demi-circulaires sont plus grands que ceux de l'Homme, du Bœuf ou du Cheval, et leurs formes varient sui- vant les espèces; ainsi, dans quelques Oiseaux , ils sont plutôt elliptiques que semi-circulaires. 11 dit qu'aucune production, nerveuse, soit du pinceau nerveux da la cochlée ou de ceux (1) Cxterum eliam inlahyiiuthis aviiimdeest aqua cel : Cotunii et facile ostenJi potest. Cap. r pa^<- 179. (2) Ai.oïsii Oai.taki, De VulatlUitm aiirr. Id. de nonoiùcnsi, scknlitjrum cl arltiim instt* tiitoaliiue acadewia commciitai'ti. t. vi. p. 420, lionouis i;33. (3) Il itn\uitàlalablc 4, lig, 3. li. la BREscHET. — Organe de l'ouïe dans les Oiseaux^ des canaux, ne prend la forme membraneuse. Enfin , il termine en déclarant qu'entre l'oreille des Oiseaux et celle des quadru- pèdes, il y a plusieurs dispositions semblables. § 9. Vicq-d'Azyr a donné un Mémoire sur la structure de l'o- reille des Oiseaux (i). II avait disséqué le Coq-d'Inde, la Poule, le Pigeon, la Chouette, la Pie, le Geai, la Tourterelle, le Pic- vert , le Canard , le Moineau , le Serin et l'Autruche. Il s'est plus appliqué à connaître le tympan que le labyrinthe lui-même , et son travail laissait encore beaucoup à désirer. Après avoir indi- qué sommairement les canaux demi-circulaires, il dit qu'on aperçoit à la partie interne du labyrinthe, un prolongement figuré comme une portion de conduit demi-circulaire, avec cette différence qu'il est droit, et qu'il forme en bas et en arrière une espèce de cul-de-sac. Perrault regardait cette partie comme représentant un limaçon; mais outre qu'il n'y a ni rampe, ni cloison quelconque, cette cochlée prétendue ne communique pas immédiatement avec le tympan par une ouverture qui puisse être comparée à la fenêtre ronde ; de sorte qu'il n'a aucun des caractères de la Cochlée. « Le limaçon qui est particulier à l'homme et aux quadru- n pèdes, n'est pas indisp ensablement nécessaire aux fonctions de (f [oreille interne, puisque les oiseaux qui en sont dépourvus en- n tendent très bien. » (2) Sans doute le limaçon n'est pas indispensable à l'audition , puisque les poissons et quelques reptiles, n'en ont point, mais il est une partie de perfectionnement ; il est lié avec les organes de la voix et de la respiration pulmonaire, et peut-être que les modulations de la voix dépendent de l'existence de cet organe; c'est pourquoi les oiseaux le possèdent à un degré de dévelop- pement déjà très haut. Vicq-d'Azyr s'est donc trompé eu refusant Tine cochlée à cette classe nombreuse d'animaux. (i) Mémoire sur la structure de l'organe de l'ouïe des Oiseaux, comparé avec celui de l'hom- me, des quadrupèdes, des reptiles et des poissuns, — OEuvres de Vicc^-d'Az^r. Edit. de Mo- reau de la Sarihe. t. iv, p. 33o. Paris i8o5. (a) Page 353. BRESCHET. — Organe de l'ouïe dans les Oiseaux. 1 3 § 10. MM. Cuvier et Daméril(i) ont indiqué avec assez de préci- sion quelques parties de la cochlée; ils ont connu sa division en deux loges par deux lames cartilagineuses étroites, réunies par une membrane, mais ils n'ont rien dit de la Périlymphe du Limaçon, de Xampoule terminant le cul-de-sac du cône formant la cochlée, de ÏEndolymphe contenue dans cette ampoule, et au centre de laquelle est une matière pulvérulente. Ces anato- mistes célèbres pensent que le labyrinthe membraneux est enve- loppé si étroitement par les os, que cette disposition a laissé long- temps ignorer son existence, et la fait regarder comme le pé- rioste interne des cavités osseuses. Ils partagent les opinions de Scarpa et de Comparetti sur ce labyrinthe membraneux, sur les os qui en sont l'étui, et ne parlent pas des deux liquides du labyrinthe, et des Otoconies dans les poches du vestibule. Ils ont très bien signalé la ressemblance du Limaçon des oiseaux, avec celui du crocodile. § 1 1. L'examen que M. Everard Home a fait de la membrane du tympan de l'Eléphant, et de la disposition radiée du muscle qui la constitue , le porte à considérer cet organe comme rendant l'oreille susceptible de connaître la modulation des sons. (2) Les oiseaux ont de commun avec les poissons de posséder un vestibule et des canaux semi-circulaires, mais en outre, on leur connaît une membrane, du tympan, un osselet s'étendant de cette membrane à la fenêtre du vestibule, et une trompe guttu- rale. Cette membrane est convexe en dehors par l'effet de la pression de l'extrémité de la columelle ( Slender Bone). Les poissons, par la structure de leur organe auditif^ peuvent seu- lement entendre les sons produits par l'eau agitée, et qui est immédiatement en contact avec leur tête. § 12. Les fonctions de la membrane du tympan dans les oiseaux sont précisément les mêmes que dans l'homme et les quadru- (1) Ixçons d'anatomlc comparée Je G. Cuvier, recueillies et publiées sous ses yeux par C. Dc^tKiL, t. a. Paris, an vin. (2) Pliilosopli. Transact. an 1800. vol. \c. p. i. The crooniau lecture ou the structura au4 mes of ihc nitmOraiia tjwpaui of ihu ear. i4 ERESCHET. — Organe de l'ouïe dans les Oiseaux. pèdes; mais comme cette membrane n'a pas, dans les oiseaux de muscle tenseur pour faire varier les degrés de tension, laquelle dépend seulement chez eux de la pression de la columelle, l'échelle harmonique dans les oiseauxne peut descendre aussi basque dans l'oreille humaine. Quoique la cochlée ait été considérée par les physiologistes comme la partie la plus composée et la plus cu- rieuse de l'oreille , cependant on ne peut pas la considérer comme servant à moduler les sons; elle sert seulement à trans- mettre ceux qui viennent du dehors. Aucun son ne peut arri- ver à la cochlée, s'il n'est transmis par la membrane du tympan; ainsi, toutes les variétés de sons étant répétées par cette mem- brane, aucune modulation n'est produite par la cochlée, et cette dernière partie appartenant à l'oreille des oiseaux, paraît n'être adaptée qu'aux sons articulés. § 1 3. On voit que c'est moins sur la structure de l'oreille en géné- ral, que sur celle de la membrane du tympan, et sur ses fonctions, que roule le mémoire de l'anatomiste anglais. Il serait facile de démontrer l'erreur de plusieurs propositions, même pour ce qui concerne la membrane du tympan des oiseaux; mais nous nous arrêterons à une seule objection : Si la membrane du tympan est l'organe de modulation des sons, l'organe essentiellement musi- cal, comment se fait-il que les personnes chez lesquelles cette partie a été détruite, conservent leur audition musicale , et leur aptitude à distinguer les variétés des intonations ? § i4- Après avoir fait l'histoire de la cavité du tympan, de la columelle, de son muscle, de la trompe d'Eustachi des Oiseaux, M. Tiederaann (i) parle du labyrinthe de l'oreille, et dit qu'il consiste, comme celui de l'homme et des Mammifères, en un vestibule, des canaux demi-circulaires et un cylindre court, creux, l'analogue du limaçon de l'homme. Le vestibule est pres- que arrondi. Dans le Coq et quelques autres Oiseaux, il est petit, presque quadrangulaire;la fenêtre ovale ne s'ouvre pas au milieu du vestibule; mais à sa paroi postérieure. Les canaux demi-cir- (i) Zoologie. Zu seinen VorlesuDgen enlworfen. Zeiter Band-Analomie und naturjese- hichle derVosel, Ileidelberg. 1810, BnESCHET. — Organe de rouie dans les Oiseaux. ï 5 cnlaires ont ceci de remarquable , que la branche qui sort du vestibule est elliptique et l'enflée, et l'autre branche qui se ter- mine vers cette cavité est beaucoup moins renflée. Ces canaux sont proportionnellement plus grands sur les Oiseaux que sur les Mammifères, car dans les Oiseaux de proie, par exen.ple, ils sont plus grands que chez l'Honnne, le Cheval et le Bœuf. Ils sont aussi plus grands dans les Oiseaux de proie et les meilleurs chanteurs, que dans les Gallinacés et les Plongeurs, etc. § 1 5. Les canaux demi-circulaires osseux renferment des tubes membraneux, transpat-ens, dont la forme est celle des con- duits osseux , et ils portent des renflemens elliptiques ou des ampoules à l'une de leurs extrémités, tes tubes membraneux sont remplis d'une eau limpide, et l'on voit s'y terminer les ra- meaux du nerf auditif, sous l'apparence d'une pulpe gélatineuse: ce liquide est mis en mouvement par la base de l'osselet, et celui-ci par les vibrations de la membrane du tympan. Le limaçon des Oiseaux n'est à proprement parler qu'un ru- diment de la cochlée de l'Homme et des Mammifères. H consiste en un cylindre osseux, court, creux, un peu recourbé en ar- rière, se terminant par un sommet mousse. Son intérieur est partagé en deux canaux ou rampes, l'une antérieure, l'autre postérieure, par des cloisons cartilagineuses, qui communi- quent ensemble vers leur sommet. Les cloisons cartilagineuses proviennent de la lame osseuse séparant les deux fenêtres, elles sont formées par deux lamelles cartilagineuses, étroites, réunies par une membrane fine. Ces canaux de la cochlée sont remplis par un liquide aqueux et contiennent les rameaux du nerf au- ditif. Le nerf acoustique se divise en quatre branches , dont trois vont au vestibule, et se terminent sur les ampoules : la qua- trième branche se rend au limaçon , et se porte dans la dupli- cature de la cloison cartilagineuse; d'où il sort vers le sommet de la cochlée sous forme d'un pinceau nerveux, les filetslesplus fins nagent dans le liquide contenu dans les rampes. Cette descrip- tion de l'oreille des Oiseaux , par le célèbre professeur de Hei- présentent le canal antérieur et le canal externe. Le canal antérieur est toujours le plus grand; c'est lui qui s'é- tend directement en haut. liCs deux autres canaux, plus petits, se distinguent parce qu ils se croisent dans le milieu de leur étendue. Les canaux antérieur et postérieur se réunissent, comme dans les mammifères , pour former le canal commun ; mais leur mode de réunion est différent dans les oiseaux, en ce que, avant de se joindre, ils passent l'iui au-devant de l'autre, ensorte que le canal antérieur aboutit à l'angle postérieur du sinus commun; et le canal postérieur à l'angle antérieur du même sinus (Voy. pi. i, fig. 4» 6» etc.). Cette |disposition est constante chez tous les Oiseaux, au moins chez tous ceux que nous avons disséqués. Cependant nous avons remarqué, sur plusieurs Oiseaux de proie , ainsi que sur le Corbeau , une disposition particulière ; le canal externe, après son entre- croisement avec le canal postérieur, s'entrecroise avec le canal commun, puis s'en sépare pour aller s'ouvrir dans la cavité du vestibule. (Voy. pi. i, fig. 4, etc., etc.) Le canal commun est large et très court ; il s'ouvre dans le vesti- bule iujmédiatcnient au-dessus de l'aqueduc propre à cette cavité. Les canaux postérieur et externe se croisent à-pcu-près à angle droit, comme nous l'avous déjà dit : ceci est encore une dis- l\o liRKSCHLT. — < Organe de l'ouïe dans les Oiseaux. position propre à l'oreille des Oiseyux, et que nous avons re- trouvée sur toutes les espèces examinées par nous. Ce croise- ment est tel que les cavités des deux canaux communiquent pleinement l'une avec Tautre. Les deux communications que je viens de signaler entre les canaux semi - circulaires ne sont assurément pas sans in- fluence sur l'audition. Elles constituent encore un de ces carac- tères qui distinguent l'oreille des oiseaux, et qu'on ne retrouve plus ailleurs. Si nous passons maintenant à la description des parties molles contenues dans la cavité iabyrinthique, nous aurons à exami- ner : 1° le labyrinthe membraneux ; 1° les parties molles conte- nues dans le limaçon; 0° l'humeur de Cotugno , ou \^ périlym- vhe; [\° l humeur contenue dans les tubes et les petits réservoirs du labyrinthe membraneux , ou V Endolymphe {viitrne auditive)\ 5° les Otocomes,o\i petits amas puhérulens. x° Le labyrinthe membraneux a la forme du vestibule osseux et des canaux demi -circulaires, dont il remplit les cavités de manière à laisser un léger intervalle entre lui et les parois os- seuses. Cet intervalle est occupé par la périlyniphe et par des brides d'un tissu cellulaire extrêmement délicat, brides qui vont du vestibule membraneux aux parois osseuses. Ce qui frappe d'abord, lorsqu'on examine le vestibule mem- braneux des Oiseaux, c'est la grandeur des ampoules et la peti- tesse du sac. Il suffit, du reste, de jeter un regard sur nos figures (pi. II, fig. 4 5 5, 10), pour voir que le vestibule membraneux est ici construit sur le même plan que chez les mammifères et les poissons. Le sinus médian, Xutricule et le sac se confondent presque en une seule cavité, et communiquent largement l'un avec l'autre. Les deux derniers cependant se distinguent facilement par la présence de concrétions calcaires [otoconies). 2° Le sirms médian se continue en haut parle tube commun, et reçoit en cet endroit l'extrémité non renflée du tube externe; en bas il communique avec le sac qui n'en est qu'une sorte de petite airière-cavité; en avant il se continue avec l'utricule, et en arrière avec l'ampoule postérieure. BREscHtT. — Organe de l'ouïe dans les Oiseaux. 4' Z'^Vuiricule est à elle seule plus considérable que tout le sinus médian ; elle se trouve à la partie antérieure de ce dernier et donne attache aux deux anipoides antérieure et externe. Elle contient dans son intérieur un noyau de poudre calcaire, très visible à l'œil nu, et reçoit un pinceau assez fort du nerf auditif. Elle occupe une grande partie du vestibule. 4° Le sac n'est qu'un petit renflement du sinus médian, il se trouve immédiatement au-dessous de ce dernier et fait saillie entre lui et l'utricule, il contient une petite quantité de poudre calcaire et reçoit un filet nerveux. Son ouverture communique largement avec le sinus médian. Le sac est tout-à-fait rudimen- taire dans les oiseaux. 5° Les ampoules sont les parties les plus saillantes du laby- rinthe membraneux, elles ressemblent pour la forme générale à celle des autres animaux, sont disposées d'une manière pareille et reçoivent chacune un filet nerveux; deux de ces ampoules sont en avant (l'antérieure et l'externe); la troisième, qui est la postérieure, est tout-à-fait en arrière. Les deux premières adhèrent à l'utricule et la dernière est attachée au sinus médian. 6° Tubes semi-circulaires. Les ampoules remplissent beaucoup plus exactement leurs cavités osseuses que les tubes semi-circu- laires; ces derniers sont bien prononcés. Leur direction est la même que celle des canaux demi-circulaires dans lesquels ils sont renfermés. Les tubes antérieur et postérieur se réunissent par leurs extrémités non renflées pour former le tube commun, qui est large, aplati, et fort court à l'endroit où se fait le croise- ment des canaux demi-circulaires externe et postérieur, les tubes passent l'un au-dessus de l'autre. C'est le postérieur qui passe par-dessus l'externe. Le labyrinthe membraneux est formé d'un tissu mince, trans- parent et très délicat. La partie de ce tissu qui forme le sinus mé- dian et le sac est beaucoup plus fragile que le reste, ce sont les ampoules qui ont le tissu le plus fort. Au reste, ce tissu res- semble parfaitement, par les caractères extérieurs, à celui qui (orme le labyrinthe membraneux de l'oreille des mammifères. 7° La périlymphe. Entre les parois osseuses des canaux 42 BRESCiiET. — Organe de Vouîe dans les Oiseaux. semi-circulaires et du vestibule d'uue part, et les tubes mem- braneux, le sinus médian et le sac d'autre part, existe un es- pace moins grand dans les oiseaux que chez riionime et les mam- mifères, et surtout que dans les poissons, et principalement les chondroptérygiens; cet espace est rempli par un liquide aqueux que nous avons nommé la périlymphe et que nous croyons être le liquide de Cotugno. Cette humeur remplit aussi la partie hbre de la cavité du limaçon comme dans les mammifères. 8° VEndoljmplie. La cavité du labyrinthe membraneux con- tient un liquide c\a\r,V£ndoljmphe (vitrine auditit^e), dont la den- sité ne nous a guère paru plus forte que celle de l'eau ordinaire. Deux amas de poudre calcaire {otoconies) nagent dans ce li- quide : nous en avons déjà fait mention. \Jn de ces amas se trouve dans l'utricule, et l'autre dans le sac {otoconies utricu- laire et sacculaire). 9" UOtoconie utrïculaire remplit presque toute la cavité de l'utricule, et elle constitue un petit amas de poudre blanchâtre très apercevable. io°U otoconie saeculaij-e ne forme qu'une légère traîné de poudre blanche. Ces otoconies font elfervescence avec les acides, et se comportent comme du carbonate de chaux. A l'aide d'une loupe montée, produisant un grossissement de six fois le diamètre environ, on peut parfaitement bien observer ces phénomènes ciiimiques. Avec des grossissemens peu consi- dérables nous avons plusieurs fois reconnu que cette matière pulvérulente était formée par de très petits cristaux. Tout le labyrinthe membraneux est librement contenu dans les cavités osseuses et n'y tient d'une manière fixe qu'aux en- droits où les filets du nerf auditif, après avoir percé les parois osseuses, viennent s'insérer :iux ampoules , à Yutricuie et siu sac. Si les parties de l'oreille interne que nous avons passées en revue jusqu'à présent, n'offrent pas des caractères uniquement dévolus aux Oiseaux, nous allons voir des particularités encore plus frappantes dans le limaçon de cette classe d'êtres. I i°ljeLimaçon ou Cochlée peut varier d'un genre à l'autre pour la grandeur. Dans la Chouette, que nous prenons pour type de cette description , il est proportionnellement très développé. Quand on a un labyrinthe frais et qu'on ouvre la cavité du limaçon BBE8CHET. — Organe de l'ouïe dans les Oiseaux. l\Z àpartir des deux fenêtres jusqu'au sommet de cette cochlée, de manière à emporter toute la paroi externe, on voit étendue dans toute la longueur de la cavité cochléenne , une pièce cartila- gineuse, qui, comme nous le dirons tout-à-l'heure, représente la lame spirale du limaçon de l'oreille des mammifères , et que nous désignons sous le nom de cloison cartilagineuse. Elle est con- tournée de la même manière que le limaçon lui-même ; aplatie dans sa partie supérieure, terminée en bas par un petit bouton arrondi. Toute la partie aplatie présente le long de sa ligne médiane , une scissure qui la divise en deux lames qu'on peut écarter lorsqu'on retire la cloison cartilagineuse de sa cavité. Quand cet écarlement a lieu, la pièce offre plus ou moins de ressemblance avec une des branches du forceps, ou avec ini tire-botte, d'où la comparaison qui en a été faite par M. Geof- froy Sainl-Hilaire. C'est peut-être ce même corps que Compa- retti a comparé à une petite nacelle {pièce naviculaire^ La cloison cartilagineuse laisse en avant, entre elle et la pa- roi osseuse, un petit vide longitudinal, espèce de canal qui s'ouvre en haut dans le vestibule, et qui se dirige, en se rétrécis- sant, vers le sommet du limaçon. Ce canal n'est autre chose que la rampe vestibulaire. (Voy. pi. ir, fig. a , o.) En arrière, la cloison cartilagineuse laisse également entre elle et la paroi osseuse un autre canal fort étroit, qui commu- nique avec le précédent au sommet du limaçon. Ce dernier ca- nal représente la rampe tympanique, car il aboutit à la fenêtre cochléenne, près de laquelle il éprouve une dilatation forte et sid)ite. (Voy.pl. ii, fig. 2. p.) Voilà donc deux rampes séparées par inie cloison cartilagi- neuse. Ces rampes, comme nous venons de le voir, ont les mêmes rapports que dans les mammifères, puisqu'elles s'ou- vrent, l'une dans le vestibule, et l'autre sur la fenêtre ronde. De plus, elles comnmniquent l'une avec l'autre à l'extrémité du limaçon, car la cloison cartilagineuse n'atteint pas le sommet de la cavité osseuse, et c'est par l'intervalle existant entre le bout du cartilage et le sommet du limaçon que la commimication se fait. Cette dernière circonstance est une analogie de plus entre l'oreille des oiseaux et celle des mammifères. 44 BRESCHET. — Organe de l'ouïe dans les Oiseaux. Ce que nous venons de dire serait déjà suffisant pour prouver que la cloison cartilagineuse est le représentant de la lame spi- rale des mammifères; mais un dernier trait d'analogie, et que nous allons signaler, ne laisse plus de doute à cet égard. On sait que c'est dans la lame spirale des mammifères que s'épanouit le nerf du limaçon : eh bien! chez les oiseaux, c'est sur la cloison cartilagineuse que se termine le même nerf (nerf cochléen). (Comparez pi. i, fig. 4?> ^t fi§- 6.) 12° I^e îieif cochléen, après avoir traversé la paroi osseuse, entre dans l'épaisseur de l'une des deux branches du cartilage dont je viens de parler; il s'y divise en rayonnant,le traverse de ma- nière que les filamens nerveux sortent par les dentelures qu'on remarque à l'angle interne de ce cartilage , pour se porter à la face externe ou convexe de l'autre branche. Un dernier filet descend dans le Lagena , ou petit renflement arrondi qu'on re- marque à l'extrémité inférieure de la cloison cartilagineuse. Ce renflement est creux, et forme un sac qui s'ouvre dans la rampe vestibulaire , ainsi que cela s'aperçoit sur la fig. 4, pi- n. C'est dans ce sac qu'est contenu un amas de poudre calcaire, visible à travers les parois du tissu cartilagineux (fig. 6, pi. ii). Les filets supérieurs du nerf cochléen aboutissent à un tissu gélati- niforme situé au-devant de la cloison cartilagineuse, dans la rampe vestibulaire ; ce tissu se concrète par l'action de l'alcool. Le filet descendant du même nerf s'épanouit dans le petit sac à concrétion calcaire {Lagena de Windischmann) qui se trouve au bout de la cloison cartilagineuse. La scissure que présente cette cloison n'est pas une fente qui la traverse; elle n'est pas béante; elle est au contraire fermée, excepté à son extrémité inférieure, où elle forme ïhélicotrème^ par un tissu membi^aneux très dé- licat, dans lequel vient se terminer le nerf cochléen , et des vaisseaux sanguins, dont la principale branche, reposant sur le cartilage, le contourne, en envoyant sur la membrane une mul- titude de rameaux, qui forment un réseau très fin et très joH. C'est au-devant de ce tissu membraneux que se trouve la sub- stance gélatiniforme dont nous avons parlé tout-à-l'heure. La péiiljmphe ou humeur de Cotugno est moins abondante dans les Oiseaux cj[ue dans les mammifères, parce que le labyrm- BRESCHET. — Organe de l'ouïe dans les Oiseaux. /|5 tlie membraneux remplit mieux la cavité osseuse. Elle existe évi- demment entre les tubes et les canaux demi-circulaires. Autour des ampoules, il n'y en a presque pas, ou du moins elle est très peu apparente, et ces parties semblent être appliquées contre les pièces osseuses. Mais il y a une plus grande quantité de Pé- rilymphe qui entoure le sinus médian , et surtout le tube com- mur;. Comme les rampes sont beaucoup moins spacieuses que dans les mammifères, il y a aussi bien moins de Périlymphe : ajoutez à cela que la majeure partie de la rampe vestibulaire est remplie par la substance gélatiniforme dont il a déjà été ques- tion. La Périlymphe n'est pas séparée dans plusieurs loges : elle communique pnrtout avec elle-même-, il n'y a aucune portion qui soit tout-à-fait séparée des autres. La Périlymphe d'une rampe communique avec celle de l'autre rampe. Le tympan secondaire est également rempli d'un liquide analogue à la pé- rilymphe, quoiqu'il n'y ait plus de communication manifeste entre cette cavité et celle du labyrinthe. L'oreille des Oiseaux ne s'éloigne donc pas du type général: non-seulement elle présente des concrétions dans les cavités où nous en avons découvert chez les mammifères, les poissons et les reptiles, mais encore il existe des Otoconies dans le limaçon; et nous n'en avons pas vu bien manifestement dans les premiers de ces animaux, si ce n'est dans quelques oreilles de jeunes fœtus, où nous avons trouvé, près du sommet du limaçon, la lame spi- rale parsemée d'une poussière blanche analogue à l'otoconie. Scarpa s'est donc trompé, en disant qu'on ne rencontre au- cmie matière crétacée dans le labyrinthe des oiseaux. Souvent, dans l'étude longue et difficile que nous avons faite de l'oreille interne, lorsque nous pensions avoir découvert une disposition non encore signalée, Scarpa venait nous montrer que déjà il avait indiqué celte conformation. Mais ici il en est autrement (i), et nous croyons être le premier à signaler la préserice de ces Lapilli dans le labyrinthe des Oiseaux, où ces Oloconies offrent ceci de liarliculier, qii'on les trouve dans deux parties bien distinctes du (i) S;.cciiluin veslibuU c»im mulerie crclaceâ in Avibm reperimiu Diillmni Jiv, \i, HO, D s(|iiU, anulDiti, 46 BRESCHET. — Organc de l'ouïe dans les Oiseaux. labyrinthe : i° dans les poches du vestibule; 2" dans le renfle- ment ou ampoule de l'extrémité inférieure du limaçon. Cette description du labyrinthe a été principalement faite d'a- près l'oreille d'oiseaux de proie nocturnes, et surtout d'après l'oreille du Strix flainmea et du Strix buho. La plupart des fi- gures, exécutées avec beaucoup de soin, de la planche 11, ap- partiennent à l'oreille du premier de ces oiseaux. Pour compléter cette description, nous 1 étendrons à quelques autres Oiseaux, et nous ajouterons quelques considérations sur l'arrangement des nerfs ^ des vaisseaux et des autres parties molles de la cochlée. La forme extérieure de la cochlée est celle d'un cône re- courbé, dont la base est en haut et l'extrémité libre, où le som- met est plus ou moins renflé. Ce sommet présente une cour- bure dont la concavité regarde en arrière et en dehors. Sur la face externe, on remarque deux ouvertures dont l'antérieure est supérieure, à-peu-près circulaire, formée par la base de l'étrier, communique avec la cavité ;du vestibule. L'ouverture inférieure et postérieure est l'orifice interne de la rampe tympanique du limaçon. Sur la face interne du limaçon, on aperçoit une ouverture dont le fond offre une paroi percée de plusieurs petits trous, destinés à livrer passage au Jierf acous- tique. Une branche principale de ce nerf est destinée au li- maçon; elle en traverse la paroi osseuse, et s'y comporte à-peu-près comme lorsque le même nerf traverse la colu- melle ou modiolus du centre de la cochlée de l'oreille des mammifères. L'intérieur de la paroi osseuse n'appelle l'attention par au- cune particularité; elle est partout tapissée par une membrane extrêmement mince et vasculaire , qui fait corps avec les parties molles du limaçon , et que l'on pourrait séparer de la surface osseuse avec la plus grande facilité, si elle avait un peu plus de résistance. De même que chez les mammifères, le limaçon des oiseaux est divisé en deux rampes : la rampe tympanique et la rampe vesti- bulaire ; la première , fermée par la membrane de la fenêtre co- chléenne, est par cette membrane séparée du tympan secon- J BREScniiT. — Organe de Vouïe clans les Oiseaux. [\') claire. Sa cavité présente moins d'étendue que celle de la suivante. La rampe vestibulaire, plus ample que la rampe tympanlque, communique d'un côté avec le vestibule, par une ouverture as- sez large, à travers laquelle passent un vaisseau et du tissu cel- lulaire, qui établissent une continuité de tissu entre les parties molles du vestibule et celles du limaçon. A l'autre extrémité, cette rampe s'ouvre dans le Lagena , et communique, par XHé- licotrème^SLvec la rampe tympaiiique. ISous aurons l'occasion de revenir sur l'examen de ces différentes parties. C'est dans la rampe vestibulaire que s'épanouissent les dernières ramifications du nerf cochléen. Ces deux rampes sont, comme toutes les autres parties du labyrinthe, remplies par un liquide incolore, qui s'é- vapore avec facilité et promptitude. (La Périlymphe cockieenne.) Les vaisseaux et les nerfs du limaçon sont en rapport avec la partie supérieure du corps cartilagineux dont nous avons déjà parlé. Inférieurement, ce corps offre une poche plus ou moins ren- flée, qui est \e Lagena de quelques modernes. Ce corps cartilagi- neux, dont la forme générale, comme nous l'avons vu, a été compa- rée à celled'un tire-botte ou d'une cuiller de forceps, a une dispo- sition toute particulière, qu'on ne peut bien concevoir que pa." un dessin (i). Il résulte de deux prismes triangulaires continus par leurs extrémités supérieures, correspondant, d'une part, à la partie supérieure de l'orifice interne de la fenêtre cochléenne; se continuant, d'autre part, en bas, en laissant entre eux un écartement , et se réunissant de nouveau pour s'épanouir et produire le renflement dont nous avons parlé [Lagena). Ces deux portions cartilagineuses ne sont pas régulièrement triangulaires, mais ainsi que nous l'avons fait représenter d'a- ])rès l'oreille du Falco nisus Tj.^ du Falco tinnunculus. La face du triangle qui, dans la position naturelle, regarde en avant et en dehors, est plus large que les deux autres, et l'angle le plus aigu est tourné vers le cartilage du côté opposé. T^e cartilage supérieur interne j^résente, en outre, sur ce bord, des dentelures aiguës qui donnent passage à des filamcns du nerf cochléen, qui (r) Voyez les planches. 4b ERF.SCHKT. — Organe de l'ouïe dans les Oiseaux. traversent l'épaisseur de ce cartilage pour se porter sur la face convexe, ou face antérieiu-e et externe du cartilage opposé, pour concourir à la formation des lamelles auditives, dont nous par- lerons plus tard. Les cartilages se terminent en bas par le renflement mem- braneux eu forme d'ampoule {Lagena de Windischmann); ce renflement est une cavité en cul-de-sac remplie de pérylimphe avec laquelle communiquent les deux rampes du limaçon. Le liquide contenu dans l'ampoule ne peut être autre chose que de la périlymphe puisque les deux rampes du limaçon s'ouvrent dans cette poche et établissent ainsi leur communication. Cette cavité derampoule(Z<7g"e/2a) présente avec le sac une autre sorte d'analof;ie ; c'est qu'elle contient une matière blanche cal- caire, Otoconie cochîéenne , qui affecte dans sa disposition la figure d'un fer -à- cheval et sur le pourtour de laquelle viennent se terminer les dernières extrémités du nerf cochléen ampuU laire. Les parois de l'ampoule sont formées de deux membra- nes minces, entre lesquelles sont situées les dernières divisions du nerf. Les vaisseaux de la cochlée sont fournis d'un côté par le plexus vasculaire que nous avons signalé dans le tympan se- condaire, d'un autre côté il y a ime branche vasculaire qui provient de l'intérieur du vestibule. Ces deux vaisseaux s'anastomosent par arcades sur la face interne ou convexe de l'ampoule (Voyez la planche i , fîg. i3, etc. ). A la face antérieure externe, des vaisseaux s'anastomosent de la même manière, mais seulement par des ramuscules , et contribuent à former avec les petits filamens nerveux, les lamelles auditives de Treviranus (i). Lorsque tous ces petits vaisseaux sont heureusement injec- tés, ils forment ini réseau adm.irable qui cache les filamens werveux placés au-dessous. Si au contraire ces vaisseaux sont vides, les nerfs seuls paraissent, et se font distinguer par leur blancheur. Cette circonstance de distension des vaisseaux par (i) t]ber dcn iiinern Baii der sclinecke des Ohrs dt-r Vôjel. — Zcilscli.*ift fiir Physiologie, Erbler Vù\\\\. Hi-ft II. Hcidi'lhcrf,', iRaS, BREScriEr. — Organe de route dans les Oiseaux. 49 une matière colorante, ou de leur état de vacuitéjdonal' ex- plication de la différence de notre sentiment, avec celui de Trévarinus qui considère ces lamelles comme uniquement nerveuses (i) et de celui de Windischmann (2) qui les con- sidère comme formées exclusivement par des vaisseaux san- guins. Pour apercevoir, et reconnaître les nerfs , il ne faut pas injecter les vaisseaux, et lorsqu'on désire étudier les vaisseaux, il faut sacrifier les nerfs, ou renoncer à les voir. Toutes les par- ties membraneuses du limaçon sont essentiellement nerveuses et vasculaires, mais les vaisseaux sont excessivement petits ^ déliés. C'est sans doute à cette ténuité que nous devons attri* buer l'impossibilité où nous avons toujours été de distingue^ les artères des veines. Dans ces réseaux terminaux, les commu- nications sont si multipliées, entre ces deux ordres de vaisseaux, que l'injectiou passe facilement des artères dans les veines; c'est ce que nos études anatomiques nous ont fait souvent re- connaître dans les divers tissus organiques , et c'est ce que M. Dœllinger (3) a bien représenté par des figures pour les vil^ losités intestinales. Les nerfs du limaçon traversent, comme nous l'avons déjà dit, la face interne de la paroi osseuse de cette partie du la- byrinthe. On aperçoit sur cette face, un trou ou plutôt une dépression au fond de laquelle on remarque plusieurs pertuis, mais surtout un plus grand que les autres, lequel est destiné à livrer passage au nerj cochléen ampuUaire (4). Après avoir tra- versé la paroi osseuse de cette lame criblée, les fibres du nerf cochléen s'écartent en rayonnant. (Voyez les planches.) La portion lamellaire traverse l'épaisseur du cartilage supérieur interne. Les filamens sortent par les dentelures dont nous avons déjà parlé et vont se perdre sur la surface convexe de (i) Loc. cit. (a) De penitïori auris in amphibils structura. Lipsis, i83i, 4°. (3) De vasis sanf^ut/ciis quœ mllls înte.stinornm lenuium hominis, Irutorumque insiinl. Dissert, analom. , auct.J. Duellinger. — Monachii. i8a8. (4) Voyez la planche i et a, reprcseulant lo labyrinlhc auditif du Strix Jlammea , y\i sous toutes ses faces. V. Zoor., — Janvier, A 5o :breschet. — Organe de rouie dans les Oiseaux. l'autre cartilaae en concourant à former ainsi les lamelles auditives. La portion ampuUaire , c'est-à-dire celle qui se rend à l'am- poule terminale du limaçon (Jagenà) forme un cordon à part bientôt ce nerf s'engage sous une membrane cellulo-vasculaire extrêmement mince, et arrive ainsi jusqu'à l'origine de l'am- poule (Lagend) où il se divise en plusieurs filamens qui bientôt «e subdivisent, et forment des arcades anaslomotiques sembla- bles à celles des artères mésentériques, delà convexité des- quelles partent une infinité de filamens exccssivem enttenus et qu'il nous a été impossible de suivre plus loin Les divi- sions de ce nerf sont renfermées entre deux feuillets mem- braneux. Nous venons de décrire la lame extérieure, et quant à la lame intérieure, elle paraît être la continuation ou l'épanouissement des cartilages. Nous venons de décrire aussi d'une manière assez générale, les formes et la structure du liiTiaçon des Oi- seaux.Quant aux diverses variétés dans ses formes, on en trou- vera des exemples sur les dessins que nous joignons à ce Mémoire, et par lesquelles nous avons représenté la disposition de l'organe auditif de beaucoup d'Oiseaux appartenant à des familles différentes. DESCniPTrON DES FIGURES. PLANCHE I. Fig. X. Tète de Corbeau (Corms Corax L.), labyrinthe en place et de grandeur naturetl*?, a. h. c. canaux demi-circulaires; d. fenêtre veslibulaire; c. fenêtre cochlcaire; /. limaçou en coclilée. Fig. 2. Chaîne des osselets grossis; a. corps du marteau; h. h. manche du marteau, qui appuie sur la membrane du tympan; c. processus graciUimus ; d. vestige du muscle tenseur du tympan ; \ ampoule de ce canal, c. c, canal externe qui s'entrecroise avec le canal antérieur; d. limaçon; e. fenêtre vestibulaire fermée par l'étrier;/, fenêtre du limaçon. Fig. 1 1. Parties molles appartenant à la cochlée, vues par leur face postérieure et interne. a. a. a, a. cartilages; b. b. lagena ou ampoule de l'extrémité inférieure du limaçon; c. nerf cochléen; d. parties de ce nerf traversant le cartilage pour venir sortir vers les dentelures si- tuées sur le bord interne et contribuant à former les lamelles auditives; d'. les lamelles audi- tives; c. rameau du nerf cochléen venant se distribuer sur l'ampoule ou lagena autour des autres otoconies ;/ otoconies cochléennes; g. vaisseau entrant par la fenêtre du limaçon. Fig. 12. Parties molles renfermées dans la cochlée du Slrix stridula , vues par la face anté- rieure et externe, a. a. a. cartilages; b. b. las^cna ou ampoule du sommet du limaçon • c. oto— conie; d. section du nerf cochléen. Ce nerf traverse un des cartilages et sort vers les petites dentelures qu'on voit sur le bord de ce cartilage, pour venir former les lamelles auditives; e. lamelles auditives ;_/; vaisseau pénétrant dans le limaçon par la fenêtre cochléenue. Fig. i3. Les mêmes parties, mais vues par la face opposée; a. a. a. cartilages contenus dans la cavité conoïdc du limaçon; b. b. extrémité renflée ou lagena de quelques anatoniistes; c, otoconies ou substance pulvérulente renfermée dans cette ampoule ou lagena; d. d. d. nerf cochléen s'épanouissant siu- le cartilage; e. e. e. doulelurcs sur lesquelles passent l'expansion nerveuse de la cochlée;/'. /._/ vaisseau pénétrant dans la cavité du limaçon par la fenêtre corhléenne. et formant un réseau sur l'expansion nei'veuse couvrant les cartilages pour pro- duire les lamelles auditives, qui ne sont Lien distinctes et qu'on ne peut reconnaître comme de nature nerveuse que lorsque les vaisseaux sanguins n'ont pas été injectés. PLANCHE II. Tous les détails analomiquei reprétcnléi jiir celle planche appailienneiit ù l'organe Qudiii\ du Strix flammea, 4. 5a BRESCHET. — Organe de Vouie dans les Oiseaux, Fig. I. Elle représente le labyrinthe osseux, vu par sa face externe cl de grandeur na- turelle. Fig. 2. Cette figure est la même que la précédente, mais grossie; a. a. partie osseuse du limaçon ; b. fenêtre cochiéenne ; c, fenêtre vestibulaire ; d. canal demi-circulaire antérieur ; e. canal externe; f. canal postérieur;^, canal commun. Fig. 3. Les mêmes parties, mais ouvertes pour laisser voir l'intérieur des parois osseuses du labyrinthe; a. face externe du limaçon; d. cf. canaux osseux demi-circulaires ouverts; ^. y;aual commun ouvert; h. orifice interne de l'aqueduc du vestibule; /. i. nerf cochléen coupé; h. 1. m. n. petits trous qui livrent passngc aux différcns filets nerveux allant se répandre sur les parties molles du vestibule; o. orifice interne de l'aqueduc du limaçon; x. endroit où s'en- trecroisent et communiquent ensemble les canaux postérieurs et externes. (Les tubes mem- braneux ne font que passer l'un au-dessous de l'autre sans communiquer entre eux. ) Fig. 4- Même coupe que sur la préparation précédente, mais les parties molles sont repré- sentées en place ; a. ampoule antérieure, l>. postérieure , c. externe , recevant chacune un filet nerveux: d. e.f. tubes membraneux antérieur, externe et postérieur ; g. tube commun ; h. sac membraneux recevant un gros filet nerveux et contenant une notable quantité à'otoconie ; i. utricule recevant un filet nerveux et contenant également de Votoconic; h. sinus médian, l. parties molles du limaçon; m. lagcna; n. hauteur à laquelle les deux rampes communiquent ensemble dans l'intérieur du lagena; o. o. partie qui correspond à la rampe vestibulaire; p. fenêtre cochiéenne et commencement de la rampe tympaniqne; q. q, cartilages représentant les différentes parties de la lame spirale. Fig. 5. Tubes membraneux et poches membraneuses du vestibule isolés; ces objets sont grossis, et, sous ce rapport, la figure est idéale. Elle a été faite pour donner une idée meil- leure et plus exacte de la disposition de toutes les parties. La signification des lettres est la même que dans la figure précédente. Fig. 6. Parties molles de l'intérieur du limaçon ; a. cartilages ; h. trou du nerf cochléen; c. filets nerveux s'épanouissant dans le lagena. Autour de l'exlrémité de ces filets on aperçoit une matière pulvérulente blanche (otoconies.) Fig. 7. Labyrinthe osseux , de grandeur naturelle , vu par la face interne. Fig. S. La même préparation, mais grossie; a. limaçon; ^.conduit auditif interne; c. orifice externe de l'aqueduc du vestibule; d. e.f. canaux demi-circulaires antérieur, externe et pos- térieur. Fig. g. Labyrinthe ouvert pour faire voir l'intérieur; a. b. c. d. e. f. ^. mêmes indications que ci-dessus; h. entre-croisement des canaux postérieur et externe; i. communication du canal externe avec l'antérieur; A-. orifice interne de la fenêtre vestibulaire. Fig. lo. Même coupe des mêmes objets. Les parties molles sont restées en place; a. am- poule antérieure avec son filet nerveux [fdet ampulaire anléneur); b. ampoule externe; c. am- poule postérieure; d. e. j. tubes demi-circulaires membraneux; g. tube commun; h. sac contenant Xntoconie et recevant un cordon nerveux; /. utricule; h. sinus médian; /. tronc du nerf acoustique qui fournit en bas le nerf cochléen (w.) et en haut plusieurs rameaux qui sont : n. nerf ampuUaire postérieur; o. nerf ampullaire de l'utricule; p, nerf sacculaire ou du sac ; q. T. nerfs ampullaires externe et antérieur. Fig. II. Représente la forme que prend la poudre calcaire (olocontes) dans les poches mem- braneuses du vestibule ; a, otoconies du sac ; b. otoconies du cysticulc. MARTIN SAINT-ANGE. — Villosités clu chorion des Mammif, 53 RECDERcnES SUT les villosités du chorion des Mammifères y Par M. Martin Saint-Ange. [Extrait.) Dans ce travail, auquel rAcadémie vient de décerner une médaille Mon lliyon (i) l'auteur clicrclie d'abord à se taire des idées arrêtées sur ce que l'on doit ap- peler chorion. L'anatomie comparée lui a fourni quelques données à cet égard. Chez la vache , la jument, la brcLis et la truie, il est très facile de séparer cette membrane en trois lames; elle est parcourue dans toute son étendne par des vais- seaux qui sont placés dans le feuillet moyen et se réunissent aux vaisseaux om- bilicaux. La surface interne du chorion varie dans ses rapports avec les autres parties de l'œuf aux différentes époques de la gestation ; mais l'auteur a toujours trouvé le chorion dans ces animaux, et vers le milieu de la grossesse, en contact, dans une certaine étendue, avec l'amnios, et dans tout le reste, avec l'allantoïde; un liquide clair et Iknpide existait en outre entre ces parties, ce Si l'on n'admet, dit-il, dans l'œuf humain, qu'une membrane externe (le chorion), une lamelle très fine (l'allantoïde), une membrane interne (l'amnios), et une poche intermé- diaire (la vésicule ombicule), on a raison de dire que la surface interne du cho- rion est lisse et en contact avec un liquide : mais alors il faut admettre, ajoute- t-il, que le chorion est formé de trois lames : l'une, ainsi que le pense M. Du- trochet, externe épidcrmoïde; Vautre, moyenne, de nature celluleuse et renfermant des vaisseaux ; eufiu, la troisième, interne, également épidcrmoïde. Chez la fem-i me, hors la partie où existe le placenta, le chorion ne lui a présenté aucun vaisseau: cela n'a point lieu de surprendre, puisque, dans tout le reste de son étendue, les fonctions du chorion sont réduites à celle d'un épidémie. Selon lui, le feuillet épidermoïde externe aurait pour usage d'isoler l'oeuf des parties envi- ronnantes; le moyen servirait de gangue aux vaisseaux qui, se trouvant immé- diatement en contact avec des fluides sécrétés par la mère, porteraient au fœtus les cléraens de sa nutrition ; et enfin l'interne serait destiné à isoler cet organe des autres parties de l'œuf. M. Martin Saint-Ange poursuit ainsi : a Suivant plusieurs auteurs, la périphérie de l'ctuf présente, dans toute sou étendue, et dès son apparitji)n dans la matrice, des flocons, un duvet, des villo- sités, en un mot, elles sont d'abord éparsessur toute la surface externe de l'œuf, indépendantes toutes lej unes dos autres, et paraissant avoir, à peu de chose l)re$, le loûme degré de développement. D'abord très courtes, on a dit qu'elles n'étaient pas ramifiées, et que la surface externe de l'œuf avait l'aspect d'une peau de chagrin. Ccpendaut nous les avons constamment trouvées ramifiées; il (i) Voyez t. 4, p. 38o. Cet extrait est tiré du corople-reudu des séances de riVcadémic des Scienrcs. 54 MAiiTiN SAINT-ANGE. — f^Ulosités clu cJiorloji cîcs Mammif. est possible que cela tienneà ce que nous avons examiné des œufs humains, dont le plus jeune avait déjà un mois. « Nous avons aussi remarqué que ces fllamens cylindriques offraient un plus grand nombre de ramifications vers la fin du second ou du troisième mois, que vers le trentième jour. A mesure que la gestation avance, les villosités qui se trouvent en contact avec la caduque réflécliie, et qui occupent environ les quatre cin- quièmes de la surface de l'œuf, dépérissent ; et vers la fin du troisième mois, ont entièrement disparu ; tandis que celles qui occupaient l'autre cinquième prennent un accroissement beaucoup plus considérable, deviennent beaucoup plus longues et présentent plus de ramifications. Ces dernières villosités se trou- vaient dans les premiers temps en contact immédiat avec la matrice, et plus tard avec la membrane caduque intra-placentaire, dans l'épaisseur de laquelle elles pénètrent plus ou moins. Cependant sur un œuf de deux mois environ les villosi- tés de toule la surface de l'œuf nous ont offert le même degré de développement. MM. Breschet, Raspail et Velpeau ont avancé, dans différens mémoires, qu'au commencement delà grossesse les villosités n'étaient point vasculaires.iStj/onreoo*, les vaisseaux des villosités préexistent à la formation des vaisseaux dans le cordon ombilical. Sur un œuf de deux mois environ, nous soiflmes parvenus, au moyen de l'air injecté dans les vaisseaux du cordon, à nous assurer que les villosi- tés contenaient des vaisseaux. Du reste, l'existence, de troncs vasculaires est, d'après ce que nous savons sur la formation des vaiyseaux, une preuve de l'exis- tence d'un réseau vasculaire au-delà des troncs. A terme, les villosités sont très grêles et très longues ; elles s'entrelacent entre elles, se contournent en différens sens et affectent toutes sortes de directions. On ne saurait mieux comparer celte disposition qu'à celle des cheveux crépus du nègre. Lorsqu'on les a isolées, on voit qu^cUes ont d'un demi-pouce à un pouce de longueur ; qu'elles fournissent de nombreuses ramifications et se terminent par des extrémités renflées^ arron- dies et claviformes ; elles offrent en divers points de leur étendue des nodo- sités ou renflemens irréguliers. La veine et l'artère présentent, dans le tronc principal de la villosité, un calibre assez grand. On peut suivre leurs subdivi- sions jusque dans les dernières ramifications de la villosité. Le plus souvent la matière injectée s'arrête dans les vaisseaux avant d'arriver au bout des dernières ramifications de la villosité et ne pénètrent point dans le réseau capillaire par lequel ces vaisseaux se terminent. Mais si l''on a injecté de l'air, ou s'il s'en est mêlé au liquide dont on s'est servi pour faire l'injection, alors, à l'aide du mi- croscope, on pourra distinguer ce réseau capillaire, et .reconnaître qu'une bran- che artérielle et une veineuse se continuent l'une avec l'autre en formant une espèce d'anse^ comme l'a observé M. Lauth. » Voici les considérations générales par lesquelles l'auteur termine son travail : « Les œufs des mammifères présentent toujours un placenta lorsqu'ils sont arrivés à une certaine époque de leur développement; il est inexact de dire que la truie et la jument n'en offrent pas. « Le placenta est toujours formé de deux parties, le placenta utérin et le pla- MARTIN SAiNT-ANGi;. — ■ J^lUosités clu chovion des Mammif. 55 cenla fœtal. Le placenta utérin consiste en une ou plusieurs portions, ou même en la totalité de la membrane muqueuse de la matrice ; les jiarties qui consti- tuent cet organe se trouvent en rapport avec les A'illosités vasculaircs du cLo- rion ; ces parties prennent un grand degré de développement; tantôt elles pré- sentent des cavités ou cellules ramifiées pour recevoir les villosités dans leur intérieur: tantôt des espèces d'enfoncemens^ des godets ])ar lesquels celte mem- brane se trouve en contact immédiat avec les villosités; enfin, dans d'autres circonstances^ le placenta utérin est séparé des villosités par une couche de ma- tière inorganique. a Le placenta fœtal est constitué par l'ensemble des villosités qui revêtent la surface de l'œuf; elles sont tantôt réunies en une seule masse, d'autres fois dis- séminées par plaques plus ou moins nombreuses , et enfin , daus certaines cir- constances, elles recouvrent en entier la surface de l'œuf. Une villosité est for- mée par un feuillet épidermoïde et du tissu cellulaire, où se développe un réseau vasculaire. Ce réseau fournit des ramuscules qui se réunissent à ceux, des autres villosités, pour donner naissance à des branches se terminant par trois ou qua- tre troncs connus sous le nom de vaisseaux ombilicaux. a D'après ce que l'on voit sur la jument et la truie, oii toute la surface du cliorion est recouverte de villosités ; sur la brebis et la vache, oi!i elles occupent une moindre surface; d'après ce que l'on observe chez la femme, etc., on peut admettre que plus les villosités sont répandues sur une grande surface, plus elles sont courtes et petites. (c Chez les différens animaux les villosités présentent de nombreuses varia- tions dans leurs dispositions, leurs formes, etc. D'après cela, la circulation du fœtus est-elle dépendante de celle de sa mère, comme le veulent certains au- teurs ? Telle est l'importante question que nous avons maintenant à résoudre. S'il en était ainsi, une injection faite dans les vaisseaux des membranes de l'œuf devrait nécessairement passer dans ceux de la mère, et une substance injectée dans les vaisseaux de la mère devrait, sans aucun doute, pénétrer dans les vais- seaux du fœtus. Nous avons souvent répété ces expériences sur différens ani- maux, et nous pouvons affirmer que jamais nous n'avons pu réussir à faire pas- ser une injection soit des vaisseaux du fœtus dans ceux de la mère, soit des vaisseaux de celle-ci dans ceux du fœtus. Au fait que nous venons d'énoncer , nous ajouterons les considérations suivantes : nous dirons d'abord que le sang du fœtus ne ressemble aucunement à celui de la mère et nous nous fonderons sur les observations faites par Autenrieth et M. Velpeau. Ces auteurs ont vu que le sang fœtal est d'abord rosé, puis devient rouge, ensuite noirâtre, et ne ])rcscnte pas de différence de couleur dans les veines et les artères. Tiedemann a trouvé qu'il renferme une proportion de sérum beaucoup plus considérable que chez l'adulte; qu'il est moins coagulable, et d'après les observations mi- croscopiques de MM. Prévost et Dumas, les globules du sang sont tcllcmcut pe- tits chez le fœtus, que ceux de l'adulte ne pourraient traverser les mêmes vaisseaux sans détruire l'équilibre de toutes les fonctions et produire la 56 Académie des Sciences. mort. Quaud 4uêmc on n'aurait pas reconnu ces différences, ou doit pré- sumer que la nature de ce fluide doit être en rapport avec chaque âge du fœtus. Ajoutons que le nombre des battemens de cœur du foetus est presque le double de celui de la mère, qu'une libre communication a lieu entre les artères et la veine ombilicale ; rappelons-nous la disposition anatomi- que des vaisseaux dans le placenta, et les faits que nous avons tires de l'anato- mie comparée, et nous arriverons à cette induction: que les vaisseaux du fœtus ne communiquent pas avec ceux de la mère ; que les premiers forment un cer- cle propre au fœtus, et que la circulation fœtale est tout-à-fait indépendante de celle de la mère. « Ainsi l'on peut, jusqu'à un certain point, comparer le placenta aux branchies des têtards de la grenouille : en effet , ces deux organes sont également transitoires ; la distribution des vaisseaux se fait de la même ma- nière dans les deux, et les fonctions qu'ils ont à remplir sont à-peu-prcs ana- logues. )) Analyse des travaux anatomiques , physiologiques et zoolo- giques présentés à V Académie des Sciences pendant le mois de jamier i836. Séance du 4 janvier i836. Rapport de M. Duméril sur une monographie du genre Clytus, par MM. S. Laporte , comte de Castelnau , et Gory. « Cette monographie comprend la description et la figure coloriée de cent vingt-neuf espèces toutes dessinées d'après nature, lesquelles seront reproduites sur vingt planches. Ce travail est complet et ne laisse rien à désirer , car à chaque dessin est jointe une phrase latine caractéristique des espèces , et une description détaillée avec les indications relatives à leur histoire et surtout à la synonymie qui a été spécialement étudiée. (C Nous pensons que l'Académie doit accueillir avec bienveillance un pareil travail , qui servira utilement à la propagation de la science , et qui constate les grands progrès que fait l'entomologie. » Rapport de M. Dumérll sur une monographie du genre Olive , Mollusques de l'ordre des Gastéropodes , par M. Duclos. « Nous avons été chargés par l'Académie , M. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire et moi , de vous rendre comité d'un ouvrage imprimé , mais non publié , qui a pour titre : Histoire naturelle , générale et particulière de tous les genres de coquilles univalves maritimes observées à l'état vivant et fossile , distri- huts par monographie , dont l'auteur est M. Duclos. académie des Sciences. Sj « Vous le savez , l'abondance des faits observés en histoire naturelle s t devenue une s plus grandes difficultés de la science; les découvertes nom- breuses et successives des espèces inconnues , ou plutôt les distinctions que l'on a été forcé d'établir entre elles, et par suite leur répartition en genres, ont rendu cette branche des connaissances humaines beaucoup plus difficile à étudier. Les travaux les plus utiles auxquels les naturalistes puis- sent se livrer aujourd'hui, ceux qui seront les plus durables et qui servi- ront le mieux à l^avancement idtérieur de l'histoire naturelle des corps or- ganisés eu particulier, ce sont certainement les monographies. a C'est un ouvrage de ce genre que publie M. Duclos II s'y est préparc depuis plus de vingt-cinq ans, en réunissant à grands frais des matériaux sans nombre, afin de pouvoir suivre et comparer, sur une immense série d'individus, les légères modifications de formes et surtout les transitions successives de teintes, de taches et de nuances dans les couleurs brillantes dont les coquilles sont ornées; coloration qui servait uniquement, il y a peu d'années, à la distinction et à la dénomination des espèces. « Comme la collection formée par M. Duclos est peut-être la plus riche et la plus précieuse en espèces rares de toutes celles que nous connaissons, et que ce naturaliste a pu d'ailleurs trouver dans ses propres ressources tous les moyens d'exécution de ce magnifique ouvrage, il a employé les talens des premiers artistes pour produire les dessins, les gravures en couleurs, et l'im- pression du texte. lia dédié cette première monographie aux mânes de Lamarck, dont il s'honore d'avoir été le disciple. Les planches in-folio qu'il a soumises à notre examen, sont au nombre de trente-cinq, et sont relatives au genre Olive uniquement. ce Les espèces de ce genre sont toujours très polies et très brillantes, comme on le sait. Leurs couleurs sont admirablement réparties; mais leurs formes gé- nérales et apparentes sont tellement semblables, qu'au premier aperçu, on les prendrait toutes pour de simples variétés les unes des autres, dépendantes de leur âge divers, de leur volume ou d'autres circonstances. En effet quelques natura- listes, même les plus éclairés, avaient adopté cette opinion. Cependant Lamarck en avait distingué 67 espèces différentes, et parmi celles-là M. Duclos n'en admet que 44. Malgré celle réduction, il en a décrit en tout i38, ce qui aug- mente le genre de 94 espèces distinctes qui comprennent souvent un très grand nombre de variétés, tellement que quelques-unes en ont offert jusqu'à 4o. « M. Duclos a subdivisé le genre des Olives en quatre groupes. Le premier, sous le nom d'ancilloïdes, c'est-à-dire voisine des Ancillaires, comprend toutes celles qui sont munies d'opercules, et qui portent, sur la partie postérieure de leur columellc, des plis en torsade; 42 espèces s'y rapportent, dont i3 n'ont été observées qu'à l'état fossile. Le second groupe réunit les Olives cylindroïdes , nommées ainsi d'après la forme de leur coquille, dont la columellc porte en outre dos plis horizontaux, au moins dans la partie supérienrc. L'auteur y range 61 espèces, dont 11 ont été reconnues parmi les fossiles. Le troisième comprend 68 académie des Sciences. les Olives glandiformes qui sont courtes et vcutrues, dont la spire est cachée dans rintéricur, au moins entrés grande partie. Di.v-scpt espèces, toutes à l'état frais, sont rapportées à cette section. Le quatrième et dernier groupe comprend les volutelles, ou les Olives qui sont semblables aux Volutes, parla manière dont la spire est empâtée et semble former une espèce de mamelon, sauf le der- nier tour qui conserve le canal spiral, et qui paraît avoir été moulé sur le pro- longement mince et délié du manteau. 18 espèces sont rapportées à cette divi- sion, dont une seule n'a été observée qu'à l'état fossile. a MM. Quoy, Gayraard, Rang et d'Orbigny, qui avaient examiné les animaux qui construisent les coquilles de ces quatre groupes, ont pu confirmer pleine- ment l'avantage de cette divison ; car, d'après leurs dessins que M. Duclos a fait graver, on voit en effet qu'ils diffèrent réellement les uns des autres par la structure et la longueur relatives des tentacules, du pied musculaire, les formes générales, et même pour la distribution des taches et des marques colorées di- verses de toutes les parties molles extérieures. Les quatre dernières planches de cette monographie sont spécialement consacrées à ces animaux même dessinés comme vivans et eu mouvement, et en outre elles offrent des détails anatomi- qucs fort intéressans. ce Nous ne terminerons pas ce rapport sans faire connaître à l'Académie que ce beau travail et ces recherches sur les espèces du genre Oiiue, ont été soumis dans le temps à l'examen et au jugement de notre savant confrère M. de Blain- ville, très compétent dans cette matière^ et que dans son Traité de Malacolo- gie, il en a présenté, avec les plus grands éloges^ une analyse détaillée. Nous ne citons ce fait que comme un nouveau témoignage en faveur du mérite de l'ouvrage qui a été soumis à votre examen. 1. J'ai l'honneur de présenter à rAcadémie une double série de pièces anatomiques qui pourront jeter quelque jour sur la ques- tion si controversée et si importante des communications vas- culaires entre la mère et le fœtus. 2. Toutes ces pièces ont, pour résultat commun, la démon- stration d'une com7?iunication vasculaire entre la mère et le foetus dans l'espèce du lapin; mais une première série montre cette communication, ou, ce qui revient au même, le passage de la matière injectée, du fœtus à la mère; et une seconde série montre cette communication ^ ce passage^ de la mère au fœtus, § II. Première série, 1. Dans la pièce n. i , l'injection a été faite par la veine om^ hilicale y c'est-à-dire par \q fœtus, et la matière injectée a passé dans les veines utérines. 2. Dans la pièce n. 2, l'injection a été faite par une artère ojnbilicale, et la matière injectée a passé d'abord dans Xartère ombilicale du côté opposé, dans la veine ombilicale ^^X. ensuite dans les artères et les veines de Vutérus. 3. Dans ces deux pièces , la matière injectée est du vernis à Fessence coloré par le minium. 4. Dans la pièce n. 3, la veine ombilicale a été injectée avec du mercure, et le mercure a passé dans les veines utérines. 5. Dans la pièce n. 4, la liqueur injectée est du vernis coloré par la céruse. Cette pièce comprend plusieurs fœtus : deux seuls V. 7-Oor.. — J'cvrier. 66 FLOURENS* — Communie, vase, entm la mère et le fœtus: ont été injectés par leur veine ombilicale, et néanmoins la ma- tière injectée a passé non-seulement dans les veines utérines, mais, chose remarquable , elle a passé de ces veines dans \e pla- centa d'un troisième fœtus, qui lui-même n'avait pas été in- jecté. 6. De tous ces faits, il suit, i° que la liqueur injectée passe des veines du fœtus dans les veines de la mère ou de Y utérus^ 2" qu'elle passe d'une artère ombilicale du fœtus , d'abord dans l'autre artère ombilicale, dans la veine ombilicale, et de là dans les artères et les veines de Yuiérus ou de la mère^ et con- sequemment qu'il existe une communication vasculaire évidente entre \q fœtus et la mère. § III. Deuxième série. 1. Dans la pièce n; 1 , la liqueur, injectée par une artère de r utérus, a passé dans les placentas de i^\\is\envsjœtus contenus dans cet utérus. 2. Dans cette pièce, la liqueur injectée est du vernis coloré par le minium i dans la pièce n. 2, c'est du vernis coloré par la céruse; c'est de la colle colorée par le minium dans la pièce n. 3; et dans toutes ces pièces, la liqueur, injectée par une artère de V utérus, a passé dans les placentas des ôivers fœtus contenus dans ces utérus. 3. T.a liqueur, injectée dans les vaisseaux artériels de la mère, passe donc dans les placentas des fœtus; la communication vas- culaire de la mère avec le fœtus est donc encore un fait évident et incontestable. 4. Je dis vaisseaux artériels de la mère} je n'ai jamais vu , en effet, la liqueur, injectée par les veines de la mère ou de \uté- Tus , passer dans \es placentas des fœtus. 5. Ainsi, une première série des pièces que je présente à l'Aca- Alémie montre le passage de la liqueur injectée du fœtus à la mère-, une seconde montre ce passage de la mère au fœtus. 6. Il est inutile d'ajouter que toutes démontrent l'existence des vaisseaux utéro-plaçentaires , c'est-à-dire des vaisseaux qiii FLOURENS. — Communie, vase, entre la mère et le fœtus. G 7 établissent la communication ^ le passage entre le placenta uté- rin et le placenta fœtal j entre V utérus et le placenta , entre la mère et le fœtus. 6. Plusieurs de ces vaisseaux sont même assez gros pour être distinctement aperçus dans leur état naturel et sans le secours d'aucune injection. Le placenta des lapins est formé comme de deux gâteaux, et c'est dans le centre de chacun de ces gâteaux: que se montrent les vaisseaux utéro-placentaires . § IV. I. Ces résultats obtenus sur l*espèce du lapin, \e les ai vus se reproduire sur l'espèce du chien , sur celle du chat. Dans une expérience faite sur l'espèce de \homme ji'dà retrouvé, dans la veine ombilicale , ure partie de la liqueur qui avait été injectée par les veines de l'utérus. 1. Or, toutes ces espèces, V homme ^ le chien, le chat, le lapin ont un placenta unique ^ et, comme on va le voir, ces animaux à placenta unique sont les seuls encore où j'aie reconnu une véritable communication vasculaire , une communication vas- culaire évidente entre le fœtus et la mère , entre le placenta et Xutérus. § V. t . Quelque nombreuses, quelque multipliées, en effet, qu'aient été mes tentatives sur les pachydermes, sur le cochon, par exemple, je n'ai jamais vu passer la moindre partie de la liqueur injectée, soit des houppes vasculaires du chorion dans les veines de V utérus, soit des veines de V utérus dans les houppes du cho- rion, houppes qui constituent les placentas multiples de ces ani- maux, comme chacun sait. 2. Je n'ai pas obtenu de résultat aussi net, aussi tranché dans les ruminans, dans la brebis , dans la vache, par exemple. Les villosilés qui forment les houppes ou les placentas du chorion, dans ces animaux, pénètrent tellement dans les mailles des co- tylédons utérins, que le moindre épanchcmcnt survenu teint 68 FLOURENS. — Communie, vâsc. entre la ft^ère et le fœtus plus ou moins ces villosités et rend par là le résultat obscur (i); et néanmoins un examen approfondi finit par faire voir que les nuninans sont dans le même cas que \q^ pachydermes. 3. L'exemple dcs/7//7z//?a//^etdes pachydermes, opposé à celui des rongeurs et des carnassiers, montre donc, avec évidence, que, sous le point de vue qui nous occupe, les iiiammifères forment deux divisions, savoir, les animaux ^a placenta unique, où il existe une communication vasculaire entre la mère et le fœtus, et les SLaimaLUx à. place/itas multiples, où cette communication vascu- laire n'existe pas. § VI. 1 . A prendre donc dans son ensemble la classe des mammifères , deux modes distincts constituent les rapports de Xutérus avec \œuf, de la mère avec \e, fœtus; ou une communication vascu- laire, c'est-à-dire une communication très prononcée, mais par un seul point, par un placenta unique; ou des communications très faibles, des communications de simple contact, de simple adhésion, mais par plusieurs points, mais par des placentas TnuUiples. 2. Et il est aisé de voir que ces deux modes se compensent : de faibles, mais très nombreuses communications équivalant, en effet , à une communication très prononcée , mais unique. 3. En d'autres termes , la communication du fœtus avec la mère se fait par contiguïté ou par continuité. 4- Et quand elle se fait par contiguïté, cette contiguïté s'opère par un très grand nombre de points; et quand elle se fait par continuité y cette continuité ne s'opère que par ini seul point: Vétendue de la surface ou des points de contact suppléant, dans le premier cas , au défaut d'' énergie du mode de communication, et V énergie du mode de commu?iication sxx^^^XcAnX. , dans le second cas, au défaut à' étendue de la surface. (i) On peut remarquer, d'ailleurs, que les r»m/na/2^, animaux aplacentas multiples ,mMS vo- lumineux, forment, par le volume même de ca placentas , et par la pénétration de leurs villo- sités dans les cotylédons utérins , une Sorte d'intermédiaire entre les animaux à placenta unique ( l'homme , les quadrumanes , les carnassiers , les rongeurs , etc.), et les animaux à placentas petits cl multiples ( les pachydermes , les solipèdes , etc.). J F. J. PICTET. — Sut le genre Sialis. 69 jMiÎMOiRE sur le genre Sialis de Latrellle, et Considérations sur la classification de l'ordre des ISévroptères, Par F. J. PicTET. Le but que je me suis proposé de passer en revue les divers genres des Névroptères m'a amené à étudier les Sialis , qui m'ont paru offrir quelques circonstances importantes à la classification et à l'histoire de cet ordre. Les niétaaiorphoses de ce genre étaient déjà en partie connues, toutefois ce qu'on savait de la nymphe m'a paru insuffisant, et eu suivant leur histoire j'ai été frappé de quelques faits qu'il m'a semblé intéressant de faire con- naître. Ayant étudié, ces dernières années, quelques autres genres du même ordre (Perles, Némoures et Phryganes), j'ai été amené à envisager les rapports naturels des Névroptères d'une manière un peu différente de celle qui avait présidé à leur clas- sification , aussi ferai-je précéder ce qui tient aux détails de mœurs des Sialis de quelques considérations sur les rapports de ce genre avec les autres Névroptères et sur la classification de cet ordre. Linné réunissait l'espèce unique qu'il connut, aux Hémérobes (^H. lutarius), et nous verrons plus bas qu'en effet nos Sialis doivent être rapprochées de ces insectes. Fabricius, au contraire, les plaça dans le même genre que les Perles {Semblis lutaria) ^ mais les Perles et les Sialis diffèrent considérablement les unes des autres, soit à l'état parfait, soit à l'état de larve. De Géer s'ac- corde avec Linné pour les réunir aux Hémérobes, ainsi que Latreille. Cette discordance entre les principaux naturalistes ainsi que celle qui a toujours régné entre eux pour l'arrangement des Né- vroptères, provient de la différence des principes qui les ont dirigés, aussi convient-il de jeter un coup-d'œil général sur les caractères qui peuvent servir dans la classification de cet ordre* Deu:; classes de caractères se préseuteutinunédiaiement, savoir : 70 R J. PiCTET. — Sur le genre Sialis. ceux tirés de l'insecte parfait, et ceux tirés de la métamorphose. Il est évident que les premiers doivent être préférés aux se- conds, et même on peut dire qu'aucune division valable ne peut être établie sur des caractères uniquement tirés des mé- tamorphoses, les raisons sont trop évidentes pour qu'il soit nécessaire d'y insister. Mais, en même temps que je crois devoir sanctionner ce principe d'une manière absolue je ne puis admettre avec Lamarck que les caractères tirés des mé- tamorphoses soient de peu d'importance. L'illustre auteur de l'histoire des animaux sans vertèbres se base sur le désaccord qui existe souvent entre les classes naturelles et les différences des métamorphoses; mais la plus grande partie de ces désaccords vient de métamorphoses mal observées ou de classes peu natu- relles , et ces caractères me paraissent au contraire un fil pré- cieux qui tantôt guidera poiir l'établissement des familles , et tantôt viendra confirmer celles que les organes de l'insecte par- fait avaient déjà indiquées. L'ordre des Névroptères est un des plus intéressans sous ce point de vue, à cause de la variété de ses métamorphoses, et je| crois pouvoir démontrer que si on partage cet ordre en fam/Iles vraiment naturelles, les mé- tamorphoses seront sensiblement uniformes dans chacune de ces familles. Les caractères tirés de l'insecte parfait sont les organes de la bouche , les antennes et les organes de la locomotion (pattes et ailes ). Les premiers sont les plus importans en ce qu'ils influent davantage sur le genre de vie de l'insecte; il doivent en général être préférés aux derniers qui seront cependant d'un grand se- cours, surtout les ailes et leurs nervures. Si on jette les yeux sur la planche qui est jointe à ce mémoire on verra que la larve de la Sialis déjà figurée par Roësel est une larve hexapode, agile, munie d'organes respiratoires externes, simples et allongés, situés des deux côtés de l'abdomen. Cette larve est aquatique, se creuse des trous dans la vase et vient se métamorphoser dans un endroit sec en une nymphe immobile. Nous reviendrons plus tard sur toutes ces circonstances pour ajouter à ces faits déjà connus quelques observations sur la phy- siologie et les mœurs des insectes. F. J. picTET. — Sur lé genre Sialis. 71 Si, d'un autre côté , on compare avec l'histoire de la Sialis celle de laRaphidie, donné par M, Percheron dansle Magasin deZoolo- gie de i833, on sera frappé de la grande analogie qui existe entre elles. Les larves de ces deux genres, à l'exception des organes respiratoires externes, que dans d'autres ouvrages j'ai déjà dé- montré être de peu d'importance comme caractères, ont une grande ressemblance ; les nymphes en ont encore plus. Les insectes parfaits se rapprochent soit par la foi'me des ailes et la disposition des nervures, soit par la composition de leur bouche. Je crois donc pouvoir être fondé à considérer les Raphidies et les Sialis comme très voisines et appartenant à la même division naturelle. Je n'ai point la prétention, dans un mémoire aussi spécial que l'est celui-ci, de reconstituer toute la classification des Névrop- tères. Elle n'a d'ailleurs pas besoin d'autant de changemens que quelques naturalistes ont paru le croire. La méthode adoptée par Latreille a déjà fait faire un grand pas à la science à cet égard, et, disons-le en passant, c'est un des traits les plus re- marquables de ce grand naturaliste que d'avoir su toujours saisir dans l'étude des insectes parfaits les caractères vraiment impor- tans, au point que les nouvelles découvertes que la marche pro- gressive de la science amène tous les jours, viennent presque sans exception confirmer ses divisions. C'est un hommage que se plaisent à lui rendre tous les entomologistes, soit qu'ils étu- dient l'anatomie , soit qu'ils s'occupent de taxonomie. Dans ces derniers temps, M. Brullé, dans son bel ouvrage sur l'Entomologie de la Morée, a cherché à arriver à une nouvelle disposition de cet ordre. Il le partage en quatre divisions à cha- cune desquelles il laisse le nom d'ordres. Ce sont: i^ les Dic^ tyoptères (Libellules, Ephémères et Perles); a° les Isoptères (Ter- mites); 3" les Trichoptères (Phryganes) ; 4° les Névroptères, ren- fermant le reste de l'ancien ordre du même nom , et il rejette dans les Orthoptères, les Mantispes, les Raphidies et les Pso- ques. Il me semble que les caractères ne sont pas assez tranchés pour qu'on puisse mettre dans des ordres différens les Phryganes et les Sialis, ces dernières et les Raphidies, les Psoques et les Ter- 72 F. ï. PiCTET. — Sur le genre Sialis. mites, etc. Je crois que l'ancienne dénomination de Névroptères peut subsister dans les mêmes limites, pourvu qu'on les partage en familles naturelles. Il y a d'ailleurs des points de détail où il me semble qu'il y aurait des objections à faire : ainsi lesPsoques ont des analogies assez éloignées avec les Orthoptères, ils se rapprochent beaucoup plus des Termites ; les Raphidies ont été depuis reconnues avoir des métamorphoses complètes. Il y a cependant, dans le projet de M. BruUé, des vues qui me sem- blent tout-à-fait dignes d'être appuyées, telle est celle qui lui fait rapprocher les Perles des Orthoptères pour les éloigner des Phryganes. Prenant pour base l'ordre établi par Latreille, je présenterai quelques observations nécessitées par la connaissance des méta- morphoses plus grande qu'à l'époque où il écrivit, et je tâcherai de donner un tableau plus naturel des familles et des genres de cet ordre. Latreille divise ses Névroptères en trois familles, les Subuli- cornes, les Planipennes et les Plicipennes. Les Planipennes se divisent en cinq tribus qui sont : les Panorpates, les Myrméléo- nides,les Hémérobins, les Termitines et lesPerlides. A cette classification, on peut faire ce me semble les objections suivantes. Les caractères qui séparent les Panorpates des Termitines et des Perlides, et ces deux dernières divisions l'une de l'autre sont beaucoup plus importans que ceux qui divisent les Hémérobins et les Myrméléonides; on peut même dire que les Perlides et les Panorpates s'éloignent autant et plus des autres Planipennes que lesSubulicornes ou les Plicipennes.il ya donc,ce me semble, dans cette classification un vice, en ce sens que la famille des Planipennes est composée de tribus, dont quelques-unes repo- sent sur des caractères trop importans pour n'êti^e pas érigées en familles, et qu'ainsi l'équilibre qui doit toujours exister est rompu, puisque les caractères des tribus sont quelquefois au moins aussi importans que ceux des familles. Je crois donc qu'on devrait plutôt partager les Névroptères en six familles , qui seraient : r. 3. piCTET. *-• Sur le genre Sialis. ^3 10 Les Subulicornes , avec les caractères que leur donne La- treille ; 2° Les Planipennes , bornées aux Hémérobins et Myrméléo- nides. On pourrait alors ajouter aux caractères : ailes en toit, ré- ticulées, à nervures bien marquées et nervules transversales nombreuses, les inférieures non plissées semblables aux supé- rieures, métamorphoses complètes; 3° Les Panopartes distinguées de tous les Névroptères, parce que l'extrémité antérieure de la tête se prolonge et se rétrécit en forme de bec ou de trompe. Leurs ailes sont horizontales, l«;s inférieures égales aux supérieures, non plissées, les nervures transversales, peu nombreuses. Leur métamorphose, encore presque inconnue, est vraisemblablement à nymphe immobile et par conséquent complète ; 4° Les 7e/'/7z///7ze^ réduites aux Termes et auxPsoques, à quatre articles pour le plus aux tarses , à ailes à nerwu'es transversales rares , à bouche assez semblable à celle des Orthoptères , à demi- métamorphose ; 5» Les Perlîdes caractérisées par des mandibules petites , des ailes horizontales , dont les inférieures plissées et doublées sur elles-mêmes , à bouche se rapprochant de celle des Orthoptères par un appendice à la mâchoire, à demi-m.étamorphose; 6° Les Phryganides sans mandibules, à ailes en toit, à méta- morphose complète. (J'ai abandonné ainsi que je l'ai dit dans mon ouvrage sur cette famille, les noms de Plicipennes et de Trichoptères j parce que ces mots ne s'appliquent qu'à une partie de la famille.) Ces six familles me paraissent établies sur des caractères d'une valeur sensiblement égale et ils me semblent partager les Né- vroptères d'une manière naturelle, que les caractères des ailes et des bouches tendent à établir, d'accord avec ceux tirés des métamorphoses. Quant à l'ordre que l'on devrait adopter entre ces six familles, je crois : i " Que la famille des Tcrmitincs et celle des Perlidessont les deux 74 *■• ^' PiCTET. — Sur le genre Sialis. qui ont le plus d'analogie avec les Orthoptères. Elles ont, comme les insectes de cet ordre, un appendice à la mâchoire (^Gaîea) et des demi-métamorphoses. Je mettrai donc ces deux familles en tête en commençant par lesTermitines, dont les ailes sont plus semblables à celle des Orthoptères que celles des Perles; a° Les SubuUcornes viendront après ; ces insectes se lient aux précédens par les Éphémérides et aux suivans par les Libellu- lines , dont les ailes très en réseau ne ressemblent point à celles des Orthoptères. Ces trois familles renferment tous les Névrop- tères à demi-métamorphoses. Parmi les Névroptères à métamorphose complète, nous place- rons en première ligne : i" Les Planipennes ^ qui se rapprochent des Libellulines par leurs ailes , et des Phryganides par les Sialis ; 52" Les Panorpates , groupe anomal qui ne se rattache qu'im- parfaitement aux autres familles, et qui ferait assez bien un pas- sage aux Diptères par les Bittacus; 3" Les Phryganides , qui font par les Mystacides un passage aux petits Lépidoptères de la famille des Tinéites. Reprenant maintenant la famille des Planipennes ,\ç. ferai re- marquer que Latreilie a été induit en erreur quand il a cru que les Raphidies n'avaient que des demi-métamorphoses; elles en ont d'analogues aux Sialis et doivent en être rapprochées. Les Mantispes, si elles ont des demi-métamorphoses, sont des Or- thoptères; mais si elles en ont de conjplètes, elles devront rester dans la tribu des Raphidies. La famille des Planipennes se com- posera donc de deux tribus : 1*^ Les Myrinéléonides , comprenant les genres Fourmilion et Ascalaphe, à six palpes, à antennes en bouton; u° Les Hémérohins, comprenant les Hémérobes, les Sialis, les Raphidies et les Mantispes, à quatre palpes, à antennes en fil. On pourrait donc donner le tableau suivant de l'ordre des Névroptères. F. J. PiCTET. — Sur le genre Sialis. î5 Termitines. Perlides. . sueulicornes. Termitines propi-. Psocides . . . . Planipennes. NÊVROPTÈRES. 'Éphcmérides . Libellulines. . Myrméléonides. IIcmcroLins. Termes. Psoques. I Perles. ( Némoures. . Ephémères. I Libellules. . <^shnes. AgrioDS. Fourmilions. Ascalaphes. HtméroLes. Osmylcs. Nymphes. Corydales. Chauliodes. Sialis. ilaphidies. Mantispes? / Ncmoptèrcs. Panorpates. •. r.- . . r- . -.: . . C^ttaques. i Fanorpes. Borées. Phryganes. Mystacidcs. Trichostomes. Scricostomcs. Rhyacophiles. Ilydropsychés. Psychomyies. \Hydroptiles. Telle est la classification des Névroptères que je crois devoir proposer aujourd'hui. Elle pourra être modifiée à mesure que de nouvelles espèces seront connues , ou que les larves des an- ciennes seront mieux étudiées. Je me suis attaché à changer le moins possible les noms admis et à n'introduire que les modifi- cations strictement nécessitées par les nouvelles découvertes. Je passe maintenant à ce qui tient plus spécialement aux Sialis. Tous les auteurs qui s'en sont occupés n'en ont connu et dé- crit qu'une seule espèce. Je ferai voir plus bas que nos environs en offrent deux voisines, mais bien distinctes. Pour le moment, je rae bornerai à considérer la larve de la première espèce , car presque tout ce que j'en ai à dire est applicable à la seconde. Je ne m'étendrai pas sur la description organique, carRoësel et De Géer s'en sont déjà occupés. Je rappellerai seulement que ces larves (pi. 3, fig. i) ont une tête épuiUuuse, munie d'yeux et d'an- Phrycanides 76 F. J. PiCTEï. — Sur le genre Sialis. tennes courtes , en soie, à quatre articles, dont le dernier en forme de poil (fig. i a. ).Les mandibules sont arquées, pointues avec une ou deux petites dents au côté interne. Les mâchoires sont aussi légèrement arquées et munies d'une sorte de palpe bifide. Le thorax est composé de trois anneaux à-peu-près égaux, il porte des pattes dont les tarses à deux articles sont terminés par deux crochets (fig. i c.) L'abdomen est intéressant à observer à cause des organes respiratoires externes , qui sont situés de chaque côté du corps au nombre de deux par anneau (fig. i.b.). Ces filets diffè- rent de tous ceux connus, parce qu'ils sont articulés , c'est-à-dire composés de quatre pièces qui vont en diminuant vers l'extré- mité. Ils sont évidemment les analogues des filets respiratoires des Ephémères et desPhryganes, sauf cette différence de l'arti- culation. Il est impossible de ne pas s'étonner en voyant des variations si fréquentes dans les organes respiratoires des larves du même ordre, qui ont en apparence le même but à atteindre et vivent dans les mêmes milieux; du reste , j'ai déjà à diverses reprises indiqué des exemples encore plus frappans de ces dif- férences. Je dois aussi faire remarquer ici que ces articulations vien- nent confirmer l'opinion de ceux qui voient dans cesappandices abdominaux l'analogue des pattes du thorax. Ces filets articulés établissent un passage entre les pattes et les organes plus simples des Ephémères et des Phryganes. Puisque j'ai parlé de ces organes, je dirai aussi quelques mots de la fonction de la respiration dans ces larves. Elles sont destinées à vivre dans l'eau ou dans la vase très humide ; cepen- dant comme la nymphe doit être mise à l'abri de l'eau, on les voit, peu de temps avant leur métamorphose, se retirer près du rivage, dans la terre, pour s'y disposer à quitter leur forme de larve. Il y a donc cette différence entre les nymphes des Sialis et celles de tous les autres Névroptères connus, à larves aqua- tiques, que sa nymphe est terrestre, tandis que dans le cas or- dinaire la larve aquatique se transforme en une nymphe qui. — mme elle, vit dans 1 eau. Nos larves de Sialis ^c rendent donc hors de l'eau lorsqu'elles F. j. picTET. — Sw le genre Sialis. -77 veulent passer à l'état de nymphe; c'est un fait qui avait déjà élé indiqué par Roësel. jMais j'ai été très frappé, au printemps, de trouver de ces larves à une distance de six à huit pieds de Teau dans un terrain très sec et au pied des arbres. Elles vi- vaient là avec des larves terrestres et aussi avec celles d'un Co- lymbète qui paraît avoir les mêmes mœurs. En trouvant ces larves, je ne doutai point que ce ne fussent de vraies larves terrestres et je les élevai comme telles dans de la terre. Elles vécu- rent au moins quinze jours avant que de se métamorphoser et ne paraissaient point souffrir. Ce fait, qui a quelque intérêt sous le point de vue des mœurs, prend de l'importance dans l'histoire de la respiration. C'est en effet le premier exemple que l'on ait d'insectes respirant l'air atmosphérique avec des appendices res- piratoiresexternes. Lacontexture de cette sorte d'organes est en général telle qu'ils ne peuvent remplir leurs fonctions que quand ils sont humides; s'ils sèchent, ils se contractent et deviennent inutiles. J'ai donc dû être étonné de voir des larves pareilles pouvoir vivre si long-temps dans une terre très sèche. La même condition a lieu pour les branchies proprement dites. Ces organes ont besoin d'être humides pour jouer leur rôle , et nous trouvons dans quelques crustacés terrestres une exception analogue. Les Cloportes en particulier respirent aussi par des branchies et recherchent à cause de cela les endroits frais et humides. Malgré ce fait déjà connu, l'exception que je signale ici dans nos larves de Sialis, offre ce me semble quelque intérêt, car elle a lieu dans des insectes proprement dits, et comme on lésait, les organes respiratoires externes de ces auinjaux ne peuvent point être comparés à des branchies, et par suite ces deux cas ne sont point identiques Nous avons dit que ces larves s'enfonçaient dans la terre, elles s'y creusent une cavité ovoïde et s'y métamorphosent en une nymphe immobile, molle, assez analogue à celle des Phryganes et Raphidies. Cette nymphe, inconnue à De Géer, a été mal fi- giu'ée par lloësel. Ses antennes, ses pattes, ses rudimens d'ailes sojit bien visibles (fig. 2); les anneaux de l'abdomen sont (hg, 2 a. ) munis d'un cercle de poils raides qui est situé aux deux tiers dans les premiers anneaux et à l'extrémité dajis les derniers j% F. j. PICTET. — Sur le genre Sialis. (fîg. 2 b. ). Quanti elles veulent éclore, elles ne deviennent point mobiles comme celles des Phryganes, mais elles se métamor- phosent sur place, laissant comme elles une dépouille intacte représentant toute la nymphe, et c'est le Sialis parfait qui se désaxe de la terre où elle était enfermée. L'insecte parfait vit pendant quelques jours, s'accouple et pond des œufs, déjà décrits par Roësel et De Géer, qui sont ovoïdes, terminés par une petite pointe qui semble articulée. La femelle les pond en plaques sur des feuilles ou des débris de roseaux , quelquefois même sur les murs ou les pierres. Il faut souvent, d'après leur position, que la jeune larve aille chercher l'eau à quelque distance pour s'y établir. J'ai dit plus haut que l'on trouvait aux environs de Genève deux espèces de Sialis; je terminerai en indiquant leurs carac- tères distinctifs. La première, la seule connue , diffère de la se- conde parce qu'elle est constamment plus claire et qu'elle paraît tous les printemps deux à trois semaines plus tôt. On n'a qu'à jeter les yeux sur la figure de Roësel pour s'assurer que c'est bien notre première espèce qu'il a eue entre les mains. Je lui conserverai son nom de Sialis lutarius , car ce nom spécifique est le premier qui lui ait été donné par Linné et conservé par Fabricius, et je ne sais pourquoi Latreille l'avait changé en Sialis niger^ nom qui n'a pas dû être adopté. Nos deux espèces sont donc : I. Sialis lularius. Fi g. 1-4- Noire, tête et corselet mélangés de fauve vif, ailes d'un brun clair, opaques, à nervures noires; larve à taches bien mar- quées. Sj'nonymie. Linn. Syst. nat. Ed. xir. Hemerobius lutarius. Roësel. IL PI. xnr, p. giS, n° i4 i<^' Fabr. Ent. syst. IL p. '][\, n° lo. Semblis lutaria, Latreille. Hist. nat. XIII, p. 44- Sialis niger. F. J. vitH*i.^^Sùr te ^èhf è^i^Vis. 79 2. Sialis fuUginosus. Fig. 5 et 6. Noire , tête et corselet mélangés de fauve obscur , ailes d'un brun foncé, presque noires , à nervures noires; larves à taches peu marquées. On voit donc que ces deux espèces diffèrent : 1° Par la couleur des ailes qui sont d'un brun très clair dans la première, et presque noires dans la seconde. Cette différence est très marquée entre les mâles (fig. 4 6t 6). Le mâle du 5. îutarius est fauve , et celui du S.fuligmosus noir ; mais les fe- melles sont plus difficiles à distinguer. a° Les taches de la tête et du corselet sont fauves dans la première espèce, et d'un brun souvent foncé dans la seconde. Dans le mâle même, elles sont noires. 3^* Les larves, tout en ayant une grande analogie, diffèrent par la couleur. Celle de la première espèce a les taches bien marquées en brun foncé sur un fond pâle; mais celle du S. fu- Uginosus^ tout en ayant le même genre de dessin, a le fond, encore plus pâle et les taches moins visibles. Je renvoie à la figure pour ces différences. Il est à remarquer que la couleur générale est sujette à varier; mais ce qu'il faut considérer, c'est si les taches sont plus ou moins visibles. 4° Le 5. Iutarius éclot au mois d'avril, et le S. fuUginosus au moins quinze jours plus tard. Ces différences pourraient paraître insuffisantes et surtout un peu vagues; aussi ai-je cherché à leur substituer un carac- tère plus précis qui ne fût pas entaché de cette variation de jjlus au moins qui se fait sentir dans tous ceux que nous venons d'indiquer. Les nervures ne peuvent malheureusement être ici d'aucun secours, car elles sont sujettes à de grandes variations dans l'espèce, et sont souvent aussi différentes d'un iudividu à l'autre dans la même espèce que d'un iudividu d'une espèce à un de l'autre. 8o F. ï, PICTET. — Sur le genre Sialis. J'ai cherché un caractère dans la tête, et j'en ai trouvé un peu visible, mais qui m'a paru constant, et qui, ajouté à ceux précédemment indiqués, suffit pour mettre chaque naturaliste à même de distinguer clairement ces deux espèces. La tête vue en-dessus, fig. 4 ^ et 6 ^, offre dans son milieu un sillon longitudinal. A la partie postérieure de la tête et des deux côtés de ce sillon, on voit deux taches allongées plus claires que le reste. En examinant un très grand nombre de Sialis des deux espèces, j'ai vu que dans le S. lutarius, les deux taches sont aussi larges en avant qu'en arrière, tandis que dans le S.fuligiiiosus, elles forment, paï leur réunion, une sorte de coeur allongé. Les bords du sillon, en avant des taches, sont de plus aplatis dans la seconde, et arrondis dans la première espèce. Tels sont les caractères qui distinguent ces deux espèces. Je crois que le plus souvent on pourra les reconnaître facilement à^la couleur, sinon il faudra recourir au caractère indiqué ci- dessus. La réunion de tous ces caractères, et celui tiré des lar- ves, me semblent justifier amplement l'établissement de deux espèces distinctes. EXPLICATION DE LA PLANCHE III Fig. I . Larve du Sialis lutarius grossi, a. Sa tête vue en dessous. l> Un des anneaux abdo- minaux, c. La patte droite, intermédiaire. Fig. 2. La nymphe de la même espèce, a. Le deuxième (inneau abdominal vu en dessus. b. Les trois derniers, id. c. La patte droite, intermédiaire. Fig. 3. Les oeufs de la même espèce sur un roseau, a. Deux, de ces œufs grossis.^, Fig. 4. Le mâle de la même espèce, grandeur naturelle, a. La femelle, id. b. La tête de celle- ci vue en dessus. Fig. 5. LaT\e à\i Sialis fuliginosus grossie; Fig. 6. Le mâle de la même espèce, grandeur naturelle, a. La femelle, id. l>, La tête de celle-ci, vue en dessus. BRANDT- — Nerfs stomato-gastriques des invertébrés. 8i Bem ARQUES sur les nerjs stomato - gastriques ou intestinaux (nervus sympathicus seu nervi reproductorii ) , dans les ani- maux invertébrés. Par M. le D' Brandt. Membre de rAcadcmie Impériale des Sciences de Saint-Pélersbourg , et directeur du Musée Impérial zoologique de cette ville, (i) La découverte d'un double système nerveux dans les insectes, que nous devons à Swammerdam et à Lyonet, ne peut être que d'un vif intérêt pour l'organologie et la physiologie. C'est ce qui engagea, il y a plusieurs .innées, M. J. Miiller à prendre les nerfs stoinato-gastriques ou intestinaux des insectes , dont on n'avait fait mention jusqu'alors qu'en passant, pour le sujet d'une dissertation spéciale, qui fut insérée en 1828 dans la pre- mière partie du quatorzième volume des Not^aacta Academice naturœ curiosorum. La partie historique de ce sujet a été traitée par M. Miiller d'une manière à-peu-près complète. Cependant sa dissertation ne mentionne pas les observations sur les rudimens des nerfs sto- mato-gastriques que M. Tréviranus a faites dans les Jules (-2), ni les remarques de Succow sur un nerf stomato-gastrique impair dans les Écrevisses et dans le Bombyx pini (3); on aurait éga- lement vu avec intérêt l'auteur mentionner les observations de Cuvier, sur les nerfs stomato-gastriques dans quelques Mol- lusques, et rechercher leur analogie avec ceux des insectes. (4) Après avoir rassemblé et discuté tous les faits déjà connus, M. Mùller a soutenu dans sa disseitation cette idée déjà émise par Meckel et M. Tréviranus : « que les nerfs stomato-gastriques ne doivent pas être comparés au système nerveux ganglionnaire des invertébrés, mais bien aux nerfs sympathiques des animaux (i) Traduction du Mémoire allemand inséré dans le tom. ni des Mémoires de l'Académie Impériale des Sciences. (a) Ecrits divers, part. a. pag. 47. (3) Recherches nnatomiques et physiologiques sur les Crustacés. Heideiberg, 1818. (4) M. Muller a également omis de citer une observation de M. Auduuin nialivr à la dé- couverte de ce système ganglionnaire d.ins la Lytta resicatoria et publié en i8a6. (Ann. des Se nat. tom. ix, p. 3^ et 40.) R, V. ZooL. — i Février. 6 iSa BRANDT. — Sur les nc/fs storjiato-gastriques supérieurs. » Il a démontré pour la première fois l'existence de nerfs intestinaux dans plusieurs insectes {Phasma j'crula ^ Man- tis -¥^g)'ptiaca , Gryltoialpa vulgaris , Blatla orientalis, Gi'vl lus hieroglyphicus , Dytiscus margmalis^ Lucanus cervus^ et dans une chenille de Sphinx), et a émis cette opinion, que leur développement est proportioimé à celui du canal intestinal, (i) Depuis la publication de l'excellent travail de M. MùUer, on a tenté de nouvelles expériences sur le sujet en question. Il faut mentionner en première ligne les intéressantes recherches de 'M. \S\.vdin?, [Considérations générales i Paris, 1828) sur l'anato- mie du Hanneton. Outre le nerf nommé impair (ne/t'z/i" recur- rens des premiers entomologistes, système nerveux stomato- gastrique impair, Nob.) qu'il désigne coxwvcm xxw système ner- veux cV organes vitaux [ibid. pag. 4o6), sans y comprendre sans doute le ganglion stomachique qui existe toujours, M. Straus a remarqué deux paiies de petits ganglions paiticidiers , placés derrière le cerveau, et qui sont réunis au nerf impair et au cer- veau par deux filets très fins. Je les avais aussi découverts dans les Meloés, avec mon ami Ratzeburg, dans l'été de 18^7 , sans avoir connaissance des observations de M. Straus. Cet auteur ne considère cependant pas ces ganglions (p. Sgi , et pi. ix, fig. 1-2 e. f.), comme laisant partie des nerfs stomato-gastriques; mais il les regarde comme des ganglions latéraux [ganglions collatéraux ou accessoires) du cerveau , bien qu'ils se distin- guent de celui-ci d'une manière évidente, lorsqu'on suit leur développement dans les différens groupes des insectes. Il n'a vu également aucun fdet se rendre de ces ganglions à l'œso- phage. En même temps que M, Straus, MM. Audouin et Milne Edwards publièrent leurs recherches sur le système nerveux des Crustacés [Ann. des Se. nat. t. xiv.), et donnèrent à la page 77 et suivante une description accompagnée de planches, d'une partie des filets du système nerveux pair, et de l'ex- trémité postérieure du système nerveux stomato-gastrique im- (i) Cette opinion poiinait bien ne s'appliquer qu'aux Insectes , ilans l'acceptiou rigoureuse de ce mot , et peul-èire luènie à une partie des crustacés. des animaux inverlébrés. 85 pair clans le Homard, dans un Paîémon, dans une Langouste et dans un Maja. Ayant entrepris de donner, dans la deuxième partie de la Zoo- logie médicale (Berlin, i83o à 1 833, in-4°), une anatomie dé- taillée des animaux inférieurs employés en médecine, je fus conduit à étudier les nerfs stomato-gastriques des Meloés et des Cantharides, ce que j'exécutai en partie avec mon ami Ratze- burg, et en partie seul. Plus tard, lorsque M. Ratzeburg eut quitté lierlin, j'étudiai pendant les années i83o et i85i , les nerfs sto- mato-gastriques des Bombyx niori y à l'éîat de chenille et de pa- pillon , Coccinella septem maculala j Grfllus migratorius ^ Léi- helliiln , Epeira diadema , Lucanus ceruus j Bombus terrestris , yipis m B m fera , Astacusjliwiatills , Porcellio scaber et dilata- tus mihi, ainsi que des PhaÉina ferula , Mantis religiosa, Scolo- pendra morsitans , Lijgœiis et Spirobolus Olfersii (i) Mihi; et j'eus le bonheur de découvrir dans les Hélix pomatia , Sepia elei^ans et Octopus vulgarls , wn système nerveux stomato-gas- trique analogue à celui des insectes, et qui n'avait encore été qu'imparfaitement démontré. Mes observations au sujet des genres Astacusy Epeira y Por- cellio j, Ltytia y Meloe y yipis, Sepia et Hélix, sont insérées dans la deuxième partie de la Zoologie médicale, mais d'une manière très concise. Cependant , une partie des recherches que je viens de mentionner fut le sujet d'une communication faite à la sec- tion Zoologique de la réunion des naturalistes à Hambourg, en i83o, par mon ami, le professeur Nordmann, et publiée dans risis , aimée 1 83 1 , p. r oo3-, telles furent en particulier mes observa- tions sur les genres Bombyx , Gryll'is y Libellula , Meloe y Lytla. et Epeira. Ce passage de l'Tsis fit d'abord connaître que l'on doit admettre, dans les insectes un double système de nerfs intestinaux, savoir, un impair et un pair, qui se présentent tous deux dans un tel état l'un à l'égard de l'autre, que lorsque l'un a acquis plus de développement, le second est plus rudimentaire. Dans le même cahier de l'Isis, p. 98G, M. Stannius avait fait in- sérer ses recherches sur les nerfs intestinaux des Amphinomes. . (1) Voyez pour )«• genre ipirohulin te Btillclin dus Naluralisles de Moscou, Iomi. vi. p. joî. 6. 84 BUANDT. — Sur les nerfs stomato-gaàtriques Les Transactions philosophiques de la Société Royale de Londres pour l'année 1 882, renferment dans la deuxième partie, pag. 383, pi. 12 et i5, des recherches de M. Ch. Newport sur le système nerveux ganglionnaire et intestinal de la chenille et de la nymphe du Sphinx ligustri. En 185-2, j'étudiai à St. Pétersbourg la structure de la Sang- sue^ et j'eus le bonheur de découvrir chez elle des traces non équivoques de nerfs intestinaux. L'excellent Manuel d'Entomologie de M. Burmeister (Ber- lin i833 in-8° avec atlas in-4°) renferme sous le titre de Système nerveux du pharynx (p, 5o8)^ la réunion de tout ce qui con- cerne leur anatomie en général. L'auteur semble avoir voulu adopter les principales idées que présentent mes remarques in- sérées dans l'Isis, quoiqu^il se contente de dire à la page 3o8 : « M. Brandt, dans le mémoire en question, a complété les re- cherches de Mûller. » Nous trouvons des détails très circonstanciés dans les re- cherches de M. Burmeister sur les nerfs stomato-gastriques du Qryllus migratorius , mais ils s'éloignent peu de ceux que nous avons présentés dans l'Isis, (loc. cit. pi. 7. fig. 5), et que M. Bur- meister ne cite pas; ils n'en diffèrent que par quelques bran- ches qu'il a suivies plus loin. Outie ces observations sur le Qryllus y M. Burmeister a aussi représenté dans la pi. 16, fig. 8., la partie frontale du système nervf^ux impair, et les ganglions antérieurs du système latéral , des nerfs stomato-gastriques dans la larve du Calosoma srco- phanta. Les nerfs stomato-gastriques des Écrevisses ont été décrits dernièrement avec beaucoup de détails par M. Rrohn (Isis , 1834, p. 529.), d'une manière conforme à nos observations précédentes. Depuis la publication du mémoire peu étendu que renferme l'Isis, j'ai multiplié les observations sur les nerfs intestinaux desinvertébrés, et j'ai soumis à de nouvelles recherches ceux de la Blatta orientalis et du Gryllotalpa vulgaris , déjà étudiés par M Millier. En outre, les détails que renferme la Zoologie médi- cale sur les nerfs intestinaux, sont trop peu étendus et en gêné- des animaux invertébrés. 85 rai trop isolés et trop disséminés , pour ne pas être présentés de nouveau dans une série plus complète. Il ne sera donc pas inutile de rassembler ici, soit les détails non encore publiés de recherches spéciales, soit même celles déjà connues, et de présenter les résultats que l'on peut en déduire; ce qui oblige nécessairement à rappeler en leur lieu les observations des auteurs qui nous ont précédés. Les faits que nous allons énumérer ne peuvent néanmoins être considé- rés que comme des fragmens de mémoires, en attendant les travaux plus complets que susciteront sans doute les questions de prix proposées par notre Académie. Il faudra faire encore bien des recherches avant que la connaissance de ce système nerveux si remarquable puisse être regardée comme com- plète. DÉFINITION DU NOM DE NERFS ST03IAT0-GASTRIQUES. On désigne en général sous ce nom dans les invertébrés, les nerfs quiforment un ou plusieurs ganglions distincts de la masse générale du système nerveux, et qui se rendent aux parties de !a bouche, aux glandes salivaires quand elles existent, à l'œso- phage, à l'estomac, au foie lui-même, et déplus aux organes de la reproduction. Leurs ganglions principaux sont ordinairement séparés de la masse générale du système nerveux et situés dans la partie du corps qui lui est opposée. Dans les Mollusques et les animaux articulés, on les trouve sur les côtés de la partie dorsale de l'oesophage et de l'estomac, et sur les côtés de leur partie ven- trale dans les Céphalopodes. On remarque que ces nerfs se rendent principalement aux parties de la bouche, à l'œsophage et à l'estomac, mais qu'ils ne se prolongent pas jusqu'au foie dans tous les groupes; il fau- drait donc, si l'on voidait leur donner un nom en rapport avec leurs connexions, adopter celui de nerfs stomato-gastriques '^^Mundmagennervcn), qui les désignerait dans le plus grand nombre des cas. M. Burmeisler avait déjà senti que l'expression <\c nerfs intestinaux ( Kingeweif^lencrven ), n'est pas tout-àfait 86 ERANDT. — ■ Su/' /es nerfs sloiiiato-gasi rlques exacte , puisqu^il lui substitua celle de système nerveux du pJui- 7j72a' (Schlundnervensystem). Tout ce que nous avons dit jus- , qu'ici prouve suffisamment que cette dernière expression est elle-même trop restreinte. Si l'on voulait désigner ces nerfs d'après leur importance physiologique, il faudrait peut-être leur donner le nom de nerfs reproducteurs {iiervi reproductorii) , si l'on ne croit pas pouvoir leur laisser celui de sympathiques. Les nerfs stomato-gastriques ont été démontrés jusqu'ici d'une manière plus ou moins complète dans les Crustacés, les Insectes, les Céphalopodes et les Gastéropodes; mais on ne les connaît encore que superficiellement dans les Annélides et les Arachnides. Des recherches ultérieures nous apprendront si ces nerfs se trouvent dans les Acéphales et autres Mollusques , ainsi que dans les Zoophytes, et notamment dans les Radiaires. Je pourrais presque les soupçonne»- dans les Acéphales. Leur démonstration dans les Radiaires serait d'un intérêt tout particulier. Ces nerfs forment soit un système simple et situé sur la ligne médiane, comme dans les Céphalopodes , soit deux systèmes la- téraux pairs (les Gastéropodes); ou bien encore \\n système im- pair sur la ligne médiane, et eu même temps ou voit de chaque coté un ganglion que j'ai déjà désigné sous le nom de système pair, latéral ou symétrique (/sz'.s et Zoologie Médicale), par opposition avec le système médian ou impair. Les Crustacés et les Insectes en offrent des exemples. On ne saurait admettre avec Midler ( Physiologie part, i""^, page 58o) , que le système impair est la forme la plus simple et en même temps la plus parfaite, et que les nerfs stomato-gas- triques ne partent du cerveau, sous forme de filets très fins, que dans les êtres les plus parfaits , car on ne peut pas en faire l'application aux Insecies, où Millier les a lui-même très bien démontrés. On ne trouve pas dans les Insectes , comme le prou- vent mes observations antérieures et celles que je vais présenter, le système nerveux impair seulement; il est toujours accom- |)agné des nerfs latéraux, et toujours chez eux les ganglions stomato-gastriques co:i;muuiquent avec le cerveau par des cor- dons trèfc tins, coiume cela a lieu aussi , à ma connaissance, dans des animaux invertébrés. Sj les Annélides et les Mollusques. On pourrait ailniettre en gé- néral la communication des nerls stomato-^astriques avec le cerveau comme un de leurs caractères essentiels, quelle que soit d'ailleurs la forme sous laquelle ils se présentent. NliRFS STOM.\TO-GASTRIQUES DES CRUSTACÉS DÉCAPODKS. Les nerfs stomato-gastriques de ce groupe d'animaux se dis- tinguent par l'absence d'un ganglion du système impair qui, dans les Insectes, est situé en avant du cerveau. La portion qui répond au système nerveux pair n'a pas non plus ses gan- glions séparés du cerveau ou du collier, que Pon rencontre dans Ions les Insectes. Le système des nerfs pairs provient des cor- dons qui se rendent à la lèvre supérieure, aux parties de la bouche, au pharynx et quelques-ims à l'estomac, et forment le renflement ganglionnaire plus ou moins épais du collier (pi. 4, fig. I, 2 et 3), qui est placé de chaque côté auprès du milieu de l'œsophage. Ce renflement, qui était connu de MM. Audouin et Edwards (loc. cit.), peut être considéré comme un ganglion confondu avec le collier, quoique les cordons qui en proviennent se rapprochent du système impair, sans former de nœuds, d'une manière si intime, qu'ils semblent n'être plus que des cordons destinés à le niiforcer, au lieu de former un système tout-à- fait distinct et séparé de lui , comme on le voit dans les Insectes. L'origine des cordons qui se rendent à la lèvre supérieure et aux muscles des mandibules , semble provenir de l.i partie qu'il làut considérer comme l'analogue du système pair des Insectes; .et comme il n'y a pas là de ganglion antérieur du système im- pair, elle s'étend aussi aux parties de la bouche situées plus en arrière. La partie paire du système usurpe ainsi dans ce groupe quelques-unes des fonctions du système impair. Nerfs stomato-gastriques de l'Écreu-isse. (PI. 4, fig. I et u.) L<' liajcl des nerfs stomato gastriques de flscrc visse fut en 88 . BRANDT. — Sur les nerfs stomato-gastricjues partie couuu de Succow, comme nous l'avons déjà dit, parce qu'il découvrit l'origine du système impair. IMûller semble aussi l'avoir observé, du moins en partie, car il dit à la page 98 : « Je croisavoir remarqué dans l'Ecrevisse nn ganglion fronâa l allongé, qui se ramifie en haut et en bas sur l'estomac. » De mon côté, j'ai présenté d'une manière plus complète que mes devanciers, dans l'anatomie que j'ai faite de l'Ecrevisse pour la a" partie de la Zoologie Médicale, année i83o (page 65, pi. xi), le trajet du système nerveux stomato-gastrique en général; non-seidement j'ai démontré les nerfs impairs indiqués pai- Succow^, et qui se rendent depuis la partie postérieure du cerveau, sous forme de filets très minces, jusque vers le milieu de la surface de l'esto- mac, mais j'ai reconnu aussi dans les cordons observés déjà par MM. Audouin et Edwards, et qui proviennent du collier dans le Homard, la Langouste et le Maja, les analogues du système pair des nerfs stomato-gastriques qui se réunissent à angle aigu avec le système impair. Le trajet de ces nerfs, tel que je l'ai fait connaître, fut confirmé par le travail déjà cité de Krohn, le même qui découvrit de nouveau , avec M. Nordmann , les vers des yeux des poissons, oubliés depuis Wagner (1); il y ajouta même quelques détails que je n'avais pas donnés dans l'his- toire des animaux employés en médecine. Une étude plus récente des nerfs stomato-gastriques dans les écrevisses_, me fit voir que le trajet régulier de ces nerfs a lieu comme je vais l'exposer. (2) Du milieu de l'extrémité postérieure du cerveau (pi. 4i fig- i » 2, A.), part le cordon du système impair a ^ semblable à un fil très mince, situé d'aboid entre les deux moitiés du collier BB, dont il est également éloigné. Ce cordon se dirige en arrière et un peu en bas, puis bientôt, lorsqu'il arrive près de l'origine de l'estomac , il se redresse , s'applique sur le milieu de la paroi antérieure de ce viscère, et, décrivant un arc peu étendu, qui correspond à la courbure de l'estomac, il se rend de sa paroi (i) Histoire naturelle Je la Suisse, Zurich, i68o,in-ia, pag. 2i5,et l'iclithyologie hel- vétique de Hartmann , pag. 56. (s) Il se présente quelquefois, ainsi que Krohn le remarque très bien , de légères différences dans le trajet d'un des filets, sans que pfiur cela le type soit essenlielleinent altéré. des animaux invertébrés. 8g antérieure à sa face supérieure et se continue sur le milieu de cette partie clans les deux tiers antérieurs seulement. Le cordon, dans ce trajet, envoie de chaque côté im ou plusieurs filets sy- métriques, dont le premier, <:/, très grêle, se répand sur la face antérieure de l'estomac. A l'endroit où la paroi antérieure de l'estomac aboutit à la supérieure, le cordon présente un ren- flement plus ou moins apparent , allongé ou en forme de fuseau e, duquel partent de chaque côté un filet antérieur , plus mince et un autre postérieur et plus gros, qui se rendent aux muscles de l'estomac. A quelque distance de ce renflement, avant le mi- lieu de la face supérieure de l'estomac , naissent encore de chaque côté deux û\ei?>f, dont les antérieurs sont aussi plus minces que les postérieurs (fig. 2,/"), et semblent plus superficiels, tandis que les derniers se dirigent de haut en bas vers les côtés de l'es- tomac entre la petite poc'^he (i) où se forment les yeux d'Ecre- visses et la paroi de l'estomac; ces filets, dans leur trajet d'avant en arrière, en projettent plusieurs autres très fins. En arrière des filets que nous venons de décrire , il s'en trouve à quelque distance et de chaque côté deux autres g-, qui semblent plus spécialement affectés à la surface de l'estomac. Après avoir parcouru encore une petite distance, le cordon impair forme vers la moitié postérieure de l'estomac un petit renflement triangu- laire h, quelquefois à peine visible, et se divise alors en deux branches qui s'écartent l'une de l'autre dans un angle assez ou- vert X, k. Chacune de ces branches se rend d'avant en arrière et en dehors sur les côtés de l'extrémité postérieure de l'estomac, et envoie à peu de distance de son origine queUpies petits ra- meaux a. a. qui se dirigent en arrière; il se partage lui-même plus loin en deux branches; l'une intérieure ou supérieure, et l'autre extérieure ou inférieure. La branche intéiieure ou supé- (i) Pour celte petite porhe que j'ai découverte, et dont l'existence a été rccrnimenl confir- riite par mon excellent ami et collègue Baer ( Archives de Miiller pour l'anatomie et la piiysio- lofjic. Voyez part. 1 834 p. "ia i . ) , je renvoie à la i' partie de la Zoologie médicale. Il y a déjà plus de cinq ans que j'avais reconnu sa structure glanduleuse. Je suis plus porté à regarder cetie poche comme un <^ac glanduleux de l'eslomac , que comme une glande salivaire, et eu effet , l'organisation des nerfs slomato-gastri(|ucs eu particulier semble indiquer d'une manière certaine que les pièces intérieures et dentées de l'estomac sont plutôt le résultat du développe- ment intérieur de ce viscère, que des pièces de la bouche refoulées dans son intérieur. go BRANDT. — Sur les nerfs stomato-gastrlques rieure p se répand de préférence à la partie supérieure et sur la moitié latérale du lobe postérieur de l'estomac; elle se ter- mine dans le foie par des (ilets très fins '3,^,0. La branche ex- térieure ou inférieiire y se porte au contraire à la partie infé- rieure du lobe postéiieur de l'estomac; elle envoie en arrière du corps de l'estomac un long filet p, qui descend en se rami- fiant plusieurs fois, et qui communique à son origine avec l'ex- trémité la plus longue d'une branche que nous décrirons bien- tôt, et qui part du renflement du collier (fig. r. n.)\ enfin, elle se rend au foie par plusieurs filets très déliés (î, o, §. Le système nerveux impair que nous venons de décrire reçoit de chaque coté deux cordons, qui sont les analogues des cor- dons de commimication du système nerveux pair des insectes avec leur système impair; et qui proviennent du renflement ou sorte de ganglion triangulaire D du collier, analogue au renfle- ment du système nerveux pair; c'est un peu au-delà du milieu de chacune des branches B du collier qu'est situé ce renflement. Il envoie d'abord en bas et en avant une branche (fig. i. /.), qui se divise bientôt en deux autres Ç, l; l'une de ces branches, Ç, se dirige en dehors, en bas et en avant vers la lèvre supé- rieure; l'autre X, se recourbe, se dirige en dedans et en avant, en passant sous le collier, et se réunit presque à angle droit en Z», au cordon du système nerveux impair «, avant que celui-ci ne s'applique sur la paroi antérieure de l'estomac; dans ce tra- jet, la branche envoie encore quelques rameaux sur la face an- térieure de l'estomac et de l'œsophage. En arrière de la branche que nous venons de décrire, il en part une autre o, qui se di- rige en bas et plus en dehors, et se rend aux muscies des mâ- choires. Au-dessus de celles-ci, en haut et en dedans, d part du renflement ganglioiuiaire du collier une autre branche m(i), qui se divise bientôt en deux rameaux yj, 3 , l'un antérieur 5, l'autre postérieur -n. Le premier ^ , qui est droit, s'avanc« obli- quement d'arrière en avant et en haut, dans une direction pres- (i) Celte hraiiche esl qin'lqtiefois placée en avaiil du ronflctnenl ot semble lolit-à-l'ait dis- lincle, ce que j'ai prisd'aboid pour la disposition normale; c'est pourquoi.la description qui' j'ai donnée dans la 2<- partie de la Zoologie médicale des nerts slomato-^oslriques latéraux n'est jias absolument exacte. I des animaux ini>erléhrés. gr que parallèle à celle du rameau plus antérieur X de la brauche inférieure /, qui part du renflement du collier; il se réunit éga- lement à quelque distance de ce rameau , au système nerveux impair en c; mais il envoie auparavant quelques filets qui se divisent eux-mêmes vers la paroi latérale de l'estomac, l.e ra- meau postérieur, qui est le plus mince, se subdivise sur la par- tie moyer.ne de la paroi latérale de l'estomac et projette en haut et en arrière un petit cordon decommimication en forme d'arc t, qui se réunit à la branche postéiienre et supéiieure du renfle- ment du collier qui nous reste à décrire. Cette branche posté- rieure on supérieure /?, prend son origine un peu en arrière de la branche supérieure et antérieure m; elle s'élève un peu obliquement et en décrivant une très légère courbure en haut et en arrière, et se ramifie sur la partie postérieure et moyeiuie de la paroi latérale de l'estomac, après avoir communiqué en avant avec le filet déjà mentionné c^ du rameau postérieur vj, qui naît de la br.uiche supérieure et antérieure m du renfle- ment ganglionnaire du collier. Elle communique d'une autre part avec le filet déjà décrit p, qui part du rameau extérieur y de la branche la plus éloignée du système nerveux impair. Les nerfs stomato-gastriques de l'Ecrevisse alimentent pai- conséquent une partie des pièces de la bouche, l'œsophage, l'es- tomac et le foie ( ! ), en un mot les organes de la mastication et ceux de la chymification. Nerfs stomato-gastriques du Homard. Le Homard, que j'ai pareillement étudié, présente à peu-près la même disposition que l'Ecrevisse ; seulement le renflement ganglionnaiie du collier paraît un peu moins gros, et la branche antérieure et supérieure de ce renflement, qui se rend au sys- lème nerveux impair, se dirige en bas comme la branche anté- rieure et supérieure et forme, en passant dans le collier, un arc de peu d'étendue. Ncrff, st'viiato-gastr'ujucs des Crabes. \.vi, iicils slr)mato-gastriques des (arabes ne dirirrenl pas de 93 BRAiNDT. — Sur les nerfs stoTnatO'gastriques ceux des crustacés macroures, comme l'ont déjà prouvé les re- cherches de MM. Audouin et Edwards sur le Maja et comme le conârment mes propres observations sur le Portumne. J'ai trouvé également dans cet animal la terminaison antérieure du système impair, qui avait été découverte dans le Maja, par ces naturalistes. NERFS STOMATO-GASTRIQUES DES STOM APODES. Nerfs stomatogastriques des Squilles. (Pi. 4 > fig- 3.) La disposition des nerfs stomato-gastriques dans les Squilles serapporte essentiellement à celle des nerfs dans l'Ecrevisse, le Homard et les Crabes; ils paraissent seulement un peu moins développés en proportion. On y remarque pareillement un filet nerveux impair (pi. 4, fig. 3. a.) qui part du cerveau et s'élève en arrière à égale dis- tance de chacune des branches latérales du collier B. Ce filet s'applique sur l'estomac immédiatement après avoir reçu de la même manière deux cordons S-, \ qui se réunissent à lui en for- mant un angle aigu et proviennent dn renflement D du collier. Après avoir ainsi parcouru quelque distance, ce filet forme un renflement triangulaire h. au-delà duquel il se partage aus- sitôt en deux branches k, k, l'une droite et l'autre gauche, dont chacune se divise bientôt elle-même en deux autres lameaux, l'un extérieur y, l'autre intérieur p. Ces rameaux se subdivisent sur l'estomac, pénètrent en arrière par plusieurs ra- muscules o, $, dans le foie, mais avant d'y entrer, ils se réunis- sent inférieurement avec un filet qui provient du renflement ganglionnaire du collier D. Le petit renflement triangulaire déjà mentionnée, correspond visiblement à celui de l'Ecrevisse (fig. i , 2 /z.) , et les deux filets qui en proviennent sont analogues aux mêmes parties dans l'Ecrevisse k, /•. Le système nerveux stomato-gastrique est donc visiblement plus court et moins développé dans les Squilles. Le renflement du collier Z?, que l'on doit considérer comme le représentant du ganglion du système pair, etd'où par- des animaux invertébrés. q3 tent les cordons j&, x, qui correspondent aux filets de communi- cation du système nerveux slomato-gastrique latéral, est situé beaucoup plus en arrière que clans TEcrevisse, le Homard et le Crabe. C'est pourquoi les coidons qui se i endent de ce renfle- ment au système nerveux impair sont beaucoup plus longs que dans l'Ecrevisse et le Homard. NERFS STOMATO-GASTRIQUES DES ONISCIENS. Les premières observations qui ont été faites à ma connais- sance sur les nerfs stomato-gastriques, sont celles que j'ai pu- bliées dans la deuxième|partie de la Zoologie médicale, pag. 70, pi. XV, fig. 27, c. concernant les Porcellio scaber et dilatatus mihi. Malheureusement les recherches les plus pénibles ne permet- tent pas de découvrir de traces certaines d'un système nerveux impair que l'on est cependant en droit de soupçonner, si Ton se fonde sur l'analogie de ces animaux avec les Décapodes. Tout ce qui a été vu jusqu'à présent consiste en deux ren- flemens généralement fort petits, placés au devant d'un esto- mac (i) peu volumineux et en arrière ducerveau auquel ils com- muniquent par deux filets très minpes ; ils envoient en arrière deux cordons très déliés qui se rendent à l'estomac. Que les recherches ultérieures fassent découvrir ou non un système im- pair, dont l'existence semble indiquée par l'analogie de ces ani- maux avec les Décapodes, la présence de deux renflemens séparés en arrière du cerveau n'en' restera pas moins une preuve re- marquable de leurs rapports avec les Insectes. (i) Je dois rappeler ici qu'il ne faut pas entendre, sous le nom d'estomac dans les Oniscus\ la parlie que Tréviranus et Ramdohr ont ainsi désignée, le premier dans ses Ecrits divers , i" part. pag. 54, et le second dans les organes digestifs des insectes pag. ao3 ; mais bleu un petit élargissement siiué au devant de lui et qui est soutenu , comme dans les Décapodes, par des parois cartilagineuses. Voyez à cet égard mes observations dans la Zoologie médicale i' part. P- 74- g4 BRA.1VDT. — Sur les nerfs stomatn-gas triques NERFS STOMATO-GASTUIQUF.S DES ARACHNIDES. Les nerfs stomato-gastriques des Airachnides rentrent dans la classe des parties qui sont trop imparfaitement connues, à cause de la grande difficulté que le peu de consistance de leurs orga- nes et leur distinction trop peu marquée, font éprouver à la- natomiste. Nerfs stomato-gastriques des Scorpions. Millier parle (loc. cit. p. 98) d'un cordon très fin qu'il a vu dans le Scorpion s'étendre sur le cœur avec une grosseur par- tout la même, et qu'il n'est pas éloigné de regiirder comme l'ana- logue du nerf récurrent. Mais comme il remarque que ce cordon semble appartenir au cœur plutôt qu'au tube digestif, son existence devient problématique. Nerfs stomato-gastriques des Araignées. Je crois avoir vu distinctement dans une Mygale qui était probablement depuis plusieurs années dans l'alcool, un cordon qui partait du cerveau par deux racines; mais malheureusement je ne pus le suivre assez loin. J'ai remarqué à diverses reprises et plus distinctement encore, quelque chose de presque semblable sur des individus frais de VEpeira diadema, et mon ami M. Ratzeburg ne fit pas plus que moi difficulté de regarder ce cordon comme l'analogue du ne/f récurrent des entomotomistes, ou notre cordon stomato- gastrique impair (i). Il part, en effet, dans l'Épéire, de chacun des ganglions cérébraux , un cordon généralement fin, qui se dirige droit en arrière et en dedans, et se réunit en formant un angle aigu avec le cordon du côté opposé. Ces deux cordons, (i) J'ai déjà inséré celle observation dans la i' partie de uolre Zoologie médicale , p. 190. et dans l'Isis, loc. cit. pag. iio5. des animaux invertébrés. g 5 ainsi confontliis en \\\\ seul filet très délié, peuvent être suivis jusqu'à l'oiigine du deuxième ganglion cylindrique du tube in- testinal, où s'étalent les lobes du foie; mais on ne j)eut plus en découvrir la présence sur ce ganglion lui-même qui est ordinai- rement fort petit. Il est reraarqtiable que ces cordons, qui partent du cerveau, se prolongent avant de se réunir, sur le côté d'un muscle particulier (Zool.médic), passent par une ouverture sin- gulière de l'estomac, et que leur réunion avec le nerf impair n'a lieu qu'après leur sortie de cette ouverture, un peu avant l'en- droit où se rétrécit le canal intestinal pour traverser le pédicule de l'abdomen. L'origine de ce fragment de nerfs stomatp-gastriques, car je ne puis désigner autrement le peu que j'en ai découvert jusqu'ici, semble indiquer de plus grands rapports avec les Crustacés qu'avec les Insectes. Puissent les observateurs à venir réussh^ mieux que moi et éclaircir cette question, ainsi qu'une foule d'autres choses géné- ralement douteuses sur la structure si difficile des Araignées. NERFS STOMATO-GASTIUQUF.S DES INSECTES. T.es Insectes, tels qu'ils sont circonscrits par Latreille, c'est-à- dire les Hexapodes, semblent présenter, ainsi que les Myriapodes, autant que mes recherches antérieures permettent de le supposer, une grande conformité dans le développementde leurs nerfs sto- mato-gastriques; il est vrai que je n'ai pu retrouver en aucune manière les exceptions signalées par Mûller et constatées par M. Burmeister, dans les Gryllolalpa, Blatla, Mantis et Phasma. Une semblable conformité dans leur forme est d'autant plus remarquable, que les organes qu'ils doivent animer présentent une organisation très différente, en raison de la diversité des ha- bitudes de ces animaux ! Dans aucun groupe d'invertébrés, les nerfs stomato-gastriqucs ne semblent avoir acquis une degré de développement propor- tionnellement aussi élevé que dans les Insectes. Chez eux, en effet, ils ne forment pas seulement des ganglions plus séparés et pins dislincts, qin ne communiquent avec le cerveau que par q6 BRANOT. — Sur les nerfs stoniato-gastriques tles cordons très fins, mais ils se partagent constamment, comme je l'ai déjà fait connaître dans l'Isis et dans la Zoologie médicale, en un double système, l'un impair et l'autre pair ou latéral. M. Biirmeister a confirmé dernièrement cette assertion dans son Manuel d'Entomologie, page 3io. Le système nerveux impair consiste en un filet qui s'étend sur l'oesophage et l'estomac, au- dessous du vaisseau dorsal et du cerveau. Il forme toujours en avant de celui-ci un ganglion triangulaire (le ganglion frontal) de chaque côté duquel part un cordon de communication très fin et faiblement arqué, qui s'insère au bord antérieur du cerveau dans le voisinage du nerf antennaire (i). Le ganglion frontal, ou les cordons de communication envoient aux parties de la bouche (2) , des filets qui forment quelquefois , avant que de s'y rendre, comme on le voit en particulier dans les Lépi- doptères (Cossus li^niperda)^ un ou deux ganglions très petits, placés au devant du ganglion frontal, dont ils sont pour ainsi dire un répétition; on n'en voit quelquefois que la trace, comme cela a lieu dans les Meloe. Après un trajet assez long sur l'œso- phage, le cordon nerveux impair fournit des filets très fins à celui-ci et se réunit à chacun des ganghons du système nerveux intestinal pair, qui sont situés derrière le cerveau, au moyen d'un rameau transversal. Souvent même il forme un renflement plus ou moins marqué k l'endroit où s'opère cette réunion, et se termine à l'estomac après avoir formé auparavant sur l'extrémité de l'œsophage, ou sur l'estomac lui-même un autre petit renfle- ment. Le système pair se compose la plupart du temps de deux pai- res de ganghons, situés derrière le cerveau sur le milieu ou sur les côtés de l'œsophage, et qui sont toujours placés l'un à la suite de l'autre et quelquefois même presque l'un contre l'autre. Ils communiquent entre eux, d'arrière en avant, par un ou deux filets (i) Dans le Hanneton, d'après M. Straus, ces cordons de communication ne se rendent point au cerveau , mais celte particularité mérite à peine d'être prise en considération. (a) Les parties inférieures de la bouche reçoivent des filets qui viennent du bord anté- rieur du premier ganglion abdominal qui communique au cerveau ; la partie postérieure du ca- nal inlestinal, l'intestin en particulier, reçoivent de la même manière leurs filets du dernier a' anglion abdominal. des invertébrés. ny très fins, et quelquefois très courts. Chacun des deux ganglions antérieurs communique avec le cerveau, par un ou deux filets et envoie des cordons très fins à l'œsophage, en même temps qu'un cordon de communication qui se rend à celui du système nerveux impair. Les deux ganglions postérieurs communiquent pareillement, comme il a déjà été dit, avec le cordon du système impair, à l'aide d'un filet transversal, et donnent quelques au- tres filets très fins à l'œsophage et à l'origine de l'estomac. Quand le système nerveux pair a son maximum de développement, il projette des filets très longs jusqu'à l'extrémité de l'estomac et même jusqu'aux vaisseaux biliaires. Dans les Grylliens, par ex- ception, outre ces deux paires de ganglions, il en existe encore d'autres, qui ne sont qu'une division des premiers. Le développement particulier de l'extrémité antérieure du système nerveux impair en une partie frontale distincte,|compo- sée d'un ou de plusieurs ganglions placés au devant du cerveau, et la séparation complète des deux paires de ganglions du sys- tème pair qui sont situées derrière le cerveau, pourraient bien être regardés comme une particularité du type des Insectes , au moins quand on le compare à celui des Arachnides et des Crustacés. A l'égard du mode de développement comparatif du système nerveux stomato-gastrique dans les Insectes, je rappellerai une proposition que j'ai déjà émise (Isis, i83i, 1. cit.) savoir, que chez eux le système pair et le système impair ne sont pas tou- jours l'un à l'égard de l'autre dans les mêmes proportions, de sorte que le système impair se prolonge toujours beaucoup plus sur les organes de la digestion que le système impair et s'étend beau- coup plus en arrière; mais quelquefoisaussi le systèmepair a acquis une perfection plus grande que le système impair : dans ce cas , non-seulement les ganglions do ce système paraissent plus dis- tincts, mais encore les filets qui se rendent de ces ganglions à l'estomac s'étendent plus loin. Les genres Orvllus, Acheta et Gryllotalpa nous en donnent des exemples, tan dis que dans les Co- léoptères que l'on a étudiés jusqu'ici, les Lépidoptères et les Hv- V. 7.(»<)i.. — Fit^Tier. .. 9^^ BRAîTDT. — • Sur les nerfs stortiato-gastriqu(^ ménoptères (i), le système impair est arrivé à son plus grand degré de développement. Nerfs stomato-gastriques des coLÉoPTèitEs. Millier, dans ?a dissertation déjà citée, parle, ainsi que ses devanciers Swammerdamm et Cuvier, d'un seul système ner- veux impair dans les Coléoptères, que l'on nomme nerj récur- rent. M. Straus Durcklieim a découvert, à la vérité, les ffanelions du système nerveux stomato-gastrique pair, mais il leur donne, comme nous l'avons déjà dit, une autre désignation, et les ap- pelle les dépendances du cerveau. J'ai déjà fait connaître dansl'Isis (loc. cit.), et dans la deuxième partie de la Zoologie médicale , d'après mes recherches avec M. Ratzeburg sur les Mcloe et les Lflta^ et d'après quelques ob- servations fait es sur d'autres Coléoptères (Liwamiset Coccinelld), que les nerfs stomato-gastriques se composent aussi dans les in- sectes de cet ordre, d'un système impair bien développé, et d'un système pair qui l'est très peu. Le système impair s'étend plus ou moins en arrière sur l'estomac, et forme un ganglion sur l'œ- sophage {^Lyttfi} ou sur Kestomac (M^/r>e). La partie frontale se compose, dans l'état normal, d'un ganglion imique , comme dans les L)^/to;mais, quelquefois aussi, on aperçoit le rudiment d'un deuxième ganglion, les deux cordons de communication qui se rendent du cerveau au ganglion frontal, étant réunis en- tre eux par un filet transversal très fin qui part du cordon du système impair : c'est ce qui arrive dans les Meloe. Ce rudiment de ganglion paraît d'autant plus digne de remarque, que dans les Lépidoptères, on trouve un petit ganglion à l'endroit où il n'en existe que la trace dans les Meloe. Ce ganglion peut donc donner lieu à soulever cette question : le ganglion frontal des Coléoptères n'est-il point l'analogue du deuxièmeg"a/z^'//o» frontal des Lépidoptères? 'i) Dans le mémoire que j'ai inséré dans l'Isis ( pag. ioo4 ). j'ai dit à tort, d'après des rc- (berches trop peu complètes, que dans les Hymcnoplîres, le système nerveux pair était aussi le plus développé. des ini>ertèbrés. oq Le syslème pair se compose de deux paires de ganglions, pla- cées parallèlement sur les côtés de l'œsophage. Les ganglions de la paire antérieure sont beaucoup plus gros que ceux de l'autre paire; ces derniers sont très rapprochés des précédens, et quel- quefois même ils semblent presque confondus avec eux; les filets qui partent de ces ganglions sont courts et très fins. Nerfs stomato-gastriques des lîîpidoptères. Le système impair des nerfs stomalo-gastriques a été com- plètement découvert par Swammerdaram dans le Ver-à-soie et cependant le système pair lui a échappé. Lyonnet {Traité ana- toni.y etc., pag. 077) a suivi la partie impaire de ce système dans la chenille du Cossus, avec une exactitude qui n'a pas encore été surpassée, et que favorisèrent peut-être beaucoup la consis- tance de cette partie et leur séparation très marquée. Ce que ses recherches nous apprennent de remarquable, c'est l'existence de trois ganglions qu'il a décrits et figurés, et qui sont placés l'un à Ja suite de l'autre, dans la partie frontale; ils envoient des filets très fins à l'œsophage, aux muscles voisins qui sont ceux des par- ties de la bouche et un autre filet à la lèvre supérieure. Le cordon qui se réunit dans son trajet aux ganglions du sys- tème pair (1) (ganglion latéral de la tète, Lyonnet), se partage encore en trois branches avant l'origine de l'estomac. Lyonnet cofinut, ainsi que je l'ai déjà dit, le ganglion antérieur du sys- tème nerveux stomato-gastrique impair qui envoie, selon lui, des filets à l'œsophage et quelquefois même à l'estomac; mais il ne le considérait que comme une dépendance du cerveau, et le nommait petit i^an^lion de la tête. Cette erreur est d'autant plus naturelle, qu'd ne connaissait pas le trajet des nerfs sto- mato-gastriquesdans les Orthoptères, dans lesquels seulement on peut apprécier leur importance véritable. Les figures de Lyonnet ont été reproduites parJMiiller dans sa planche vn, fig.a et 3; mais cet auteur reconnut \iis petits ganglions de la iéte pour des por- (i) L'cndtoit où Lyonnet parle de cette réunion , qu'il n'a pas lopivseutce, m'ûécliappé lors de la rwJaciiou de mon petit mc'-nioirc inséré dans l'Isis. 10O BRANDT. — St/r les neifs stomato-gastriques lions (les racines) des nerfs stomato-gastriques, comme le prou- vent en par lieu lier ses observations sur les Grrl/ns et les Blatta. Dans ses recherches sur la chenille d'un Sphinx (^ibid. pag. 97 , pi. IX, fis;. I ), ce même auteur obtint des résultats semblables à ceux de I^yonnet; seulement dans la chenille de ce Sphinx les fi- lets qui partent du cordon du nerf stomato-giistrique impair, et se rendent à l'extrémité de l'œsophage, forment en avant de l'estomac un plexus très fin, dont les ramifications se perdent dans les plis longitudinaux de l'estomac. J'ai communiqué à la réunion des naturalistes allemands qui eut lieu à Hambourg, en i83o, par l'entremise de mon ami M. Nordmann, des observations sur les nerfs intestinaux AnBom- byx mori, tant à l'état de larve qu'à l'état de papillon, et je fis connaître, le premier je crois, que le ganglion postérieur du sys- tème .gtomato-gastrique pair existe aussi dans les Lépidoptères. Ces observations et les dessins qui s'y rapportent, furent insérés dans Vlsis, année i83r, pag. 1 io3, pi. VII, fig. 3, 4. Malheureu- sement le temps ne me permit pas alors de suivre les filets très fins des nerfs stomato-gastriques dans tous les organes qui en sont pourvus; je dus donc me borner à reproduire les principales j parties de ce système. On put du moins en conclure que ces nerfs ?ont essentiellement disposés comme dans les Coléoptères, mais oeulement que le système impair, au lieu de n'avoir qu'un gan- glion frontal, en offre deux bien distincts. Des recherches ulté- rieures me firent remarquer que la forme des nerfs stomato-gas- triques n'éprouve pas de changemens notables par suite de la métamorphose ; je trouvai cependant les ganglions du système pair moins gros et plus écartés entre eux dans le papillon. M. Newport, dans ses observations sur le système nerveux du Sphinx Ugustii et ses métamorphoses, travail que nous avons déjà mentionné et qui fait partie des Transactions philosophiques , a déciit avec assez de détails les nerfs stomato-gastriques et les a figu- rés dans la pi. XII, fig. 2, E, e^ et dans la pi. XIII, fig. 2, E. e. D'après ses recherches, le système impair n'a qu'un seul ganglion frontal, du milieu duquel partent des filets, et qui communique de chaque côté avec le cerveau, comme cela a lieu d'ordinaire, par le moyen d'im cordon qui s y rend auprès du nerf antennaire. Cet auteur des invertébrés. loi a retrouvé les deux paires de ganglions du système pair, mais il lésa nommés ganglions latéraux antérieurs [anterior latéral gan- glià), ignorant évidemment ce qui avait déjà été publié en Alle- magne au sujet des nerfs stomato-gastriques ; il les a figurés comme tels dans les planches, et sous les numéros déjà mention- nés, avec l'indication des lettres a, c, quoiqu'il les comparât aux ganglions analogues découverts par M. Strausdans le Hanneton. Selon M. Newport, ces ganglions n'envoient des filets qu'aux muscles de la nuque et des cordons latéraux au vaisseau dorsal; mais il ne dit rien de ceux qui se rendent de ces ganglions à l'oesophage, quoiqu'il parle de Ja communication qui existe entre eux et le deuxième ganglion de la chaîne des nerfs abdominaux. Du reste, les nerfs stomato-gastriques n'éprouvent, dit-il, aucun changement par suite de la métamorphose, (i) Nerfs stomato-gastriques des hyménoptères. Les premières traces de ces nerfs ont été observées par M. Tré- viranus (Ecrits divers, 3*^ partie page 69), dans l'Abeille ; mais il n'a pas détaillé son observation. Les recherches spéciales d'anatomie que j'ai faites pour la deuxième partie de la Zoologie médicale, sur la structure des organes intérieurs de l'Abeille, dont mon ami M. Ratzeburg a étudié les organes extérieurs et les parties de la bouche, com- prennent aussi les nerfs stomato-gastriques. Ils se comportent, ainsi que je l'ai dit dans l'ouvrage déjà cité, p. 204, pi. xxv, fig. 32, comme ceux des Coléoptères et des Lépido))tères. I^e Bum- bus terrestris m'a présenté ces nerfs disposés comme dans les Abeilles. WERFS STOMATO-GASTRIQUES DES HEMIPTÎiRI S. (PI. 5, fig. 1 et 3.) Tout ce que j'ai pu observer sur la forme de ces nerfs dans les Punaises, se borne à quelques indications sur une grande espèce exotique de Ljgœus , les recherches que j'avais flûtes (1) Je regictic; licuiicoiip Je u'avuir |)ii mo proruirr pcnJaiil l'espace de plusieurs aiim'es, uu li-avail de M. Succow, ouvra(;e exeelleul et li'u|i peu connu , ut de n'nvuir pu riippoi ter ce qu'il dit au su-el du système uerveux en qucsliun daos la elieniile du rapilloii du plu. loa BRANDT. — Sur les nerfs stomato-gastnques auparavant sur les Punaises indigènes ayant été infructueuses. Le peu que j'en ai vu se composait de l'origine du système im- pair (pi. 5, fig. 1 et 3 a, p, p.) et des deux paires de ganglions du système pair (mêmes fig. b. c.) et présentait la plus grande analogie avec les parties correspondantes dans les Coléoptères et les Lépidoptères. Excepté les cordons arqués qui établissent la communication entre le ganglion frontal et le cerveau, je n'ai pu découvrir aucun filet qui en dépendît. NERFS STOMATO-GASTRIQUKS DES jVÉVROPTÈRES. (PI. 5, fig. 4 , 5.) Les Insectes de cet ordre sur lesquels j'ai fait quelques re- cherches se rapportent au Libellula depressa dont l'étude est plus difficile en proportion, qu'on n'aurait pu le penser d'après la taille assez considérable de cette espèce. Les nerfs stomato-gastriques se composent d'un système im- pair (pi 5, fig. 5, a, pp, yy, X X.) et d'un système latéral pair, (ibid. hh, c c, S$' S S\). Le système impaii- présente d'abord un ganglion frontal en tria-ngle arrondi a. qui communique de cha- que côté avec le cerveau ^j/, au moyen d'un cordon x , x situé auprès du nerf antennaire t, et qui projette en avant deux pe- tits filets y y. Le cordon impair p passe au milieu de l'oesophage (fig. 4- "5)> mais je n'ai pu le suivre jusque sur l'estomac. Le système pair se compose, comme dans les Coléoptères, les Lépidoptères et les Hyménoptères, de deux paires de ganglions, l'une antérieure b b.., l'autre postérieure c c. Les deux gan- glions de la première paire sont situés, comme dans les Orthop- tères, tont-à-fait l'un contre l'autre sur le milieu de l'œsophage, immédiatement après le bord postérieur du cerv(>au (fig. 4j- Hï» forment une sorte de pyramide, mais cependant ils sont plus larges en avant et se terminent en pointe en arrière. J'ai vu dis- tinctement un cordon de communication se rendre , dans luie direction oblique, de leur extrémité antérieure à chaciui des ganglions postérieurs c c. Ces deux petits ganglions postérieurs sont triangulaires éloignés l'un de l'autre et placés dans le voi- sinage du bord latéral de l'œsophage. Il part de ces ganglions, comme je l'ai distinctement vu, ojjtre le cordon de communica- des invertébrés. i oH tion qui les réunit aux ganglions antérieurs, deux petits filets àè" dont l'un lî' se rend eu dehors aux muscles, et le second S se j>orte en arrière siu* la paroi latérale de Toesophage. NERFS STOMATO-GASTRIQUES CES ORTHOPTKKES, Les Orthoptères semblent présenter un double type dans la disposition de leurs nerfs stomato-gastriques. Dans l'un de ces types, la partie latérale ou paire des nerfs stomato-gastriques est très développée et envoie des filets considérables à l'estomac, {Gryllus j Gryllotalpa) j dans l'autre, au contraire {Mantis , Phasma, Blattd), on retrouve ime disposition analogue à celle déjà observée dans la plupart des autres Insectes, et en particu- lier dans les Coléoptères, les Hyménoptères, les Lépidoptères : c'est-à'dire que le système impair est proportionnellement plus développé que le système pair. Nerfs stoniato-a^astriq lies du B lutta orientalis. (PI. 4,fig-4,5.) Les premières observations sur ces nerfs sont renfermées dans la dissertation de Mûller, déjà citée plusieurs fois, p. 92. D'après cet auteur, « la base du cerveau envoie sur l'origine de l'œsophage, deux filets nerveux très courts, assez épais et qui se réunissent pour former wn ganglion large et échancré. De chaque côté de ce ganglion, il part un petit filet nerveux très court, situé tantôt sur le dos, tantôt sur le côté et qui se termine également dans un ganglion arrondi, placé sur le côté du pharynx, auquel il envoie des ramifications très fines. De la partie postérieure du ganglion moyen, nait le cordon fusiforme du nerf intestinal, qui devient quelquefois de suite un filet très fin et se prolonge ainsi sur le dos de l'œsophage et du jabot, auxquels il envoie enfin des ramifications très fines. Les coidons prolongés de ce nerf se terminent à l'origine de l'estomac, et ne forment pas sur cet organe im ganglion distinct, comme dans les autres Oi thoptères. » La plaijclie ix de cet auteur renferme la figure de ces parti(;s. Des rechcrclîcs faites sur plusieurs individus et dont j'ai dé- io4 BRANDT. — Sur Ics Tieifi stomato-gaslriques posé, pour preuve de leur exactitude, dans la collection anato- mique de l'Académie impériale des Sciences, deux préparations faites avec le plus grand soin, montrent que Millier n'a connu qu'une partie des nerfs stomato-gastriques de la Blatte, et que le ganglion frontal et le ganglion stomacal du système impair lui ont échappé. Du reste, je crois pouvoir attacher d'autant plus d'importance à mes observations attentives et multipliées, que le docteur Krohn, connu par ses recherches intéressantes sur le système vasculaire de l'Ecrevisse et sur les yeux des Seiches , m'a communiqué des résultats parfaitement identiques avec les miens sur les nerfs stoiTiato-gastriques de la Blatte , sans que nous nous fussions instruits auparavant l'un et l'autre du sujet commun de nos études. Le filet nerveux dorsal très fin, qui se rend du ganglion du cordon impair aux glandes salivaires , avait seul échappé au docteur Krohn. D'après nos recherches, les nerfs stomato-gastriques de la Blatte (pi. 4» fig- 4> 5) se composent comme ceux des autres insectes que j'ai étudiés , d'un système pair {hh, ce j S'i) et d'un système impair (a , P|3 , yy, xx, t , t^Z,, JX)- Le système impair commence par un ganglion frontal trian- gulaire (a), dont l'extrémité antérieure reçoit de chaque côté un cordon de communication arqué x, qui part du bord anté- rieur du cerveau A, auprès et en dedans du nerf antennaire, et qui, près de sa réunion au ganglion a, envoie deux petites branches y y aux parties de la bouche. A partir du bord pos- térieur du ganglion frontal, le système impair se continue sous le cerveau , sous le vaisseau dorsal et sous le bord posté- rieur des ganglions antérieurs du système pair, en formant un cordon pp qui s'étend sur le milieu de la partie dorsale de l'œso- phage (fig. 4»*) jusqu'à l'origine de l'estomac m. Quelquefois aussi ce cordon se prolonge jusque sur la partie dorsale de ce dernier organe , mais je n'ai pu parvenir à distmguer les ramifi- cations si nombreuses et si distinctes qu'il forme dans cette es- pèce , et que représente la figure de Mùller. Parvenu à l'origine de l'estomac, ce cordon forme un ganglion triangulaire (fig. 4 et Sfc), d'où partent en avant et latéralement un filet très fin (fig. 4 et 5, 5) qui se rend aux glandes salivaires, et en arrière des in vertébrés. i o 5 «.l'antres filets qui s'écartent à angle aigu ÇC^Ç, et se répandent sur l'estomac. Le système des nerfs storaato-gastriques pairs (ibid. bb y ce, S$) se compose de deux paires de ganglions placés en arrière du cerveau, et l'une à la suite de l'autre. Les ganglions de la paire antérieure bb ^ sont allongés, pointus aux deux extrémités, et rapprochés l'un de l'autre de dehors en dedans par leur partie postérieure en formant un angle aigu; ils communiquent avec le bord postérieur du cerveau (fig. 4^ A), par leur extrémité antérieure qui est dirigée en dehors. De leur extrémité posté- rieure , il part un cordon de communication qui se rend au cor- don du système impair placé au-dessous d'eux, après avoir passé par les deux ganglions postérieurs ce du système pair qui sont placés derrière eux. Ces deux ganglions postérieurs (ibid. fig. 4 et 5, ce) sont situés au-delà du milieu des ganglions antérieurs, un peu plus en dehors que ceux-ci, et sur les parois latérales de l'œsophage. Leur forme est ovalaire , et ils envoient distincte- ment deux filets, l'un antérieur S', l'autre postérieur S. Ce der- nier parcourt les côtés de l'œsophage, mais on ne peut pas le suivre jusqu'à l'estomac. Ainsi, le système nerveux impair est incomparablement plus développé dans la Blatte , ainsi que dans la plupart des autres insectes, et parmi les Orthoptères, dans les Phasma, tandis que c'est le contraire dans le Gryllus et le Gryllotalpa. Le cordon nerveux que j'ai décrit, et qui .se rend du ganglion stomacal aux organes (les glandes salivaires) qui sécrètent un liquide préparateur de la digestion , mériterait toutefois une attention particulière. Nerfs stomato-gasiriques du Phasma ferula. (PL 5, fig. 6— lo.) Les Phasmes ne se distinguent essentiellement du type des autres insectes, ni par la structure du cerveau et le trajet de la chaîne du système nerveux en général (i), ni par l'organisation (i) Comme on u'a pas encore décrit ni figuré les détails nécessaire» pour comprendre la furuie du cerveau des Phasmes, quelques remarques ù ce sujet ne seront pas déplacés ici. Deux individus de ce groupe, que je fus a môme d'étudier, l'un à Berlin (i83o), l'autre à St.-I'étsrs- io6 EK\M)T. •— Sur /('S îïeifs slomato-f^astriqucs des nerfs stomato-gastriques, co que Millier croyait d'abord pouvoir admettre (Act. Léop.) , mais ce qu'il corrigea plus tard (Physiol. pag. 582) _, en parlant du cerveau lui-même. Les nerfs stomato-gastriques se partagent aussi chez eux, comme dans tous les insectes que j'ai examinés jusqu'ici, en deux sys- tèmes , l'iui impair et l'autre pair, ce que Millier a vu en dernier lieu. Le système impair ne prend pas soti origine sur la chaîne des nerfs abdominaux, en arrière du cerveau, comme le dit MuUer (Act, Léop. pag. 87), mais il naît comme à l'ordinaire, en avant du cerveau A, par un ganglion frontal triangulaire a, qui com- munique de chaque côté avec le cerveau , au moyen d'un cor- don très peu arqué xx , qui se rend auprès du nerf antennaire. De ce coidon partent en avant des filets yy qui vont aux parties de la bouche. La partie dorsale du système impair (3, ou sa branche principale (voyez son trajet tout entier dans la fig. 6), est située sur le milieu de l'œsophage, au-dessous du cœur, et d'une longue trachée; elle projette latéralement des rameaux nombreux, presque à angle droit, qui embrassent en entier l'œ- sophage et l'estomac , et forment lui plexus, je dirais presque un réseau très distinct, les rameaux d'iui des côtés communiquant avec ceux du côté opposé siu* la partie ventrale de l'estomac, après s'être mis en rapport les luis avec les autres pendant lem- trajet, au moyen de quelques ramuscules très fins, tant en avant qu'en arrière (voyez la pi, 5, fig. 10) (i). Dans l'espace qui est situé entre la première et la deuxième paire de pattes, la branche principale forme au-dessus de l'estomac un ganglion bourg (i833), me présenlèrent au-dessi's l'œsophage et entre les yeux, un cerveau en carré long et petit en proportion de la grandeur de l'insecle (pi. 6. fig. 6, 7, 9.), On en distinguait aisément les nerfs optiques o o et les nerfs anfennaires 1 1. Le collier était visible ; mais le cer- veau placé sur l'œsophage, communiiiuait de chaque côté, comme dans les insectes, avec le pre- mier ganglion abdominal d, au moyen d'un filet très visible ( fig. 9. « n ). Le premier ganglion abdominal se comporte, du reste, comme dans les autres insectes, en ce qu'il ne forme pas une masse arrondie, d'où parlent des cordons nerveux, mais son bord aniéiieur en envoie aux par- ties inférieures de la bouche v v, coiimie cela a lieu dans tous les insectes que j'ai examinés jusqu'ici. fi) On peut probablement soupçonner une disposition analogue dans d'autres insectes, mais l'observation en sera fort difficile à cause de leur pi'lilesse , puisque dans les Phasmes eux -même* 1.1 vue perçaiilr de Mùller «été en défaut. des vive liébros. 107 distinct et triangulaire (fig. 6. e.) (1), d'où partent plusieurs ra- meaux, dont deux surtout (^^.)» dirigés en arrière, se font remarquer particulièrement par la grosseur et le nombre des ramuscules qu'ils envoient sur l'estomac d'avant en arrière. Le système pair (fig. 7, 8, b. c, 5,) paraît situé tout entier vers le milieu de l'œsophage ; il est peu développé proportion- nellement au système impair. Il se compose de deux ganglions antérieurs b b, plus gros, allongés, étroits^ de longueur inégale, et très rapprochés l'un de l'autre sur l'œsophage ; ils avoisinent le cerveau par leur extrémité antérieiue et communiquent avec lui par deux filets. Derrière chacun de ces ganglions allongés et plus gros, on voit un autre ganglion petit et de forme arrondie c. c, qui n'était point placé dans une situation parallèle à celui du côté opposé et qui est en rapport antérieurement avec le ganglion allongé par un filet latéral très fin. De chacun de ces ganglions arrondis (ganglions postérieurs du système pair), j'ai vu partir en avant et sur le côté un petit filet S\ et en arrière un autre filet semblable 5 qui se rendent au vaisseau dorsal. Nerfs stomato-gastriques du Taupe-GryUon (Gryllotalpa vul- garis.) (PI. 4, fig- ^1 7 et pi. 5, fig. 1.) Voici, d'après MùUer (Act. Léop. pi. jx, fig. 2. p. 91.) la ma- nière d'être des nerfs stomato-gastriques dans cet insecte : « De la partie postérieure du cerveau, il part deux filets nerveux dis- tincts, de couleur blanche, qui se réunissent immédiatement en forme de fer-à-cheval , pour former au-dessus du pharynx la souche des nerfs intestinaux. Cette sorte de collet donne nais- sance à deux cordons très fins qui s'étendent sur toute la lon- gueur de l'œsophage, sur tout le jabot, et vont même jusqu'à l'estomac, séparés ainsi dans tout leur trajet qui est d'un pouce entier; ils deviennent un peu plus épais à mesure qu'ils s'avancent en arrière. Ces nerfs fournissent des filets à l'œ'sophage et à l'es- tomac et se réunissent à l'origine de ce dernier viscère où ils forment un ganglion triangulaire d'où partent en rayonnant plusieurs filets dnigés en arrière et sur les côtés, qui forment (1) Ce (jaiiglioD (riaiigulairc et l«s liraoclics qui en ilupendcnt ont déjà été représontés par iMullcr ' Ac. I.eop. \\V viii. liy. 3 ;. Un aulre ganglion antiricur, quil figure comiiie se troii- *aiil l'urigiiiu (le IVstuuiacj ue s'e.it pa^ olieii à moi; prul-rire n'existivl-il pa-i coiiiluiiiriiciil. io8 BRA.NDT. — . Sur Ics nerf S stoinalo- gastriques sur l'estomac un plexus nerveux et se perdent sur le cœcum. Le même auteur, dans son excellentil/a/7«é'/ûf fig- 7- b. ô.), sont situés immédiatement derrière le cerveau (fig. 6. ^.) et plus en dedans que ces derniers (ibid, c. c); ils occupent le milieu de la partie dorsale de l'œsophage .y. Ils sont appliqués immédiatement l'un contre l'autre par leur bord interne, et sont en rapport avec le bord postérieur du cer- veau ^ , au moyen d'un filet très délié; leur forme est allongée, presque pyramidale, et ils semblent un peu comprimés des deux côtés et de haut en bas. De la partie postérieure et externe de chacun de ces ganglions, il part un petit filet, qui se porte du même côté et se rend au deuxième ganglion c. c. du système pair qui est situé derrière le premier, et en dehors de lui ; la face interne de l'extrémité postérieure de celui-ci fournit un cor- don de communication qui gagne le ganglion du système impaire. Les ganglions postérieurs c. c. sont situés plus en arrière et plus en dehors que les précédens, sur le bord latéral de l'œso- phage et séparés l'un de l'autre. Ils ont une forme ovalaire et le cèdent beaucoup en grosseur aux ganglions de la première paire. Ils sont en rapport avec le système impair (pi. 5, fig. r. o, (3, y, x, « ) et avec les ganglions antérieurs (ibid, b.b. au moyen de deux filets déliés (fig. i , ^, ^),qui partent de leur extrémité anté- iio CRANDT. — ISerfs stoniato-gastriques des irn^ertéhrès. rieiire, laquelle envoie aussi en dehors et sur le coté un cor- don très fin {^ .) q«ii se rend aux muscles. Leur extrémité pos- térieure donne naissance à un cordon nerveux (o, .J,) qui se prolonge de chaque coté dans une direction parallèle à celle du cordon À déjà mentionné et appartenant au système impair : ce premier cordon reste en dehors du second , sur les côtés de l'œsophage et se rend à l'estomac en forme de jabot et à parois ridées (w. ); il se recourbe alors et se croise avec le second, comme je l'ai dit plus haut, puis remonte en dedans sur la partie dorsale de l'estomac, tandis que le cordon du système impair vient se placer plus en dehors et en dessous. Après s'être croisés, les deux cordons se prolongent parallèlement dans le court espace où le canal intestinal se rétrécit v. et oii le jabot se réunit à l'estomac musculeux et à paiois épaisses; ils se per- dent alors dans le ganglion déjà décrit y-, après s'être rapprochés l'un de l'autre sous un angle aigu. Si l'on considère le développement remarquable des ganglions du système pair, et que l'on réfléchisse que, non - seulement le cordon dorsal dusystème impair, mais aussi les ganglions pos- térieurs du système pair envoient des filets à l'estomac , on sera conduit à admettre que le système pair est ici plus développé que le système impair, quand on le compare au plus grand nombre des autres insectes, tels que les Phasina , Blatta , les Lépidoptères, les Coléoptères, etc. Cependant les Gryllotalpa se rapprochent plus que les Qryllas du type des autres insectes, à cause de l'extrémité postérieure de leur système impair, qui est beaucoup plus développée que dans ces derniers. En comparant ce que nous avons dit jusqu'ici avec les obser- vations de Millier , il résulte que cet auteur n'a décrit et figuré que les ganglions antérieurs du système nerveux stomato-gas- trique pair b. b. , les cordons X du ganglion t du système im- pair et les ganglions postérieurs p^ mais qu'il n'a pas reconnu les ganglions postérieurs du système nerveux stoniato-gastrique pair, ainsi que leurs filets, ni le ganglion frontal et le cordon dusystème impair. ■"• '' fin siiUe au prochain cahier.J poiSEUiLi.E, — Moiwein. du .sang dans les vaiss. capillaires. 1 1 1 llEcncRCHis sur les causes du mouvement du sang dans les vaisseawc capillaires. Par M. le docteur Poiseuillk. ( Extrait. ) L'Académie des Sciences, dans sa séance jnibliqiie du 28 décemlne a décerne l'un des Prix de jjliysiologic expérimentale à M. Poiseuille pour ses expériences sur les cansesdu mouvement du sang dans les vaisseiux capillaires : Voiri l'analyse de ce mémoire dans les termes même de l'auteur :' a Lorsque dans les vaisseaux capillaires des Batraciens ou des Mammifères on examine le cours des globules sanguins, on les voit, et cela dans le même vais- seau, doués de vitesses très différentes: les uns offrent simultanément deux rnou- vcmcns, l'un de rotation, l'autre de translation; d'autres sont momentanément en repos. Deux globules présentant d'abord la même vitesse ne conservent qu'ac- cidentellement la distance qui les sépare ; et si la vitesse du sang permet de suivre le même globule, on le voit dans le même vaisseau capillaire offrir quel- quefois ces différentes phases de mouvement. I^a vitesse des globules dans les ca[iillaires est moindre que dans les artères et les veines; elle est rarement plus grande: cette remarque s'étend aussi à un vaisseau capillaire qui naît immédiate- ment d'une artère, ou qui se rend directement dans un tronc veineux. « Ces phénomènes divers de mouvement porteraient à penser que les globules sont doués d'un mouvement spontané, ou bien que la cause du cours du sang à travers les capillaires est différente de la cause unique qui préside au mouve- ment du sang dans les gros vaisseaux. L'auteur ne s'arrêtant pas à l'hypothèse du mouvement spontané des glo- bules, a dû examiner avec la plus scrupideuse attention les causes auxquelles étaient dus les mouvemens du sang dans les parties isolées de l'action du cœur par une ligature, ou séparées du corps par un instrument tranchant, et ensuite étudier l'influence du cœur et des artères sur la circulation capillaire. 11 a établi, par un grand nombre d'expériences, « que le calibre que présen- tent les artères et les veines est dû à la pression du liquide qu'elles charient; que leurs parois sont incessamment distendues par le sang ([u'ellcs reçoivent , que ces vaisseaux tendent à revenir subitement sur eux-mêmes, par suite de l'élasticité de leurs parois^ dès que la cause qui les dilate cesse d'agir tout-à- coup. Les troncs artériels et veineux, ainsi que les petites artères et veines, partagent celte propriété ; mais en outre ces dernières, dès qu elles ne reçoivent plan li*: tanfi, reviennent ptu-n-peu sur etles-mcmef;, et la (liminuliou de leur 1 1 2 poisEuiLLE. — MoLiifem. du sang dans les vaiss. capillaires. diamètre continue à avoir lieu pendant un temps plus ou moins long. Ce retrait est quelquefois tel, que les vaisseaux méseutériques de la grenouille, de la sala- mandre, de jeunes rats et de jeunes souris, se trouvent ramenés à un diamètre qui n'est que les deux tiers de leur diamètre primitif. Il a aussi démontré que ce retrait, toutes choses égales d'ailleurs, est plus prononcé dans les artères que dans les veines. Ces faits bien constatés, il est facile de se rendre compte de ces mouvemens du sang dans les parties séparées du tronc, soit par une ligature , soit par un instrument tranchant ; mouvemens qu'on s'est efforcé, même dans ces derniers temps, de décorer du nom de circulation. « En effet, un examen attentif de cette prétendue circulation fait voir , la partie étant dans un plan horizontal, que le mouvement des globules dans les capillaires est totalement aboli ; que tous les vaisseaux , artères et veines un peu considérables , charient alors le sang des extrémités vers la surface amputée, que ce mouvemeat devenant de plus en plus lent, cesse au bout de quelques minutes, et en même temps l'organe offre une quantité de sang beaucoup plus petite. Ces mouvemens résultent donc tout simplement du rapprochement des parois des vaisseaux vers leur axe ; ils doivent alors pousser le sang vers leur ouverture libre. La queue des têtards de la grenouille, la patte du même animal, les mésentères de très jeunes rats, de jeunes souris, séparés du tronc par un instrument tranchant, ont présenté constamment les mêmes phénomènes. Cette pression, qu'il a constatée pour le sang des animaux, existe aussi pour les liqui- des végétaux ; l'auteur est porté à croire que cette sorte de circulation qu'on observe dans une stipule du^us elastica détachée du tronc, est due à la même cause. « L'action de la pesanteur, ainsi que celle de la chaleur, sont aussi des eau* SC& , mais dans des limites plus resserrées , du mouvement des globules dans les parties séparées du tronc, quand surtout le sang n'est pas encore coagulé dans les vaisseaux. a De nombreuses expériences faites ; i° sur les têtards de la salamandre et de la grenouille, animaux chez lesquels la circulation se suspendant pour ainsi dire à volonté, on la voit se rétablir peu-à-peu du centre à la circonférence; 2° sur la patte de la grenouille en liant les vaisseaux cruraux ; 3° sur les mésentères de grenouille et de salamandre en liant ou en coupant le cœur; 4° sur les mé- sentères de jeunes rats et de souris ; toutes ces expériences, dont plusieurs trou- vent leur conflrmation dans celle de deux célèbres physiologistes, Haller et Spal- lanzani, ont convaincu M. Poiseuille que le cœur et l'élasticité des parois arté- rielles^ provoquée par les contractions de cet organe, sont les seuls agens de la circulation capillaire dont il est ici question. « En s'appuyant sur les faits prccédcus , c'est-à-dire Taction du cœur et des artères, et la tendance qu'ont ces dernières à revenir sur elles-mêmes^ dès qu'elles ne sont plus suffisamment dilatées par l'ondée de sang lancée par le cœur, les circulalions conlinue-naccadèe, intermiilente, cscillatoirej qui pré- cèdent la mort de l'animal, s'interprètent avec la [dus grande facilité : il eu est poiSF-UiLLi'.. • — Moiwem. du sang dans les vaiss. capillaires. 1 1 3 de même de la circulation rétrograde qu'offrent les artères après la mort de l'a- nimal et celle du cœur. » Ces points éclaircis, l'auteur passe à l'examen de la csuse des mouvemens sin- guliers des globules, qu'il a signalés dans les vaisseaux capillaires. « Si l'ou étudie le cours du sang dans les veines et artères de la grenouille, do très jeunes ra»3, de jeunes souris, on voit, en allant de l'axe du vaisseau vers les parois, h ntesse des globules être tout-à-fait différente ; au centre la vitesse est à »on maximum; elle diminue au fur et à mesure qu'on s'approche des parois ; tout près des parois ou distingue un espace très transparent, qui n'est occupé or- dinairement que par du sérum; cet espace a une largeur égale au huitième ou dixième environ du diamètre du vaisseau. Cette partie transparente des vaisseaux, entrevue par Haller, notée par Spallanzani, dans la grenouille, comme devant être occ'ipée par du sérum, a été de nouveau observée dans le même animal par M. de Blainville. « Lorsque quelques globules heurtés les nus contre les autres, se trouvent lancés dans cette partie transparente des vaisseaux, les globules placés au milieu de son épaisseur ont un mouvement extrêmement lent, et ils cessent de se mouvoir quand ils sont presque en contact avec les parois du vaisseau. Les globules les plus voisins de cette partie transparente ont un double mouvement de rotation et de translation; ils roulent, pour ainsi dire, £ur cette partie de sérum. « Ces observations, et un grand nombre d'expériences démontrent que l'in- térieur des vaisseaux est tapissé d'une couche de sérum en repos. On pressent déjà les conséquences qu'il va tirer de la présence de cette couche, dont il a con- staté l'existence dans les vaisseaux des reptiles, des poissons, des oiseaux et des mammifères. Puisque cette couche est immobile dans son contact immédiat avec les parois des vaisseaux, toutes les fois qu'un globule s'y trouvera placé, il sera en repos, ou bien sa vitesse sera plus ou moins diminuée, si une portion plus ou moins grande du globule s'y trouve plongée .• or dans les vaisseaux capillaires les globules se meuvent entre ces deux couches de sérum; donc leur mouve- ment doit être moins vite que dans les gros vaisseaux, puisqu'ils ont à vaincre l'inertie de cette couche. Si un globule est en grande partie dans la couche, cette portion du globule sera en repos, taudis que son autre portion placée dans l'axe du vaisseau aura une certaine vitesse; alors le globule tournera sur lui- même, pour prendre sa vitesse normale en suivant le centre du vaisseau. Si de deux globules, marchaut , par exemple, de front, l'un est placé plus avant dans la couche que son congénère, celui-ci poursuivia s» iûarchc lors(iuc l'autre restera en arrière, et offrira les mouvemens divers dont nous venons de parler. a Des travaux de M. Girard sur l'écoulement des liquides dans des tubes de petits diamètres, ont établi pour les tubes inertes susceptibles d'être mouilles par lé" liquide qui s'y meut, l'existence d/; cette couche, dont l'auteur a constaté l'immobilité dans les vaisseaux sanguin>. Cependant, il a fait passer dans des V. /oui.. — Fcyrivi: S 1 1 4 POiSEUiLLK. — Moui'ern. du sang dans lest vaiss. capillaires. tiibes de verre de petits diamèlres, des liquides tei)ant en suspension des corps opaques; et ayant examiné cet cconlcnieut à l'aide du microscope^ il a trouve cette couche immobile , d'une épaisseur beaucoup plus petite que celle obtenue par les Calculs de ce savant physicien. « De là l'auteur conclut que le sang transporté par les vaisseaux, du cœur à toutes les parties du corps, ne frotte point contre leurs parois, qu'une couche de sérum, garantit par son immobilité, ces parois de l'usure qui en serait résultée si ' ce frottement eût existé. En outre, on conçoit toute l'importance de cette couche immobile de sérum tapissant les parois des vaisseaux, dans l'acte de la nutrition, depuis surtout les dernières expériences de M. Millier de Berlin, par lesquelles il a démontré que la fibrine est en dissolution dans le sérum. » M. Poiseuille a ensuite étudié l'influence du froid et de la chaleur sur la cou- che de sérum : à ce sujet, nous rapporterons en peu de mots l'expérience sui- vante. Température, 25° centigrades; on examine la circulation dans la patte d'une grenouille, et dans l'auge où cette patte est placée on met des morceaux de glace; dans les gros vaisseaux, la partie transparente de sérum augmente manifestement d'épaisseur ; les globules en contact immédiat avec elle se meu- vent avec plus de lenteur, les trois ordres de vaisseaux, artères, capillaires et veines, conservent sensiblement leurs diamèlres, même avec un grossissement de trois cents fois ; la vitesse dans les capillaires est considérablement diminuée, et dans quelques-uns de ces vaisseaux, elle devient complètement nulle; pen- dant six à huit minutes, par exemple, la circulation dans les capillaires de l'au- tre patte de la grenouille, conserve sa vitesse normale ; ce n'est qu'après un quart d'heure de submersion de la première patte dans l'eau glacée, que la vi- tesse du sang dans la deuxième patte placée dans l'atmosphère se trouve dimi- nuée, par suite de l'abaissement de température de toute le masse sanguine. Ou remplace la glace de l'auge par de l'eau à 38' centigrades, et la vitesse des glo- bules devient alors si grande, qu'on peut à peine distinguer leur forme. Sur de jeunes rats, le froid prolongé pendant quelques minutes seulement avait ar- rêté la circulation dans les capillaires du mésentère; on la vit se rétablir peu-à- pcu, et reprendre son rythme normal après la soustraction de la glace. a Ainsi le ralentissement de la circulation capillaire par le froid, sa vitesse plus grande par l'action de la chaleur, s'interprètent naturellement par l'aug- mentation de l'épaisseur de cette couche dans le premier cas, et sa diminution dans le second. '^ « Ces résultats s'accordent entièrement avec ceux de M. Girard sur la varia- tion d'épaisseur de la couche qui tapisse les parois des tubes inertes, quand la température augmente ou diminue. « On sait que certains animaux, tels que les poissons et quelques mammifères amphibiens, se trouvent quelquefois placés à une distance de la surface de l'eau de 8o mètres environ, et supportent alors une pression de 7 à 8 atmosphères j il était donc important de savoir comment se comportait cette couche, et en même temps de voir les modifications de la circulation capillaire sous une telle pression. poisEOiLLE. — Mouuem. du sang dans les vaiss. capillaires. 1 1 5 C'est dans ce but que l'auteur a fait coustruire un appareil auquel il a donné le nom de porLe-objet pnewnaUqiie. Une courte description le fera connaître, et mettra sur la voie des résultats qu'on peut tirer de son usage. II consiste en une boîte en cuivre de forte épaisseur ; les parois supérieure et inférieure sont des glaces enr*istrées dans des rainures qu'offrent les parois latérales ; l'une des ex- trémités de cette boîte porte un tuyau en cuivre qui reçoit tantôt un tube baro- métrique, tantôt un manomètre à air comprimé; l'autre extrémité présente une large ouverture , par laquelle on introduit les animaux ; à cette extrémité on adapte tantôt une pompe aspirante, tantôt une pompe foulante. L'animal préparé de manière à voir la circulation capillaire est placé dans l'instrument, et l'ap- pareil lui-même, sous l'objectif du microscope ; on peut alors observer les mo- difications que peut introduire dans la circulation capillaire une pression am- biante jilns ou moins considérable. Chez les salamandres, les grenouilles, leurs tétai ds, les très jeunes rats et les jeunes souris, les circulations artérielle, capil- laire et veineuse, n'ont offert aucun changement en portant la pression, même brusquement, à 2, 3, 4, 6 et 8 atmosphères, et réciproquement. En outre, la circulation a continué à se faire avec le même rhythme sous une pression de quel- t(ucs centimètres de mercure, chez les salamandres, les grenouilles et leurs té- tards. En plaçant dans l'appareil de très jeunes rats, de très jeunes souris (ou sait que les mammifères, pendaiit les premiers jours de leur naissance, peuvent rester quelques heures sans respirer), on a pu voir par l'intégrité parfaite de la circulation, chez ces animaux alors placés dans le vide, combien était illusoire l'opinion des physiologistes qui pensent que, sans pression atmosphérique, il n'y a point de circulation possible; mais la pression atmosphérique concurremment avec les raouvcmens respiratoires, sont des causes accessoires du cours du sang, ainsi que M. Poiseuille l'a démontré dans l'un de ses précédons mémoires. « De ces expériences il tire cette conséquence, que l'épaisseur de cette cou- che, dont l'existence est due à l'affinité qui s'exerce entre les parois des vais- seaux et le sérum, épaisseur qui varie d'une manière si remarquable par le froid et la chaleur, est indcjiendante de la pression ambiante; que les contractions du cœur conservent leur rhythme normal quelle que soit cette pression. De là l'inté- grité de la circulation, toutes choses égales d'ailleurs, chez les animaux qui, par la nature du milieu qu'ils habitent, supportent une pression plus ou moins con- sidérable. « Plusieurs tubes de chara, placés dans cet appareil, ont présenté, sous une pression qui a varié de 2 à 600 centimètres de mercure, le même mode de circu- lation; et les mouvemens de quelques iafusoires contenus dans l'eau du chara, tels que vorticellcs, rotifères, vibrions, etc., s'exécutaient avec la même facilité qu'au sein de l'atmosphère. » 1 1 6 Académie des Sciences. A.NALYSE des trai^aux anatomiques , pîiysiologic^ues et zoolo- giques présentés à V Académie des Sciencea pendant le moiy de février i83(î. Séance du i^"" février i836. Note sur la structure des Infusoires j par M. Dujardin- Ce mémoire a jiarii dans notre cahier de décembre i835. Nouveau genre de vers trouvés dans les muscles de V homme, J)A\- M. R. Owen. M. de Blaiiiville met sous les yeux de l'Académie, de la pari de M. Oweii , un morceau du muscle grand-pectoral d'un homme, contenant un très grand nom- bre d'individus d'une espèce de versmtestin;iux, de la longueur d'une demi-ligne au plus, de forme cylindrique , pourvu d^un orifice buccal antérieur ^ auquel M. Owen donne le nom de Trichina spiralis, parce qu'il est le plus souvent solitairement enroulé dans un kiste formé aux dépens du tissu cellulaire du muscle. La petitesse extrême de cet entozoaire a empêché M. Owen d'en coii- naîlre complètement la structure ; mais il eu a observé assez pour être certain qu'il ne peut entrer dans aucun des genres jusqu'ici connus, ce qui l'a déter- miné à en former un nouveau. Ce ver n'a encore été trouvé en quantité consi- dérable que dans le système musculaire de la vie animale, et jamais dans le tissu du cœur ni dans celui des intestins, et cela dans trois cas déjà observés : l'un sur le cadavre d'un Italien de 5o ans, mort de consomption à la suite d'une ma- ladie de poitrine; le second sur une femme irlandaise, morte dans un état de consomption déterminé par un vaste ulcère à la cuisse, et enfin le troisième , sur le cadavre d'un homme mort à l'hôpital Saint-Baitholomé, sans que l'on dise de quelle maladie. ( Ces observations de M. Owen font le sujet d'un mémoire publié par ce na- turaliste dans la quatrième partie du premier volume des Transactions de la So- ciété zoologique de Londres. ) Séance du 8 février. application de la caméra iucida au microscope simple ordinaire et aux microscopes composés verticaux , par MM. Milne Edwards et L. Doyère. a Les personnes qui s'occupent de recherches à l'aide de grossisscmcns très forts, savent le service que rend! .' i la science M. Amici , lorsque l'invention de ^4cadéinie des Sciences. 1 1 ^ sou l»cau microscope horizontalliii pciiuil d'y appliquer la caméra lucida. Elles savent aussi que l'on n'avait pas encore réussi à faire la même application au microscope vertical ni même jusqu'à ces jours derniers, aux loupes simples; d'où résultait l'impossibilité de dessiner avec les facilités que donne cet instrument sous des grossisseraens très fciibles. Un opticien habile , M. Charles Chevallier, a tranché une partie de la difficulté en plaçant le microscope simple dans la posi- tion horizontale ; mais le porte-oLjet devenant par cela même vertical, cette disposition avait entre autres l'inconvénient de ne pouvoir s'appliquer aux objets disséqués sous l'eau, condition indispensable pour les recherches d'anatojuic délicate. Ayant besoin d'un instrument de ce genre pour des recherches que nous faisons en commun, uous sommes arrives, après qnel(|ucs tenta- tives, à un résultat qui nous paraît pouvoir être utile aux naturalistes qui se livrent à ces sortes d'études et que nous nous empressons^ pour cette raison, de rendre public. a A l'aide de deux miroirs plans disposés sous des angles de 45°, l'un entre l'œil et la loupe, l'autre vis-à-vis du premier et au-dessus du papier, nous f li- sons coïncider l'image de la pointe du crayon avec celle de l'objet vu directe- ment à travers la lentille siniple ou le microscope vertical. Cette disposition est d'une extrême simplicité et ne nécessite aucun dérangement dans l'objet sou- mis à l'observation. Il peut d'ailleurs s'appliquer à tous les instrumens au moyen de quelque changement facile dans la disposition que nous avons été conduits à lui donner. » (Cette lettre est accompagnée d'un dessin représentant l'iastru- ment dont il vient d'être question.) Recfteivhes sur le développement des Mollusques, par M. E.Jacquemin. « Le développement de l'embryon ne commence pas chez le Planorbe dans un seul point du vitcllus comme chez les animaux supérieurs, mais bien dans tous les points à-la-fois. Son enveloppe membraneuse, transparente , est une pellicule mince qui, par transformation et par développement successifs, consti- tue les organes de la vie animale ; tandis que les granules de l'intérieur du vitcl- lus, raj)prochés vers le troisième ou quatrième jour après la ponte, pour former les parois des gros globules également transparrns, sont les premiers rudinicus des organes de la vie végétale. a Ces derniers organes se développent beaucoup plus lentement que les pre- imcrs. tt La cicatrice et la vésicule de Purkinjé sont très développées et très distinc- tes dansl'œuf du Planorbe retiré de l'ovaire; ils disparaissent pcu-à-pcu pen- dant son séjour dans la poche ou évasement de l'oviducte appelé matrice, de manière qu'il n'en reste plus de trace au moment delà ponte. a La cause primitive des mouvcmcns de rotation en sens horizontal qu'exerce le vitcllus vers le troisième ou quatrième jour après la ponte, est due aux mou? yemcns de vibration ondulatoires qui s'aperçoivent sur sa circonférence trente- MX à quarante-huit heures après la ponte, selon l'étal ouitant, lorsque \i\ séparation ne laisse [tas d'ouverture, elle continue à vivre pour son propre compte, et elle reprend quelques inouveniens affaiblis et se traîne ainsi pendant un temps assez court. Dans tous les cas, l'instaut de la mort de l'individu ainsi affaibli rend libres, et à leur propre spon- tanéité, le reste des globules que la Kérone contenait encore ; renvelop|)e vésicu- laire se résout elle-même en globules excessivement petits, grouillant pendant i|uelque temps dans l'espace où ils ont retrouvé leur liberté. Pendoints intéressans concernant l'organisition de la langue, ou des organes de déglutition, des oi- seaux et des reptiles. a On peut en conclure, vclativemeiit à la [ihysiologic générale : « !"> Que la considération des os, comme leviers, ne fournirait que'des don- nées incomplètes pour celte pbysiologiej si l'on n'y joignait celle des muscles qui meu\ent ces leviers; « 1° Que, dans l'appareil de la langue, qui est composé de la langue cl de l'byoïdc, la première peul devenir rudimciitaire avant l'iiyoïde, qui la soutient, sans doute parce que l'hyoïde a d'autres emplois; a 3° On pourra voir, dans les figures jointes à ce mémoire et dans leur ex- plication, que l'os ou le cartilage lingual varie beaucoup pour sa forme cl sa composition; qu'il peut être d'une seule pièce ou composé de deux pièces mo- biles l'une sur l'autre et dans la ligne médiane , et que chacune d'elles peut être encore distinguée eu deux parties, l'une anlérieuie et l'autre postérieure, dont le développement et l'ossification soûl très variables^ suivant les genres et même les espèces. « 4° Nous avons établi d'ailleurs que la forme et les dimensions de la langue n'étaient pas toujours en rapport avec la forme et les dimensions du bec. « 5° Que les muscles de la langue peuvent varier beaucou]) dans les oiseaux, puisqu'on en trouve jusqu'à six paires dans \z Perroquet, tandis qu'il n'y en a qu'une ou tout au plus deux dans beaucoup d'échassiers, et que la langue rudi- raentaire du pélican en manque absolument, le seul qui subsiste dans cet animal s'étaut arrêté au corps de l'iiyoïde (l'hyoglossc droit.) « 6" On a vu que , dans le Pélican, l'hyoïde conserve un certain développe- ment, ainsi que la plupart de ses muscles protracleurs et rétracteurs, qui sont encore rcconnaissables malgré leur excessive extension dans l'épaisseur des pa- rois de la poche sous-mandibulaire. « 7° Nous avons démontré que celte poche , dont les parois reviennent si promptcment sur elles-mêmes, quand elles ont été distendues par la pesanteur de la proie que l'animal avale, doit surtout celte force contractile à un réseau du tissu élastique qui entre dans la composition de ces parois. académie des Sciences. laS « Rflalivcment à la langue des icpliics, ce niciuoire comprend : , « 8° Des observations sur les raouvcmens de protraction extraonlinairc de la langue du Caïuélcon, faites sur l'animal vivant, établissent que cet animal peut atteindre sa proie à une distance plus grande que la longueur de sou corps et de sa queue réunis. « g" On y a vu, en détail , quelle ét.iit l'organisatiou de cet instrument et comment, malgré sa singularité, qui est en lapport avec ses effets extraordinai- res, on pouvait les ramener au plaii général de la langue des animaux vertébrés, du moins pour sa composition osseuse et musculaire. a Ici les muscles intrinsèques de la langue sont entièrement séparés des mus- cles extrinsèques, tandis que dans d'autres reptiles et les mammifères, les uns et les autres sont plus ou moins entrelacés. (c io° J'expose d'ailleurs, dans ce travail, une nouvelle théorie, pour expli- quer l'extension si particulière dont cette langue est susceptible. « II" Enfin, je montre, dans la langue des crocodiles, l'entrecroisement le plus évident, le plus complet, des faisceaux musculaires de deux muscles sy- métriques. » Nous croyons devoir encore reproduire ici deux points particuliers du mé- moire de M. Duvernoy. Le premier est relatif au mécanisme des raouvemens de conti action de \a poche sous-mandihulaire du Pélican. a J'ai découvert ce mécanisme, dit M. Duvernoy, dans un réseau très élasti- que, situé en-debors des faisceaux musculeux. Je me bornerai à l'indiquer ici ayant déjà eu l'occasion de le faire connaître ailleurs. Ce réseau se compose de filets principaux qui partent delà bgne moyenne, et se dirigent très obliquement on arrière, se liant par des filets latéraux ramifiés et plus petits qu'ils s'envoient réciproquement. Il en résulte un tissu extrêmement élastique, capable de reve- nir promptement sur lui-même, lorsque la cause qui l'a distendu a cessé d^^gir, ce qui produit la contraction des parois de la poche, sans fatigue pour l'animal, parce qu'il n'y a pas ici dépense des forces vitales. C'est un nouvel exemple à ajouter à ceux déjà connus, dans lesquels certains mouvemens et certaines posi- tions fixes sont le produit de cette même force élastique. Tel est entre autres le ligament qui tient la troisième phalange des chats fléchie vers le haut sur le côté de la seconde phalange ; tel est celui qui maintient bâillante la coquille des bivalves. Tel est le tissu jaune élastique de la peau interdigitale des mammifères à pieds palmés; de l'aile des chauve-souris (i), qui ride cette peau à mesure que les doigts se rapprochent. » Le second point du mémoire de M. Duvernoy que nous reproduisons ici, a pour objet la théorie des mouvemens si singuliers de la langue du Caméléon. « J'ai observé, dit M. Duvernoy, pendant cinq mois un Caméléon vivant, et (i) Principes «ranaiomi* comparée, ifUT M. Diicrolay de Biaiuville, t. t,p. i6:i. 1 26 académie des Sciences. j'ai eu souvent l'occasion de le voir lancer sa langue comme un trait sur une proie; les mouches excitaient peu son appétit : il était long-temps sans vouloir se donner 1j peine de les prendre; car tout mouvement semble une peine pour cet animal apathique. Mais il se décidait bien plus promptement à prendre les punaises de jardin et surtout les araignées qu'on mettait à sa portée. Cette por- tée est beaucoup plus grande qu'on ne pourrait se l'imaginer avant d'en avoir fait l'expérience. Notre caméléon était perché sur un petit arbrisseau en-dedans d'une fenêtre contre laquelle nous lâchions l'injecte dont il devait s'emparer. De cette manière, nous pouvions facilement mesurer l'intervalle qui l'en sépa- rait, et l'allongement nécessaire de sa langue pour s'en saisir. Quand l'insecte lui plaisait, il parvenait à l'atteindre à une distance qui excédait la longueur de son corps et de sa queue réunis. « La vitesse avec laquelle le caméléon sort sa langue de sa bouche et l'y ren- tre, ne peut se comprendre, à notre avis, que par un mouvement musculaire. Mais on a de la peine à concevoir comment cet organe peut s'allonger si forte- ment et se raccourcir immédiatement après, avec une promptitude extrême ? Voici an reste l'explication que je crois pouvoir en donner : l'hyoïde, sur lequel toute la langue, et particulièrement son gros bout, est enfilée, représente la tige du bilboquet, dont la boule est ici la massue de la langue. La corde qui attache la boule à la tige est encore représentée dans l'appareil de la langue par le liga- ment qui s'étend de l'extrémité de l'hyoïde à celle de la massue de la langue. L'effort simultané de tous les muscles qui tirent l'hyoïde en avant, tels que les géni- hyoïdiens et cèratoïdiens, et]es cérato-maxilliens , réuni à l'action du jnylo-hjoïdien, pour soulever le plancher de la bouche, et à celle du maxillo- palalin (l'analogue du gènio-vaginien des serpens) pour jeter hors de la bou- che le gros bout de la langue, doit en effet l'en faire sortir en le détachant de l'hyoïde, comme l'effort du joueur détache la boule de sa tige. « Au moment même, les muscles linguaux droits rapprochent les lèvres de la capsule pour pincer la proie que l'animal a visée. Presque aussitôt la langue ren- tre dans la bouche par l'élasticité de ses parties fortement distendues, par l'ac- tion des steruo hyoïdiens et cèratoïdiens, qui sont très reculés en arrière et très longs pour avoir plus d'étendue de contraction ; et par l'effort des cérato- gloBses qui ramçnent toute la langue sur son axe osseux, comme l'adresse du joueur enfile la boule du bilboquet sur sa tige. L'allongement extiême de la langue est l'effet de l'étendue de l'extensibilité delà peau du fourreau ; il est produit par un jet de l'extrémité de la langue qui, en étant la partie la plus pe- sante, se trouve lancée comme une fronde, ou plutôt comme la boule du bilbo- quet, et quitte de même la tige glissante de l'hyoïde. » Académie des Sciences, lay Séance du 29 février. Jleclieiches anatomiqiies, phjsiologitj/itcs et zoolcgiques sur les Polypes du genre Eschare , par M. Milne Edwards. (Ce mémoire paraîtra dans un des prochains cahiers des Annales.) Obseii-'atlons sur les mouvemens de la langue chez les Caméléons , par M. DUMÉRTL. a M. Dnméril, qui n'a eu Connaissance du luémoirc de M. Duveruoy sur la cause des mouvemens de protraction de la langue du Caméléon, que par le Compte-rendu imprimé de la dernière séance de l'Académie , communique un passage encore manuscrit du chapitre 5' du tome III de YErpélologie (1), qu'il publie avec M. Bibron, et dans lequel il donne une autre explication de ce sin- gulier micanisme. tt Dans les Caméléons, la langue a pour véritable et principal usage la faculté de prendre les aliraens. Elle est douée d'une protractilité excessive et tout-à- fait surprenante par la rapidité avec laquelle elle s'exécute. Sa ictractilité est presque aussi merveilleuse. L'animal la projette, pour ainsi dire, an-dehors en la lanç.int sur les insectes, qu'il saisit ainsi à une distance souvent aussi considé- rable que celle de la longueur de son corps, et il la fait rentrer dans sa bouche en la retirant, et la plissant sur elle-même, de manière qu'elle semble disparaître. Celte opération s'exerce sans aucun bruit, en un clin-d'œil, toutes les fois que l'animal saisit sa proie ou qu'il veut happer quelques gouttes d'eau pour étancher sa soif. « Il est facile de concevoir et d'expliquer une partie de ces mouvemens par la structure de cette langue dans les Caméléoniens, parce que les os et les mus- cles en ont été parfaitement décrits et qu'on peut les isoler par la dissection. Cependant, à l'aide de cette analomie, on reconnaît que les mouvemens qu'ils doivent opérer sont loin de suffire à la production de cet allongement excessif et tel que l'animal, sans mouvemens apparens du reste du corps, peut lancer hors de la bouche, par une force d'expuition, un tuyau charnu ([tii dépasse la longueur de son tronc, et qu'il peut, avec la même viles-^e, retirer la langue à l'intérieur ou la faire rentrer dans la gorge. a Pourjd'.iutres langues vermiformes etprotractiles, telles que celles des FourJi miiiers parmi les mammifères ou des Pics chez les oiseaux, la structure de l'os hyoïde et de ses prolongemens en forme de cornes, en fuit concevoir Je ipéca- nisme, surtout par la disposition, l'étendue et le nombre considérable des fais- (i) Cet tmvragc dont il a déjà paru Jeux volumes fait partie de» SuitM à Biiffou , puMiéei. par Korfl. 128 ^4 Cad ê mie des Sciences. ceaux cLarinis qui s'y insèrent et les recouvrent. Ici, outre cet appareil cor- respondant, il existe dans la partie moyenne de la langue une sorte de tuyau charnu, creux ou vide à l'intérieur, tapissé d'une membrane muqueuse, dans lequel le stylet osseux, qui correspond à l'os lingual, ne peut pénétrer qu'en partie, tant il est court, et dans l'épaisseur duquel aucun des muscles des mâ- choires ne peut réellement s'insérer. Il faut donc que cette langue, lorsque le Caméléon l'allonge autant qu'il le peift, soit portée, poussée en avant par un mé- canisme tout particulier. a Le fait est que, malgré les descriptions qu'en ont données Perrault, Val- lisuieri et plusieurs autres anatomistes habiles, M. Duvernoy, en particulier, la difficulté que nous venons d'indiquer est restée sans explication ; elle demande de nouvelles recherches pour expliquer cette érectilité de tissu de la partie moyenne ou de ce tube charnu placé entre le tubercule terminal et la base cor- respondante à l'os lingual. (Ici se trouve la description anatomique.) ce Nous trouvons dans cette langue, qui est un instrument de préhension des alimens plutôt qu'un organe du goût, une grande analogie avec celle de la plu- part des batraciens anoures, les t*ipas exceptés. C'est un tuyau creux terminé par un pavillon charnu et visqueux qui est lancé hors de la bouche avec la vi- tesse de l'éclair, et qui y ramène rapidement la proie pour la livrer aux or- ganes de la déglutition. En traitant des poumons et de la vessie aérienne à parois solides, située sous le cou, et qui communique avec l'air qui sort de la glotte , nous faisons voir que cet organe n'est peut-être pas étranger à cette projection de la langue ; que l'animal peut y pousser de l'air, comme dans une sarbacane à parois mobiles et allongeables, et qu'il ramène à lui avec la nit-me vitesse, comme s'il y opérait le vide avec la plus grande rapidité. Ce mécanisme n'aurait pas lieu de nous étonner, car nous savons que la plupart des animaux vertébrés, pour absorber les liquides, sont obligés de faire le vide à l'aide des poumons, ou de toute autre manière. » V. AUDOiUN. — Calculs trouvés clans un Cerf-volant. 129 Concernant des calculs troussés dans les canaux biliaires d'un Cerf- frôlant femelle (hncaiïus capreolvis), adressé à l'j4ca- démie des Sciences , le 7 décembre i835. Par M. V. AuDotjiN. Permettez -moi d'attirer quelques niomens l'attention de l'Académie sur un fait qui me semble important pour la phy- siologie des animaux articulés. On sait que les insectes, dont on a fait jusqu'ici l'anatomie, ont tous présenté sur le trajet du tube digestif des vaisseaux grêles plusieurs fois contournés sur eux- mêmes. Les auteurs anciens les avaient appelés petils-cœcums , intestins grêles, vasa vaT'icosaj mais les anatomistes modernes, ayant supposé que ces organes sécrétaient de la bile, ont changé ces dénominations en celles de vaisseaux hépatiques , de canaux ou àe.vaisseaux biliaires. En effet, dans plusieurs insectes les vaisseaux biliaires se voient en arrière de l'estomac, sur lequel ils sont fixés, soit par un bout, l'autre bout restant libre, soit par les deux extrémités, cest-à-dire en formant une espèce d'anse ou d'arc singulière- ment replié. Si cette insertion post-stomacale était constante, on ne pourrait guère élever de doute sur les fonctions qu'on leur attribue, bien que l'expérience n'ait pas encore prouvé que le liquide qu'ils contiennent soit de la bile ,et que cette bile serve a la digestion; mais il arrive que, dans beaucoup d'insectes, les vaisseaux biliaires ont une terminaison très différente; tandis que par un bout ils s'ouvrent entre les valvules pyloriques de l'estomac, ils aboutissent par l'autre au ccecum, non loin de l'extrémité anale. Il est alors difficile d'admettre que le liquide qui est sécrété par cette portion postérieure des vaisseaux , et qui se mélange dans l'intestin avec les matières excrémentitielles , »oit analogue, quant aux usages qu'on lui attribue, avec celui qui est versé dans l'estomac. La difficulté d'expliquei- la fonction de ces canaux, en tant V. 7.001.. — Mali. Q i3o V. AiJDOi!!^'.- — Sur des calculs Iroiwés qu'on les considère comme des organes biliaires fournissant un liquide propre à activer la digestion, augmente encore, si l'on poursuit l'examen de leur insertion dans la série des insectes; en elf'et, dans un ordre tout entier, celui des Hémiptères, et particulièrement dans les espèces auxquelles on donne le nom de Punaises , les vaisseaux dits hépatiques sont fixés par leur deux bouts sur la partie la plus reculée du tube digestif, sur le sac stercoral, à un ou deux millimètres de l'ouverture anale, et ils présentent même là une sorte de vessie ou de réservoir dans lequel s'accumule la matière qu'ils sécrètent. Est-il possible, dans ce cas, qu'ils servent en quelque chose à l'acte digestif, lorsque bien évidemment cet acte est consommé? Il faut donc reconnaître qu'il existe une contradiction ma- nifeste entre les théories physiologiques universellement ad- mises et les faits anatomiques les mieux constatés; aussi quel- ques auteurs modernes, entre autres Gaede etMeckel, ont-ils été conduits à refuser aux vaisseaux biliaires l'usage qu'on leur accorde généralement, (i) Dès l'année 1819, Gaede, professeur à l'université de Liège, a soutenu que les vaisseaux biliaires n'étaient pas des organes sécréteurs, mais bien des organes absorbans qui puisaient dans le canal intestinal le fluide nourricier pour le verser dans le corps de l'insecte. C'était évidemment remplacer une hypothèse par une supposition moins admissible; car si l'auteur leur refusait, à cause de leur insertion anale, toute participation à l'acte di- gestif, on conçoit que leur abouchement avec le sac stercoral était plus défavorable encore lorsqu'il s'agissait de puiser des molécules nutritives. Meckel, se fondant sur des considérations d'un autre genre, a combattu, en 1826, la manière de voir de Gaede; suivant lui, les vaisseaux hépatiques seraient sécréteurs, mais ils ne sécré- teraient pas uniquement de la bile, ils produiraient en même temps un liquide urinaire , ou bien encore il pourrait se faire qu'ils soient des organes exclusivement urinai res. Celte théorie n'était appuyée sur aucun fait, elle ne repo- (1 ) Voyez pour les développemens historiques , la note qui fait suite à celle lettre. dans les canaux biliairas d'un Cerf-volant. i3i sait sur aucune expérience , et cependanl: elle était élayée, quoi- que inédiatement, par une observation importante dont on est redevable à la chimie. Depuis assez long temps on a constaté la présence de l'acide nrique chez les insectes, soit en les analysant en entier, amsi que l'a fait, en 1810, M. Robiquet, dans son beau travail sur les Cantharides, soit en examinant la matière qu'ils rejettent par l'anus peu de temps après leur dernière métamorphose, comme l'ont observé Brugnatelli et M. John. C'était un avis important donné aux anatomistes, et qui leur apprenait qu'il y avait un organe à découvrir sécrétant cet acide urique. Étaient-ce les vaisseaux biliaires qui remplissaient cette fonction , ou bien les parois des intestins, surtout celles du cœcum, ou bien encore certains appareils de sécrétion situés dans le voisinage de l'anus et analogues à ceux qui, suivant les espèces, produisent un li- quide vénéneux, irritant ou vaporisable? L'examen des matières prises directement dans ces divers organes, aurait pu résoudre la question. J'avais tâché, dans mes diverses dissections, d'en réunir une quantité suffisante pour l'analyse, mais j'étais en- core loin du but, lorsqu'un hasard heureux est venu me servir. Tout récemment mon collègue à la Société entomologique , M. le docteur Aube, a bien voulu me remettre deux petits corps irrégulièrement arrondis, rugueux à leur surface, d'un jaune- grisâtre et d'un aspect un peu cristallin, qu'il avait trouvés en disséquant un Cerf-volant femelle (Lucanus capreolus.) C'étaient deux calculs qui s'étaient formés dans la portion des canaux biliaires qui rampent à la surface des intestins; ils ob- struaient entièrement ces canaux de chaque côté, et ils en avaient singulièrement distendu les parois, ce que l'on concevra facile- ment, lorsqu'on saura que l'un de ces calculs, le plus gros, n'avait pas moins de deux millimètres en tous sens, tandis que le vaisseau qui le contenait n'atteint pas, ordinairement en lar- geur, le quart de cette dimension. Les deux calculs furent retirés de la cavité des vaisseaux bi- liaires. On ne saurait donc avoir aucun doute sur leur origine. Mais quelle était leur nature? Dans les grands animaux, on trouve souvent dans les canaux biliaires, aussi bien que dans 1,1>. V ArDouiN. — Sur des calculs trouvés les coiuluits urinaires, tles concrétions pierreuses; leur compo- sition est très différente : clans le premier cas, ils sont formés essentiellement de cholestérine, et dans le second d'acide urique. L'analyse seule pouvait lever ici le doute et décider cette ques- tion importante de physiologie. Je ne désespérai pas, malgré la petitesse des calculs, de con- stater la présence de l'acide urique, s'ils en contenaient; car per-- sonne n'ignore que la chimie possède le moyen d'en reconnaître les moindres parties. Un des calculs, le plus petit (il était gros comme un très petit grain de millet), fut facilement pulvérisé et placé dans une capsule de porcelaine, où l'on versa quelques gouttes d'acide nitrique étendu d'eau, et que l'on chauffa légèrement à la flamme d'une lampe. La matière fut dissoute par l'acide, et celui-ci ne tarda pas à s'évaporer. Bientôt l'évaporation fut complète, et l'on obtint, sur les parois de la capsule, un résidu d'un beau rouge, absolument semblable à celui qui se forme lorsqu'on traite de la même manière une petite portion d'un calcul humain d'acide lu'ique. L'expérience fut même faite comparativement sur un fragment de cette espèce, et les deux résultats, mis à côté l'un de l'autre, n'offraient aucune différence. La présence d'un calcul d'acide urique, à l'intérieur des vaisseaux biliaires des insectes, me semble établir, d'une manière péremptoire, que ces vaisseaux sont des organes de sécrétion urinaire. Je crois ensuite pouvoir en conclure que si ce fait est mis hors de doute pour les insectes ayant, comme les Lucanes, des vaisseaux biliaires insérés à l'estomac, il est plus facilement ad- missible, en raisonnant d'après les idées reçues sur les usages de la bile, pour ceux qui ont les vaisseaux biliaires insérés sur le sac stercoral, tout près de l'anus, et par conséquent dans un lieu où il faut bien refuser au Hquide qu'ils sécrètent une action digestive. Gependant je ne me refuse pasjà admettre, comme l'a sup- posé Meckel , que les vaisseaux dits hépatiques des insectes sont dans les canaux biliair2S cVun Cerf-volant. i33 à-la-fois urinaires et biliaires (i), mais en reconnaissant, avec quelques physiologistes qui ont prouvé le fait par une suite d'expériences et des rapprochemens ingénieux , que la bile n'est pas un liquide indispensable ou même utile à l'acte digestif. On conçoit que, ce point étant convenu, il importera peu que les vaisseaux sécréteurs s'ouvrent en arrière de l'estomac, sur le trajet des intestins, ou directement à l'anus. « J'ai riionneur d'être , etc. P. S. Je joins à cette lettre un des calculs du Lucane con- servé intact, et de plus, trois capsules de porcelaine renfermant trois des résultats obtenus. Le n" 1 , provenant de l'action de l'acide nitrique sur le cal- cul trouvé dans les vaisseaux biliaires du Lucane; Le n° 2, contenant le résidu obtenu avec un calcul d'acide lirique humain ; (i) Je conçois très bieu et j'admets jusqu'à nouvel ordre que les vaisseaux, dont il s'agit et qui s'étendent dans des parties très différentes du corps de l'insecle , en rampant à la surface de divers organes peuvent sécréter, dans une portiou de leur trajet, un liquide uriuaire et dans l'autre portioa un liquide biliaire : ainsi, dans le Lucane la portion qu'on voit former de&circon- volutions sur les intestins proprement dits pourra fournir de l'urine, landisquecelle qui ïampesur la partie antérieure du tube digestif produira de la bile. Ces liquides quelle que soit leur nature seront ensuite versés au même point du canal digestif, par exemple en arrière du ventricule chy- lifique dans les espèces ou comme chez les Lucanes, les Carabes, les Hannetons, les Stapbvlins, etc., on rencontre cette disposition et où ces canaux biliaires forment une sorte d'arc singulière- ment replié. Il en serait de même pour les insectes qui, ayant ainsi que les Lycus, les Téléphores, les Boucliers, des canaux biliaires avec le même mode d'insertion post-venlriculaire, les ont toujours libres à leur bout et au nou)l)re de 4 ; on pourrait supposer que deux d'entre eux sécrètent de la bile et les deux autres exclusivement de l'urine. Ici les fouclious suraient bien distinctes, taudis qu'on pourrait difficilement Cxer le point de démarcation dans les insectes qui ont des vaisseaux continus, c'est-à-dire formant une sorte d'anse à l'exception peut-être du Staphyliiius erytliropterui. Lorsque les vaisseaux biliaires aboutissent à deux portions différentes du cauul inicstitial c'est-à-dire en même temps au ventricule ehylifique et au cœcum (exemple les Canlbarides, !ei Rlaps, les Ténébrious), toujours alors il y a continuité de ces vaisseaux entre eux, sans qu'on puisse reconnaître a cette sorte d'anse aucuu point de connexion. On ne saurait dont dire, il.iiis le «as où on admettrait qu'il s'opère deux sécrétions distiocles, à quel point du vaisseau cliacuue d'elles couiinencerait ; mais on est en droit de soujjçouner que la bile s'écoulerait i>ar les issues [iost-\cntriculaires et l'urine par les canaux qui s'ouvi-ent dans rintcslin. Ucs obsri va- lions ultérieures éclaircirout, j'espère, ces doutes. Eu attendant il me semble utile de icniplaccr Ir nom ilecaiiatix fiiiiniirs jiar celui de canaux winobiliairts. i34 V. AiiDouiîJ. — Sur des calculs trouvés Le n" 3, offrant un résidu analogue, que j'ai obtenu hier en traitant, par le même procédé, la matière qu'ont rejetée par l'anus des Guêpes ( Polistes gallicà) au moment de leur dernière métamorphose. Dans ces trois expériences, la couleur d'un rouge pourpre qu'on a obtenue est parfaitement identique. » Note additionnelle sur les canaux urino-biliaires des insectes. La forme de lettre sous laquelle j'ai communiqué à l'Aca- démie des Sciences l'observation précédente, ne m'a pas permis de citer les diverses opinions que les anatomistes modernes ont émises sur la nature des canaux biliaires; j'y suppléerai ici en reproduisant brièvement celles de ces opinions qui ont été pré- sentées avec quelque développement par leurs auteurs. Et d'abord , il est certain que l'usage des canaux biliaires des insectes est un point encore en litige, même en Allemagne, où l'on s'est occupé davantage de cette question. C'est ainsi que M. Carus, l'un des anatomistes les plus distingués de notre épo- que, et qui joint à une grande hauteur de vues une connaissance étendue des faits et une aptitude remarquable pour les bien observer, admet, dans la seconde édition de son Traité d'Ana- tomie comparée, publiée en i83/4, à Leipsik, que les canaux biliaires des insectes sont les analogues du foie, et qu'il refuse à ces oiganes l'usage que leur ont accordé Meckel, M. MùUer, et avant eux divers auteurs. « Quant aux animaux articulés, dit-il, dans aucun des ordres inférieurs de cette classe, ou ne rencontre d'organe qui puisse être positivement considéré comme appareil urinaire. Les insectes sont les seuls chez lesquels on soit dans le doute de savoir si l'on doit admettre quelque chose d'analogue. Ainsi que je l'ai déjà dit en traitant des organes biliaires, Meckel, se fondant sur ce que John a trouvé de l'urate d'ammoniaque dans les vaisseaux des insectes qui portent ce dernier nom, pense que l'on doit voir en eux de vérilables organes urinaires, mais son opinion clans les canaux biliaires d'un CeiJ^-volanl. i35 ne me paraît point probable. On pourrait plutôt regarder comme des rudimens de vessies urinaires les vésicules qui garnissent les organes génitaux de plusieurs insectes; il serait même possible de soutenir l'hypothèse que les poches à venin , qui occupent la base de l'aiguillon des Hyménoptères, sont comparables aux organes uriu aires. » ( Traité élémentaire cV Anatomie comparée ; traduction française de M. Jourdan, t. ii, p. 278.) M. Carus, après avoir examiné et pesé les faits publiés par ses prédécesseurs, considère donc en i834 les vaisseaux qui s'ou- vrent sur le trajet du canal intestinal comme des organes bi- liaires : c'était aussi l'opinion de Cuvier et celle que partagent encore aujourd'hui plusieurs anatoraistes célèbres, et entre autres mon ami M. Léon Dufour, qui toutefois reconnaît qu'il existe, dans certains cas, des dispositions très peu fa- vorables pour que cette fonction s'effectue dans ie but qu'il lui suppose de favoriser la digestion (i). D'un autre roté, des anatomistes très distingués admettent que les canaux biliaires ont pour fonction de sécréter un liquide urinaire. Dès l'année 1817, Rengger a soutenu cette thèse, dans ses Recherches physiolo- giques sur les insectes, publiées à Tubinge, mais sans l'appuyer sur aucune observation probante. Déjà les analyses faites par M. Robiquet en 1810, et celles de MM. John et Brugnatelli eu 1810 avaient constaté la présence de l'acide urique chez les in- sectes, mais elles ne décidaient pas quel était l'organe qui le se crétait. Toutefois l'opinion de M. Rengger prit plus de consistance, lorsque, l'année suivante, M. Wurzer eut inséré, dans les Ar- chives de Physiologie de Meckel, pour l'année 1818 (2), une note très courte, mais cependant assez explicite, dans laquelle (i) « Le réser%'oir de la bile, dit M. Dufour , commuaique directement avec la poche intesti- nale qui renferme les excrémens , et on peut en le pressant faire refluer dans cetle poche le li- quide qu'il coiilieut. Cette disposition .inatomique de l'appareil biliaire, dans les Géocorises, est peu favorable, il faut eu convenir , à l'explication physiologique de sa fonction, et on serait <>xcusable de considérer cet appareil comme un organe spécial des sécrétions exirémentititlle* , ou comme un organe urinaire. L'ne semblable; méprise deviendrai! d'autant plus facile ])our lentomolomi^le, que celui-ci aurait borné ses dissections aux Scutellèrcs, etc. etc. •■ lUrheiches i.., le système impair et b. b. c. c, S\ î. 6. lesystème pair; — a. le ganglion frontal du système pair; x. x. les filets de communication de ce ganglion avec le cerveau et d'où partent les filets -y. "j, qui se rendent aux parties supérieures de la bouche ; p. le cordon du système impair et son ganglion e. placé au dessous des ganglions antérieurs b. b. du système pair. Du ganglion t. du cordon du système impair, il part un filet médian et très distinct P'. et deux autres latéraux X. (voy. fig. 8), ainsi que leur filet de communication X, avec chaque gan- glion postérieur c. du système pair. La paire de ganglions antérieurs du système pair b. b. en- voie un filet de communication 6. aux ganglions c. c. de la seconde paire de ce système et un autre au ganglion s. du système impair ; — c. c, les ganglions de la seconde paire du système pair avec le filet S\ qui se rend en avant dans la tête et S. un autre filet qui se dirige en arrière ▼ers l'œsophage. Fig. 2. Tète d'un Lygée ouverte en dessus avec le cerveau A. mis à nu, le nerf optique o. o, les nerfs antennaires t. et l'extrémité antérieure de l'œsophage s. Sous ces parties sont siluû l«s nerfs stomato-gastriques, plus visibles dans la figure 3. Fig. 3. Les nerfs stomato-gastriques insolés du même. a. p. p.; le système impair et b.b.c.c. les ganglions du système pair. — a. le ganglion frontal du système impair ; pp. le cordon de ce même système; b. b. le ganglion antérieur et c. c. le ganglion postérieur du système pair. Fig. 4. Le cerveau A., l'extrémité antérieure de l'œsophage s. et les nerfs stomato-gastriques qui sont placés entre eux dans les Libellula depressa ; o. o. le nerf optique ; p. p. le nerf des ocelles ;<.f. le nerf des antennes^ qui partent du cerveau. — a. le ganglion frontal, p. le cor- don du système impair et -j. les filets qui se rendent de ce système aux parties de la bouche. Fig. 5. Les nerfs stomato-gastriques isolés de ce même insecte, a. PP, •y-j', xx. le système im- j>air; bb. ce. S\S. S\ S. le système pair. — a. le ganglion frontal; pp. le cordon du système impair; x. x. les filets de communication de ce système avec le cerveau; •^. •(, les filets qui se rendent aux parties supérieures de la bouche ; b. b, la paire de ganglions antérieurs du système nerveux, c. c. la paire de ganglions postérieurs du même système; S'. S', les filets qui en par- tent antérieurement et S. S. ceux qui se rendent à l'œsophage. Fig. 6. L'estomac du Phasma ferula dans sa position naturelle et la tête ouverte en des- sus, avec les antennes et les yeux. Sur l'œsophage sont situés le cerveau et le système nerveux intestinal impair, qui présente le ganglion postérieur e. placé sur l'estomac avec ses deux grands filets C (. Fig. 7. Le cerveau ./^. et la partie antérieure du système nerveux stomato-gastrique impa.i a. p. ainsi que lesystème pair b. c. ; — a. le ganglion frontal ; p. le cordon dorsal et x. le filet de communication du système impair avec le cerveau; b. le ganglion antérieur et c. le ganglion postérieur du système pair. Fig. 8. L'extrémilc aulérieure du système impair a. p. x. •y. et le système pair b, c. S'. ^. — a. le gangliou frontal, p. le cordon dorsal ; x. le filet de communication avec le cerveau et -j les filets qui se rendeut aux partîtes de la bouche, pour le système iuijiair; b. le ganglion tn- teneur allongé et c le ganglion postérieur arrondi du système pair, avec ses iilels <î". â'. Fig. 9. Le cerveau A. vu de coté ; le premier gangliou d. et le deuxième e. de la cbaint du • iblèrnc \enlral, ain^ti qui rexlic'iiiité aiiféiii-iue du «yslcuic nerveux impair, v. le ganglion I 54 HITCHCOCK. — Traces d'Oiseaux dans le grès rouge. frontal avec le cordon de commuaicalion x. x. qui se rend au cerveau; -y. •j'. les filets qui vont aux parties de la bouche et p. le cordon dorsal. On voit aussi distinctement le nerf optique o., le nerf antennaire ^, les cordons de communication ou collier n. ri.â» cerveau A. avec le premier ganglion ventral d. les filets v. v. de ce premier ganglion ventral et qui se rendent enavantaux parties de la bouche. Fig. lo. Une portion du cordon dorsal p. du système impair avec quatre de ses filets, pour montrer ses ramifications très fines et leur communication sur la partie ventrale de l'estomac. Fig. 1 1. Le cerveau ^., le ganglion frontal a. et le cordon p. du système nerveux impair, aiusi que la partie 6. c. qui correspond au système pair dans \e Scolopendra morsilans. On voit au cerveau le nerf optique o. et le nerf antennaire t. Fig. 12. Le cerveau ^., le ganglion frontal a. et le cordon p. du système impair, ainsi que les ganglions l>. c. du système pair ; o. le nerf optique et t. le nerf antennaire, dans le Spiro- bolus Olfersii. Fig. i3. Le cerveau percé au milieu A., le nerf optique o., le neff antennaire t., le ganglion frontal a. et la cordon p. du système impair, ainsi que les ganglions du système pair b. c, dans le Glomeris marginata. Fig. 14. Les nerfs stomato-gasiriques isolés du même. — a. p. le système impair, ^. c. le système pair. Description d^ernpieintes de pieds d'Oiseaux dans le Grès rouge du Massachusett , Par le professeur E. Hitchcock, (i) L'absence presque complète des oiseaux parmi les resles détres organisés qui se trouvent dans les roches a toujours été pour les géologues le sujet de quelque surprise. Jusqu'à une épo- que très récente, je ne sache pas qu'aucun exemple, bien cer- tain de ces animaux à l'état fossile ait été découvert, excepté les neuf ou dix échantillons trouvés par Cuvier dans le gypse tertiaire des environs de Paris. Dans le troisième vulume de ses O.y^e/^ze/z^yb^^zVe^ (troisième édition p. 3o2), il examine tous les cas d'oiseaux fossiles cités par les écrivains, ses prédécesseurs, et les regarde, à peu d'exceptions près, comme ne méritant que peu de crédit. ( I ) Traduit d'après le mémoire anglais inséré dans le Jirirn'caii journal of Silence de Silli- nidii , janvier i836. HITCHCOCK. — Traces cV Oiseaux dans le grès rouge. i55 Pour expliquer cette rareté des Ornitholites, des géologues ont, à la vérité, donné des raisons probables tirées tant de la structure que des habitudes des oiseaux. Ces circonstances font que les oiseaux sont moins exposés que les quadrupèdes et les autres animaux à être submergés et par suite à être conser- vés dans les dépôts laissés par les eaux; et lors même qu'il leur arrive de périr par submersion, ils flottent si long-temps à la surface que certainement ils sont aperçus et dévorés par quel- que animal, (i) Mais bien que ces circonstances expliquassent le fait d'une manière satisfaisante, les géologues n'en étaient pas moins dé- sireux de découvrir le peu de traces de la tribu emplumée qui auraient pu se trouver dans les roches fossilifères ; j'ai donc été très satisfait de quelques découvertes de ce genre faites durant l'été dernier dans la nouvelle formation de grès rouge des bords de la rivière de Connecticut dans le Massachusett. Mon attention fut d'abord attirée sur ce sujet par le docteur James Deane de Greenfield qui m'envoya quelques moules d'em- preintes trouvées sur un grès rouge micacé, apporté de la partie sud de Montagu , pour paver. J'obtins bientôt après de sa li- béralité les échantillons mêmes sur lesquels ces moules avaient été faits; ils sont maintenant déposés dans le cabinet du collège d'Amherst. Cesont deux pierres d'environ quarante pouces car- rés, réunies primitivement face à face, et présentant sur la face de séparation, l'une quatre dépressions fort distinctes, l'autre, quatre saillies correspondantes; ressemblant parfaitement aux empreintes des pieds d'un grand oiseaux, sur la vase. Et d'après l'opinion d'une centaine de personnes qui ont examiné ces échantillons, il n'y a probablement aucun doute que telle ne fût leur origine. N'ayant jamais été détériorés par l'exposition à l'air, ce sont peut-être les échantillons les plus parfaits que j'aie pu me procurer. Ils ont été tirés d'une carrière située au sud- est de Montagu, à moins d'un demi-mille de la rivière de Con- necticut, et dont l'élévation au-dessus du niveau de l'eau ne dépasse pas cent pieds. Les couches dans celte carrière sont in- fi) Voyez la Geolo(;r du I,)dl , I. a , p. î^C. 1 56 HITCHCOCK. — Traces d'Oiseaux dans le grès rouge. clinées à l'est, au plus de cinq degrés et les impressions se trouvent à plusieurs pieds au-dessous de la surface du sol. On n'a encore trouvé qu'une seule variété de traces dans cet ei\- droit. Peu de temps après le col. John Wilson de Deerfield me montra des empreintes semblables sur les pavés de ce village. M'étant assuré que ces pavés avaient été apportés de la ville de Giil, et tirés d'une carrière située sur les bords de la rivière de Connecticut à un endroit nommé le Horse Bace, à environ trois milles au-dessus de Turner's Falls en remontant le courant, et à huit ou neuf railles au nord de la carrière de Montagu dont j'ai parlé plus haut, je visitai cette carrière et j'eus la satisfaction d'y trouver plusieurs espèces très distinctes de ces empreintes, dont quelques-unes étaient très petites et d'autres d'une gran- deur presque incroyable. Cette carrière est placée immédiate- ment sur la rive nord de la rivière; les couches qui la compo- sent sont inclinées de 3o° au sud et passent directement au- dessous du lit du fleuve sans qu'aucune alluvion soit venue les couvrir. La roche se compose d'un grès gris micacé, ressem- blant beaucoup , dans les échantillons que je possède, à quel- ques variétés d'ardoise micacée, sans être cependant aussi dur ni très facile à fendre. En passant sur les trottoirs de Northampton, dans le cours de l'été, j'ai découvert plusieurs exemples de semblables impres- sions sur des pavés. Ces pierres provenaient d'une carrière si- tuée au sud de cette ville , à l'est de Mount Tom. Je m'y ren- dis , et j'y trouvai un très grand nombre de traces de plu- sieurs espèces, dont quelques-unes étaient d'une grande beauté. Les couches dans cette carrière sont inchnées à l'est de 10° tout au plus et passent directement sous la rivière de Con- necticut, qui les baigne. On trouve dans cette localité trois va- riétés de roche présentant ces empreintes : i" Un schiste rouge , ou plutôt un grès fin micacé passant au phyllode, que je regarde comme étant probablement la marne rouge des géo- logues ; 2° un grès gris micacé ; 3° un grès très dur , difficile à fendre en lames et; très cassant, formé d'argile et de sable. Ces trois variétés de roches sont interslralifiées d'iuie manière i HITCHCOCK. — Traces cl' Oiseaux dans le irrès rouse. i S" un peu irrégulière. La roche est dénudée tant par l'eau que par le travail des ouvriers dans une longueur de quarante ou cin- quante verges (cette longueur est même double quand l'eau est basse) sur plusieurs verges de largeur; mais elle n'a encore été que fort peu exploitée. Cette carrière est à plus de trente milles au sud de Horse Race, et ces deux carrières sont les deux points extrêmes entre lesquels j'ai découvert les empreintes dont il s'agit. Cependant j'en ai trouvé un échantillon près du village situé sur le canal de South Halley sur des fragmens d'un schiste gris très dur provenant du creusage du canal, et un autre tort beau au nord de South Hallej près de Mount Holyoke , sur im grès grossier. South Hallej est situé sur la rive est de la ri- vière de Connecticut, à l'opposite de la carrière située à l'est de Mount-Tom^ que nous avons décrite. Je ne vois pas de raisons pourquoi l'on ne rencontrerait pas de semblables empreintes dans d'autres parties de la vallée du Connecticut, où se trouvent des grès ardoisés semblables aux variétés que nous avons décrites (cette roche s'étend jus- qu'à soixante ou soixante-et-dix milles au sud de Mount-ïom); mais j'ai exploré les carrières situées dans le voisinage de Hart- ford, et celles de Enfield Falls, ainsi que les pavés de Hartford et de Springfield, sans y rien découvrir. J'ai cependant quelques raisons de supposer que l'on a trouvé de pareilles empreintes à Westerfield-, et je regarderais comme une chose extraordinaire que l'on n'en découvrît pas dans cette localité, ou bien à Middle- town ou peut-être à Chatam, D'après ce qui précède, on voit que j'ai établi l'existence de ces impressions dans cinq endroits différens près des bords du Connecticut, dans une étendue d'environ trente railles. Ayant visité de nouveau il y a quelques mois ces localités, je vais pré- senter les résultats de ces recherches : je donnerai d'abord une description générale des empreintes pour les classer ensuite et en décrire les différentes espèces. Quand la surface de la roche a été exposée à l'action de l'eau pendant un grand nombre d'années, je n'y ai jamais j)u ren- contrer de ces empreintes de pieds. On les trouve seulement lorsfjue les couches supérieures ont été enlevées par le travail 1 58 niTCHCiiCK. — Traces d'Oiseaux dans le grès rouge. lie l'homme, ou l'action de l'eau, et je ne vois pas de raison pour qu'on n'en rencontre pas dans cent autres points des bords de cette rivière, où l'on a ouvert un si grand nombre de carrières. Dans les carrières que j'ai nommées, ces empreintes se pré- sentent sur la roche en place, comme des dépressions plus ou moins parfaites, plus ou moins profondes, faites par un animal à deux pieds et le plus souvent <à trois doigts. Dans un petit nombre de cas, on voit l'empreinte d'un quatrième doigt, ou doigt postérieur, ne se dirigeant pas directcnient en arrière, mais qui est un peu tourné en dedans; dans un cas. les quatre doigts se dirigent tous en avant. Quelquefois ces trois impressions vont en se rapprochant, et les doigts concourent en un point de convergence, mais quelquefois aussi ils se terminent brus- cpiement, comme si l'animal n'eût pas enfoncé assez pour im- primer son talon. Dans quelques cas, la pierre est soulevée à ce point d'une manière uTégulière, comme si le poids de l'ani- mal avait forcé la vase ou le sable de s'élever en arrière de la jambe. Dans quelques cas aussi en arrière de cette légère éléva- tion se trouve une dépression comme si u!j talon tuberculeux s'était légèrement enfoncé. Dans un grand nombre de cas encore, il y a derrière l'impres- sion du pied un appendice fort remarquable. Ce sont des em- preintes de poils raides ou de soies qui s'irradient en arrière jusqu'à une distance qui, dans les plus grandes empreintes, est de plusieurs pouces. Les planches qui accompagnent ce mémoire en donneront une meilleure idée que je ne pourrais le faire, (i) Dans tous les cas où il y a trois doigts dirigés en avant, le doigt moyen est le plus long, et souvent de beaucoup. Dans le plus grand nombre, les doigts vont en diminuant graduellement jusqu'à une pointe plus ou moins aiguë; mais dans quelques variétés très remarquables , ils sont épais , un peu noueux, et se terminent brusquement. Dans les empreintes à doigts minces, on ne trouVe pas sou- vent d'ongles bien distincts, quoique quelquefois on y en dé- | (i) PI. 6, fig. I à i5. HITCHCOCK. — Traces d'Oiseaux dans le grès rouge, i 5o couvre; mais dans les variétés à doigts épais ^ ils sont souvent très visibles. Dans beaucoujD de cas cependant, cela dépend de la nature même de la roche. Si elle se compose d'une argile fine les ongles sont ordinairement bien marqués. Et même alors si on a par liasard clivé la roche un peu au-dessus ou un peu au- dessous du plan sur lequel l'animal avait primitivement iniprimé son pied, les ongles ne seront très probablement pas visibles , comme je le ferai voir clairement plus loin. Si nous enlevons de son lit une portion de roche d'une épais- seur de plusieurs pouces, portant des empreinteset que nous la brisions verticalement de manière à ce que la cassure traverse les doigts, nous verrons, sur la face de cassure, les différentes couches de la pierre courbées au-dessous de l'empreinte jus- qu'à une profondeur qui a souvent deux, trois et même quatre pouces. Si nous la fendons avec soin nous aurons d'un côté une triple dépression, semblable à celle qui a été décrite, et de l'autre une figure semblable, ressortant plus ou moins, et quel- quefois en bas-relief. Ces échantillons en bas-relief donnent souvent une meilleure idée de la structure du pied qui a fait l'empreinte, que ne le font ceux qui sont en creux. Car souvent il est difficile de cliver un échantillon d'une manière assez par- faite pour enlever toutes les portions de la roche qui remplis- sent la dépression , et si on veut ensuite façonner l'empreinte avec un ciseau, la paroi se laisse endommager ; tandis que sou- vent l'argile ou le sable qui ont rempU la trace primitive, étant plus fermes et plus adhérentes au reste de la roche, se laissent fendre avec peine , et quand on éclate les portions de la pierre qui l'environnent, la trace reste intacte et on obtient ainsi avec quelque soin un très bel échantillon. Je ne doute pas que si les ouvriers eussent autrefois connu la nature de ces restes, ils n eussent conservé quelques échantillons de ce genre , car on en trouve des fragmens parmi les décombres qui sont autour de la carrière. Il y a un cas dans lequel les couches de la pierre ne pa- raissent pas en rapport avec la dépression produite par la trace^ C'est quand l'empreinte a été faite sur une vase ou argile très fine et que la dépression s'est trouvée remplie par les mêmes \ 60 HITCHCOCK. — Traces d' Oiseaux dans le grès rouge. matériaux sous forme concrète; si alors une couche de maté- riaux plus grossiers se trouve superposée , cette couche ne pré- sente souvent aucune trace de l'empreinte qui est au-dessous d'elle. Je conçois aisément comment un tel changement de circonstances (peut-être un débordement subit) qui auront apporté des matériaux grossiers, aurait rempli les dépressions de manière à laisser une surface plane pour le dépôt ultérieur. Dans ces cas, on devra seulement obtenir des échantillons en relief. En pénétrant dans la roche dans une carrière, et en fendant successivement les diverses couches, nous rencontrons d'abord des traces dans un état imparfait, les doigts étant courts et ter- minés brusquement ; mais si on enlève encore une couche on deux, l'empreinte devient plus grande et plus distincte, et quel- quefois les ongles sont visibles. Si nous continuons de cliver au- dessous du plan où l'empreinte se voit le mieux, nous en ren- controns peut-^être encore des traces; par exemple celle du plus gros doigt ou doigt du milieu; mais l'empreinte disparaît plutôt au-dessous qu'au-dessus du plan où elle est la plus distincte. Je me suis de bonne heure occupé à chercher s'il y avait de ces empreintes qui fussent successives, c'est-à-dire, faites par un animal marchant, et j'ai été agréablement surpris d'en trouver un grand nombre qui sont dans ce cas, et cela de la manière la moins douteuse. Ce mémoire est accompagné des dessins de quelques-uns des cas qui présentent ce fait de la ma- nière la plus remarquable (i). Une description spéciale sera plus convenablement placée ailleurs. Dans un cas (fig. 6), on verra qu'il n'y avait pas moins de dix pas à la suite l'un de l'autre dans une même direction , et à des intervalles si sensiblement égaux qu'il est impossible de douter que ce ne soit le résultat d'enjambées successives d'un même animal. Il semble que cette série ne se continue pas plus loin seulement parce que la couche qui les présente n'est pas découverte au-delà du dixième pas. Il est impossible aussi de douter que cette série, ainsi que toutes les autres où les traces se succèdent n'ait été faite par un animal bipède , car on chercherait en vain de trou- ver une série de traces parallèles. Il est bien vrai qu'elles ne sont HITCHCOCK. — • Traces d'Oiseaux dans le grès rouge. 161 pas exactement en ligne droite , mais elles dévient alternative- ment les unes à droite , les autres à gauche , d'ime quantité tantôt plus tantôt moins grande, les doigts étant ordinairement tournés en dehors. L'intervalle qui sépare deux empreintes consécutives est variable ; pour les plus petites empreintes, il est de quelques pouces, et dans les plus grandes on en trouve ayant un ou deux pieds. C'est effectivement ce qu'on doit attendre d'un animal qui aurait des allures différentes. C'était une chose intéressante d'observer avec quelle facilité, dans presque tous les cas où les empreintes étaient distinctes, on pouvait distinguer si elles avaient été faites par le pied droit ou par le pied gauche de l'animal. On peut même en général le faire sur des empreintes isolées, et quand on a une série de traces, on peut facilement s'assurer que le pied droit alterne avec le gauche. Dans le pied droit, les doigts, spécialement celui du milieu, sont légèrement courbés vers la gauche, de manière que la convexité de la courbe qu'ils forment est à droite; cet effet résulte de l'effort que faisait l'animal pour porter son corps en avant. C'est par suite de ce même effort que la partie externe du talon semble se diriger en arrière de la partie in • terne. L'inverse de ce qu'on a dit du pied droit est vrai pour le gauche (voyez la planche 8 , où on a dessiné les diverses traces de ces animaux dans leurs proportions relatives). L'inclinaison ou la pointe des roches dans ces diverses car- rières varie de ^o à 3o degrés. Il semble qu'à l'époque où la roche était encore à l'état plastique, les animaux dont il s'agit la parcouraient dans tous les sens avec une égale facilité. A Horse-Race , où Tinclinaison est de 3o °, ils semblent avoir quelquefois monté, quelquefois descendu, et quelquefois aussi avoir marché diagonalement; les traces semblent n'avoir éprou- vé aucun changement par suite de la raideur de la pente. Il ne paraît pas que l'animal ait gravi en montant, ni qu'il ait glissé en descendant, excepté dans une ou deux traces de grande di- mension, où la vase semble avoir été roulée dans un espace de quelques pouces en avant lîu pied. Mais dans ce cas, l'auim.d se mouvait horizontalement, c'est-à-dire selon la ligne de gise- ment des couches; et même sur un plan horizotjtal, un animal V. Zooi.. — Mari. 102 HITCHCOCK. — ' Traces d'Oiseaux clans le grès rouge. pesant, marchant rapidement, produirait cet effet sur une ma- tière plastique. De sorte qu'il suivrait de tous ces faits que ces traces auraient été faites avaut que la n che se fût soulevée pour prendre la position qu'elle occupe actuellement, c'est-à- dire alors qu'elle était horizontale, ou à-peu près; conclusion à laquelle les géologues seraient conduits par l'évidence des faits, indépendamment des empreintes dont nous parlons. J'ai dit que souvent on peut voir les traces se succéder régu- lièrement, mais cela n'a pas toujours lieu. Quelquefois des ani- maux d'espèces différentes, ainsi que des individus différens, se sont croisés si souvent les uns les autres, que tout est confus , et que toute la surface semble avoir été foidée, comme nous voyons que cela arrive quand des Quadrupèdes ou des Canards et des Oies affluent sur les bords fangeux d'un étang ou d'un ruisseau. La fi'y. 9 (pi. 6) représente un cas de ce genre sur un morceau de f^rès venu de Horse-Race., et actuellement en ma possession. Je crois en avoir dit assez pour qu'il me soit permis de conclure que ces impressions sont des pas d'Oiseaux qui ont été faites sur ce grès à son origine, alors qu'il était encore dans un état plastique : c est la conclusion des observateurs les plus ordinaires, à l'inspection de ces échantillons; mais les géologues, moins que personne, doivent se fier à leurs pre- mières impressions. Je vais donc établir en pcu de mots les argumens sur lesquels s'appuie cette opinion : • 1° Ces empreintes sont évidemment les traces d'un animal à deux pieds , car jamais je n'ai pu trouver un seul cas où il y en ait plus d'une rangée à la suite les unes des autres; a" Elles ne peuvent avoir été faites |)ar aucun Bipède connu, si ce n'est parmi les Oiseaux : j'ai le bonheur de voir cette opi- nion confirmée par plus d'un géologue distingué ; 3" Elles ont un grand rapport avec les traces des Oiseaux. Elles on t trois divisions antérieuremen t, de même que le pied d'un Oiseau ; souvent, et peut-être même dans tous les cas, les doigts se terminent par des ongles. Si dans quelques cas les doigts sont coniques, et dans d'autres épais et terminés brusquement, cela a lieu aussi chez les Oiseaux; enfin si le doigt postérieur manque T chez le plus grand nombre, c'est encore une disposition qui se HITCHCOCK. — Traces d'Oiseaux dans le grès rouge. i63 rencontre dans beaucoup de genres d'Oiseaux , et en particulier chez les Gralles. Je ne sache pas que les traces des Oiseaux vivans aient été beaucoup remarquées, et je regrette qu'il n'ait pas été en mon pouvoir de faire un plus grand nombre d'observations sur ce sujet que je n'en ai fait. Mais, autant que j'ai pu les examiner, elles présentent luie ressemblance frappante avec les empreintes qui nous occupent. J'ai surtout été frappé de cette ressem- blance dans deux des carrières que j'ai décrites, savoir, celle qui se trouve derrière Mount-Toin et celle de Horse-Race. La roche, dans ces localités, passe immédiatement au-dessous de la rivière, et les eaux y ont déposé une couche de boue très mince le long du rivage. Durant l'été surtout, quelques petites espèces de Gralles, en particulier des Bécassines, s'y rassem- blent pour chercher leur nourriture; leurs traces y sont très nombreuses, et lorsque la vase s'est endurcie subitement, on peut à peine les distinguer de quelques-unes des empreintes qui se trouvent sur le grès qui en est immédiatement voisin. Dans un cas même, la ressemblance était presque complète : la rivière avait baissé de plusieurs pieds et avait laissé une vase couverte d'empreintes, exposée pendant plusieurs semaines au soleil d'une saison de sécheresse, de sorte que cette vase s'était durcie au point de ressembler presque à de la pierre, et si j'eusse moulé une de ces impressions, ce qui aurait été facile je suis sûr que j'eusse pu aisément les faire passer pour une empreinte trouvée sur le grès. J'ai dessiné quelques-unes de ces iujpressions que l'on voit fig. 17, et je ne pouvais m'empêcher de penser que je ne f;tisais que reproduire avec une grande exactitude les empreintes qui se trouvent sur la pierre. La fig. 22 est une esquisse de deux pas de l'Oie commune (^/zo^ cauadensis), imprimés sur la vase. La longueur du pied est de quatre pouces, et celle de l'enjambée est de sept pouces. L'espace occupé parla membranequi unit les doigts est très visible sur la vase; il est enfoncé au-dessous de la surface, mais moins pro- fondément que les doigts. L'absence complète de semblable apparence dans les traces fossiles, rend presque certain qu'au- cune d'elles n'a été produite par un Oiseau palmipède. La dis- j64 HITCHCOCK, — Traces d'Oiseaux dans le grès rouge. tance latérale de chaque pas à la ligne moyenne de la course de l'animal est beaucoup plus grande que dans aucune des traces fossiles de même dimension. La fig. r8 représente les traces d'un Oiseau, probablement du genre Tétras, que j'ai mesurées l'été dernier; mais je n'en ai pris qu'une esquisse. Longueur du pied, non compris le doigt du milieu, un pouce et demi; longueur de chaque enjambée, cinq pouces. La fig. 17 a déjà été citée; elle représente les pas d'une petite espèce de Bécassine, n'ayant pas de doigt en arrière. Les mêmes empreintes se voient encore, fig. 16, sur la même échelle que les impressions fossiles des deux premières figures, afin qu'on puisse eu comparer les dimensions avec celles des empreintes fossiles. La fig. ao représente un exemple de traces du Coq domestique (^Phasianus gallus), imprimées sur de la vase. Les doigts, sans y comprendre le postérieur, ont environ trois pouces de long; la longueur de chaque enjambée est de six ponces: c'est là la distance qui sépare ordinairement les traces dans ces espèces. Une des traces seulement présente l'impression du doigt pos- térieur, le pied ne pouvant enfoncer suffisamment dans tous les cas. Quelques traces de Dindon domestique (Meleagris gallo- pauo) sont reproduites fig. 11. Elles ont été dessinées d'après des empreintes faites sur la neige. Le pied (dans un grand ïti- dividu) a quatre pouces de longueur, et chacune de ses enjam- bées en a douze. Le doigt postérieur se dirige en dedans, de manière qu'il est presque, en arrière, la coutinuation du doigt externe. Fig. 19. Traces du Paon (Pavo cristatus). Elles ressemblent beaucoup à celles du Dindon, excepté que dans celles du Paon, l'empreinte du doigt postérieur ressemble à un trou fait avec le bout d'un bâton , et qu'il n'a pas assez de longueur pour poser à terre en même temps que les autres doigts, excepté quand la neige est haute. La longueur du pied, sans compter le doigt postérieur, est de trois pouces et demi; chaque enjambée est de neuf pouces. HITCHCOCK. — Traces d'Oiseaux dans le grès rouge. i65 Les traces d'Oiseaux vivans, figures 16 à 22, sont dessi- nées sur une plus grande échelle que les empreintes fossiles; mais leur ressemblance ne peut point ne pas être remarquée, et elle est encore plus évidente dans les échantillons iiiênies. Cependant les Gallniacés offrent un talon plus distincte- ment marqué qu'aucune des espèces fossiles que j'ai vues, à l'exception d'une. Il est marqué par un petit cercle pris du point d'où partent les doigts. Quand Tempreinte était très nette, j'y ai remarqué les petites protubérances et les petites dépressions de la plante du pied ; mais généralement on ne les distingue pas, et les ongles n'apparaissent que bien rarement comme une partie distincte du reste de l'empreinte. Begardant donc comme établi que les traces observées sur les pierres sont des traces d'oiseaux , je vais procéder à une des- cription spécifique de plusieurs espèces que je pense pouvoir distinguer; et puisque cette partie de l'Oryctologie n'a pas en- core jusqu'ici été explorée, j'espère que cela justifiera l'intro-. duction de mots nouveaux. Je renferme les diverses variétés de traces sous le nom dOr- nithichnites (opvta , tixvoç) , mot qui signifie traces cV oiseaux sur des pierres ; et si ce sujet méritait d'être regardé comme une branche distincte de connaissances, je lui donnerais le nom à' Ornithichnologje. Toutes les variétés de traces que j'ai découvertes, je les com,- prends dans deux divisions : 1" les Pachydactyles ou à doigts épais ; 2° les Leptodactyles ou à doigts coniques. Dans la pre- mière de ces divisions, les doigts sont d'une grosseur presque uniforme dans toute leur étendue, excepté toutefois qu'ils sont un peu tuberculeux; ils se terminent brusquement, et sont ce- pendant toujours pourvus d'ongles. Dans la seconde division , les doigts sont beaucoup plus étroits, moins gros, d'inie lon- gueur égale, et quelquefois ils sont d'une grande délicatesse (par ex. fig. 14); Ils vont graduellement en s'amineissanl; on n y aperçoit pas souventd'onglebien distinct. J'accorde beaucoup de confiance à cette division pour l'établissement et la distinc- tion des espèces et des variétés suivantes. Si j'eusse suivi mes propres impiessions, j'aurais regardé quelques-unes des variétés i66 HITCHCOCK.. — Traces d'Oiseaux dans le grès rouge. comme des espèces distinctes, mais j'aime mieux en créer un trop petit nombre qu'un trop grand. En parlant ici d'espèces, j'entends seulement parler d'espèces en Oryctologie et non en Ornithologie. Je ne fais aucun doute que peut-être, dans plusieurs cas, ce que j'appelle espèce dans la première science serait un genre dans la seconde, c'est-à-dire que ces différentes traces devraient leur origine à des oiseaux différens entre eux sous le rapport générique. Je n'ignore pas qu'alors même que le squelette entier des Oiseaux se retrouve, il est extrêmement difficile de distin- guer les espèces. « La différence entre deux espèces, dit Cu- r. — Conspectus sectionum. Sectio VIII .Nob. ? a. Spec. Echiuus tuberculatus Blainv. Subgen. Heterocentrotus Br. Sect. A. Br. 3. Spec. Ecbinus ( jEterocentrotus) carinatus Br. (Ech. carinatus Less.) — In insularum Carolinensium ripis. 4. Spec. Ecbinus (Heterocentrotus) Postelsii Br. (Nov. spec.) — Iii insulis Boninsimensibus. Subgen. Colobocentrotus Br. 5. Spec. Ecbinus (Colobocentrotus) Mertensii Br. (Nov. spec.) — In insulis Boninsimensibus. Obs. Subgeneri Colobocentrotus addendi Ecbinus atratus Gm., ecbi- nus Quoyii Blainv. Ecbinus pcdites Blainv. Genus Cidarites Lamk. Subgen. PhyllacantJms Br. Sect. B. Nob. I. Spec. Cidarites (Phyllacanthus) dubia Br. (Nov. spec.) — In in- sulis Boninsimensibus. Ordo. ASTERINA. Familia Asteridea. Genus Asterias. Sectio. C. Blaiav. 1. Spec. Asterias miuiata Br. (Nov. spec.) — In mari insulam Sitcbam alluente. Sectio E. Blainv. 2. Spec. Asterias ocbracea Br. (Nov. spec.) — In mari insulam Sit- cbam alluente. 3. Spec. Asterias ianthina Br. (Nov. spec.) — In mari insulam Sit- cbam alluente. 4. Spec. Asterias epichlora Br. (Nov. spec.) — In mari insulam Sit- cbam alluente. 5. Spec. Asterias pectinata Br. (Nov. spec.) — In mari Kamtscbatiro. 6. Spec. Asterias kamtscfaatica Br. (Nov. spec.) — In mari Kamt- schatico. Sectio. F. Blainv. 7. Spec. Asterias affinis Br. (Nov. spec.) — In f reto Behringii. 8. Spec. Asterias alboverrucosa Br. (Nov. spec. — In freto Behringii. 9. Spec Asterias eudeca Linn. var. decemradiata. 1 1. Spec. Asterias belianthoides Br. (Nov. spec) — In inariprope in- sulam Sitcham. académie des Sciences. 189 Analyse des travaux anatomiques , physiologiques et zoolo- giques présentés à V Académie des Sciences pendant le mois de mars i836. Séance du 1 4 mars i836. Zoologie. — M. Geoffroy-Saint-Hilaire, après avoir rappelé les communica- tions récemment faites sur les orangs-outangs par M. de Blainville et par lui- même, met sous les yeux de l'Académie deux orangs-outangs de Bornéo^ l'un femelle et très jeune que le Muséum d'Histoire naturelle possédait déjà depuis long-temps, l'autre mâle et adulte qui vient de lui êlre envoyé par M. Tem- minck, directeur du Musée de Hollande. L'acquisition de ce dernier indi- vidu donne, pour la première fois, aux zoologistes français, les moyens de connaître, par des observations directes, l'orang-outang dans son état parfait. Akatomie des iNFUSOiRES. — Réclamation de M. Ehrenberç. M. Peltier écrivit à l'Académie, le 8 de février {voyez ces Annales, tom. i5 p. 1 18) qu'il avait vainement cherché les nombreux estomacs que M. Ehrenberg a aperçus dans les animalcules microscopiques. Le savant naturaliste de Berlin témoigne ses regrets qu'à la suite d'une expérience négative on se soit déterminé à révoquer en doute tout une série de phénomènes et l'organisation d'une classe entière d'animaux, a J'espère, dit-il, en terminant sa lettie, que l'or- ganisation (avec peu d'exceptions) très compliquée des infusoires, paraîtra dans tout son jour dans le nouvel ouvrage que je prépare sous le titre : Les £n~ fusoires distribués en deux classes d'animaux qui échappent à la vue de f homme et qui sont doués de tous les systèmes principaux de l'organisation animale. J'aurai l'honneur de faire hommage de cet ouvrage à l'Académie. Trente-huit planches in-folio, gravées au burin, d'après mes propres dessins , «ont déjà terminées. Elles offrent, non-seulement dans toutes les tribus, mais dans presque tous les genres, et même dans la plupart des espèces des genres des animaux infusoires nus ou pourvus de carapace (bouclier), les organes de la digestion et de la génération ; souvent le système nerveux ; les paquets de mus- cles longitudinaux et moteurs en tout sens ; des vaisseaux, des branchies ou or- ganes palpitans; la bouche garnie de dents et les organes de la vue. Je possède dans ce moment près de mille objets anatomiques et presque toutes les espèces des Infusoires mêmes, préparés pour le microscope, dans le genre de ceux que j'ai eu l'houueur d'envoyer à l'Institut. « C'est pour avoir méconnu si long-temps la véritable organisation des Infu- soires, et oublié pour ainsi dire, combien les idées de grandeur sont relatives et de peu d'importance physiologique, qu'on s'est ])ersuadé, |)ar erreur, que la simplicité de l'organisation doit être nécessairement liée à la petitesse. Physiologie. — Mémoire sur l'ajustement de l'œil aux différentes distan- lances ; par M. Maunoik, de Genève. M. Maunoir considère comme un fait démontré par les expériences de sir Evc- rard Home et de Ramsdcn, que la convexité de la cornée varie selon la distance de l'objet regardé (1 ). Il n'est pas aussi affirmatif à l'égard des épreuves que fi- (i) Le docteur Thomas Yoiing ayant trouvé que la faculté de voir parfaitement à diverses distancfs, n'est pas affaiblie lors(|U(; , l'œil étant plon;;é da;is l'eau, la lumière ne subit aucune réfraction sensible en pénélr.int (hius la riirnée, a déduit an contraire de ses expériences , que )a courbure de celle enveloppe n'éprouve jnmuit aucune altération. (A'ow de M.Jrngo.) I ço Académie des Sciences. rent ces mêmes physiciens sur un œil privé de ciistanin à la suite de l'opération de la cataracte. Pour que ces épreuves pussent paraître cntièrcnieut concluantes, C'est donc exclusivement sur les personnes opérées par brisement, que M. Maunoir propose de tenter des expériences sur la faculté d'ajustement qui fait l'objet de son mémoi'e. Quant à lui, voici ce qu''il a déjà observé sur M. Gabriel, âgé de 17 ans, et auquel le brisemtnt et l'absorption subséquente de cristaUin a rendu la vue ; nous laisserons parler M. Maunoir. ce La vue, que M. Gabriel venait de recouvrer, était tellement bonne qu'il ne lui semblait pas qu'elle eût jamais été meilleure avant l'invasion de la cataracte. Son œil était donc admirablement calculé pour montrer si un cristallin, suscep- tible de changement de convexité, était indispensable à l'ajustement de la vue aux différentes distances. Dans le cas de l'affirmative, l'œil aurait nécessité l'em- ploi de verres convexes de différens foyers, pour voir à des distances variées ; vice versa, dans le cas de la négative, l'œil opéré devait voir d'une manière distincte avec un seul verre convexe, d'un certain foyer, à des distances très différentes. L'expérience a prouvé que c'est la seconde proposition qui est vraie, c'est-à-dire nue le cristallin n'a pas besoin de changer de forme pour l'ajuste- ment de l'œil. M. Gabriel, qui aime beaucoup la chasse, s'est de nouveau, de- puis qu'il a recouvré la vue, livré à son exercice favori, et à toutes les distan- ces accessibley, son conp-d'œil a été aussi prompt et aussi sûr qu'il l'était avant l'invasion de la cataracte. Dernièrement, il a voulu disputer le prix au tir de la carabine; c'était la première fois de sa vie ; le but était à 200 pas : il a tiré qua- tre coups qu'il a tous mis dans la cible, et a gagné un prix. A cette distance , il voyait très nettement le but et toirs les objets intermédiaires; le verre qui lui avait servi au tir de la carabine, qu'il porte aussi à la chasse, était le même lorsque, chez moi, je l'ai fait lire dans un livre imprimé en caractères très petits, ce qu'il a fait avec la plus grande facihlc ; puis, lui faisant lever les yeux, je lui ai demandé de me détailler les tableaux suspendus de toutes parts dans mon sa- Publications nouvelles. igi Ion ; il les a observés comme l'aurait fait une personne douée de la meilleure vue et m'a dit, sans hésiter, je les vois parfaitement bien. « Il n'y a point, dans ces expériences toutes simples, de mesure exacte, de calcul, mais elles semblent suffire pour prouver qu'il n'est pas nécessaire que le cristallin change de forme, pour voir d'une manière distincte à des distances très variées. » (i) Séance du 21 mars, TÉBATOLOOiE. — M. Geoffroy-Saint-Hilairc annonce que le cas tératologique dont on a fait grand bruit en Europe depuis deux ai)s sons la formule d'un fœ- tus humain vomi par un enfant, est maintenant en sa possession. Son premier aperçu sur ce fait, c'est \° que l'objet est vraiment un fœtus humain, et 2° que le vomissement articulé lui paraît démontré. « M. Geoffroy-Saint-Hilaire va s'occuper d'un mémoire à communiquerlundi prochain à l'Académie, où il se flatte de concilier ces deux assertions. Publications nouvelles. r.E BÈGNE ANIMAL, distribué diaprés son organisation , par Georges cuvieh; Édilion nouvelle accompagnée de planches gravées représentant les Types de tous les Genres, les caractères distinctifs des divers Groupes; et les modifica- t'ons de structure sur lesquelles repose cette classification ; par une réunion d'dèves de Cuvier, MM. Audouin , Deshayes, d'Orbigny, Dugcs, Duvernoy^ Laurillard, Milne Edwards, Roulin et Valenciennes. (2) Le Règne animal de Cuvier sert aujourd'hui de base pour l'étude de la zoologie et de point de départ pour l'étude de l'anatoniie comparée. Il fait con- naître lesdifférens groupes dans lesquels on a rangé tous les animaux, et il pré- sente le tableau des principales modifications qui s'observent dans leur structure et dans leurs fonctions. Ce livre, consulté à chaque instant par les maîtres comme j)ar les élèves, est devenu réellement le manuel des zoologistes, et, par son ira- ' (i)M. Maiinoir ajouterait beaucoup à l'intérêt scientifique du trarail dont on vient de lire l'extrait, s'il profilait de l'occasion favorable que son habileté, comme oculiste, vient de faire uaitre, en répétant avec la ]>urticipation de M. Gabriel les ingénieuses expériences que le doc- leur Thomas "Young exécuta sur un certain nombre d'individus opérés de la cataracte. Dans les ex|)ériences actuelles , on peut craindre que la vision distincte et la vision paijaite aient été cuntuudues. Toute incertitude à cet égard disparaîtra, au coutraire, si M. Mauuoir se déter- mine à opérer à l'aide de Voplomètre. Avec cet instrument , M. Young trouva que les per- suanes privées de cristallin n'ont pas la faculté de xo\t parfaitement à diverses disiarces. {Note de M. j4rago.) (2) Cette édition sera publiée par livraison de deux feuilles de texte environ et 4 planches, sur format grand-josus »élin. On vendra séparément les diverses parties dont l'ouvia^e se com- pose et même une seule livraison comme spécimen. La première vient de paraître chez l'édi- teur M Crocliard. "Voici de quelle manière l'ouvrage se divisera: MAMMiFànES ( par MM. Lauiill^ird, Milrie Edwards et Kouliu ) , loo planches ; — Races humaines ( par les mêmes ) 20 ; — (Jiseaux (par M. d'Orbigny ) loo; — Reptii.es ( par M. Duvernoy ) 4o; — Poissons (par M. Valei:- ciennes ) 100; — Moi.i.dsqdes ( par M. Ueshayes ) 120; — Insectes (par M. Audouin) 140; ▲RAcuHiDRsf par M. DuL'ès ) 40; — Crustacés ( par M. Milue Edwards ) 70; — Annelidks ( par le même ) 3o; — Zooi'hytk!.( par le même ) 100. Le prix de la livraison est fixé ainsi qn'il suit ; Iti-8", fig. noires, a fr. a5 c. ; papier de Chine, 2 fr. 7.11; figures coloiiécs , 4 f. 5o. A partir du ■j'i mai prochain, une livraison paraîtra rêgulièremt nt tous les quinze jour^ , m rt 25 d« rhaque mois. Publications nouvelles. •c 1 oci .nii« rnntredit un des premiers titres de gloire de portance suenufique a -;. -^ ""j ;f,',\,33e pL que de présenter souvent T ÎStir cl; le irgage Te plus precs ue s'uffit jamais pour donner une A' Ses formes d'un animal ou d'un organe; en zoologie, comme en ana- idee nette '^^^;^!"!^^ ^^^pi^er à des figures exactes, et les planches qui accom- tom.e , nen °^,f J^^\\ "Pj? ^"3 du Règne ammai, sont en trop petit nombre pagnent les F^<^f ^^^^^^ ^f ^^^e à l'intelligence du texte. M. Cuvier lui-même pour aider d une ™^"'^ f "*7^"J^3 ^.^ 1, 3^o,„ de renvoyer par des notes aux l'a très !>-« sent, puisq . a o se^^^^^^^^^^ ^J^J^ ^^^ meilleures figures r.^^l''^"^^^^ '" ^'^^.i qui ont accès à de riches bibliothè- ces stations très util P- ^^ J 7;;::,^,3 p„,r la grande majorité des lec- ques, ne sont, il iaul le a> t. « d'augmenter l'utilité de cet ouvrage "eSd-rir^n^v g d^d^^^^^^^^ fis-- exacte de l'objet décrit. serait dy placei, en •'^ft , ^^^ ^ cette nouvelle édition. C'est ce q".e -us nous piopo^ n de f e ^^ ^^^^ ^^ ^^^ ^.^^^ ^..^^.^^^ ^ La ^^^'''^'^''^''^\^X„^Z'^^^^ puissent servir d'illustration au texte, sur l'orgaïusation. Pour q"« °°^ Pl^^^^'J jes figures d'animaux, mais bien re- '' '''1^Z::Z::^^^'^^^^^ o^S-'^l--' -t rnténeures présenter aussi t°"|es le b reproduirons, par conséquent dans qu'extérieures , de 1 économie ^""" ^, ^ > j ^3 3 ^^é établie la di- faire distinguer. .^^,.^ >, £„urer, il est fixe par la nature même de l'ou- ^"^"' '^f:"nlauchc?s" t de^t^ n^^^^^ Ce ne solit pas des espèces nouvelles vrage , auquel nos P^«"*^«,^" ^°'; j^ enregistrer dans son Règne animal ; les ou peu connues que M. Ç"^'".J^°."'"J^„>les espèces les mieux décrites, les exemples qu 11 cuj. son tou,or.prm^^^ plus volgancs et les plus piopie l;^.^,^ece nue nous représenterons sera îiennent. Cette règ e ^^''^;;^^J:XZ à moins de motifs particuliers toujours une ^-J -^f^g^ ^P^;,^ ^t^ll' qj. a servi plus spécialement de nous nous aire erons de P'^leien i conséquent, en conserver type pour l'etabbssement du g^n , et q -^^.^^^^ , P ^^^ ^^J^ ultérieurement les toujours e nom, ^^^^^Tsl^Z àe^s..écs, autant que possible, d'après le vivant naturalistes. Nos pbnchcs se. on ^^^ déjà publiées ailleurs, etlorsque nous cou ons devoir 1 p ^^^^..^^^ „„,3 les aurons puisées, nous aurons toujours le '^^J'^^lY^l^^^^ reproduction de celui de la dernière Le texte, comme de riso.; ^^j/^f /J,^ -^ entomologique , p.rson édition. 7- P;\,^;"^i^"'l'; ;XTb ^^^^ ^l^--'-" i.ous^.araîtrait une savant collaboi.teur ML Ueme^^^^^^^, ^ ^^^ explication X^^ dTnt^S:: et\".:èlques titres courans propii . faciliter les recher- ^^^ousn^vonsép^gnéa^el^l^-n^^^^^ dignes du livre qu elle ccomps^^ ^^ ^^^^^ „„, ^i,,, utile à la propa- de ce travail, ce ^ /^^ PJ!^ f ^-^ dl3 /„,u. avons pensé que cet hommage rendu rrl%t';nrpa^ux^::rg;s%^r\'ho;mequi fu^ 'iue ton m^onunicnt funèbre notre respect pour sa mémoire. ' A^nOVlN,DESHAVBS, o'OkBIGNV, Di;gÈS, DuVEHNOV, LA.Bl.X.AKn, Mtt.. Edwards, Roumn et Valenciennes. F. DUJARDiN. — Sur les Organismes inférieurs. igS ^ RECHERCHES SUR LES ORGANISMES INFÉRIEURS. Par F. DujARDiN. Suite, (i) IV. Sur les Infusoires munis d'un filament fiagelliforme loco- moteur et sur les expansions filiformes de quelques autres espèces. Lorsque j'ai eu l'occasion de parler des travaux de M. Ehren- berg, dans un précédent mémoire, inséré dans ce recueil (décembre i835), trop préoccupé alors de la nécessité de combattre des hypothèses que je considère comme absolument contraires à l'intérêt de la science, je n'ai peut-être pas assez clairement exprimé la distinction à établir entre les hypothèses de cet habile naturaliste, et ses découvertes réelles; celles-ci sont assez nombreuses et assez remarquables pour le placer au premier rang des micrographes; on peut donc sans crainte ap- peler la discussion sur les points les plus contestables de ses observations. Si l'on suit avec attention l'histoire de ses découvertes, dans ses pidjlications successives, on s'aperçoit aisément qu'au mi- lieu des modifications suggérées à l'auteur par un examen de plus en |)lus approfondi, une idée seule a constamment sur- nagé, c'est celle d'un système digestif très développé. On ne peut, en cïïal^ placer sur la même ligne le principe de classifi- cation en Infusoires nus et en Infusoires cuirassés , car c'est un procédé purement artificiel; en effet, dans les Infusoires cui- rassés, tels que les PlœscordaowEuplœay le prétendu test difflue et se décompose de même que les prolongemens en forme de (i) Voyez t. IV. page a43. V. Zoot.— Avril, |3 194 ^- DUJARDiN. — Sur les Orga7iismes inférieurs. poils ou de soies, au lieu de persister comme celui des Bra- chions, ou comme l'enveloppe siliceuse des Navicules, dont la place dans une série parallèle aux Amibes n'est pas inie grande preuve en faveur de la classification du savant allemand. M. Ehrenberg tout récemment encore a écrit à l'Académie des Sciences de Paris pour aifirmer de nouveau ce qu'il a dit antérieu- rement, au snjet de l'organisation deslnfusoiressi complexe à ses yeux; mais pour les lecteurs qui ne voudraient juger que ses ou- vrages publiés, il devient de plus en plus douteux qu'un intestin, supportant une grappe d'estomacs, existe réellement, puisque lui- même ne Ta pas tracé dans la figure des Paramécies (troisième Mém., pi. 3), comprimées entre des lames de verre pour mon- trer les vacuoles contractiles, nommées par lui organes géni- taux. Il eût été pourtant bien nécessaire de nuiltiplier les preuves de l'existence de cet intestin ; et, comme je l'ai fait re- marquer déjà, c'est à jieine au contraire si on le trouve indi- qué dans six des nombreuses et vastes figures du savant mi- crographe. Pour prévenir toute objection fondée sur la préférence accor- dée par M. Ehrenberg aux niicrosco|>es de l'opticien allemand , M. Pisîor, sur ceux que M. Ch. Chevallier perfectionne de jour en jour, et pour attester la bonté de l'instrument dont je me sers, j'avais cru aussi devoir signaler un long filament flagelli- forme, aperçu par moi chez beaucoup d'Infusoires, où il ne l'avait pas soupçonné; cela prouve sulfisamaient, en effet, que ma dénégation formelle au snjet de l'intestin n'est pas fondée sur l'imperfection de mes moyens d'observation. Je reviens aujourd'hui sur ce filament flagelliforme que je ne considère que comme un organe locomoteur, pouvant en même temps par sa surface, privée d'épilhéliiun , absorber les principes nutritifs , et, non point comme une trompe, ainsi que M. Ehrenberg paraît disposé à l'admettre en parlant de la trompe des Féridiniées et des Cryptomonadlnes. J'exposerai préalablement quelques faits observés récem- ment, et par lesquels est modifiée mon opinion, comme celle de M. Ehrenberg l'a été successivement aussi. 1° C'est à tort que de l'examen des Paramécies et de quel- F. DUJAKDiN. • — Sur Ics Organismes intérieurs. igS ques Infusoires voisins, j'ai conclu pour les autres animalcules que la matière colorante ou la nourriture logées dans les va- cuoles n'étaient pas entrées par une ouverture spéciale qu'on appellerait bouche,et qu'elles pénétreraient toujours à travers les mailles du tégument : le fait s'est montré à moi plusieurs fois avec évidence; mais j'ai vu aussi, dans des Kolpodes, très voi- sins du À. cucullus ^ sinon identiques, le carmin occuper d'abord une bande irrégulière oblique , à l'endroit où serait la bouche; puis, de là, se circonscrire sur plusieurs points, et se trouver successivement transporté aux extrémités du corps. Dans ce cas, une observation persévérante de quatre à six heures ne'me montra jamais la moindre trace d'intestin ou dé canaux quelconques de communication, ni la moindre altéra- tion dans la couleur ou dans les granules du carmin. Je ne peux en conséquence me rendre compte de ce fait qu'en admettant une succession irréguîière de vacuoles dans lesquelles le liquide extérieur et les matières dont il est chargé peuvent pénétrer par une ouverture servant non à inie véritable déglutition, mais bien à mettre la substance glutineuse interne en contact avec le milieu environtjant. Il y a donc bien loin encore de ce mode d'organisation à un système digestif régulier. 2" J'avais étudié, le 18 septembre i835, dans l'eau de l'Orne, un Infusoire non décrit, portant en avant un globule avec un nucleus comme l'œil des Ophryoglena ^ et un faisceau dentaire connue les Nassula; cet Infusoire de la forme d'un Kolpode, long de 7 millimètre, contenait plusieurs navicules et se décom- posait avec (liffluence, ne laissant que le globule ocuUforme et le faisceau dentaire qui résistait même à l'action d'une dissolu- tion faible de potasse; d'où l'on pouvait conclure sa nature cor- née, coîume celle des dents et du tégument des Brachionides. Depuis lors, j'ai eu, en février et en mars i836, la Nassula oniata de M. Ehrenberg produite en abondance dans une sou- coupe, où je conservais depuis long-temps avec de l'eau une couche de terre recouverte d'oscillaires; cjuand ces JVassuhi se décomjjosaient, le faisceau dentaire ne persistait pas de même, et siuluut ne résistait pas à l'action d'une , Avant de passer de ces filamens si évidemment expansibles^ homogènes et sans tégumens, à ceux qui pourraient être re- gardés comme une trompe, par M. Ehrenberg, je veux donner encore la fig. ( Ca, Cb) d'une Amibe, dont j'ai parlé précédem- ment {Jnn. Se. nat. , décembre i835), comme spontanément produite dans une infiision de chair. Je l'ai retrouvée depuis dans diverses infusions, et notamment dans l'eau qui baignait des débris de conferves enlevées avec une couche de terre au bord d'un fossé, et conservées durant trois ou quatre mois dans une soucoupe. Celte Amibe se compose d'une partie globuleuse de ^ milli- mètre, présentant une ou àt\x^ vacuoles bien prononcées, et quelques nodules; elle émet indifféremment dans plusieurs directions des prolongemens qui se fixent au plan de reptation ou qui se dressant cherchent ailleurs un point d'appui; ces pro- longemens épais de — millimètre atteignent une longueur double de la partie globuleuse; ils se détachent du support, si le liquide est agité et s'infléchissent {fig. Cb.)^ ou bien quel- quefois, si l'on détermine un écoulement brusque, ils conser- vent assez de raideur pour que l'animalcule semble rouler comme un (juisin sur l'extrémité de ses pointes. Leur mouve- ment d'expansion et de contraction est très lent, comme dans les autres amibes, et permet de constater qu'il résulte d'un simple afdux de matière glutineuse homogène. Quelquefois ces prolongemens s'élargissent ou se bifurquent à l'extrémilo (fig. aoo F. DCJARDIN. — Si/7' les Organismes inférieurs. Ca) j ce qui est un nouveau rapport avec les Rhizopodes. Un effet tout semblable se présente dans d'autres êtres émi- nemment simples, tels que les Monades et les Infusoires con- fondus par Millier sous le nom de Cercaria gibba, qui sont des Bodos pour M. Ebrenberg. Dans ces derniers en effet (fig. D, E, F, G) une partie du corps se prolonge en forme de queue et adhère au support, tandis qu'un autre prolongement fili- forme très long, animé d'un mouvement ondulatoire très vif, détermine des sauts ou secousses brusques. Le prolongement caudiforme, ou la prétendue queue change de forme, s'étend, se contracte, est tantôt en pointe fine (fig. D è, û), tantôt en tige noduleuse (fig. D a), en massue (fig. G b) Ql^x en spatule, et quelquefois elle se:; raccourcit au point de ne plus être qu'un simple tubercule (fig. E,F), qui lui-même disparaît quand l'animalcule prend la forme arrondie qu'on attribue a\x^ Monades (fig. H a, H b)\ dans les uns et dans les autres, d'ailleurs , on observe des nodules distincts et des vacuoles (fig. H ^, F) entourées d'un rebord bien prononcé et qui paraissent s'ouvrir à l'extérieur. Ces animalcules, qui ne peuvent aucunement être distingués en genres ou en espèces d'après la présence de ces prolongemens si variables, se rap- prochent donc beaucoup des Amibes, et comme elles, on les voit se produire dans les infusions les plus variées, telles que l'infusion de foin, celle de chair et celle de gélatine sèche avec différens sels , etc. ; mais ils s'en distinguent essentiellement par la présence du long filament flagelliforme que j'ai cité. L'objet le plus difficile à distinguer au microscope, et le plus propre à faire apprécier le mérite de cet instrument est assuré- ment le long filament flagelliforme antérieur qui sert d'organe locomoteur unique à beaucoup d'Infusoires non ciliés. Pour le bien distinguer dans les plus petites espèces, il faut une atten- tion persévérante et une longue habitude, car sa ténuité est si grande qu'on ne peut d'abord qu'en soupçonner l'existence par le mode d'agitation des particules suspendues dans le liquide envi- ronnant, d'où l'on a voulu conclure la présence d'une couronne de cils vibratiles. On aperçoit ensuite par instans les portions de ce filament convenablement éclairées, en variant insensi- F. DU JARDIN. — Sur les Organismes inférieurs. 201 blement la distance locale, par une légère pression exercée sur le porte-objet ou sur le corps de l'instrument. On arrive, d'ailleurs, à évaluer assez exactement le diamètre de ce filament dans les Monas lens et M. mica, en comparant un fil de soie simple qui n'a que -^ millimètre et qu'on re- garde directement devant un corps éclairé, et ce filament fla£;elliforme grossi 3oo fois par le microscope; ce dernier vers l'extrémité parait encore plus mince que le fil de soie, c'est-à- dire qu'il parait à peine comme un fil de 7^ millimètre vu à l'œil nu; il a donc environ 7^ de ^ millimètre ou 77^ d'e'- paisseur.On conçoit dès-lors comment la plus petite diiïérence dans la distance locale ou dans le mode d'éclairage, peut rendre ce filament invisible, et combien un instrument devra être parfait pour le faire voir. C'est avec un grossissement de 3oo que je l'ai vu le plus nettement dans un microscope récent de M. Charles Chevallier; des grossissemens de 460 à 5oo don- nés par l'objectif le font voir plus aisément, mais la lumière étant moins vive, on peut conserver cjuelques doutes sur les di- mensions réelles. Ce filament paraît être de même nature que tous les prolon- gemens filiformes des Rhizopodes, des Amibes, etc. , c'est-à-dire glutineux, homogène et contractile. On ne pourrait dire vrai- ment s'il est plus facile de concevoir un filament d'une ténuité si grande, homogène et doué partout d'un mouvem.ent propre, ou de le considérer comme formé de parties contractiles , et de parties accessoires ne jouant qu'un rôle passif dans la produc- tion du mouvement ; car en définitive, la difficulté de la question est dans l'union du mouvement ou de la vie à une matière inerte, et la contractilité d'une fibre musculaire , si mince qu'on la suppose, est un phénomène du même ordre que celle des filamens que je prétends être homogènes dans les Infu- soires et les Rhizopodes. La connaissance de ce filament concourt à montrer Torgani- sation des Infusoires comme bien plus simple qu'on ne l'a sup- posé dans ces derniers temps, puisque c'est une nouvelle preuve de ce fait, que des êtres vivans peuvent être doués, dans quelques parties molles et homogènes, d'une puissance spéciale d'assimila- 202 F. DUJARDiN. — Sur hs Organismes inférieurs. tion et de locomotion. Dans les Rhizopodes, dans les Amibes, et dans le Trinènie , les expansions de la substance molle ont ordinairement un mouvement de reptation, et c'est rarement si on les voit se dresser et s'agiter; le filament flagelliforme, au contraire, est continuellement en mouvement, et en s'agitant comme un fouet, surtout à l'extrémité où il est plus mince, il détermine la progression en avant, ce qui suppose toujours que ses ondulations se propagent de l'extrémité vers la base, au lieu que dans les Zoospermes, où le mouvement est en sens in- verse, les ondulations du filament appelé queue se propagent de la base vers l'extrémité. D'ailleurs le filament dont la lon- gueur est double ou triple de celle de l'animalcule est rarement étendu, mais bien plutôt diversement infléchi, ce qu'on observe principalement quand l'animalcule est arrêté entre des parti- cules solides. Les fig. F, E, G a, G i, montrent le filament prenant nais- sance d'une expansion de la substance du corps, semblable à celle qu'on nommerait queiie; les deux dernières montrent de plus une expansion latérale terminée par un second filament qui concourt à donner à i'animalcule un mouvement saccadé tout-à-fait irréijulier. J'observais ces r.inguliers êtres, le 12 et le i3 janvier, dans une infusion de 18 grains de gélatine sèche avec 12 grains d'oxalate d'ammoniaque, dans 4 onces d'eau de rivière, conservée depuis le 26 décembre à luie température moyenne de 7 degrés centigrades; leur forme changeait très rapidement, et souvent ils se fixaient à la plaque de verre par une de leurs expansions qui s'allongeait alors en forme de queue, jusqu'à ce qu'elle se détachât pour se contracter de nouveau. Leur plus grande dimension était de fi millimètre; le liquide avait conservé presque toute sa transparence, mais il avait une odeur faible de fraises pourries. L'infusion de gélatine et de phosphate de soude m'avait donné des animalcules presque semblables avec une double expansion antérieure. L'Infusoire, représenté par la fig. E, était dans mie infusion semblable où j'avais remplacé rox:>'ate par le nitrate d'ammo- niaque; il était accompagné d'ui^.j quantité beaucoup plus con- sidérable de Monas Icns souvent liés entre eux par une expan- F. DUJARDTN. — SuT les Organismes inférieurs. 2o3 sion comme des boulets rames, on changeant de forme, de manière à faire penser que l'Infusoire E lui-même n'était qu'inie de leurs modifications. Le liquide dans les mêmes circonstances et même au bout de deux mois, lorsque des propagules de moi- sissures commençaient à s'y faire voir, n'avait aucune odeur sensible. L'Infusoire (Ta, I b) qu'on aurait pris d'abord pour une jEtz- chelys , s'est trouvé dans beaucoup d'infusions, et surtout dans celle d'algues marines; il est long de -fz millimètre, et son fila- ment à la base est épais de -^— mill. au moins: il est donc beau- l 5000 / coup plus visible que dans les Monas lens. Mais c'est dans l'Infusoire R, que j'appellerai P;^/-o«è/72e, que ce filament s'est montré le plus gros et le plus évidemment for- mé par la continuation d'un prolongement antérieur; en effet, son épaisseur, qui n'est que de ^^ mill, à l'extrémité, arrive à -î— millimètre vers la base. Le corps Ion? de — à -^ millimètre est pyri forme, allongé, très contractile, et prend quelquefois la forme d'un sac arrondi (fig. Ka, K ^); je l'ai vu quelquefois privé de son filament par quelque accident, et continuant alors à se mouvoir comme une Amibe, mais sans émettre de prolon- gement, et surtout sans changer de lieu. Sa surface est ordinai- rement garnie de tubercules ou de granules assez gros propor- tionnellement et disposés en séries irrégulières. On y remarque souvent aussi une vacuole dont la position n'est pas constante, et qui disparaît par sa contraction. Ce Pfronème se trouve abondamment sur les débris de plantes marécageuses conservées l'hiver dans un flacon j^lein d'eau; son analogie avec les animalcules D, E,F, G et H est bien pronon- cée, mais il paraît avoir plus de consistance à l'extérieur, sans pourtant qu'on jouisse y reconnaître un tégument réel ; ce serait donc le type d un genre à paît; quant aux autres, je les regarde comme de simples moilifications d'une ou de plusieurs espèces du genre Monade, qui aura précisément pour caractère cette instabilité de formes jointe à la présence du filament flagel- liforme, dont sont privés les Amibes. Au reste, cette instabilité même dans la forme, et la faculté d'émettre les prolougeuiens de substance homogène prouvent, comme je l'ai dit, la siuipli- 2o/^ F. DDJARDiiv. — ■ Siii' Ics Organismes i?7féneurs. cité de l'organisation, et l'existence du filament flagelliforme pa- raît incompatible avec l'existence d'une bouche dont la pré- sence était conjecturée seulement d'après le tourbillon que cause le filament. M. Ehrenberg, qui n'avait pas vu ce filament, sup- posait, pour expliquer le tourbillon, une couronne de douze cils autour de la bouche des Monades. Le même auteur ayant aperçu, lors de la publication de son troisième Mémoire, la base de ce filament dans les CryptornonacUnes , dans les Vohociens et dans les Peridiniées, et voulant concilier ce fait avec sou hypothèse sur l'appareil digestif, en fit une trompe destinée à chercher et à admettre les alimens, et représenta même dans la figure du Trachelnjjionas cylindrica et dans celles du Tr. nigri- cans, du Chœloglena^ etc., l'afflux des particules à l'extrémité de cette trompe ; par cela même, il semble renoncer à placer la bouche ailleurs, et si l'on fait attention à la longueur et à la té- nuité de ce filament dans les Monas, on devra conclure que de toute manière l'existence d'une bouche réelle est absolu- ment douteuse. Il me reste à parler de YEuglena longicauda et d'un autre animalcule (fig. M) à test membraneux résistant, que je nomme Crumenule; celui-ci a la forme du>sac déprimé, irrégulièrement ovale, et marqué de stries arquées parallèles en deux directions; il est rempli de matière verte comme les Euglena, avec des glo- bules plus transparens, et présente de plus un point rouge vers la partie antérieure (fig. M*). Tout-à-fait en avant il a un pli formé par une saillie eu manière de lèvre, et de ce pli sort uu filament très long dont l'épaisseur, égale partout, doit être de — ^— millim, environ , car elle paraît comme un brin de laine or- 6000 / I dinaire vu à l'œil nu. Ce filament, toujours en mouvement, fait avancer fort peu l'animalcule, parce qu'il est irrégulièrement contourné et agité dans ses diverses parties. C'est dans les dé- bris de plantes marécageuses que j'ai trouvé la Crumenule vi- vante avec plusieurs individus morts, dont le test transparent paraît résister à la décomposition ; ce serait là une analogie assez curieuse avec les Navicules, mais je n'ai pu m'assurer si ce test est vraiment de nature siliceuse, sa longueur est de ^ millim. Enfin , pour X Euglena longicauda, il me suffit de donner la F. DUJARDiN. — Sur les Organismes inférieurs. 2o5 figure (6g. L.) avec le filament qui sort de la fente antérieure, parce que cet animalcule n'étant pas rare dans les marais, on pourra constater l'existence de ce filament qui avait échappé à ]M. Ehrenberg. T.a longueur totale de cet Euglena va jusqu'à -i^ millim., et la largeur est ordinairement de -h millim. La matière verte de l'intérieur et la matière rouge que le savant allemand a prise pour un œil, et qui manque souvent, sont d'une nature bien différente de celle des Infusoires proprement dits, et en considérant la rigidité du tégument des autres espèces aplaties comme celle-ci, on peut conserver des doutes sur leur ani- malité. Tels sont les résultats auxquels un travail pénible m'a conduit sur quelques points de l'organisation des Infusoires; la route est difficile à tenir en raison de l'obscurité même du sujet : obscurité que des hypothèses ou des idées préconçues n'ont fait qu'augmenter bien souvent. Je suis loin de croire que j'aie pu éclaircir complètement la question , mais de ce que l'on ne peut encore préciser d'une manière absolue les conditions de l'orga- nisme, il ne faudrait pas en conclure que la science n'aura pas gagné à ce que les questions soient ramenées à leurs véritables termes. EXPLICATION DE LA PLANCHE. Fig. A. TW^èmc, nouveau type d'Infusoires, voisin des Rhizopodes; il est représenté en di- verses positions et grossi 5 Se fois. Les deux dernières présentent des vacuoles sous le test mem*' Lraui-ux qu'on trouve fréquemment vide. Fig. F. Pleuronème , nouveau type d'Infusoires entouré de cils rayonnans très fins et laissant sortir par une large ouverture latérale une touffe de filamens qui lui servent à se fixer aux corps solides; il Cst grossi 5oo fois. fig. C. ylmtbe à prolongemens filiformes grossie 600 fois ; elle était dans l'infusion de chair. Fig. D. Monas ou ccrcaire d'une iufusion de chair grossie 800 fois. Fig. E. lHonas de l'infusion de gélatiue et de celle de gomme avec des seb, grossie 800 fois. Fig. F. ilonas d'une infusion de mucus, grossie 800 fois. Fig. G. Monas ou cercaire de l'infusion de gélatine avec de l'oxalate d'ammoniaque , grossie 800 fois. Fig. H. Moncu Uns de diverses infusions végétales ou animales , avec ou sans sels, grossie 800 fois. Fig. I. Monas on Enchelys à'um infu'ion d'algues marines sèches, grossie 800 fois. Fil'. K.. Pyronèmc , nouveau type d'Infusoires à corps mou, contractile et polymorphe, avec un long filament antérieur, d.ins le» débris des plantent marécagLiiscs, grossi 4 5o lois. Fig. L. Euglena longicaiiila [EUr.), csj)t'ce décrite par M. Ehrenberg, (jui n'a pas connu le filament autéricut; grossi 45o fois. l'ig. M. Ciiinieiiiila, nouveau type d'Iiifusuircs .i test membraneux, résislani ù la décompo* ITi-s^ silion, avec un simple filament très long; grossi OCo fois. ^^ ao6 HITCHCOCK.' — Traces d'Oiseaux dans le grès rouge. Description d empreintes de pieds d'Oiseaux dans le Grès rouge du Alassachusets , Par le professeur E. Hitchcock. (suite) (i) Il est naturel de demander si, d'après les foits qui ont été établis, nous pouvons rapporter ces Oiseaux de l'époque du nouveau grès rouge à quelques-unes des familles d'Oiseaux qui existent maintenant. L'idée qu'ils appartiendraient à quelques- unes des espèces actuelles ne peut être partagée que par ceux qui ne seraient point familiarisés avec l'histoire des restes orga- niques. Les géologues ne doivent donc s'attendre à trouver autre chose qu'une légère ressemblance avec des espèces existantes. Je ne puis toutefois m'empécher de croire que plusieurs d'entre eux au moins étaient des Échassiers. Ils correspondent, sous deux rapports, à ce groupe d'Oiseaux; d'abord ils n'ont que trois doigts, comme cela a lieu pour beaucoup d'Echassiers encore existant. La grande longueur des enjambées est une preuve de la grande longueur de leurs jambes, autre caractère de ce der- nier ordre. Je n'ai eu que peu d'occasions de faire les comparai- sons nécessaires, mais je me suis assuré que les enjambées de ceux de nos Oiseaux communs qui n'en iont pas partie, sont beau- coup moins longues par rapport à la longueur du pied, que celles des Ornithichnites. Ainsi le Coq ordinaire, avec un pied de trois pouces de long, fait des enjambées seulement de six ou sept pouces, tandis que l'O. di\>ersus ^ dont le pied a la même gratideur, présente des enjambées de dix à douze pouces. Dans l'Oie domestique, dont le doigt médian a quatre pouces de lon- gueur, la distance des pas est seulement de sept à huit pouces. Cependant le Coq-d'Inde, avec un pied de quatre pouces de lon- gueur, fait des pas d'une aussi grande longueur que l'O. divej'- (i) Voyez page i54. HITCHCOCK. — Traces d'Oiseaux dans le grès rouge. 207 sus de la fig. 6, dont le pied est semblable, c'est-à-dire de douze pouces de long; et le Paon, avec le même pied que l'O. dlversus de la fig. 7, présente des enjambées qui n'ont qu'un pouce ou deux de moins que l'Oiseau fossile. Mais le Coq-d'Inde et le Paon sont des Oiseaux chez lesquels la jambe atteint une lon- gueur qui n'est pas ordinaire parmi les Gallinacés. Je n'ai pu me procurer aucun exemple de la longueur de l'en- jambée dans les grandes espèces d'Échassiers actuellement exis- tantes, et je ne puis citer qu'un fort petit nombre des petites espèces. La petite Bécassine, dont on voit les traces, fig. 16, sur une petite échelle, et fig. 17 sur une plus grande, fait des en- jandiées seulement de deux pouces et demi avec un pied d'un pouce de long. Et comme je l'ai appris du docteur Richard Har- lan, l'enjambée de \ Ardea canadensis, dont le pied a trois pouces de long, est de quatre à six pouces. En comparant ces longueurs avec celles qu'on observe dans l'O. niinimus^ dont le pied a un pouce de long, et qui fait des enjambées de quatre pouces, et dans l'O. dlversus^ (3 platydactylus , dont le pied a entre deux et trois pouces, et l'enjambée de six à huit pouces, nous voyons que les enjambées des espèces existantes sont moins longues que celles des espèces dont on trouve les traces à l'état fossile. Quant aux grandes espèces, nous ne pouvons les com- parer avec aucune de celles qui existent actuellement; car parmi les Oiseaux qui maintenant se trouvent sur le globe, il n'en est aucun dont le pied approche, pOur la grandeur, de celui de 10. giganteus ou de l'O. ingens ^ mais on ne peut s'empêcher de dire que des Oiseaux qui enjambaient de quatre à six pieds devaient avoir les jambes extrêmement longues et par conséquent étaient des Échassiers. Mais les zoologistes objecteront que, dans quelques cas, il semble que les jambes étaient revêtues et même quelquefois les doigts, sinon de plumes, du moins de soies, tandis que tous les Echassiers coimus ont les jambes nues. Ce fait est certai- nement une grande présomption contre l'opinion que ces Oi- seaux auraient été des Echassiers dans le sens précis de ce mol; peut-être même oppose t-il à cette délerminalioii un obstacle insurmontable. Mais je dois remarquer d'abord (jue aoS HITCHCOCK. — Traces d'Oiseaux dans le grès rouge. je n'ai aucune opinion certaine quant à la nature de ces ap- pendices, bien que je n'en voie point d'autre explication que celle que j'ai donnée, et que je ne voie point pourquoi celle- ci ne serait point satisfaisante. Mais puisque nous devons nous attendre, â priori, à trouver de grandes singularités de struc- ture dans les animaux qui habitaient le globe à une époque si reculée , est-il incroyable que des Oiseaux, appartenant à l'ordre des Echassiers, eussent eu des pieds munis d'un appendice de plumes sétiformes? Nous n'en pouvons pas plus comprendre l'u- sage que nous ne comprenons celui des filamens thoraciques du genre Polynemus parmi les poissons, ni celui du Byssus de la Pinne-marine parmi les Mollusques. Ces Ornithichnites, si on fait abstraction de cet appendice, pourraient avoir été produits par cette tribu d'Échassiers désignés par Temnink sous le nom de Curseurs , qui auraient fréquenté les bords des lacs et des bras de mer pour y chercher leur nourriture. Entre le genre Hhea de cette famille et VO. iiigens, il y a un point de ressem- blance qu'on doit peut-être noter : c'est que le Rhea a un doigt postérieur remplacé par un talon calleux, et que, dans VO. in- gens, il semble que l'on ait l'impression d'un semblable talon. Mais en définitive, quoique nous puissions penser de cet ap- pendice rayonnant, je regarde comme très certain, ainsi que je ■vais m'efforcer de le prouver plus bas, que ces traces ont été faites sous les eaux d'un bi-as de mer, d'un lac, d'un étang ou d'une rivière, ou sur leurs bords, à une époque où les eaux couvraient souvent ces localités; et si cela est vrai, les habitudes de ces Oiseaux d'époque reculée auraient correspondu à celles des Echassiers de notre é])oquc. J'ai dit, au commencement de ce mémoire, que la roche qui présente ces Ornithichnites, est le tiouVeau grès rouge; peut-être atirais-je dû dire qu'elle correspond à ce groupe de roches eh Europe, c'est-à-dire qu'elle semble avoir été formée dans les mêmes circonstances et probablement à une époque géologique très voisine. Il y a quelques années, les géologues soutenaient fortement l'identité parfaite des formations des roches des dif- férens continens. Cette opinion, spécialement en ce qui con- cerne les roches secondaires et tertiaires, est maintenant corn- HITCHCOCK. — Traces d'Oiseaux dans le grès rouge. 200 platement abandonnée. Tout ce que nous pouvons espérer, pour une même roche dans différens pays, c'est qu'il y ait une assez grande similitude dans leurs caractères géologiques, leur com- position minérale, les débris organiques qu'elles contiennent, pour qu'on puisse admettre qu'elles sont le résultat de causes semblables, et qu'elles ont été produites dans les mêmes cir- constances de température, de climat, etc. Quant au grès de la vallée de la rivière de Coniiecticut, sur lequel se trouvent les Ornithichnites, il y a des difficultés toutes particulières pour déterminer, d'une manière précise, son rang dans l'échelle géologique. Mais l'ayant examiné avec un grand soin depuis une vingtaine d'années, sous ce rapport, je suis arrivé à une entière conviction que, comme je l'ai déjà dit, les couches supérieures au moins appartiennent au nouveau grès rouge de De la Bêche et des autres géologues. J'ai exposé les raisons de cette opinion dans mon mémoire sm- la géologie, etc., du Massachussets , adressé au gouvernement de cet état; mais il me semble conve- nable d'exposer ici sommairement ces raisons. Le grès, dans cette vallée, se trouve dans une étendue d'en- viron cent milles, depuis Newhaven daas le Connecticut, jus- qu'à la limite septentrionale de Massachussets, et varie en lar- geur de 8 à 20 milles. Il est divisé par une ou deux chaînes de serpentines qui traversent le grès et se dirigent à-peu-près du nord au sud. Les couches de grès sont en général inclinées vers l'est, d'une quantité variant de 5 à 3o degrés, de sorte que les couches les plus anciennes se rencontrent le long de la partie occidentale de la vallée. Ces anciennes couches consistent pour la plupart en lits épais de grès rouge, d'une apparence assez uniforme; mais les couches supérieures, c'est-à-dire celles qui sont à l'est des collines de serpentine , consistent en grès schis- teux, en grès rouges et gris, en conglomérats très grossiers, en schistes et peut-être en marne rouge(i),avec des lits accidentels de calcaire fétide; ces différentes roches forment des couches qui alternent avec une variété presque infinie. Maintenant, 'i) Le grès rougu de Hartfort est décidément marneux. Il fait effervescence avec Icsqcido;, et même roniienl de uomiji élises veines de cakaiie. {Sillimari.) V. Zo'ji.. — Avril. ; i^ 2IO HITCHCOCK. ■ — Traccs cV Oiseaux dans le grès rouge. quant aux plus anciennes couches , quelques géologues ont sup- posé qu'elles appartiennent au grès rouge ancien, et peut-être ont-ils raison; mais comme on n'y trouve aucun Ornithichnite, nous ne discuterons pas cette question. En m'efforcant de prouver que les couches dont nous parlons sont l'équivalent du nouveau grès rouge, je ne veux absolument parler que des cou- ches supérieures. 1. Caractères géologiques. — De la Bêche décrit le groupe du nouveau grès rouge comnîe un dépôt de conglomérats, de grès, de marne avec des calcaires apparaissant accidenlellement à quelques points de ia série, — tel est le dépôt que nous avons vu dans cette vallée. Je ne conserve de doutes pour aucun des élémens qui composent cette liste, excepté pour la marne. On y trouve bien une roche rouge fine semblable à la marne rouge d'Angletei-re, mais ordinairement elle ne contient pas beaucoup de carbonate de chaux. C'est plutôt un schiste rougeâtre , bien qu'elle fasse souvent effervescence avec les acides. L'aspect bi- garré du nouveau grès rouge, qui, dans quelques dépôts de cette roche, est si évident, se remarque surtout le long de la partie centrale de la vallée, quoique je le juge moins fréquent qu'en Europe. Enfin je puis à peine distinguer une suite d'échantillons pris dans la vallée de Connecticut, d'une autre suite venue de la Nouvelle-Ecosse, et d'un groupe de roches qui sont évidem- ment le nouveau grès rouge, puisqu'on y trouve des couches de gypse. 2. Composition miner aie gique. — On ne trouve dans cette roche qu'une fort petite quantité de gypse, le sel gemme y manque complètement. — Ce sont là, ce me semble, les prin- cipales difficultés pour décider si on a affaire au nouveau grès rouge, puisque ces minéraux se présentent si généralement dans cette formation dont ils sont regardés comme un des caractères. Mais puisqu'on admet que le calcaire peut bien accidentellement ne point s'y trouver, sans que pour cela l'identité géologique soit détruite, pourquoi ne pourrait-il pas arriver que le gypse et le sel gemme manquassent quelquefois, sans qu'aucun des caractères essentiels fût perdu ? HITCHCOCK. — Traces d'Oiseaux dans le grès rouge. 211 On trouve cependant, dans cette roche, d'autres minéraux qui sont presque propres au nouveau grès rouge. On doit men- tionner le cuivre qui se trouve fréquemment près de la ligne de jonction de celte roche avec la serpentine, et qu'on rencontre aussi disséminé dans une certaine étendue dans les couches. On sait qu en Allemagne une variété de ce groupe, le schiste cui- vreux, est exploitée pour en tirer ce métal; on trouve aussi, dans la roche dont nous parlons, les sulfates de baryte et de strontiane, comnie dans le nouveau grès rouge d'Angleterre : il en est de même du sable ferrugineux magnétique. 3. Bestes organiques. — Il y a peu d'années on a trouvé, dans une des variétés les plus grossières de la roche du Connecticut, les restes d'un animal vertébré dont on n'a jamais déterminé le genre. Mais comme aucun vertébré, excepté peut-être un petit nombre de poissons, n'a été trouvé appartenir au nouveau grès rouge, il est à présumer que la roche de la vallée de Connec- ticut, qui offre ces débris, n'est pas plus ancienne que le nou- veau grès rouge; cependant la présence des Oiseaux dans une partie si inférieure de la série des couches, contre tout ce qu'on pouvait présumer, nous montre combien peu de fond on peut faire sur un argument de cette sorte, pour prouver que la roche dont il s'agit appartient au nouveau grès rouge. Mais les Ichtyo- lites qui s'y rencontrent confirment ce rapprochement de la ma- nière la plus évidente. TIsappartiennent au genre Palaeothrissum, et se trouvent dans un schiste bitumineux, ou bien ce qu'on dé- signe souvent par le nom de marne bitumineuse; ces divers échantillons, tant des IchtyoUtes que des roches, ressemblent tellement à ceux du nouveau grès rouge de Mausfeld (en Alle- magne), qu'un habile géologue européen, à qui on enverrait ces échantillons, no saurait les distinguer. Ce genre se rencon- tre encore à Autun, en France, et à un ou daus. endroits de la Grande-I{reta2;ne, dans le nouveau ^rès rou2;e et dans les couches qui l'avoisinent. Comment donc pourrait-on douter, surtout quand on considère toutes les autres preuves du même fîiit, que la roche dans laquelle on les trouve au Massachiissets, ne soit la même? Je dois d.rc qu'un des points oii se rencun- 14. 212 HITCHCOCK. — Tvaces d^ Oiseaux dans le p-rès roitsre. trent les Ornithichnites n'est qu'à un mille de distance de l'en- droit où les Ichtyolites sont en plus grande abondance, dans le Sinîderland,et peut-être dans la continuation de la même couche. Ces faits me semblent déterminer, sans qu'on puisse élever un doute raisonnable, la situation géologique des Ornithichnites que nous avons décrites; mais si quelqu'un n'était point convaincu, on doit ajouter qu'aucun des géologues qui ont examiné le grès de cette vallée n'a pensé qu'il fût plus récent que le nouveau grès rouge. Ils l'ont, pour la plupart, placé au-dessous dans la série, le regardant comme dépendant de la formation houillière, ou comme étant le grès rouge ancien; de sorte que tous admet- traient que les Ornithichnites sont au moins aussi bas que le nouveau grès rouge; s'ils étaient au-dessous, cette position se- rait encore beaucoup plus étonnante. Depuis que cette espèce de roche a été déposée, aucun chan- gement géologique ne semble s'être opéré dans cette vallée, à l'exception du dépôt d'une couche mince et probablement très récente de formation tertiaire ou quaternaire, composée de couches horizontales d'argile et de sable, auxquelles ont suc- cédé les actions alluviales ou diluviales qui ont agi sur toutes les parties du globe. Ayant établi ces faits et démontré, autant qu'il est en mon pouvoir, la position géologique des Oînithicbnites, j'espère qu'on me permettra d'ajouter quelques considérations théoriques. , Les circonstances dans lesquelles ces traces ont été faites nous fournissent un sujet de recherches qui d'elles-mêmes se présentent à tous les esprits; et il me semble que la vraie théo- rie peut facilement en être saisie par tout homme intelligent, quand même il ne serait nullement familiarisé avec les principes de la géologie. Il verra que la roche sur laquelle ces empreintes se trouvent est un composé d'argile et de sable; et bien qu'il ne puisse expliquer comment la consolidation s'est opérée, il ne pourra douter que cette roche ne fût autrefois dans un état de mollesse, et que c'est alors que ces traces ont été faites. Jusqu'ici, ce me semble, tout doit être admis; et lorsque, comme on l'a déjà remarqué, nous voyons sur la vase qui re- couvre CCS roches, quand elles passent sous i.i rivière de Con- HITCHCOCK. — Traces d'Oiseaux dans le grès rouge. 2i3 necticut, les traces d'Oiseaux vivans, tout-à-fait semblables à celles qui s'aperçoivent sur la roche dénudée, pouvons-nous douter que nous ne soyons témoins de la manière dont les Or- nithichnitcs se sont formés, surtout quand les caractères du j)ied et la grandeur des enjambées nous appi-ennent qu'un grand nombre de ces Oiseaux avaient les habitudes des Echassicu's ou Gralles de notre époque, nous ne pouvons nous empêcher de conchn-e que les Ornilhichnitcs soiU l'empreinte des pieds d'Oi- seaux de l'époque du nouveau grès rouge, qui fréquentaient les rivages des b: as de mer, des fleuves et de lacs , dont les bords fangeux se sont ensuite convertis en la roche que isous voyons maintenant. Je sais qu'on a coutume de regarder les anciens changemens géologiques du globe comme s'étant produits très différemment de ceux qui ont lieu maintenant, et je ne puis m'empêcher d'être convaincu que l'intensité des causes a varié beaucoup dans dif- férens temps; mais la grandeur et non la similitude des résultats a dû séide en être affectée , et j'ai été frappé de cette ressem- blance remarquable entre l'état des choses présenté par ces Ornithichnites qui ont existé il y a tant de milliers d'années, et ce qui se passe maintenant sous nos yeux. Notre imagination se trouve reportée, par ces empreintes, jusqu'à cette période immensément éloignée où les Oiseaux du grès rouge marchaient le long des bords des lacs et des étangs de cette époque, abso* lument comme le font les Oiseaux contemporains. Il y a toutefois un point frappant de dissemblance entre les anciennes races et les modernes, c'est la grandeur énorme de plusieurs individus des premières. Quelques-uns d'entre eux pa- raissent n'avoir pas surpassé , pour les dimensions , les grandes espèces qui existent maintenant dans leur classe. Mais que di- rons-nous de ceux qui ont produit XO. gii^anteus et l'O. ingens , et qui embrassaient quatre pieds dans leurs enjambées moyen- nes? Quant à leur grandeur réelle, nous sommes entièrement réduits aux conjectures; mais je ne sais pas si un homme habitué à l'anatomie comparée ne pourrait pas déterminer les dimen- sions d'un Oiseau, d'après celles de son pied et la longueur de ses enjambées. Je n'essaierai pas de résoudre ce problème, mais 2i4 HITCHCOCK. — Traces tVOiseahx dans le gi-ès rouge. je citerai un fait comme moyen de comparaison. L'Autruche d'Afrique (^Slruthio-camelus) , le plus grand des Oiseaux connus, a un pied de lo pouces seulement de longueur, en comptant de- puis l'extrémité postérieure du talon jusqu'à l'extrémité des on- gles (i). Elle pèse quelquefois 80 ou 100 livres, et quand elle marche, sa tète est aussi haute que celle d'un homme à cheval, c'est-à-dire (ie 7 à 9 pieds. Ne pouvons-nous point conclure que quelques-uns de^ces anciens Oiseaux, dont les pieds ont 16 ou 17 pouces de long, doivent avoir été presque deux fois aussi grands et aussi gros que l'Autruche? Je ne crois pas que personne en puisse douter, après avoir examiné leurs traces. D'après quelques exemples, je ne crois pas que les jambes d'tui Oiseau (y compris la cuisse), qui ordinairement faisait des enjambées de quatre pieds, aient pu avoir beaucoup moins de six pieds. Tels doivent avoir été les oiseaux qui, jadis, habitaient la dé- licieuse vallée du Connecticut. ISous avons quelques raisons de penser qu'à cette époque cette vallée était un bras de mer; car les restes organiques du nouveau grès rouge sont surtou^pcl'ori- gine marine, comme on le voit dans mon mémoire sur la géo- logie du Massachussets. Et afin de montrer que les autres êtres vivans, contemporains de ces oiseaux, leur étaient comparables pour la grosseur, nous renvoyons à la description d'une coquille marine {Gorgonia Jaksonii) qui se trouve dans le nouveau grès rouge de IFest Springfield, qui a été dégagée, mais sans pouvoir en découvrir les bords, dans une longueur de iG pieds sur une largeur de 4 pieds. La masse colossale des oiseaux dont nous parlons est parfaitement en rapport avec l'histoire des êtres vivans dans les diverses parties du globe. La température plus (i) Je dois ces faits au professaur Mussey, du collège de Darmoulh , qui les a pris sur une autruche du muséum de ce collège. Il ajoute que : <■ La longueur de la jambe , c'esl- à-dire la distance depuis l'aiiiculaiion de la lianchc jusqu'au sol est de 4 pieds i pouce, et la distance de la tète au sol est de 7 à 8 pieds. L'élévation de la tète doit évidemment va- rier avec la direction de l'axe du corps qui, de la manière dont le squelette est maintenant posé, u'est pas très horizontal, mais s'incline légèrement en avant. » Tout ce qui nous manque pour nous permettre d'esiimer d'une manière probable la grosseur et la hauteur de l'oiseau qui a produit l'O. giganteus el l'O. ingens, c'est de savoir la longueur des dimensions ordi- naires des enjambées de l'autruche. S'il était permis d'établir une conjecture, je dirais que la télé des oiseaux du nouveau grès rouge devait s'élever de i a ou i à pieds au-dessus du sol. HITCHCOCK. — Traces cV Oiseaux dans le grés rouge. 21 5 élevée qui régnait alors semble avoir favorisé le développement gigantesque de la vie sous quelque forme qu elle se présentât. Ceux qui voient ces Ornithichnites demandent quelquefois à quelle distance de la rivière de Connecticut on les a décou- verts; et lorsqu'ils apprennent que, pour la plupart, c'est , sur les bords mêmes, ils en concluent souvent que la roche qui les présente est un dépôt de la rivière. Mais les géologues savent que la rivière de Connecticut, qui, à cette époque, n'existait certainement pas, n'a rien de commun avec le dépôt de grès rouge dont ses bords sont formés, et d'après les faits mention- lîés dans le paragraphe précédent, ils pensent que ce dépôt s'est fait d'abord au fond de la mer, et s'est élevé depuis. On demande encore souvent à quelle profondeur se trouvent ilans la carrière les empreintes dont nous parlons. Mais pour les géologues cette question est moins importante que celle de leur situation par rapport à la formation générale. Dans le fait, on les trouve seulement à quelques pieds de la surface dans les points où l'on a creusé, mais comme c'est sur le bord gauche d'une formation de quelques milles d'étendue, à en juger par les couches, et que celles-ci sont inclinées à l'est de plusieurs de- grés, en réalité, toutes celles qui sont à l'est des carrières ont été déposées au-dessus des Ornilhichnites, ce qui donne une épaisseur perpendiculaire de plusieurs centaines le pieds. Dans la localité au sud-ouest de Montagne, les localités qui présen- tent les Ornithichnites passent latéralement au-dessous du Mont ïobie, qui s'élève au-dessus d'elles de 6 ou 700 pieds, de sorte qu'il semble qu'on a le droit de dire que ces empreintes de pieds sont à plusieurs centaines de pieds de profondeur. Mais celte preuve, quoique bien propre à faire impression sur la |)lupart des esprits n'est pas à beaucoup près aussi con- cluante pour un géologue qiie le fait du grès rouge lui- même; car on sait que depuis le dépôt de cette roche, il s'est j)assé un temps suflisant pour la formation de ces vastes masses de rochers, formant les groupes oolithiques crétacés et tertiaires dont chacun a plusieurs mille pieds d'épaisseur, et s'est formé par des procédés très lents; et que la seule raison pour laquelle ces terrains ne sont pas entassés au-dessus des Oiuithichnites 2i6 HITCHCOCK. — Tixices d'Oiseaux clans le grès rouge. est que les causes qui ont formé ces roches n'ont pas opéré sur ce point. En d'autres termes , après que le nouveau grès rouge a été formé , il ne s'est point ajouté de nouvelles roches dans cette partie du monde, durant cette immense période pendant laquelle se sont formés en Europe les terrains que nous venons de nommer. En admettant que ces traces ont originairement été pro- duites par des oiseaux marchant sur la vase, nous devrons nous demander comment elles ont été recouvertes , et com- ment elles se sont consolidées. Ees dépôts d'alluvion , comme on sait, sont formés de couches successives provenant de la précipitation successive de matières vaseuses ou sablonneuses en suspension dans les eaux ; matières qui sont plus ou moins fines , plus ou moins grossières , suivant les circonstances. Si lin oiseau est très pesant, son pied devra s'enfoncer considé- rablement, soit en les brisant, ou si elles sont plastiques, en les refoulant. Et en effet, je remarque que les oiseaux les plus légers produisent rarement ces dentelures qui affectent sensi- blement les couches dans une profondeur de plus d'un pouce. Mais comme les couches successives ont été déposées après que l'empreinte a été faite, si le mouvement tles eaux était très léger, ces couches auraient à peine été plus épaisses aux points où la trace existait que dans les autres , et conséquemment la trace se serait continuée au-dessus jusqu'à une distance consi- dérable, les plus légères dentelures disparaissant d'abord et ensuite les plus profondes ; de sorte qu'après la consolidation plusieurs couches successives devraient présenter des Ornithich- nites. La couche la plus supérieure offrirait une empreinte très petite et dont les détails les plus délicats ne se verraient plus; puis toutes les couches inférieures à celle-ci la présenteraient de plus en plus distincte, jusqu'à ce qu'on fût arrivé à celle sur laquelle l'Oiseau marchait originairement; quelques couches au- dessous présenteraient encore la trace, mais bientôt elle dis- paraîtrait tout-à-fait. Maintenant, en jetant les yeux sur la des- cription que j'ai donnée de la manière dont se présentent les Ornithichnites, on verra que les faits correspondent parfaite- ment avec les inductions théoriques. HITCHCOCK. — Traces d'Oiseaux dans le grès rouge. 217 Les résultats que nous avons établis devront cependant se trouver modifiés par les circonstances. Plus le dépôt qui s'est fait après l'impression de la trace sur la vase a eu lieu d'une manière lente, plus le temps et le nombre de couches néces- saires pour l'effacer ont dû être longs. Mais si un courant sou- dain et tumultueux des eaux, soit par suite d'une inondation, soit par suite d'une tempête violente de l'Océan, apporte des matériaux grossiers sur la trace, avec un peu de violence, elle sera remplie et effacée, comme on le voit sur quelques écha ntillons. Or, si la matière déposée dans la trace vient à se concréter de manière à devenir réellement un pied pétrifié, la dépression des couches supérieures devra presque immédiatement disparaître, comme je trouve que cela a eu souvent lieu pour ÏO. giganteus et VO. tuberosus. 11 y a un fait, relativement à ces empreintes, qui mérite d'être mentionné, et qu'il n'est pas aisé d'expliquer. Lorsque les couches de la roche ont été refoulées par l'empreinte, les couches ne sont souvent pas placées perpendiculairement les unes au-des- sous des autres, mais elles ont une grande obliquité, de sorte que quand la trace se voit sur les deux portions de l'échantillon, elle paraît sur une des portions déjetée en avant ou en arrière, ou latéralement d'un pouce ou deux. Je n'ai jamais remarqué ime aussi grande différence quand la roche n'a pas plus d'un pouce d'épaisseur. Je ne puis concevoir que le fait se soit produit autrement que de deux manières : il n'a pu résulter ce me semble, dansaucun cas, du glissement du pied de l'Oiseau sur la vase. Mais supposant l'empreinte faite dans une boue tellement molle que la plus lé- gère action pourrait entraîner la partie supérieure de cette boue presque en suspension, dans la direction de la force disturbante; supposons ensuite que soit les vents, soit les flots, aient produit un courant doux au moment où la trace s'est imprimée sur cette boue, l'empreinte n'aurait-elle point pu, sans être dégradée, être écartée de sa position primitive, et si celte cause continue d'agir en même temps que les couches successives se déposent, ne pourra-t-elle pas avoir produit le déplacement dont nous nous occupons? Ou bien, en supposant que la trace fût faite 2r8 HITCHCOCK. ■ — Traces d'Oiseaux dans le grès rouge. sur une boue extrêmement molle et étant très inclinée sons l'eau, est-il difficile de concevoir comment, à mesure que les nouvelles couches se seraient déposées, la seule force de la pe- santeur les eût forcées de descendre un peu et ainsi d'incliner la trace en bas sans Teffacer? J'ai avancé que ces traces avaient été faites sur un sol qui , constamment ou au moins très fréquemment, était recouvert par les eaux, car si elles eussent été faites sur des points qui eussent été à découvert, bien loin qu'un nouveau dépôt fût venu se faire au-dessus pour les préserver, elles se fussent trouvées exposées à la pluie et à d'autres circonstances qui les auraient promptement effacées sinon oblitérées. Nous pouvons en juger par ce que nous voyons se passer sur les traces d'ani- maux qui, au bout d'un mois seulement, ou d'une semaine, ou même d'un seul jour, sont complètement détruites; et 'même si, dans quelques cas rares, des pluies abondantes et des inon- dations viennent à recouvrir le sol d'un nouveau dépôt, l'action en est ordinairement si violente, que la trace cesse entièrement d'exister. Mais au-dessous des eaux tranquilles d'un bras de mer, d'un lac ou même d'une grande rivière, après que quel- ques couches sont venues se déposer au-dessus, ces traces peu- vent rester sans se détériorer, je dirai presque pendant im temps immense. Les eaux tranquilles qui les recouvrent les pré- servent de l'action des corps extérieurs. D'après cela, je soup- çonne que, dans presque tous les cas, ces traces ont été faites sous des eaux tranquilles. Cependant je conçois que les traces eussent pu se conserver, bien qu'ayant été faites sur les bords des eaux basses, mais seulement en admettant qu'un courant soit venu les recouvrir d'un dépôt de vase; et les chances, même dans cette hypothèse, sont extrêmement contraires à luie durée assez longue, pour que la conservation en pierre ait pu avoir lieu; de sorte que , quelles que soient les objections que les Or- nithologistes puissent élever contre l'opinion que les traces dont nous nous occupons ont été faites par des Echassiers il me sem- ble que le cas exige que nous siipp/osions qu'elles ont été produi- tes par des Oiseaux ayant ki. ijiciîies habitudes. L'aspect le plus inléressaat sous lequel ces faits se présentent niTCHCocK. — Traces d'Oiseaux dans le grès rouge. uiQ aux géolosjues, c'est comme prouvant, cVune manière évidente, l'existence très ancienne des Oiseaux parmi les liabitans de notre globe. Jusqu'ici on n'avait pu faire remonter leur exis- tence que jusqu'à une époque comparativement très récente, mais il est maintenant démontré qu'ils étaient contemporains des plus anciens vertébrés qui aient été placés sur le globe. La découverte d'un monument qui donne à l'histoire d'un peuple quelques cents ans de plus qu'on ne le faisait auparavant, est pour les antiquaires un grand sujet de joie. Mais ces simples empreintes de pieds démontrent l'existence et quelques-unes des habitudes d'une classe intéressante d'animaux à une période si reculée, que depuis toute la population du globe a été changée une ou deux lois, ou même davantage; car, pour parler des petites divisions des couches, les animaux et les plantes des terrains secondaires ont tous disparu avant la création de ceux des terrains tertiaires, et la plupart de ceux-ci ont cessé d'exister avant la production des races actuelles. Le nombre d'années qui s'est écoulé depuis ne peut s'évaluer que par conjecture; car, sur ce qui regarde les animaux et les plantes qui ont oc- cupé le globe avant les espèces existantes, les écritures se tai- sent, laissant seulement entendre qu'une période indéfinie dans sa durée s'est écoulée depuis « le commencement » jusqu'à la création de l'homme ; et quoique les monumens géologiques nous montrent clairement la succession des différentes époques de la création du globe, ils ne nous fournissent cependant qu'un très petit nombre de dates chronologiques. C'est aussi une leçon instructive pour les géologues, de voir que de simples empreintes de pied aient pu se conserver si dis- tinctes, alors que tous les restes du squelette avaient dispa- ru (i). Si les Oiseaux existaient lors de la formation du nouveau grès rouge, sans aucun doute ilsexistaient lors de la formation des différons groupes de roches qui lui sont superposés; cepen- dant, excepté un ou deux exemples assez douteux, on n'en rencontre auctuie trace dans tout cet immense intervalle qui se trouve entre le grès rouge et lu gypse tertiaire dus environs de (i) Lu» osMDieiu pourront se trouver. {Edii.) 220 niTCHcocK. — Ti'aces cV Oiseaux dans le qrès rouge. Paris. Certainement les géologues devi-ont se demander si on ne s'est point trop hâté de niçr l'existence des animaux les plus parfaits et des plantes aux époques les plus leculées de l'exis- tence du globe, et si, après tout, il n'est point possible qu'ils se trouvent avec les restes des animaux et des végétaux les olus anciens qui se trouvent confondus dans les couches de la terre. La découverte récente de végétaiix phanérogames, en Ecosse, au-dessous de la houille, donne une nouvelle force à celte sup- position. En poursuivant mes investigations sur ce sujet, j'avoue que j ai été grandement surpris de découvrir, en aussî peu de temps, un si grand nombre d'espèces d'Ornitliichnites, ou au moins de genres d'Oiseaux, que je n'eusse pu certainement le croire pos- sible. Le nombre de différens genres de Gralîes qui se trou- vent maintenant dans le Massachussets, n'est pas de plus de douze ou quinze; cependant j'ai trouvé au moins sept traces (si j'avais à exprimer ma propre conviction je dirais dix) telle- ment distinctes, qu'elles doivent avoir élé faites par des espèces, sinon des genres d'Oiseaux différens , et toutes dans les trois ou quatre carrières qui ont été ouvertes seulement dans une éten- due d'un petit nombre de verges; et je doute beaucoup qu'on puisse citer, dans toute la vallée de Connecticut, trois points où, dans une même étendue, on puisse trouver sur la vase les traces d'un aussi grand nombre d'espèces vivantes. Dirons-nous que les Oiseaux étaient aussi nombreux à Tépoque du nouveau grès rouge qu'ils le sont maintenant? Peut-être ne serait-il pas sûr de le conclure des prémisses que nous avons établies; cepen- dant, s'il existait alors des Oiseaux, pourquoi n'auraient-ils pas été aussi nombreux qu'à présent, alors que le climat était si favorable à leur développement? Je ne connais qu'un seul fait qui ressemble à ceux que nous venons de décrire, c'est le mémoire du Rév. M. Duncan, sur des empreintes de pied de quadrupèdes sur le nouveau grès rouge de Dumfries-shire en Ecosse, mémoire qui établit que très probablement ces empreintes sont celles de pieds d'une tortue. A. en juger d'après ce mémoire, et la planche lithogra- phiée qui l'accompagne dans le 1 1" vol. des Transactions de la HITCHCOCK. — Traces d' Oiseaux dans le grès rouge. 221 Société royale d'Edimbourg, je pense que ces empreintes ne peuvent être comparées, pour leur netteté, avec celles de la vallée de Connecticut. C'est cependant un fait remarquable de voir que c'est sur le nouveau giès rouge que, des deux côtés de l'Océan, ces traces se sont conservées jusqu'à nos jours. (1) Je sais bien que les présomptions tirées des analogies géolo ■ giques sont tout-à-faii opposées aux faits que je rapporte et aux conséquences que j'en déduis dans ce mémoire; car ce mémoire tend à prouver l'existence des Oiseaux d'une structure plus par- faite que les mammifères et même que les plus anciens verté- brés, peu de Sauriens et de Poissons ayant été trouvés aussi profondément que le nouveau grès rouge. On a découvert ré- cemment des empreintes de Marsupiaux et de Quadrumanes dans le nouveau grès rouge d'Allemagne. Je m'attends donc que les géologues recevront ces faits et ces conclusions avec hési- tation, et soupçonneront qu'on veut les tromper : ils doivent agir ainsi. Moi aussi, dans les premiers temps, j'étais entièrement sceptique, car, dans mes premières excursions géologiques, j'ai tant de fois trouvé que ce qu'on regardait comme impressions de pieds d'animaux n'était autre chose que le résultat de l'ac- tion des eaux ou d'autres agens alluvionaux ou bien de l'adresse des hommes, qu'à peine me serais-je écarté de ma route pour en voir un exemple (2). Mais j'ai bientôt vu que, dans le cas (i) Dans un catalogue d'ouvrages scientifiques publié il y a quelques mois en Europe, et qui ilernièrement est tombé entre uos mains, se trouve un ouvrage de Jaboz Allies, imprimé à Londres : On certain curions indentations on ibe old led sandstonc of Worceslersliire and « Uerefordsliire, considered as tracks of aiilediiuvials animais, elc, » Mais je ne connais do ces empreintes rien autre chose que le titre de cet ouvrage. ^ (r) Encouragé par les faits que j'ai détaillés, et espérant obtenir de pareils succès à l'oc- casion de descriptions que j'avais reçues, d'empreintes de pieds sur une pierre de Rbode. Island , j'ai entrepris il y a peu de temps un voyage de 2&0 milles pour les exaniiuer. On les rencontre à environ 2 milles au nord du village de Wickfort, sur la route qui couduil à Pro- vidence; et toutes les personnes (]ue j'ai interrogées à une dislaiire de ao milles semblaient couiiaiire ces impressions sous le nom de Vciil's crack { traces du Diable); mais je n'y ai vu évidemment que le résultat d'une action de l'eau. Et il m'a semblé que la seule raison qui cm- pèclie cliaipie personne de les regarder comme l'eflet de l'action de l'eau, c'est la dilficullé île concevoir comment l'eau [lourrait asu'iv baigné assez long-tenqis cet endroit pour v produire ces excavations; car elles se tiuuvent prés de la surface d'un banc d(; gneiss passant à l'aiiliiise mica- cée sau', ([ii'il existe aucune excavation formée par le lit de la rivière. Mais les géologues uç 22 2 HITCHCOCK. — Tmces d'Oiseaux dans le grès rouge. dont il s'agit ici, il y avait quelque chose de différent. Lors même que j'en aurais eu un échantillon, quoique hien distinct, je n'eusse encore osé hiiaccorder aucune contlance,oubien si j'eusse trouvé ces traces dans les carrières : soit qu'elles se fusseut pié- sentées en creux ou en relief, je les eusse regardées comme des concrétions; on encore si je n'avais trouvé que fort peu de rapport entre ces empreintes et une succession iirégulière des couches, j'aurais cherché à m'en rendre compte par quelque autre moyen, ou bien je les aurais laissées sans les expliquer. îJais quand je vois que, sous aucun pomt de vue, il ne reste de place pour le scepticisme; quand je vois que le pied droit et le gauche se dis- tinguent parfaitement; quand je puis, sans crainte d'erreur, distinguer les traces des Oiseaux vivans de celles qui sont sur la pierre; lorsque, parmi les cent exemples que j'en ai pu voir, il ne s'en est pas trouvé un seul qui soit contraire à l'idée que ces traces ont été produites par des Oiseaux, il me semble que le fait devient de la plus grande évidence. Il serait étonnant que , éloigné comme je le suis de toute collection zoologique, je ne me fusse pas un peu écarté de la vérité dans quelques-uns des petits détails de mon sujet, n'ayant pu faire aucune des com- sonV pas étonnés de tronver des preuves de l'action des eaux à la surface delà terre, quoiqu'ils ne puissent en expliquer le modus operandi. Je ne puis facilement l'expliquer dans le cas dont il s'agit; car la direction du courant semble avoir été du nord-est au sud-ouest, ou bleu en sens contraire, et je ne connais dans la INouvelle- Angleterre aucun exeniplç de l'action des eaux (excepté les courans existant maintenant) où les eaux aient été mues dans l'une ou l'autre de ces directions, mais que les excavations dont il s'agit et auxquelles on donne le noai de traces aient été produites par l'action des eaux, c'est ce dont je ne puis douter. Elles se trouvent dans une étendue de plusieurs verges en suivant la direction des rochers; et l'inia- ginalion des uns y a vu le pied d'un homme; pour d'autres, c'est le pied d'uu chien, pour d'autres, celui d'un animal à sabots; je n'eu ai vu qu'une ou deux qui fussent très ressem- blantes. Dans quelques cas, elles ont i ou 2 pieds de long, et en général i ou 2 pouces de profondeur. Mais si on trouve une de ces dépressions qui ait quelque ressemblance avec le pied d'un homme ou d'un animal, il est in'possible d'eu trouver une seconde qui lui corres- ponde de manière à indiquer des pas se succédant les uns aux autres. J'aurais pu pousser plus loin cette description et donner des dessins de quelques-unes do ces traces, mais je n'ai pas jugé que cela fût nécessaire, car chacun en peut voir de semblables partout où les eaux ont descendu avec violeuce le long des rochers. Toutefois, quant à l'opinion profondément enra- cinée dans l'esprit du peuple à l'occasion de la cause surnaturelle et mystérieuse qu'il attribue à ces traces , je pense qu'il n'y aurait rien d'étrange si plusieurs générations passaient avant que cette idée superstitieuse eût disparu. HITCHCOCK. — Traces d'Oiseaux dans le grès rouge- 228 paraisons que j'eusse désiré faire; mais je serai heureux de voir redresser les différentes erreurs que j'ai pu commettre, quand même ces corrections attaqueraient mes conclusions fondamen- tales. Je me suis arrangé, non sans beaucoup de peine, de ma- nière à me procurer un nombre raisonnable d'objets d'histoire naturelle, surtout des pétrifications, de sorte que je puis fournir aux géologues q»ii en désireraient des copies de mes échan- tillons, coloriées de manière à ressembler parfaitement aux roches elles-mêmes; peut-être même pourrai-je leur donner quelques échantillons. En outre, mes propres exemplaires pourront tou- jours être livrés à leur examen, de sorte que si les opinions que j'ai émises ne sont pas satisfaisantes j)Our les géologues, je leur aurai au moins mis entre les mains les moyens d'arriver à la vérité. EXPLICATION DES PLANCHES, PLANCHE VI. Empreintes de pieds d'oiseaux dans le grès rouge, faisant voir la disposilion relative des pieds dans la marche. Il y a de plus quelques traces d'espèces contemporaines pour servir de points de. comparaison. Fig. I. Oruithichnites gigauteus. Fig. 2. G. tuberosus. Fig. 3. Id. Fig. 4. G. ingens. Fig. 5. 0. diversus? Fig. 6. G. diversus. Fig. 7. Id. Fig. 8. Id. Fig. 9. G. diversus a clarus. Fig. lo. Id. Fig. II. Id. Fig. 12. Id. Fig. i3. Id. Fig. 14. G. pnlraatus. Fig. i5. G. minimus. Fig. 16. Snipe. — La Bécassine. Fig. 17. Id. Fig. 18. Tetrao.!" Fig. 19. Peahen. — Le Paon. Fig. 20. Domestic-hen. — Le Coq domestique. Fig. 21. Turkey. — Le Coq d'Iade. Fig. 22. L'Gie commune. PLANCHE VIL Fig. r. O. ingens réduit de nioitié. Fig. 2,0. diversus réduit de moitié. PLANCHE VIIL Traces d'oiscau.x, pour faire voir la grandeur proportionnelle des pas et la disposilion géné- rale des empreintes laissés par ces oiseaux. 2^4 u4cadêmîe des Sciences. E des travaux anatomiques , physiologiques et zoolo- siques présentés à VJcadémie des Sciences dans la dernière séance du mois de mars, et pendant le moi^ d'avril i83G. Séance du 28 mars i836. IIisTOUiE NATURELLE. — Extrait d'une lettre de M. Gay à M. de Blain- VILLE, datée de Kaldwia, le 5 juillet 1 835 , concernant les liabitudes des sanirsues au Chili , et la tendance que montrent les reptiles dans le même pajSj à devenir viv'ipares. (c Ce qu'il y a de particulier, c'est qu'ici toutes les sangsues vivent aussi dans les bois et jamais dans l'eau; je ne puis faire une course, une lierl)o- risation, sans avoir les jambes maltraitées parleurs piqûres. Elles rampent sur les plantes, les troncs, montent même sur les arbrisseaux, et ne s'approchent jamais des marais ou des rivières; la seule que le has.ird m'ait fait découvrir dans ces endroits est ui:ctrès petite espèce de branchiobolclle, qui a la singulière babitude de vivre dans la cavité pulmonaire de Vauricula Dombeii ; c'est en disséquant ce mollusque que j'ai eu occasion de la rencontrer. Déjà dans les environs de Sau- tia'-o j'en avais découvert une autre espèce qui vit aussi sur les branchies , mais sur celles de l'écrevisse. (c Uu fait non moins intéressant, et qui mérite sans doute votre attention, c'est la tendance qu'ont, dans ces régions australes, les reptiles à devenir vivi- pares. Le plus grand nombre de ceux que j'ai disséqués m'ont fourni ce fait re- marquable. Ainsi, non-seulement l'innocente couleuvre de Valdivia met au jour ses petits vivaos, mais encore tous ces jolis iguaniens, voisins du genre leposoma de Spix, et qu'à cause de leurs belles couleurs j'ai appelé provisoirement chry- sosaurus. Les espèces que j'ai soumises à cet examen, même celles qui pondent^à Santiago, m'ont toutes, sans exception, signalé ce pbénomènc; de sorte qu'il m'est permis de le généraliser. Les batraciens m'ont aussi fourni certains exem- ples de ce genre, quoique en général ils soient tous ovipares. Cependant un genre voisin des rhinelta de Filzingcr, et dont plusieurs espèces assez agréable- ment peintes font partie de mes collections, m'a constamment prouvé que ce genre était constamment vivipare, et venait par conséquent augmenter les preu- ves d'un fait d'autant plus remarquable que tous les exemples se trouvent réu- nis dans un rayon de deux ou tiois lieues seulement, w Histoire naturelle. - Extrait d'une lettre de M. Robert à M. de Blain- viLLE, datée de la barre du Sént'gal, le i^janpier iSZ^ , concernant l'ani- mal de la spiruh. .... ,^ j « Je m'empresse de vous faire savoir que nous avons deja recueilli, M. Le- cleucbcr (cl.irurgicn-m:.joi de la Recherche) et moi, la spiiule que vous m'a- viez recommandée. ^4cadémie des Sciences. ù.i'5 a Dès que nous eûmes atteint les îles Canaries, le calme nous permit de voir flotter un grand nombre de coquilles appartenant à ce mollusque. Nous nous mîmes immédiatement à pêcher avec un iilct d'étamine, et (ieux ou trois jours après avoir pris Lon nombre d'animaux mous, de très petits poissons, et de crus- tacés que nous n'avons pas négligé de conserver, M. Lcclenclier eut la satisfac- tion de saisir quatre ou cinq spirules, avec l'animal plus ou moins conservé, par 24°23' de latitude nord, et 2o"22' de longitude ouest. Chaque individu conserve fort heureusement intact un ou plusieurs de ses organes, de manière que tous réunis pourront donner l'animal probablement complet, qui est bien loin de ressembler aux figures que nous possédons à bord. J'ai dessiné avec le plus de soin possible l'individu le mieux conservé. « Nous avons reconnu également que les physalies font leur proie habituelle des spirules, ce qui pourrait expliquer la grande rareté de l'animal entier, et la grande abondance de sa coquille vide. » Anatomie. — Lettre de M. Jacquemin, concernant le mode suivant lequel l'air pénètre des poches pneumatiques de la cavité' peçtoro-abdominale de l'oiseau, dans les diverses pièces de son squelette, et particuUèrementsur la situation des ouvertures par lesquelles ce fluide s'avance. « J'ai choisi pour exemple un bon volier vieux qui avait vécu en liberté tel qu'un aigle ou un vautour. Tout l'air qui remplit les os de sa tcte vient d'une même source qui est la cavité du tympan. L'air arrive dans cette cavité par la trompe d'Eustachc et il en sort par quatre passages. Le premier est un groupe de trous situé à la partie supérieure de cette cavité. En les traversant, l'air pé- nètre daus rocc/^i^a/, dans Impartie écailleuse du temporal, àAnslts pariè~ taux, dans \t frontal, et enfin dans la lame verticale de Vetlimoïde. Tous ces os sont composés de deux lamelles, l'une externe et l'autre interne, entre les- quelles se trouve du diploc dans les cellules duquel l'jiir circule. Le second est également un groupe de trous placé dans la partie inférieure de la cavité du tympan à côté de l'entrée de l'anlivestibulum. Il fournit de l'air au hasilaire et au sphénoïde, qui communique avec Xethmoide. Le troisième est le trou de Galvani placé dans la paroi postérieure de l'antiveslibulum ; il communique avec une cavité qui occupe l'espace compris entre les canaux demi circulaires; de cette cavité l'air pénètre dans le rocher et les parties voisines. Tous les os que nous venons de citer communiquent l'un avec l'autre, et ceux d'un côté avec ceux de l'autre, de manière que l'air circule librement de cellules à cellules dans toutes leurs parties. Le quatrième passage est celui qui est percé dans le sipho~ neum. C'est un petit conduit, osseux chez les bons voliers adultes, membraneux chez les autres. Il est destiné à conduire l'air de la partie inférieure de la cavité du tympan dans la mâchoire inférieure, en passant par le trou pneumatique situe sur la face supérieure de l'apo[)byse interne de cette mâchoire. Ce même canal conduit aussi l'air dans les cellules placées entre les muscles de l'articuia- tion de la mâchoire inférieure et le long du muscle plérygoïde interne et l'os jngal jusqu'à l'apophyse jugalc du maxillaire supérieur, pour lui apporter de V, Zooi.. — //ir//. l'î 324 u^cadémie des Sciences. l'air qui y pénètre par des trous percés dans sa face inférieure. De là, l'air s'a- vance jusque dans Viiitermaxillaire. Le lacrjmal reçoit de l'air par commu- nication avec l'ethinoïde ; l'os carré le reçoit immédiatement de la caisse du tympan par son apophyse supérieure. Vos palaUn , le vomer, Vomoïde et le Jugal, ne contiennent pas d'airj les deux lamelles qui les composent s'appli- quant immédiatement l'une contre l'autre, il n'y a pas de diploé' entre elles qui puisse contenir l'air. Les os propres du nez ne sont pneumatiques que dans leur apophyse frontale j l'air leur arrive par communication cellulaire avec le frontal. « Les résultats auxquels de nouvelles recherches sur la pueumaticité des os du tronc et des extrémités m'ont conduit, seront l'objet d'une seconde letUe que je prendrai la liberté d'adresser prochainement à M. le président. » Séance du 4 avril. Note de M. Duvernot explicative de lathèorie qu'il a donnée dans son der- nier mémoire sur la langue , des moiivemens de la langue du caméléon. Voyez page i23 pour le Mémoire de M. Duvernoy, et page 127 pour celui de M. Duméril.} ( ce J'ai lu avec attention l'extrait publié dans les Comptes- Rendus de la Note que M. Duméril a communiquée à l'Académie sur la langue du caméléon, à l'oc- casion de mon mémoire sur la langue et particulièrement de ma théorie sur les mouvemeus de ce singulier organe, dans le caméléon, théorie que M. Du- méril rejette. ce Sans vouloir engager une polémique avec mon savant confrère, en faisant a-la-fois violence à mon caractère et à mes sentimens , je dois cependant ré- pondre par les observations suivantes, uniquement dans le but que nous avons tous les deux de parvenir à la découverte des vérités qui seules peuvent avan- cer la science. ce 1° La vessie membraneuse, et non à parois solides, qui est attachée au la- rynx, ne tient pas du tout à l'hyoïde, ainsi que je l'ai imprimé dans le tome iv, part. 1 de la 2° édition des Leçons d'Anatomie comparée. ce 2° Dans les mouvemens de protraction de la langue, l'hyoïde et toute la langue se séparent du larynx et de cette poche ; de sorte que ces deux der- niers organes sont tout-à-fait indépcndans de ces mouvemens, au contraire de ce qui a lieu généralement, et sans doute pour les rendre plus libres et plus étendus. ce 3° D après mes recherches, cette vessie qui se gonfle lorsque l'on souffle dans le larynx, fait aussi partie de l'organe de la voix, comme le sac hyothy- roïdien de plusieurs singes } mais elle n'a aucune communication avec le tube de la langue. « 4° Ce tube n'a de même aucune communication avec les voies aériennes. ce 5° Il est formé extérieurement par la continuation de la membrane mu- académie des Sciences, aaS queuse de la bouche, et doublé intérieurement par une membrane séreuse, for- mant un sac fermé de toutes paris. Cette disposition est constante dans l'écono- mie animale, toutes les fois que les mouvemens qu'exercent certains organes internes, auraient pu enflammer leur surface, par l'effet des frottemens qui en résultent. Les mouvemens rapides de déploiement et de reploiement de la langue du caméléon sur la tige de l'byoïde , entraînaient cette nécessité organique. «6» L'anatomie de la langue du caméléon et celle de ses voies aériennes m'a détourne de l'idée que j'avais eue également, et d'après laquelle j'ai aussi dirigé mes recherches, que les mouvemens extraordinaires de cet organe pourraient être produits par une sorte d'insufflation et d'aspiration alternatives de l'air des poumons. « r Restaient les théories d'une érectloji sanguine, celle d'une érectionner^ veuse, ou bien l'action musculaire. ce 8» Quant à l'érection sanguine, adoptée par M. Houston, je prouve encore par inspection anatomique, et par ce que nous savons de cette sorte d'érection, qu on ne peut l'admettre ici. « 9» i\ous ne connaissons rien de semblable à une érection purement ner- veuse dans 1 économie animale. Celte supposition d'une turgescence rapide et considérable par lafflax d'un fluide impondérable, serait d'ailleurs suivie d'un alTaissement. Dans cette hypothèse on aurait encore besoin de l'action musculai- re,du moins pour la rétraction. (c 10" C'est donc k cette action musculaire et à cette action seule qu'il faut avo.r recours, a mon avis, pour expliquer le phénomène vital en question. « Dans mon premier mémoir. sur la langue, lu déjà en i8o4 àla Société près la Faculté de Médecine de Paris, mémoire dont M. Duménl a bi.n voulu donner un extrait dans le Bulletin de cette Société, et dont il a paru un extrait plus détaille, avec pbmche, dans celui de L Société philomatique de cette mémo nnee x8o4, , a. d.crit, le premier, en détaU, le mécanisme de cette ac- kn"ue;tT,rT'"" 7T 'I"'''y-'"l--l--n8e.nentdes muscles de la langu et de 1 hyoïd. et dans ia forme de celui-ci et ses rapports, des modifica- tions du plan gênerai qui expliquent ces mouvemens mL]l\^r '' '""' "-"''■' ^' " "^''"^ °" ^°"'''^'^ '- ^--inions anato- rmouvn ''^^■""'^', — 7- Il - est résulté pour moi la conviction que LTanno"' T r' '' '"^ '^"8- du caméléon étaient dus, comme je lava, annonce depuis si long-temps, unujuement à t'act.on musculai... ' la , rf' '" "i" "" -'"'""-^-e par ce dernier au gros bout de la i5. 226 académie des Sciences. « ia° Cette explication est fondée sur des faits positifs, sur la descriptîoa d'un arrangement organique facile à constater ou à rectifier, s'il y a lieu. » Séance du ii avril. Lettre de M. Robert sur les spirales, sur le lamenlin du Sénégal et sur ïexistencej dans cette même région de l'Afrique, de l'hyène tachetée. (c Dans le deuxième voyage que j'ai eu laA'antage de faire sur la corvette de l'Elat la Recherche, commandée par M. le capitaine Tréhouart, parmi les ob- jets que j'ai recueillis pour le Muséum, nous avons, ainsi que M. de BlainviUe a déjà eu l'attention d'en informer l'Académie^ péché, M. Leclenchet et moi, le \i janvier dernier, par 24° 28' de latitude nord, et 20° 22' de longitude occiden- tile, ou entre les Canaries et le cap Blanc, cinq spirales australes [S. Peronii) avec l'animal plus ou moins bien conservé. Je vais avoir 1 honneur de vous soumettre ce qu'elles m'ont paru offrir de plus remarquable, en attendant que je puisse faire un mémoire sur ce sujet au retour de la campagne d'Islande que je vais entreprendre de nouveau avec M. Gaymard. a 1° Indépendamment des deux lobes latéraux qui, dans la figure de \ En- cyclopédie méthodique, terminent le corps de l'animal en arrière, on distingue parfaitement, à partir de ce point correspoudant à un sillon, chez les cinq in- dividus en question, deu\ expansions natatoires qui achèvent de garnir la partie postérieure de la spirule, de manière à lui donner dans cette région la forme d'un bouton. Ainsi enchâssée, la coquille n'est plus à nu que dans une faible étendue, et sur deux points diamétralement opposés, et encore est-il facile d'en- trevoir qu'elle doit être entièrement recouverte par un prolongement du manteau, qui forme une espèce de bourrelet sur la limite des deux espaces ovales par où la coquille se fait jour. ce 2» Un des cinq individus conservait encore un œil, qui est très gros rela- tivement au volume de l'animal, mais il faut noter aussi que cet organe se trou- vait presque entièrement dénudé. a 3° Les yeux reposent dans des espèces de cavités orbitaires formées par une pièce cartilagineuse. « 4» Sous le cou, on remarque l'ouverture de l'entonnoir ordinaire chez les Céphalopodes. « Malheureusement le reste de la tête manque, et il n'y a plus de traces des bras. ucus très grands à son extrémité an- térieure et interne. « L'air des vertèbres lombaires et coccygieniws est fourni par desprolonge- mens, un antérieur et un postérieur que forme la poche sacrée 5 les trous sout Puhlicattons nouvelles. 233 placés comme d'ordinaire sur les côtés du corps de ces vertèbres. La dernière vertèbre coccy^icnwe présente en outre quelquefois^ un très grand trou à sa face inférieure; enfin, le sternum reçoit abondamment de l'air de la pocbe stcriiaie placée à sa face interne. Les trous qui le percent sont nombreux et situés le long de sa ligne médiane : on eu remarque toujours deux très considérables pla- cés vers son extrémité antérieure. « La poche sternale fournit aussi de l'air aux apophyses sternales des côtes au moyen de trous situés à leur extrémité inférieure. » Publications nouvelles. i" Catalogue des Mollusques marins et des Crustacés du Boulonnais} par M. Bouchard- Chantereau. Boulogne, i835, 2 brochuces in-8°. 2" Histoire des Mollusques terrestres et Jluviaiilea du département de la Sartlie • par M. Goir?iL. Brochure ia-12. Le Mans, i835. 3° Catalogue des espèces et variétés de Mollusques terrestres etjluviatiles de l'Auvergne i par M. Bouillet. Brochure ia-8°. Clermout-Ferrand, i836. C'est avec un grand plaisir que nous voyons nos confrères de k province fixer leur attention sur les richesses zoologiqucs dont ils sont entourés et dont l'étude a été jusqu'ici singulièrement négligée. Les publications de la nature de celles que nous annonçons ici sont utiles de plus d'une manière: elles facilitent beaucoup l'étude de cette branche d'histoire naturelle aux personnes qui n'ont pas de grandes collections, et qui habitent les localités ainsi explorées ; elles con- tribuent en même temps à propager le goût de la zoologie, et elles doivent né- cessairement fournir à la science une foule d'observations intéressantes et de matériaux précieux pour l'histoire à peine ébauchée du mode de distribution géographique et topographi(juc des animaux. Premier méraoire sur les EchinideSj Prodrome d'une nouvelle classijQca- tion de ces animaux; par M. Charles Desmoulins ( inséré dans les actes de la Société linnéenne de Bordeaux, t. vu), 79 pages in-8" avec deux iilanche;.. L'auteur a commencé la rédaction d'un travail général sur les Mollusquics et Znoiiliytes tant vivans que fossiles delà Dordogne, et de la Gironde par la j)U- blicatioii d'un catalogue des Slellérides; aujourd'hui il aborde avec plus de détails l'élude des Echiciides.Son prodrome comprend des observations générales suj' la 234 Publications nouvelles. détermioatioa des divers organes et particulièrenieut des pièces solides qui en- trent dans la coinposition des Ecliiuides. Vient ensuite une discussion sur la va- leur des caractères employés dans les diverses méthodes de Lamarck, Cuvier, MM. Goldfass et de BldinviUe; puis deux talilcaux présentant les caractères fondamentaux des genres établis essentiellement sur les parties solides ; l'un de ces tableaux est exclusivement consacré à la détermination des fossiles. Les genres admis par l'auteur sont au nombre de 17, savoir: Clypeaslre, Sculelle, Fibu~ lairâj Cassidule, Galèrite , Pyrine, Echinomètre, Oursin, Echinacidaritej Diadème, CidarilCj Echinante, Echinolampe, Nuclèolitej Colhrite, Anan~ chyle, Spatavgue. Ces genres sont tons admis à l'exception de trois qui sont nouveaux; le premier, que M. Desmoulins désigne sous le nom de Pyrine , a beaucoup de rn[)portsavccles Galéritcs, et n'en diffère que parla positiou de son anus qui est sujière. Le second se rapproche beaucoup aes Oursins et constitue la section A. établie dans ce genre par M. de Biainvillc dans son article Oursin du Dict. des Se. naturelles. Le troisième se co!ii[iose de [)liijicurs espèces rangées la plupart dans le genre Nucléolite, et de quelques autres mises avec les Spatan- gues et les Ananch^tes. Quant au nombre d'espèces qui appartiennent aux genres précédemment cités 1 auteur le repartit de la manière suivante : Clypeastrc 1.7 dont 6 vivantes; Scu- telle 35 dont ai vivantes; Fibulaire 17 dont 9 vivantes ; Cassidule 5, toutes fossiles; Galèrite 10 dont 1 vivante; Pyrine 7 toutes fossiles; Echinomètre 6 toute* vivantes; Diadème i4 dont 7 vivantes; Cidarite 28 dont ravivantes, Echinonée avivantes; Echinolampe 28 dont 3 vivantes; Nucléolite 22 dont 1 vivante; Collyrite 11 fossiles; Ananchyte 11 fossiles; Spatangue 5j dont 18 vivantes. Le total général des espèces que l'auteur connaît est de 362 donti47 sont vivantes actuellement dans les mers. Par conséquent plus de la moitié des Echiuides connues sont à l'état fossile et parmi les 17 genres deux se trouvent à l'état vivant seulement et quatre uniquement à i'état fossile. Parmi les fossiles on remarque: 1° que la craie est le gisement connu où il s'en trouve le plus ; 2° que les espèces analogues prises dans deux grandes di- visions géologiques paraissent rares; 3° que les Echinidcs sont excessivement rares au-dessous du teirain jurassique proprement dit; 4° qu'on n'en connaît aucune, avec certitude au dessous du Lias. L'auteur a développé dans le prodrome qu'il publie les caractères naturels des genres, et il s'est contenté de donner l'indication du nombre des espèces que chacun d'eux renferme. Il termine ce travail général en présentant une descrip- tion détaillée d'une espèce , le Clypeaster Rangianus, afin que l'on puisse juger la manière dont sera tiaitce la grande monographie qu'il se propose de faire bien- tôt paraître. Deux planches accompagnent ce travail intéressant; l'auteur y joint une explication très développée. R. P. LESSON. — Sur les Bérotdes. 235 Illustrations of the comparative anatomy of the nervous System.' — Illus- trations de l'anatomie comparée du système nerveux , par M. J. Swan, in-4". Londres i835. Cet ouvrage, dont nous venons de recevoir la première livraison, consiste eu un recueil de planches représentant les principaux types du système nerveux, et accompagnées d'une courte explication tant sur la disposition des parties que sur les moyens les plus propres à en faciliter la dissection. Ou y trouve deux planches c,onsacrées au système nerveux du Tourteau {cancer pagurus L.); deux à celui du homard (a5/ac«s marinus); une représentant cet appareil chez la Scolopendre {scolop. morsitans); lever de terre (lumbricus tcrrestris L.); la sangsue {Jiirudo mediciiialis) ; la limace [Umax ater) et le buccin [buccinum undaium); en6n deux autres planches dans lesquelles l'auteur figuie les nerfs spinaux et ganglionnaires de la morue (gadus morrhua.) MÉMOIRE sur la famille des Béroïdes {Beroideœ Less.), Par R. P. Lessow, Premier pharmacien en chef de la marine. Les Acalèphes Béroïdes ont été nommées F'ibrastes par Cha- misso et Eysenhardt. Ils conduisent aux Médusaires par des es- pèces qui sont privées des rangées de cils qui caractérisent les ■véritables Béroïdes. Esclischolz les divise en trois familles dans son ordre des Cténophores j et de Blainville les réunit sous le nom de Ciliogrades. Les Zoopliytes Béroïdes sont, par leur organisation assez com|)liquét', plus voisins qu'on ne le pense communément des Mollusques micléobranches, et ont une grande analogie avec les Biphores ou Salpas, et même dans quelques cas avec les PteropO(le.s(i). Cette opinion est confirmée par les recherches que MM. Quoy et Gaymard(i) ont laites sur les lîérots* « Ils doi- (l) V(iy Zoiilngic du /ri Co//,(i7/f, cliap. 17, 1. î, a"" division p. <)5 el siiiv. (iSag.) ^■j) itoolojjif df /'./i/Af/nic, t, IV, p. ï, p. "{. 236 R. p. LESSON. — Sur les Béroïdes. « vent avoir dans Tcchelle animale une place un peu pins éle- « vée que celle qn'ils occupent, et faire , en attendant qu'on re- « connaisse en eux toutes les conditions pour èlre des Mol- « lusques acéphales , le passage entre ces derniers et les Zoo- « phytes. En effet, nous avons reconnu des branchies dans les rt cirrhes locomotrices , et une circulation si active , qu'elle doit n nécessairement entraîner toutes les conditions qui la font « exister et qui en dépendent, bien que nous n'ayons pu voir a d'organe d'impulsion ou de cœur proprement dit. Les Callia- « nires jouissent de la même organisation. » Les Béroïdes ont pour principaux caractères d'avoir un corps gélatineux éminemment contractile , libre, toujours régulière- ment pair, bien que diversiforme , muni de rangées de cils vibra- toires, peu discernables chez quelques espèces , ayant un canal intestinal complet j c'est-à-dire terminé par deux ouvertures j dont l'une peut faire fonction de bouche et l'autre d'anus. Ainsi les Béroïdes en général nous semblent organisés (i) ainsi qu'il suit : leur corps, très diversiforme, est mucilagineux, diaphane, peu consistant, se brisant aisément à la moindre pression , présentant sur sa surface des lignes translucides tou- jours droites, qu'elles soient verticales ou horizontales , et par- tant d'une extrémité qu'on pourrait appeler cirrhigère , et se perdant vers le pôle opposé ou aquifère. Ces lignes sont formées par un canal fin, droit, parfois doublé sur les bords et garni au milieu et sur les côtés de petites lignes régulières de lames branchiales, minces, courtes, attachées par les extrémités sur un support capillacé, comme le sont les lames de bois des volets dits persiennes, et se mouvant de haut en bas en demi-cercle, absolument de la même manière que des volets. Ces lames qu'on nomme cils sont très irritables, très mobiles, assez analogues à celles des cordons respiratoires des Pliysales, et décomposant la lumière qui traverse leurs interstices, eu isolant les rayons lumineux et produisant Virisation. (i) Zoologiede/a Coquille, iSag, t. 2. a* partie p. 96 etsiiiv. R. P. LESSON. — Sur les Eéroïdes. 287 L'extrémité aquifère, quel que soit le diamètre de son ouver- ture, paraît avoir pour but de recevoir la colonne d'eau sur la- quelle agissent ses parois pour assurer la locomotion, en même temps que parfois, et rarement cependant, l'eau qui traverse le canal central fournit à la respiration de l'animal, et par suite , en entraînant des substances dissoutes, à sa nourriture. On remarque en effet que, protégé au milieu du canal central tra- versé par l'eau, se trouve le tube digestif, formant tantôt un seul conduit droit, tantôt un canal composé d'entonnoirs ac- colés sommet à sommet, ou séparés, dans quelques cas, par un étroit tuyau de communication. Quelquefois enfin le tube di- gestif ne va pas jusqu'au milieu du corps, et là se divise en con- duits égaux en nombre aux rangées respiratoires ou ciliaires, et s'y joint pour disparaître en canal central de chaque rangée. Enfin, dans une espèce, nous avons trouvé, près du sac sto- macal, des grains nombreux qui seraient peut-être des ovaires. Toujours cependant existent deux ouvertures aboutissant au canal de l'axe du corps; l'une plus petite, souvent ciliée sur son pourtour ou la bouche; l'autre grande, où viennent aboutir les prolongemens cirrhigères quand ils existent; et l'anus reçoit aussi, dans l'ampleur de sa cavité, l'eau que ses parois com- priment, et celle-là est véritablement l'organe locomoteur par excellence, lorsque les prolongemens latéraux et musculaires viennent à manquer. Les Béroïdes à cils conduisent aux Méduses. Comme ces der- nières, on les trouve dans toutes les mers du monde, nageant entre deux eaux à l'aide de l'élasticité contractile de leur tissu cutané, et surtout par le moyen des mouvemens ondulatoires des nageoires quand elles existent, ou par l'entonnoir posté- rieur ou aquifère. Dans l'eau, leur position est très oblique ou presque horizontale, ce que l'on concevra d'autant mieux, que l'eau qui passe dans la cavité de l'axe doit servir elle-même à la locomotion. Ces animaux se nourrissent-ils du frai et des ma*" tières graisseuses dont la mer est parix)is couverte dans linler- valle de plusieurs lieues? Les lîéroïdes produisent aussi ie phé- nomène d(,' phosphorescence souvent à un haut degré. M. Cuvier indique les ramificalions vascukiires dans les côtes 238 R. p. LEssoiV. — Sur les Béroîdes. saillantes ou en dentelles qui se rendent d'un pôle à l'autre, et les niouvemens de fluides qui semblent les contracter. De plus, la bouche est placée à une extrémité et conduit à un estomac occupant l'axe du corps, près duquel sont deux organes que ce savant croit analogues à ceux qu'd a nonuiiés ovaires dans les Méduses. Ou voit que les idées de M. Cuvier ont été modifiées sur celles émises par MM. Audouin et Milne Edwards, qui dé- crivent ainsi l'organisation de ces animaux. Suivant eux, « il existe dans l'axe desBéroës une cavité qui va d'un pôle à l'autre, et qui comm.unique au-dehors à l'aide d'une ouverture infé- rieure qu'on peut considérer comme l'avant-bouche. Dans le tiers supérieur de cette cavité est contenu et comme suspendu une sorte de tube intestinal droit et cylindrique qui a son ou- verture extérieure au pôle supérieur, et qui porte de chaque côté deux cordons granuleux (peut-être les ovaires)? La cavité est remplie par un liquide en mouvement qu'on voit passer dans deux tubes latéraux, lesquels se divisent bientôt chacun en quatre branches ^ et parviennent h la surface du corps, en s'ouvrant dans les canaux longitudinaux qui conduisent le li- quide dans les cils, dont le mouvement est continuel, et qui paraissent des organes respiratoires. Enfin , des parties latérales de chacun des huit canaux costaux naissent luie infinité de petits vaisseaux ou sinus transversaux qui les font communiquer entre eux, et qui s'enfoncent dans le parenchyme environnant. De chaque côté du sphéroïde et intérieurement, on aperçoit deux petites masses qui occupent chacune le fond d'une cavité ou cul- de-sac, et donnent naissance à deux longs filamens contractiles sortant par deux ouvertures circulaires situées vers le tiers inférieur du corps: ces filamens se divisent ensuite en un grand nombre de branches. » M. Quoy, en étudiant à la lumière, avec le soin le plus scru- puleux, le Béroë allongé (i) {Beroe elongatus ^ Q.-C), y a vu les particidarités suivantes, et s'exprime ainsi qu'il suit : « La grande Ouverture terminale donne dans une cavité allongée, qui con- tient de chaque côté deux organes dont nous n'avons pas bien (i) Zoologie iel'yistioloiet.iv, p. 3?. R. P. LEssoN. — Sur les Béroïdes. «24 1 pu nous rendre compte, mais que nous supposons devoir servir à la digestion ; une très petite ouverture, placée au pôle opposé, est probablement l'anus. Sur chacune des parties latérales de ces corps existent deux canaux un peu en forme d'S échan- crés pour s'accommoder au renflement du canal central ; ils s'ouvrent latéralement vers le tiers supérieur par deux ori- fices béans qui donnent issue aux deux filamens indiqués ci- dessus, plus ou moins longs, ciliés sur un seul côté, très irri- tables, rentrant ou sortant promptement à la volonté de l'animaL Sônt-ce des espèces de tentacules propres à le fixer ou des ovai- res? Cette dernière opinion ne nous paraît pas probable, car nous n'y avons jamais vu de gemmules attachés. Ce sont ces corps qu'on a voulu figurer dans les Béroés globuleux et ovales de l'F^ucyclopédie méthodique. Les espèces transverses les pos- sèdent, mais nous n'avons pu les découvrir dans celles dont les parois sont opaques et l'ouverture très large. Vers l'extrémité du grand canal est uu organe assez compliqué, allongé, pointu en haut, renflé en cœur au milieu, et divisé en deux branches inférieurement. Il en part de chaque côté un canal qui se divise promptement en deux branches, puis en quatre, ce qui forme huit canaux pour l'ensemble, lesquels se recourbent en gagnant la périphérie du corps qu'ils semblent diviser en huit parties égales. Ces vaisseaux (car c'en sont réellement) sont extérieu- rement couverts, dans toute leur étendue, de petites lamelles ciliées, plus ou moins rapprochées, quelquefois légèrement im- briquées, qui sont toujours en mouvement, et Ibnt évidemment les fonctions de branchies, en même temps qu'elles servent un peu à la progression (i) de l'animal. Il s'opère au centre du corps que nous venons de décrire, et qui est probablement un cœur, une circulation très active que facilitent les branchies, qui sont toujours en mouvement. Nous avons cru voir, ce qui serait bien parliculier, qu'il y avait à-la-fois deux courans dans le rnènie vaisseau, l'un concentrique et l'autre excentrique, ce qui est asscx facile à distinguer par la qualité gruniulcuse du sang. (i) Les branchies des 5W//JW sont recouvertes de semblables lamelles, ainsi que s'en est assuré le doc leur Quny. V. looi.. — j4vril. 16 'j^i R. P. LKssoN. — Sur les Béroides. * Si ce'n'est qu'une illusion, il faudrait l'attribuer à deux systèmes de vaisseaux si bien unis, que nous n'aurions pu distinguer leurs limites. Voilà deux fonctions subordonnées bien distinctes, la circulation et la respiration^ qui tendent à rapprocher les Béroés des Mollusques acéphales. «Nous ne connaissons rien de relatif à la génération, si ce n'est que, sur un individu remarquable par sa mollesse presque diffluente, et les nombreux appendices dont il était recouvert, nous avons vu des ovules engagés dans les plis des lamelles branchiales, et dans un autre, ces mêmes corps être pris dans le canal central. Quelques espèces ont sur le pôle supérieur tuie petite palette rétrécie au milieu, et assez souvent colorée en rouge. V Les particularités propres au tube nous ont aussi échappé. Nous croyons cependant que l'anus doit s'ouvrir à l'extrémité opposée à la bouche, quoique nous n'ayons pu le mettre hors de doute par nos dessins, à l'exception d'un seul individu que nous avons représenté avec deux ouvertures anales portées par deux tubes et desquelles sort une matière excrémentitielle. « Il est des Béroés qui ne présentent que les huit principaux vaisseaux déjà décrits; mais il en est d'autres qui joignent à ceux- ci des ramifications sans nombre, blanches ou colorées en rose et en jaune. « La vie semble répandue dans les moindres parcelles de ces êlres fragiles, que les plus petites circonstances brisent: aussi arrive-t-il quelquefois que la surface de la mer est couverte de leurs débris, dans lesquels on voit encore les cirrhes branchia- les vibrer et décomposer la lumière en brillans reflets. Leurs mouvemens sont extrêmement lents; ils n'ont en partie lieu que par ces mêmes branchies; car il est rare que le large enton- noir qui forme l'ensemble de l'animal se contracte, et renvoie l'eau qu'il contient à la manière des Médusaires. « Il n'est pas nécessaire de dire que dans ceux qui s'allongent en lanières, comme les Gestes, les organes qui viennent d'être mentionnéssuivent cette disposition; mais alors les deux filamens rétractiles qui sont à la partie supérieure dans les autres espè- ces, sortent près de la grande ouverture qui est toujours cen- R. P. LEssoN. — Sur les Béroïdes. - 243 traie: c'est ce qu'on peut voir dans les Callianires et lesOcyroés. De ce qui précède il résulte que les Béroïdes ou du moins les genres de cette famille étudiés dans ces derniers temps sont plus voisins des Mollusques acéphales que des Zoophytes: qu'ils ont les plus grands rapports avec certaines espèces d'Ascidies trans- parentes; qu'enfin ils conduisent auxFiroles etauxSalpas, et for- ment un ordre de Mollusques qu'il sera possible de distinguer un jour. Les Béroïdes voguent dans toutes les mers, libres qu'ils sont dans leurs allures, et dans leurs mouvemens. Ils se laissent aller aux courans en ondulant leurs parois et oscillant leurs cils. Ils paraissent obliquement couchés entre deux eaux parles temps de calme, alors que la mer est belle. Dans les nuits paisibles, lors- que le sillage est médiocre, les Béroïdes jettent un éclat des plus brillans et leur phosphorescence au moindre chocCvStdes plus vi- ves. On ignore qu'elle peut être leur génération, leur nourriture le moyen de protection qu'ils emploient pour protéger leur fra- gilité dans les tourmentes qui bouleversent la surface de la mer. On doit supposer qu'ils augmentent leur pesanteur spécifique pour se précipiter à une certaine profondeur, là où la mer est cal- me et où les lames sourdes se font moins sentir. La famille des Béroïdes comprend les tribus et les genres suivans: 1 " division. Les CiLioBRANcnEs( Iriptères Rang. ) Corps ovalaire, symétrique ou transversal et pair, de substance muqueuse, à réseau vasculaire,à lignes dirigées d'un pôle à l'au- tre et garnies de lamelles nommées cils. i*"' Tribu: les Gestes. Genre Geste. Lemnisque. 2" Tribu: les Gallianires. G. Gallianire, Polyptère, Mnénia, Galynnna, Bucéphale, Alcinoé, Axiotime. 3* Tribu : les Neïs. G. Neïs. 4* Tribu ; les Ocyp.oés. G. Ocyroé. 16. a4i R. p. LEssow. — Sur les Béroïdes. b* Tribu : les Eucharis G. Eucharis, Blertensia, Eschscholthie. 6' Tribu : les Vrais Béroés. G. Beroe, Idya, Medea, Pandora, Cydalisa. 7* Tribu : les Béroés douteux, conduisant aux Diphydes. G. Galéolaire. 2* tîivision. Les Acils. ( an medusariœ ?) Corps simple sacciforme, uni, biforé, de substance muqueuse; nulle trace de cils ? 8' Tribu : les Bérosomes. G. Doliolum? , Epomis, Bursarius ? An Boiigainvillia? Noctiluca? Rosacea ? Sulculéolaria ? Appen- dicularia ? Praia ? Les Gestes. Cestum Lesueur. Ont le carps peu haut, mais bien développé dans le sens transversal, et nageant dans la mer sous forme de rubans géla- tineux. On ne connaît bien que le genre Geste, car leLemnisque de MM. Quoy et Gaymard pourrait bien être un fragment de Geste, ainsi que, le premier, Fa supposé M. Cuvier. Les Gestes ne sont donc que des Béroés très étendus latéra- lement. Leur grand développement, leur extrême mollesse, la facilité avec l?quelle ils se brisent, en rendent l'étude fort diffi- cile. Ils paraissent vivre malgré la rupture de leur corps, et des fractions même jouissent pendant long-temps de la faculté d'exercer des mouvemens réguliers. Suivant M. Quoy, il n'y a aucune différence dans l'organisation des Béroés vrais et des Gestes; seulement les deux filamens rétractiles qui se trouvent à la partie supérieure des Béroés sortent près de la grande ou- verture qui est toujours centrale. I" Genre. Geste. Cestum^ Lesueur. Corps gélatineux, libre, s'étendant latéralement en un long R. P. L'Essow, — Sur les Béroïdes. a45 ruban, par conséquent peu haut et proportionnellement à sa hauteur démesurément large. Bord supérieur garni d'un double rang de cils, l'inférieur muni de deux rangées de cils plus petits et moins nombreux. Bouche médiane, ouverte au bord supérieur donnant dans un estomac transversal, aboutissant à un anus très petit et s'étendaut dans toute la longueur de deux ailes la- térales. I. Le Ceste de Vénus. Cestum Veneris, (PI. i. fig. i.) Lesueur. nouv. Bull. Soc. phil. juin i8i3. p. 281. pi. 5. fîg. t. lus, 1817, pi. 12 ; Lam. t. 2. p. 462. Cuv. Règ. an, t. 3. p. a83. Blainv. p. iSg. Eschsch, p. 22; Rissso. t. iv. p. 3o3. Large de plus de cinq pieds sur deux pouces de hauteur, plus épais en haut, mince sur le bord inférieur; blanc hyalin, transparent^ hydrocolore, à reflets irisés; ondule sur l'eau, apparaît au printemps et en été sur les côtes de Nice. Les pêcheurs les nomment sabres de mer. Var. : Moins large, blanc-o|iale, à bouche ^.enlrale un peu plus longue. Des côtes de Nice(Risso.) Hab. la Méditerranée. a. Le Ceste kaïade. Cestum najadis. Eschsch. Ac. pi. 1. fig. 1 ; Isis, i825, pi. 5. La partie moyenne du corps est trois fois plus épaisse que les côtés. Le bord inférieur est muni d'une membrane phssée et large de deux pieds et 1/2 sur un pouce 1/2 de hauteur, Hab. les mers équatoriales. II» Genre PLemnisque. Lemiiiscus? Quoy et Gaym.Zool. Uranie» p. 582, Corps libre, gélatineux, transparent, rubané, très allongé, aplati, sur les cotés, entièrement lisse,, ayant un canal médiaji trans- versal, sans cils ni franges sur les bords. ( Quoy et Gaj'în. ) Le Lemnisque bordé de kouge. Lemniscus marginalus. Quoy et Gaym. Zool. Uranie , pi. 86. f. 582: Lesson. Zool. Coq. p. 102. Large de deux pieds sur un pouce et 1/2 de hauteur; de couleur hyaliuc, bordé de rose. Hab. les mers de la Nouvelle-Guinée. Supposé être un fragment de Ccstc ? a^6 R. p. LESSON. — Sur les Bëroïdes. Les Callia.]vires. CalUanira Pérou. Sont des Béroés dont les côtes deviennent très saillantes, et sont réunies deux à deux pour former deux espèces d'ailes. Péron qui créa ce genre le premier le nomma d'abord Sophia, et les plaça parmi les Ptéropodes, bien qu'il indiquât les organes inté- rieurs comme obscurs. LesCaliianires ont un corps vertical fré- quemment aussi haut que large, muni sur les côtes de nageoires ou de folioles natatricesinférieures, et ayant sur les rebords des ailes des doubles rangées verticales de cils. Les Cailianibes vivent loin des côtes dans les grands espaces de mer. IIP Genre. Callianire : CalUanira Péron. Corps régulier, hyalin, gélatineux, cylindrique, allongé, tubu- leux, obtus aux deux extrémités et pourvu de deux paires d'ap- pendices aliformes, s'élargissant en feuillets garnis d'un double rang de cils vibratoires sur leurs bords. Une grande ouverture transversale à une des extrémités, et probablement une plus pe- tite au côté opposé. Les cirrhcs rameux. 1 . Le Callianire triploptère. CalUanira triploptera. CalUanira Slabberii^àeMjidin, Bijdrag. t.2(i827)p. iSo.Lamk. t. 2. p. 467. Beroe hexagonus, Encyl. pi. 90. f. 5; Escbsch. p. 28. Corps muni sur les côtés d'appendices au nombre de quatre, aliformes, ciliés ; deux cirrhes tripartis. Hab. les mers de Madagascar. '■o" 3. Le Callianire diploptère. CalUanira diploptera. Péron et Lesueur. Ann.Miis. t. xv.pl. 2. fig. 16. Lamk. t. a. p. 467. Eschsch. p. 28. Sophia diploptera, Péron. Ms. Corps muni sur les côtés de deux lamelles ciliées, sans cirrhes. Hab. les mers équatoriales, sur les côtes de la Nouvelle-Hollande et vit en troupes nombreuses. 3. Le Cam.ianibe iiexagoke. CalUanira hexagone. Eschsch., Ac. p. 28; Beroe hexagona. Modeer. Encycl. pi. 90. B. p. LEssoN. — Sur les Béroïdes. 247 t. 6. Slabber, Phy. t. viii. Cg. 3 et 4 (1778). Janira, Ocken, de Fréminville. Corps hémisphérique à six angles, à huit côtes ciliées. Hab. les mers du Nord, les côtes de la Hollande. IV° Genre. Polyptère. Polyptera, Less. Callianira, Cham.; Mnenia^ Esch. Corps hyalin, très fragile, tubialeux, cylindrique, dilaté anté- rieurement ; bouche transverse. Une seule aile de chaque côté grande, large, cestoïde, ciliée sur chaque bord, à cils irisés, aiies intermédiaires plus petites, au nombre de 6, 4 supérieures Isn- céolées, soudées au corps par leur base, ciliées sur leurs bords. Les deux inférieures diffèrent des 4 premières, et ont de grands rapports avec les deux ailes latérales, cestoïdes, et, comme elles,, sont ciliées. Le PoLTPTÈRE DE Chamisso. Polyptera Chamissonis. Callianira heteroptera. Ch. et Eys., Curieux de la nat. de Bonn, t. X. pi. 3i. f. 3, a. h. Mnenia Chamissonis, Esch. p. Sa. Blanc hyaliu, à cils toujours en mouvement, très irisés. Hab. les mers du Cap de Bonne-Espérance, la rade deTable-Bay. V Genre. Mnenfa. Mnenla Eschsch. Corps lisse extérieurement, avec deux rebords aliformes sur lés côtés et des appendices au pourtour de la bouche. 1 . Le Mnenia de Schweigger . Mnenia Schweiggeri. Eschsch.; Ac, pi. 2. f. 3. Corps ovalairc, mutiquc postérieurement, translucide. Hab. la baie de Rio-Janeiro, sur la côte du Brésil. a. Le Mnenia de Kdiil. Mnenia Kuhlii. Eschsch. Ac. pi. 2. f. 4. Corps ovalaire , terminé à la partie postérieure par deux prolongemeni subulés. Hab. les latitudes équaloriales du Grand Océan par 180° de GrccnwicL. . a48 R. p. LESSON. — Sur les Béroïdes. Vl" Genre. Calyjima. Calymma Eschsch. Corps muni d'appendices sur le pourtour de la bouche, avec des cils en séries sur les appendices seulement. I . Le Calymma de Tréviranus. Calymma Trevirani. Eschsch. Ac. p. 33. pi. a. fig. 5. Animal gélalineux, blanc translucide. Hah. les zones équatoriales dans la mer du Sud. Yir Genre. Bucephale. Bucephalon, Less. Corps plus large que haut, se composant d'un tube de forme has- tée,s'ouvrant en haut entre les deux replis des feuillets supérieurs par une petite ouverture ?, terminé en bas par une ouverture grande et circulaire. Ce tube très contractile est bordé latérale- ment par deux portions membraneuses élargies, garnies à leur terminaison de trois corps denses, épais, massifs et de forme d'olive. Le bord supérieur est formé de deux feuilles minces, garnies sur leur bord d'une rangée transversale de cils. Sur chaque face 4 appendices cylindracés sont implantés à l'extrémité. Le BucÉphale de Reynaud. Bucephalon Rcynaudii. Callianira huceplialoii, Eeyn. Cent. zool. de Lesson. p. 84. pi. 28. fig. A. B. Animal mou, libre, jouissant d'une grande mobilité, d'un hyalin transpa- rent avec une tache marron oblongue ou fuciforme sur deux des renflemens des extrémités; très commun dans les mers qui baignent l'île de Ceyian. Vlir Genre. Alcinoê. Alcinoe Rang. Corps cylindrique, vertical, gélatineux, transparent, muni de lobes natatoires verticaux, libres à la base et sur les côtés seule- ment, et de côtes cilicées dont une partie est cachée sous les lobes; 4 tentacules également ciliés environnant l'ouverture. (Rang). R. P. LESsow. — Sur les Béroïdes. î»49 L'Alcinoé vermiculée. Alcinoe vermiculata. (PI. i. fîg. 3.) Rang. mém. Soc. d'hist. nat. t. iv.pl. 19. f. 1 et 2. De forme oblongue ; de couleur légèrement bleuâtre, avec de très petites linéoles rouges munie de douze côtes ciliées , réfléchissant les couleurs de l'iris; quatre de ces côtes sont cachées sous les lobes. Ses dimensions sont de deux à quatre pouces. Hab. les côtes du Brésil; commune en avril à l'entrée de la baie de Rio de Janeiro. Obs. C'est peut-être une Alcinoé que M. Reynaud a figurée dans notre Centurie zoologique sous le nom de Beroe costata pi. 28. fig. 6. de forme oblongue, à côtes saillantes , bordées de cils, ayant inférieurement une ouverture large , garnie de quatre tentacules arrondis et ponctués, de cou- leur hyaline. A été trouvée sur les côtes de Ceylan. IX* Genre. Axiotime. Axiotima^ Eschsch. Corps horizontal, peu élevé, sans appendices alaires, mais 4 rangées de cils disposées en croix. L'AxioTiME DE Gaede. AxiotUtia Gaedii. Eschsch., Ac. p. 34. pi. 2. fig. 6. Corps ovalaire, gélatineux, hyalin, à cils irisés. Hab. la mer du Sud entre les tropiques. Les Neis. Neis, Less. Sont des Callianires dont le corps plus haut que large est mince, comprimé, et muni de rangées de cils contournant les bords comme le milieu du corps, c'est-à-dire 4 rangées sur les bords et deux au milieu se soudant à leur point de jonction. l-tcs Mnenia sont très voisins des Neis. X^ Genre. Neis. Neis. Less. Corps aminci sur ses deux faces ou taillé en coin, obcordé au pôle supérieur et largement ouvert au pôle natateur; axe cavi- taire allongé, étroit, bordé sur les deux faces de cils en une ran- gée obarrondie, libre aux deux extrémités, chaque bord des pôles cl des côtes ayant deux rangées de cils marginaux. a5o R. P. LESso:^. — Sur les Béroïdes. La Neis bourse de mer. T^eis cordisera. Less. zool. Coq. p. lo. pi. 16. f. 2. Est molle, se brise aisément, est colorée sur sa face plane en un blanc hyalin couvert de vésicules entrecroisées d'un jaune mordoré et de jaune clair. Cils très irisés , lèvres contractiles de la grande ouverture presque toujours en mouvement. Hab. le golfe de Porl-Jakson sur les côtes delà Nouvelle-Galles du Sud. Les OcYROÉs Ont le corps vertical, muni de deux lobes horizontaux bifur- ques, ayant deux rangées de cils, non plus dans le sens vertical mais bien dans une ligne horizontale. XF Genre. Ocyroh. Ocyroe Rang. Corps vertical, cylindrique, gélatineux, transparent, nmni supérieurement de deux lobes latéraux, musculoso-membraneux bifides, épais, larges et garnis de deux côtes ciliées chacun, deux autres côtes ciliées se remarquent sur les bords entre les lobes; l'ouverture est environnée de quatre bras également mu- nis de cils. ( Rang. ) Le corps, qui est toujours dans une position verticale, quels que soient les mouvemens de l'animal, est cylindrique °ou co- nique, selon les contractions qu'il éprouve. Sa cavité, ainsi que son ouverture, sont comme dans les Béroés et les Alcinoés; seu- lement on y distingue quelquefois des vestiges d'ovaires. Le sommet de l'animal se dilate en deux lobes latéraux très grands et arrondis, épais, surtout dans leur milieu, et formés chacun de deux moitiés très distinctes, mais réunies. On voit à l'aide de la transparence, que ces lobes sont abondamment pourvus de fibres musculaires transverses. La partie étroite qui les sépare au sommet du corps est bordée sur chaque face par une côte ciliée; deux autres côtes semblables et plus longues parcourent longitudinalement chacun de ces lobes. Enfin, quatre bras pla- cés symétriquement, au-dessous des lobes où sont fixées leurs bases, se montrent pareillement bordés de cils. R. P. LEssoîT. • — Sur les Béroîdes. iSt Dans ce Zoophyte, les organes locomoteurs sont compliqués par un appareil particulier qui facilite singulièrement ses mou- vemens et qui consiste dans les lobes ; lorsque l'Ocyroé veut s'élever à la surface de la mer, elle abaisse ses deux lobes de ma- nière à maintenir les côtes qu'ils portent dans une direction ver- ticale; alors les cils agissent et le Zoophyte suit cette verticale; mais lorsqu'il a atteint son but, et que son action ne doit plus se faire que dans un plan horizontal, il relève ses lobes horizon- talement, et les cils agissant tous dans le même sens, le promè- nent à la surface des eaux. Si l'Ocyroé veut rester immobile, elle cesse l'action de ses cils^ et ses lobes étendus suffisent pour la maintenir suspendue; si au contraire elle veut s'enfoncer dans la profondeur des eaux, elle les abaisse, en enveloppe son corps, et s'abandonne à sa pesanteur. Pendant ces divers mouvemens, les bras prennent une direction convenable à l'action générale et aident encore la marche par le moyen de leurs cils, en même temps qu'ils impriment la direction. Cette organisation donne aux Ocyroés un avantage sur les Béroés, les Callianires et les Alcinoés, c'est de pouvoir, étant à la surface de la mer, se porter dans toutes les directions sans cesser de tenir leur corps dans une ligne verticale, position qui leur est nécessaire pour que l'ouverture du sac où s'opère la nu- trition soit le plus convenablement disposée à recevoir les petits poissons, ou les Crustacés qui viennent s'y précipiter, et dont elle se nourrit. 1. L'OcTBOÉ CRISTALLINE. Ocyroe crislallina. Rang. mém. Soc. hist. nat. t. rv, p. 7. pi. 19. fig. 4 et Bull. Soc. de Bordeaux, t. i. p. 3i4. Incolore, extrêmemenl diaphane; le corps court ainsi que les LraS; le» lobes moins visiblement striés transversalement; les côtes peu irisées. Longueur, trois pouces environ. Hab. l'Océan cquatorial ; mois d'avril. 3. L'OcTHOé BRUNE. OcyroB fusco. Rang. ibid. pi. 19. f. 3. D'un brun jaunâtre uniforme; les côtes peu irisées; les lobes moins cpai» a 5a V. p. LESSour. — Sur les Béroïdes, très grands et striés transversalement; le corps conique^ peu allongé ; les tras de la même couleur, seulement plus transparens. Longueur, six à huit pouces. Hab. l'Océan Atlantique dans le voisinage des îles du Cap-Vert ; mois de mars. 3. L'OcYitoÉ TACHÉE. OcyroB maculata. Rang. ibid. pi. 19. f- i. Beaucoup plus grande que les précédentes, extrêmement diaphane ; le corps plus allongé; les lobes plus grands et beaucoup plus épais, plus for- tement striés et portant deux grandes taches brunes foncées ; les côtes^ irisées. J..ongucur, dix à quatorze pouces. Hab. la mer des Antilles, où elle est très commune au mois de juin, Obs. Les espèces de ce genre, comme celles de tous les Acalèphes, sont plus ou moins phosphoriques pendant la nuit; l'Ocyroé tachée surtout jette une grande clarté semblable à un globe de feu bleuâtre, qui devient d'autant plus grand, mais moins vif, que ce Zoophyte s'enfonce davantage dans les profondeurs de la mer. LesEucHARis. Eucharis. Pérou. Sont des Callianires contractées, de forme ovalaire ou subdé- primée à 8 ou 9 rangées verticales de cils s'étendant d'un pôle à l'autre. Le tube digestif est formé par deux entonnoirs réunis par un tube plus étroit, et de ce rétrécissement sur les côtés partent deux prolongemens cirrhigères, portant peut-être les ovaires*? XIP Genre. Euchakis. Eucharis. Eschsch. Corps vertical, oblong, cylindracé, papilleux en dehors, ayant 8 rangées de cils. Quatre appendices ciliés à la partie inférieure et sur le pourtour de la bouche. 1. L'EucHABis DE TiEDEMANN Euchoris Tiedertianni. Eschsch., Ac. p. 3o. pi. i. f. 2. Corps oblong, blanc-rosâlre, à larges cils; quatre appendices courts, té- tragones ; cinq papilles denses. Les mers qui baignent le Japon. ft. p. LESsoif. — Sur les Béroîdes. a55 a. L'EucHARis MULTicoME. EuchaHs multicoTTiis. Eschsch. Ac. p. 3i ; Beroe multicomis. Quoy. et Gaym., Zool. de rUranie, pi. yi. fig. i. p. 574. Le corps terminé par deux appendices un peu plus courts que le corps. Papilles molles et inégales ; couleur blanche-rosée avec rangées irisées. Hab. la Méditerranée. XIIP Genre. Cydippe. Cydippe. Eschs. Eucharis. Péron; Pleurobranchia. Flern. Corps globuleux ou ové, laissant traîner derrière lui deux longs tentacules filiformes^ ciliés sur un des cotés, partant de la base i(it tentacule, llerotoma tentaciilata, cit uuc niasse gùlaliueuse reulermaut des inillitr»d'(8ufs •mn dont» d'im «olIinqHe ineonnu. îîGa R. p. LEssoîiT. — Sur les Béroïdes. largement ouverte, bordée d'une membrane diaphane, plisséeet dont la circonférence est munie de quatre piliers d'une seule pièce chacun, subcomprimés, les deux du milieu terminés par deux très longs tentacules cylindracés. L'ouvertuie de la par- tie arrondie du sommet est submédiane, petite et creusée en ombilic. Obs. m. Milne Edwards pense qu'on devra réunir l'espèce que nous décrivons de ce genre, ainsi que la Carybdée ailée de la pi. 33 de notie Centurie, à la Carybdée marsupiale dans la famille des Médusaires. La Bourse de Vénus. Buraarius Cytherce. Less., Coquille pi. xiv. fig. i. t. 2. p. 108. Corps mollasse, charnu, blanc de cristal d'une transparence parfaite; gra- nuleux à la surface, présentant quatre lignes rubanées plus claires. Les deux tentacules rosés. Hab. Içs mers de la Nouvelle-Guinée. XXIV» Genre. Bouga.invillie. Bou^ainvillia Less. o Corps oviforme, arrondi en haut, tronqué en bas et largement ouvert; à enveloppe extérieure pelliicide, à sorte de nucleus crucié interne, des branches duquel partent quatre petits pro- longemens vasculaires, aboutissant à quatre glandes marginales, comme cihées en houppe. Obs. Ce genre semble appartenir aux vraies Médusaires, et n'est là que pour mémoire. La BouGAiNviLLiE DES Malouines. Bouguinvillia macloviana. Cyanœa Bougainvillii Less., Coq. pi. i4. fig. 3. Ovoïde, blanc translucide, à nucleus crucié brun, à glandes inarginale? jaunes ponctuées de noir; très irritable ; très abondante dans les eaux de la baie de la Soledad aux îles Malouines. Obs. Nous placerons ici pour mémoire le Zoopbyte que nous avons fi- guré (Zool. de la Coq. pi. xiv. fig. 5) sous le nom de Microstome ambigu, Microstoma ambiguus, imitant un globule d'air à parois nacrées, sur- monté d'une sorte de prolongement probosciforme, jaune, ayant une large ouverture à la partie inférieure, munie de quatre tentacules jaunes et ren- flés à leur sommet avec des cils sur les côtés. Nous l'avons observé eu septembre sur les côtes delà Papouasie. n. p. LESSON. — Sur les Bëroïdes, > 5t63 XXV Genre. Noctiluquk. Noctiluca Suriray , Lamk, Schweig. CorjDS gélatineux, transparent, subsphérique, réniforme dans ses contractions et paraissant enveloppé d'une membrane char- gée de très fines nervures. Bouche inférieure, contractile, infun- dibuliforme, munie d'un tentacule filiforme. Oiîs. Ce genre a des rapports avec les Mollusques Ptéropodes du genre Firole. La NocTiLUQUE MiLiAiRE. Noctiluca miliaris. Lamark, t. 2. p. 4/1, d'après ms. de Suriray. Corps très minime, hyalin^ garni en dedans de petits corps ronds qui sont peut-être des gemmules. Donne aux eaux, de la mer une phosphores- cence des plus vives ; excessivement abondant daus les bassins du Havre. Ilab. la Manche. XXVP Genre. Rosace. Rosacea Quoy et Gaym. Corps libre, gélatineux, très mou, transparent, suborbiculaire, à une seule ouverture terminale à l'un des pôles, donnant dans une cavité ovale qui communique à une dépression d'oii sort une production cirrhigère et ovifère. Obs. Il se pourrait que ce genre fût établi sur une pièce isolée d'un Zoophytedela famille des Polytomes. 1. La Rosace de ceuta. Rosacea Ceutensis. Qnoy ctGaym.: Ann. Se. nat. janv. 1827. pi. 4. B. fig. a et 3. Corps ti es mou , arrondi, bosselé, delà grosseur d'une petite cerise ; ayant une bouche ronde percée entre quatre renflemens. Hab. le détroit de Gibraltar, près de Ceuta. 2. La Rosace froscée. Rosacea plicata. Quoy et Gaym. Ann. Se. nat. pi. 4. B fig, 4. Corps gélatineux, mou, lisse, ovalaire, réniforme, ayant à un des pô'es un trou assez large, peu profond, |)lissé sur les bords, du milieu duquel part un étroit canal qui va se terminer au pôle opposé, dans une cavité arrondie; (1é;ircssion à la face inférieure, logeant des suçoirs pl.icéssnr une tige c V mune ei des corps qui essimbler)t à il( s ov.,i e-. li.ib. le 1. étroit de Gibr..llar. 264 R. 1». LKSbON. — Sur /csy /Je/Vides. XXYlh Genre. Sulculéolaire. Sulculeolaria de Blainv.) Corps? subcartilagineux, transparent, allongé, c-ylindroïde, traversé dans toute sa longueur par un sillon fort large, bordé de deux membranes, tronqué aux deux extrcmités avec une ou- verture postérieure garnie dans sa circonférence de lobes appen- diculaires, et conduisant dans une cavité fort longue et aveugle ( de Blainv. ) Obs. Ce genre a été formé par M. de Blain ville, d'après des fi- gures inédites de Lesueur, qui pourraientbien appartenir à des portions détachées de Plethosomes ou de Diphyes. Les trois espèces citées par cet auteur et non décrites sont les Sulculeolaria quadr'walvis^ biacutaç.\.minuta des mers de Nice. XXVIII" Genre. Appendiculaire. ^ppendicularia Cham. et Eysenh.,Fretillaire Quoy et Gaym. ms. OikopleuraMeT- tens , Ac. Petersb. t. i (i83o) p. 20^). Obs. La place de ce genre, très mal connu d'ailleurs, est encore complètement incertaine, bien que Mertens pense que ce soit un Mollusque. Nous nous bornerons donc à rapporter ce qu'en disent les observateurs qui ont signalé le singulier animal sur le- quel il repose. D'après Chamisso et Eysenhardt -leur Appendlcularia fiageU luin (pi. 3i fig. 4 ) est un corps gélatineux, subovoïde, à peine long de trois lignes, ayant des points rouges transparens in- ternes; un appendice gélatineux, cestoïde, bordé de rouge, plus long du double ou du triple que le corps, servant à la natation par un mouvement d'ondulation très marqué. Hab. le canal St. Laurent dans le détroit de Beehring. D'après M. Quoy (Zool. Ast. p. 10) son genre Fretillaire est fondé sur un animal rencontré dans plusieurs mers et notam- ment aux environs du Cap de Bonne-Espérance. Son abondance était telle, qu'il teignait l'eau en rouge-brun. Ces Frétillaires se tortillent sur elles-mêmes^ et paraissent comme enveloppées dans une large membrane dont elles se séparent sans paraître R. P. LEssoN. • — Sur les Béroides. 265 en souffrir. On en trouve beaucoup plus de libres que de munies de cet appendice. L'oiKOPLEURK BiFUHQUÉE. Olkopleura bifurcata Quoy et Gaym, Ast. pi. 26 fig. 4- 'à 7 est donc ce Fretil/aria si abondant sur la baie des Aiguilles et vis-à-vis la baie d'Algoa. Sou corps est anguilli- forme, aplati, pointu à son extrémité qui est munie d'iuie na- geoire échancrée. Son axe est parcouru par un canal sur les côtés duquel on voit des granulations blanches. La partie qui correspond à la tête est surmontée d'un capuchon membraneux très délié, frangé, «ù apparaît un point rouge entouré de jaune. Cet animal sans cesse en mouvement, altère promptement l'eau qui le contient, meurt et devient opaque. L'Oikopleure serait-il une larve ? XXIX' Genre. Praia. Praia, ? Quoy et Gaym. Corps? subgélatineux, assez mou, transparent, binaire, dé- primé, obtus ou tronqué obliquement aux deux extrémités, creusé d'une cavité assez peu profonde, avec une ouverture ronde presque aussi grande qu'elle, et pourvu d'un large canal ou sillon en dessus ( de Blainv. ). Obs. Ce genre paraît être fondé sur une vessie natatrice de Physsophore. MM. Quoy et Gaymard en font dans leur travail publié une Diphye. 1. La Praia douteuse. Praia dubia. De Blainv. Zooph. p. \Zj ; Diphyes dubia Quoy et Gaym. Ast. pi. 5 fig. 34-36. Corps subquadrilatère, arrondi^ élargi à une extrémité, bilobé à l'autre qui présente uue surface oblique, creusée d'une large ouverture à bourre- let, donnant dans un vaste entonnoir peu profond, avec des vaisseaux sy-« métriquemcnt rangés sur son pourtour, et gélatineux , transparent. Hab. les rivages de l'île des Kanguroos à la Nouvelle-Hollande. a. La Praia de San-Yago Pnijra diphyes. Dip/iyes prayensis, Quoy et Gaym. pi. 5. fig. 37-88. Corps mou, long .!e dix-huit lignes sur six de largeur, arroi.di sur une lace, aplati &ur l'autre, légèrement ccbaucrc à l'extrémité, où c»t percée une 206 F. BAViN. — Sur les Fanons. ouverture transversale sans dents, munie d'une valvule mince, et donnant dans une cavité peu profonde, coniq e, communiquant dans un vaisseau qui occupe toute la longueur de l'individu ; sur l'autre face est un canal large, longitudinal, béant, formé par deux replis. Hab. le port de la Praya dans l'île de San-Yago. OsERVATioNS anatomiques sur les Fanons , sur leur mode d' inser- tion entre eux et ai^ec la membrane palatine , Par F. P, Ravin , Docteur eu médecine de la faculté de Paris, membre correspoiidant de l'Académie de médecine, etc. De grands Cétacés viennent quelquefois échouer snr la côte du département de la Somme. Celui qui y fut jeté le 16 août 1829 était line Balénoptère à hec (^Balœna rostrata Lin., Him- ter; Balœna rostrata borealis Quoy; Balœnoptera acuto rostra- ta Lacépède ). Elle avait potu' traits distinctifs les caractères suivans : les deux mâchoires pointues, celle d'en bas moins ai- guë, pius longue et surtout plus large que celle d'en h^ut; des fanons courts, blanchâtres en devant, la peau d'un noir foncé et luisant sur le dos et les côtés, d'un blanc nacré au dessous flii corps; des plis longitudinaux et picsque parallèles sous la gorge et sous la poitrine; luie petite bosse sur la mâchoire suiiérieure au devant aes évents; deux évents; une nageoire dorsale, placée à l'extrémité du dos et tournée vers la queue. (PI. xi, fig. i.) Cette Balénoptère portait 4 1 pieds de longueur sur 6 à 7 de hauteur et 20 de circonférence. La hauteur et la circonféience ont été mesurées vers le tiers de la poitrine dans la partie où l'animal avait le plus de volume. C'était un jeime sujet, de sexe mâle, qui n'avait pas acquis tout son développement; car les vertèbres n'étaient pas encore soudées avec leurs épiphyses. Il avait été blessé sur le côté droit par un fer qui fut retrouvé F. RAVix. — Sur les Fanons. 267 dans sa poitrine. Il est probable qu'il mourut de cette blessure. 11 fut amené sans vie par les courans sur la plage de Cayeux, près de Saint-Valery; et il se trouvait alors dans un état de putré- faction assez avancé. On dû s'empre.-ser de le vendre et de le , dépecer, à cause des vapeurs fétides qu'il exhalait. J'ai profité autant que je l'ai pu de cet échouement. La pré- cipitation obligée des travailleurs ne m'a pas permis de fixer mon attention sur tous les organes; mais il m'a été possible de recueillir quelques observations sur plusieurs d'entre eux Je donnerai dans ce mémoire celles que j'ai faites sur les fanons. Si elles n'apprenaient rien de nouveau, elles serviraient du moins à confirmer des choses qui sont encore incertaines. Afin d'être plus exact et mieux compris, je donnerai d'abord la description des deux raâch ires. § I. La mâchoire inférieure était composée de deux os unis an- térieurement par un cartilage, et terminés en arrière par un con- dyle qui s'articulait à la base du crâne. Chacun de ces os était assez courbe; les arcs qu'ils formaient soulendaient une corde longue de près de neuf pieds : ils avaient neuf pouces de diamè- tre. — La partie de ces os à laquelle ou a donné le nom de branche était plus cylindrique que leur corps; elle avait le même diamètre. Sa direction était horizontale et un peu courbée de dedans en dehors : le condyle qui la terminait était à peine rele- vé. Elle était creusée dans son bord supérieur par un sillon obli- que, assez large, dans lequel passaient les vaisseaux et les nerfs maxillaires inférieurs dont le faisceau était reçu dans un canal qui parcourait probablement toute la longueur de la mâchoire. Cette branche, longue d'un pied sept pouces, se terminait ei» devant par une élévation osseuse haute de cinq pouces, dont la pointe oblique était tournée en arrière, et représentait exacte- ment notre apophyse coronoïde. L'orifice du canal maxillaire se trouvait à sa base; il était large et fort évasé. Les deux os de la mâchoire inférieure étant réunis circonscri- vaient un espace dont la figure représentait à-peu-près celle d'un ovale privé de sa grosse extrémité. Sa longueur était d'environ neuf pieds; son plus grand diamètre placé au\ trois quarts de sa longueur était de cinq pieds et demi. ( Voy. pi. xi , fig. 2. ) a6S F. RAVIN. — Sur les Fanons. Une lèvre ferme et immobile, qui était en même temps une gencive, lecouvr lit les pièces maxillaires et s'élevait au dessus d'elles en se déviant en dehors, mais en suivant leurs courbures. La plus grande élévation de cette lèvre et la plus forte acuité de son bord étaient aux ap])rochesde l'apophyse coroiioïde. Une vaste membrane, d'un tissu fort dense, d'apparence séroso- derniique, recouvrait intérieurement tout l'espace circonscrit par les maxillaires: elle était d'une teinte rougeâtre assez pâle. La langue occupait une très petite partie de cette vaste surfa- ce: elle n'avait que deux pieds de long et un pied de large. Elle était située à trois pieds de la pointe de la mâchoire et à deux pieds de ses bords. C'était un corps ferme, aplati, ellipsoïde, et saillant de trois à quatre pouces au dessus de la membrane buc- cale. En devant, elle se détachait de la membrane un peu plus que sur les côtés : elle y avait aussi le bord moins obtus et plus mince. La membrane qui recouvrait la langue était mucipare : elle était garnied'unefciuledepapillestrèsapparentes,qui paraissaient n'être formées que de ses replis. Une bordure de papilles beau- coup plus grosses encore, entourait l'organe, excepté en de- vant. Un corps papiilaire de même espèce, ou un amas de ces mêmes papilles existait sur chacun de ses côtés. Ces grosses pa- pilles oblongues et plates avaient de six à sept lignes de longueur sur quatre à cinq de largeur. Aucune d'elles n'était revêtue de papilles plus petites. — Sur le devant de la langue, vers la pointe la membrane parfaitement tendue paraissait lisse et dépourvue de papilles. Ses adhérences avec le tissu adjacent étaient fort étroites; on ne pouvait pas le plisser en cet endroit. A partir de ce point, une ligne médiane profonde divisait l'or- gane en deux parties symétriques, un peu convexes, qui ne s'é- largissaient que vers sa base. Les fanons de la mâchoire supérieure posaient leurs crins dans l'espace que la langue ne couvrait pas sur la membrane buccale: ils en occupaient la plus grande partie, § 2. La mâchoire supérieure était à son extrémité de cinq ou six pouces plus courte que l'inférieure. Elle avait la forme d'une pyramide triangulaire curviligne, couchée horizontalement. S» F. hatin", — Sur les Fanons. 269 longueur était de sept pieds; sa base appuyée sur le crâne, avait une largeur de cinq pieds deux pouces et une hauteur de deux pieds sept pouces. Ses deux faces externes, unies et simples, étaient absolument pareilles et d'égales dimensions; sa face interne avait plus de largeur et une forme différente. Elle correspondait au palais. Elle offrait au milieu de sa surface, dans toute sa longueur une saillie obtuse et convexe, recouverte par la membrane pa- latine; et de chaque côté de cette saillie longitudinale une sur- face très concave qui recevait la base des fanons. ( Voyez la fig. 3, pi. XI . ) La mâchoire supérieure était principalement composée des os maxillaires supérieurs, des os i\u palais et des os du nez. Je ne dois m'occuper ici que de sa surface palaiine. Elle était formée presque en entier par lesmaxillaires dont la carène présentait de chaque côté une longue yoûfe. Des sinus de différentes grandeurs, les uns très longs et très étroits, les autres courts et en forme d'anses, étaient pratiqués dans l'épais- seur de ces voûtes. Ces sinus, du moins les plus longs, étaient en partie osseux, en partie cartilagineux. Leur circonférence pres- que entièrement constituée par des lames osseuses était fermée par des cartilages ( fig. 3, b et c, pi xt. ). Les os du palais étaient plats et minces, ils touchaient à la base du crâne et recoi.vraient la partie interne et postérieure des os maxillaires, dont ils cachaient la suture. Cependant ils s'é- cartaient en arrière pour former une sorte d'apophyse qui re- montait vers l'os temporal. Ils étaient longs d'un pied sept pou- ces et larges de huit ponces. Leur forme, en fa sant abstraction de leur apophyse montante, était à-j)eu-p! es qiiadrangulaire. Ils se touchaient par leurs bords internes. — ^Ils augmentaient en arrière la saillie moyenne du palais et la profondein- de ses voiites latérales. ( fig. 3, d, d. ) La membrane q!ii recouvrait le palais, confondue avec le tissu qui l'attachait aux os avait plus d'un pouce d'épaisseur dans la plus grande partie de son étendue, et beaucoup plus vers son extrémité postérieure. Elle était unie, lisse et bien tendue; on n'y voyait aucune ride. Le fond de sa couleur était grisâtre, légèrement feint d'une nuance rouge. Quanta sa forme, large 27b F, RÀ.V1N. — Sur les Fanons. dans sa moitié postérieure, étroite dans l'autre, elle reprenait en devant un peu de largeur; c'était un ovale long comprimé vers sa pointe (fig. 4> 3> ^- ) Sa surface était convexe, divisée par un sillon en deux par ties égales et symétriques. Son plan formait longitndinalement plusieurs courbures. Elle s'étendait de chaque côté pour recevoir les fanons, et pré- sentait alors une disposition toute particulière que je décrirai plus loin. (Voyez membrane des fanons. ) Une lèvre de même texture que celle de la mâchoire inférieure bordait de chaque côté la mâchoire supérieure. Cette lèvre était moins large, plus aiguë et plus élevée que l'autre. Quand la bou- che était fermée, la lèvre d'en haut était reçue dans celle d'en bas. § 3. Deux rangs de fanons très nombreux garnissaient les côtés de la mâchoire supérieure: ils occupaient la place des dtnts chez les autres mammifères. Ils étaient courts et garnis de crins fort longs et fort touffus. ( pi. xi , fig. 5 et G, a, i),c,d, e. ) Tous ces fanons n'avaient pas la même longueur: très petits sur le devant de la mâchoire, ils grandissaient progressivement jusqu'aux environs de la commissure des lèvres. Là ils étaient longs de dix à douze pouces, mais dès-lors ils commençaient à diminuer. Plusieurs rangs d'autres fanons disposés transversale- ment et qui étaient de plus en plus petits, doublaient intérieu- rement celui-ci, formé des plus grands et des plus extérieurs. Ceux qui se trouvaient le plus près du palais étaient les plus pe- tits de tous, et la plupart d'entre eux finissaient par n'être plus autre chose qu'un léger faisceau de c\'\ni, de fort peu de lon- gueur. Il en était de même en devant et en arrière de la mâchoire aux extérmités de chaque rang de fanons (fig. 6). Le tiers antérieur des fanons était blanchâtre: tous ceux qui venaient après étaient d'un gris ardoisé. La couletir blanche dès premiers ne se nuançait pas avec la couleur grise des suivans; le changement était brusque de l'une en l'autre. L'épaisseur des fanons variait suivant leur longueur: les plus étaient épais de deux lignes. Chacun de ceux-ci représentait une plaque triangulaire dont le plan aurait été transversalement plié en deux courbures de sens opposé, dans la forme d'une S Au blé- F. RAVIN. — Sur les 'Fanons. 271 ment sinueuse. Leur bord externe n'était pas équarri, mais aminci et tranchant; iî avait une direction presque perpendicu- laire, ne se courbant un peu que vers la pointe. Le bord interne était oblique et garni de longs crins. (PI. xi, fig. li. ) Les faisceaux de crins avaient absolument la même composi- tion et la même nature que les fanons, c'était la même espèce de fibres. On pourrait dire que les fanons ne sont pas autre chose que des crins réunis en plaques au lieu de l'être en filets. (PI. XI, fig. 5, 6,7,e,é. ) ^ 4- La hase des fanons était enveloppée par un tissu blanc, de couleur mate, de nature cornée. Cette substance formait une suite de lames fibreuses qui étaient interposées aux fanons et servaient à les réunir les uns aux autres, de manière à n'en faire qu'un seul corps. Voici comment ils y étaient rangés : chacun d'eux, après y avoir pénétré, s'y divisait en deux lames aux- quelles on pourrait donner le nom de racines. Ces racines étaient un peu divergentes et ne s'unissaient pas entre elles; mais cha- cune était liée, par le moyen de la substance blanche, à celle du fanon voisin qui lui correspondait (pi. xi, fig. 6 et 7). Cette substance s'attachait à chaque racine d'où elle semblait naître, puis elle les surmontait, se courbait en passant de Tune à l'autre et descendait entre elles. La longueur dont elle descendait était en rapport avec celle des fanons qu'elle unissait : c'en était à -peu -près la cinquième partie. Elle avait beaucoup d'ad- hérence avec les racines, principalement en haut. Là, on eût dit qu'elle était formée d'un mélange de fibres longitu- dinales et transversales. Elle devenait liljre en bas, entre les plus grands fanons, et s'y terminait en un tissu de lamelles minces et transparentes, toutes composées de fibres longitudi- nales. L'épaisseur des lames de ce tissu blanc était partout égale à celle des deux fanons entre lesquels elle était placée. (Pi. xr, Ce <^ùi se passait pour les fanons avait lieu aussi pour les fais- ceaux de crins ou fanons internes, et pour fès crins isolés. Chaque faisceau, chaque crin isolé, se divisait eiï deux racines qui pénétraient dans le tissu blanc et se rattachaient ainsi au corps général des fanons. [V\. xi, fig. 7. c, (/, e, e.) 272 F- RA.V1.V. — Sur les Fanons. On voit, d'après cela, que la base de tous les fanons étant enveloppée et couverte par la substance blanche, celle ci était seule visible en cet endroit, même extérieurement. La surface supérieure de cette couche paraissait agréablement sillonnée de plis longs, sinueux et parallèles , puis de fentes droites plus ou moins courtes, et enfin de trous de différentes grandeurs qui étaient rangés avec symétrie. Ces longs sillons , ces fentes , ces trous divers, avaient une profondeur variable suivant leur po- sition et l'espèce des fanons ou des faisceaux de crins auxquels ils conduisaient : ils marquaient l'écartement de leurs racines. (PI. XI, fig. 5 et 10.) La couche, ou la masse, formée par la substance blanche avait une largeur variable d'un bout à l'autre de la mâchoire. L'endroit où elle était le plus large correspondait à celui où les fanons avaient eux-mêmes les plus grandes dimensions. C'était là aussi qu'elle avait le plus de hauteur et d'épaisseur. Chacun de ses bords était comme une bande blanche qui recouvrait en dehors les fanons et en dedans les faisceaux de crins (pi. xi, fig 5,y, g", A, i). Le bord externe, placé contre la lèvre, était à-peu-près des deux tiers plus large que l'interne. Celui-ci n'avait pas plus d'un pouce quand le premier en ava^t près de trois. Ces deux hauteurs étaient les plus grandes. Le plan vertical de chaque lame de substance blanche avait la forme d'une espèce de trapèze. Son côté ou bord interne s'u- nissait à celui de la menibraue palatine, qui était exprès coupé d'une manière abrupte , et dont l'épaisseur variait partout de la même manière que la^ienne. (Pi. xi,figi 5,^, /, et fig. 8.) La substance blanche éiait ferme et solide, mais plus tendre, moins élastique et plus fragile que celle des fanons. § 5. Une membrane qui paraissait être une suite ou une dé- pendance de la membrane palatine recouvrait de chaque côté tout l'espace que les fanons occupaient sur les os maxillaires su- périeurs. Elle était placée entre ces os et les fanons; c'était elle qui les attachait sur les mâchoires et qui leur fournissait des sucs nutritifs. Toute sa surface était marquée de sillons nombreux, parallèles et symétriques, qui correspondaient aux saillies ar- rondies et obtuses de la substance blanche. Ces saillies, produites • F. RWix. — Sur les Fanons. 278 par la base de chaque laine blanche , étaient reçues clans les sil- lons de la membrane, et elles y adhéraient si fortement, qu'elles y laissèrent des éclats de leur tissu lorsqu'on arracha de la niâ- choire la masse entière des fanons. (Pi. xi, fig. l\, h, b.) Entre chaque sillon s'élevait de cette membrane une lame charnue assez mince et à demi trans-parente, de forme triangu- laire, ayant une longue base et peu de hauteur, mais surmontée par de nombreux faisceaux de filets fibrilleux dont la longueur décroissait régiilièremenî de dehors en dedans. Cette suite de lames représentait une série de petits fanons charnus, très mous, rouges et encore tout imbibc'S de sang comme la mem- brane d'où ils naissaient. Ces lames vasculaires étaient destinées à pénétrer dans le tissu même des fanons; elles passaient entre leurs racines et combiaient les fentes qui se voyaient à leur base dans la substance blanche. (PI. xi, fig. ^,h, b.) ' La même chose avait lieu pour les simples faisceaux de crins. Il naissait de la membrane palatine des faisceaux de fibrilles qui s'insuujaient entre les racines de ces crms et se répandaient dans leur tissu jusqu'à une profondeur déterminée. Cette profondeur devait en égaler le quait ou le tiers, si j'en juge d'après la lon- gueur des lames et des filefs charnus que j'ai pu relever sur la membrane où ils étaient contractés. La membrane avait beaucoup d'épaisseur en arrière ; là elle L'tait d'un pouce pour le moins, et elle augmentait beaucoup encore et d'une manière très rapide si l'on reculait davantage vers la gorge; mais elle diminuait graduellement en avançant vers le museau : elle finissait par n'y pas avoir deux lignes d'é- paisseur. Sa force n'augmentait pas, comme celle de la sub- stance blanche, suivant la force et la longueur des fanons. Elle s'unissait avec la lèvre par son bord externe et se con- fondait par l'autre bord avec la membrane palatine moyenne. Elle adhérait aux os maxillaires par deux moyens : 1° elle s'u- nissait avec leur périoste; i^elle faisait passer à travers les sinus pratiqués dans l'épaisseur de ces os, des espèces de cordons en forme d'anse, qui revenaient à elle après les avoir parcourus. Ces cordons étaient gros, courts et nombreux en anièrc; très longs au contraire et plus grêles vers la partie moyenne et sin* V, Zooi.. — Jt/ni. iS 274 I". RAVIN. — Sur les Fanons. le devant de la mâchoire. Les plus gros contenaient deux tubes vasculaires ass«^z larges; les autres n'en portaient qu'un seul. Il paraîtrait qu'ils servaient à la nourriture des os maxillaires en même temps que d'attaches à la membrane des fanons (/«e/w- hrane palatine latérale). Le tissu propre de la membrane était mou , rempli de fluides et composé de fibres mêlées, inti iquées, rouges, et laissant entre elles des aréoles étroites et nombreuses. Cette membrane n'é- tait-elle que celluleuse? n'avait-elle rien de musculeux? Les lames et les filamens qui pénétraient dans les fanons n'étaient- ils que vasculaires? ne servaient-ils pas à les mouvoir ainsi qu'à les nourrir? L'apparence des fibres en donnait l'idée; mais leur intrication, leur mélange confus en détournait. Je remarquais en même temps que si les fanons étaient mobiles, ils ne devaient exécuter qu'un mouvement de masse, et que ce mouvement, qui est, à ce que l'on dit, très apparent dans les plus grands Cétacés, devait être faible dans cette Balemoptère. Je ne puis dire positivement comment la substance blanche était alimentée; je présume qu'elle l'était directement par imbi- bition ou par absorption, parce que son tissu était intimement yni à celui de la membrane des fanons. — Qu'est-ce que la substance blanche par rapport aux fanons? Sa fonction principale était de les unir entre eux : elle représen- tait un bord alvéolaire plutôt encore qu'une gencive. Ce bord alvéolaire , au lieu d'être composé d'une matière osseuse, était fait d'une matière cornée, analogue à celle des fanons, qui, eux, représentaient les dents; car tout l'appareil masticatoire du Cé- tacée devait être souple et flexible. La membrane vasculaire était l'analogue de nos membranes dentaires, et se trouvait aussi dis. posée de manière à ne pas diminuer la mobilité de l'appareil- L'analogisme de l'émail de nos dents se retrouvait dans l'épi- derme lisse et durci qui recouvrait les fanons. Quant aux geil- cives , destinées à couvrir et à nourrir les mâchoires beaucoup plus qu'à maintenir les dents en place, j'ai pensé qu'elles se con fondaient avec les lèvres dans cette espèce de Mammifères. F. RAViiv. — Sur les Fanons. 27 5 EXPLICATION DE LA PLANCHE XI. « Fig. I. EAtÉsopTÈRE A BEC, lialocuoplera acuto-iostraitt , LacépèJe. — Balana rosirata. Hunier. — Dalana rosliata Iwrcaiis , Qiioy. DIMFÎfSrOTîS DE l'aNIMAL. pieds. p. 1. a'^s. LoL'gueur toLiIe, du museau à renfoiirchure de la queue, 4a » « m, u. Hauteur, piise au tiei'à de la poitrine 7 » » Mâchoire supérieure. fl, J. Longueur, du museau à la partie antérieure du crâne.. ..7 » » (J. Largeur à sa base, au devant du ciàiie, au-dessus des évcnts 5 2 » e, c. Hauteur, vis-à-vis de la rommissure des lèvres l 6 s i>. Bosse sus-maxillaire, à 4 pieds 8 pouces du museau. Longueur i 4 » Hauli'ur a 'i » c, d. Évenis, couihes, sprai-luuairos, opposes par leur convexi- té ; séparés par une cloison, marquée d'un sillon li- néaire. Largeur r '8 i> Mdclloire inférieure. a>, d'. Longueur 7 (> » e,f. Hauteur, vis-fl-vis de la commissure des lèvres 37» /, e, c, — Hauteurs réunies des deux mâchoires 4 i „ ( Crite mesure p«irl varier, k poche sous-maxillair« étant dilatable et contractile. ) d'. Paupières; longueur uio » Memlrci t/ioraci(juej , étroits et courts. g. itpaule. /. Aisselle, à i5 pouces au-dessous de l'épaule. g, h. Coté antérieur, long de 4 4 •> /, h. Coté postérieur, long de 3 1 ■ i. Saillie anguleuse, imitant le coude, à un pied de l'aisselle, à l'origine du carpe,, entre. le carpe et le cubitus. Jfageoirc dorsale, à 9 pieds 4 pouces de la queue. p , q. Longueur 3 „ „ q, r. HaHleur, nu dessus (lu dos .. 7 ■• r. J.'échanrrure est ouverte de , , , «t 5 «8. S76 F. n.vviiv. — Sur les Fanons. Queue, nageoires caudales; horhontales. t, s. Largeur ou base de chaque nageoire 1 9 •> i/,i et i',f. Hauteur de chaque nageoire 4 a » u, t: Largeur de l'enfourchure , . 8 4 « o. Anus , à la pieds de la queue. Xota. Toutes ces mesures sont rigoureuses : elles ont été prises avec soin sur Tanimal même. Je doute que uous possédions jusqu'à présent «ne bonne figure de la Balénoptère à bec. Celle qui a été publiée dernièrement pour le iwM-eau Dictionnaire tP/iisloire naturelle n'était qu'une copie amplifiée de celle qu'on voit représentée en très pttit dans les planches de l'ouvrage de Bloch sur les poissons. Or ou sait ce qu'il faut penser en général des figures de cet ouvrage. L'amplification de celle dont il s'agit en rendeiK plus évidentes le, inexactitudes, qui étaient principalement remarquables dans la mollesse et la grandeur des bras. C'est ce qui m'a engagé à donner la figure nouvelle que je joins à ce mémoire. Elle est assurément plus exacte, car elle a été faite eu vue de l'animal même et d'après des mesures rigoureusement prises sur di- verses parties de son corps pour en reproduire fidèlement les dimensions. Fig. 2. La mâchoire inférieure. a, a, a. Les maxillaires inférieurs recouverts par une lèvre. l^ b. Membrane buccale. c, c. La laugue. — On remarque à sa surface supérieure deux corps papillaires très déve- loppés; d, d, — et sur le bout un espace ovale, déprimé, concave, oii la membrane est lisse, tendue et dépourvue de papilles; e. — Le bord supérieur de la langue est frangé p;ir de grosses papilles pareilles à celles qui se voient en d. La langue est adhérente par toute sa face inférieure à la membrane buccale, elle ne peut exécuter sur elle-même que les mouvemeus les plus bornés; mais l'extensibilité de la mem- brane et l'extrême laxilé du réseau lamineux subjacent me laissent croire qu'elle en pourrait faire Je nbis étendus, qu'il lui serait aisé de s'avancei- jusqu'au bout de la michoire et de se diri-^er en divers sens vers ses bords. f. Tissu lamineux fort lâche, séreux, à grandes lames, à longues cellules, situé entre la peau et la membrane buccale. g. Réservoir aérifère. La rapidité avec laquelle le dépècement s'est effectué ne m'a pasperiais de constater l'exis- tence de ce réservoir. (Voy. Hist. Nat. de-î poissons, par Bloch, tom. ix, p. i53, édit. de RR. Cassel. et Dictionn. des Se. natur. , tome iti, pag. 422 ). /( /( h. La peau au dessous de la mâchoire. — On y voit des plis ou sillons parallèles qui s'enfoncent jusque dans le tissu adipeux. Ils ne sont pas bornés au dessous de la mâchoire; ils s'étendent aussi sous la gorge et sous la poitrine. Ils sont placés assez régulièrement à deux pouces les uns des autres ; leur profondeur est de six lignes et ils peuvent s'oiivr:r d'autant. Ils sont probablement destinés à suppléer à ce qui manque d'extensibilité à la peau et au tissu adipeux, lorsque l'animal respire et surtout lorsqu'il remplit le réservoir aérifère g dont ou assure qu'il est pourvu. La peau est noire sur tout le dessus du corps, mais elle prend une teinte grise et nacrée en dessous. Dans l'intérieur des plis elle redevient noire. Je n'ai pas trouvé de glandes salivaires à la mâchoire inférieure et je n'ai pas vu qu'il eu existât duus aucune autre partie de la tète.. F. RAVIN. — Sur les Banons. a 77 Fig. 3. La mâchoire supérieure. Surface palatine osseuse. a, a. Les os maxillaires réunis et formant au palais uue double voûte creusée par des sinus de différentes séries. h,b. Sinus en forme de sillons. c,c,c. Sinus en forme d'anses. d, d. Os palatins. Fig. 4. Membrane palatine. o, a. Membrane palatine moyenne, lisse, tendue, divisée en deux parties par une ligne mé- diane longitudinale. b, h. Membrane palatine latérale ou membrane des fanons. On y voit une foule de petits sillons de grandeurs inégales, disposés sur plusieurs rangs et destinés à recevoir la base des fanons. De chaque bord de ces sillons s'élèvent des expansions charnues, vasculaires, qui pénètrent dans les fanons, entre leurs racines. Dans la figure ces membranes sont contractées. On les a indi- quées par de simples traits. (Voy. la fig. 9.) Fig. 5. Masse de fanons réunis entre eux. a^a. Les fanons du premier rang nu fanons extérieurs, b,c. Fanons du a' et du 3'^ rangs, ou fanons internes. d,e. Crins isolés, simples. f,g,h,i. Masse de substance blanche enveloppant les racines des fanons. f,g. Bord externe formant une bande blanche sur la base des fanons du premier rang. Cette bande s'appuie contre la lèvre. It,i. Bord interne beaucoup moins élevé qui adhère à la tranche de la membrane palatine moyenne (Cg. 4-) g, i. Lame eu forme de trapèze qui descend entre deux fanons. Fig. 6. Des fanons de divers rangs et des crins simples. Ils sont séparés les uns des autres et détachés de la substance blanche qui les enveloppait. «. Fanon du premier rang. ù, c,d. Fanons des 2*, 3* et 4" rangs. e. Crin simple, isolé. f,g. Racines écartées du fanon externe. ' f,g. Racines des fanons internes, disposées de même n^anière. Fig, 7, Fanons unis par la substance blanche. a,b. Fanons externes. — f,g. racines du fanon a. — U,i, racines du fanon b, —• e- « racines dont l'une appartient au fanon a, el l'autre au fanon b, et qui sont foules deux rfcou- vertes par des replis de la substance blanche. — /, lame de substance blan'-he qui descend entre les deux fanons a el b, et dont les replis embrassent leurs racines g et h. — c, d,e e'. fanons internes et simples crins, disposés comme les fanons externes à l'égurd des lames de la îiubbtance blanche et unis par elle de la même manière. Dans cette figure 'es fanons sont beau- coup plus écartés el les fanons sont plus dislans qu'il ne doivent l'être , a l'a lait exprès pour qu'on en dislingue mieux l'arrangement. Fig. 8. Lame de substance blanche isolée. Elle est divisée arliticiclli!... .:; ..uivaut les rang* des fanons auxquels elle correspond. /. Lame. />,/», repli» qui s'attachent aux racines des funonn à droilo tt ù (jauclie. ayS VANBE^EDEN. — Atiatomie de /''Helix algira. Fig. g. Morceau de membrane palatine, au dessous des fanons qui s'y doivent allarlier. La partie latérale de cette monibraue présente quelques-unes des expansions cliarnues et vasculaires qui s'insinuent dans les fanons. a, a. Portion de membrane palatine. /', h. Lames vasculaires relevées et étendues. c, c. Lames vasculaires contractées et rabattues sur la membrane, entre les sillons do laqueUe elles forment des saillies de couleur rouge. d, cl, d. Fanons dans la base desquels doivent pénétrer les lames vasculaires. Fig. xo. Cette figure a été faite pour suppléer à la fig. S dont la petites^ ne permet pas de \oir assez clairement la disposition des lun>es de la substance blauchu à la base des fauoiis. Les lames qui couvrent les fanons du premier rang sont toutes disposées régulièrement eu une longue série extérieure, unique, dans hiquelle elles diminuent graduellement de longueur et d'épaisseur vers chaque extiémité. — Les lames des fhnons internes du 2° et du 3* rang soûl disposées au contraire par séries courtes et multiples, dans lesquelles elles varient symétrique- ment de longueur, à-peu-près comme des tuyaux d'orgue. Le nombre de ces tuyaux n'est pas égal pour chaque série. — Les lames du quatrième rang sont aussi disposées en petites séries ; mais elles se trouvent daus un sens inverse. Elles se présentent à l'oeil comme de simples fentes, tant la lame blanche y est devenue mince. Elles sont placées entre les divers rangs de fanons internes pour combler les espaces qu'ils laissent entre eux. Il eu est de même des trous qui correspondent aux racines des simples crins. MÉaiomE sm- Vanatomie de /'Hélix algira , Par le docteur Vaivbeneden, Professeur à l'université de Louvain. (Mémoire présenté à l'Académie de Bruxelles daus la séance du 8 août i835.} Dans ces dernières années , les Coquilles ^îuviales et terrestres ont été l'objet de recherches particulières et très assi lues. Les géologues, sentant vivement le besoiu de connaîtte les dépouilles de ces Mollusques, ont excité l'ardeur des malacologistes, et en quelques années on a vu les cabinets enrichis d'un nombre considérable de coquilles rapportées de tous les points du globe, et appartenant à presque tous les genres de Pulmonés; maisil- n'en est aucun qui ait vu le nombre d'espèces s'acCiOÎtre comme celui des Hélices, et qui ait nécessité plus de subdivisions. VA.NBJÎNEDEN. — Anaiouiic de /^Helix algira. a-yg Différens auteurs ont essayé de les grouper dans des sous- genres; mais n'ayant pris pour guide que la coquille sans s'ap- puyer sur l'animal qui la produit, leurs coupes sont plus ou moins artificielles, et on en ignore absolument la valeur. Différens zoologistes avaient senti, depuis long-temps, la nécessité de ne pas s'écarter de la méthode naturelle, et M. de Blainville avait même déjà signalé sur quels organes intérieurs la distinction des espèces pouvait se baser; mais jusqu'à présent on n'avait pas cherché à mettre ces principes en pratique, et le véritable moyen de parvenir, par la connaissance anatomique, à l'établissement rigoureux des genres, sous-genres et espèces était encore négligé. C'est en partie pour parvenir à ce but que j'ai commencé ces recherches, et que j'ai pris un Hélix d'une subdivision assez naturelle, pour m'assurer de la valeur de ce groupe et savoir jusqu'où s'étendent les variations dans les différens appareils. L'espèce qui fait le sujet de ce mémoire habite le midi de la France et le r.ord de l'Afrique. Les individus qui ont servi à mes recherches m'ont été généreusement communiqués par JM . le professeur Laurent, qui s'occupe depuis quelque temps à ob- server les moeurs de ces curieux animaux. Je donnerai d'abord ra!>alomie absolue de l'animal, que je comjjarerai ensuite à 1 Hélix jjomatia , lequel peut être considéré comme type du genre, et en même temps de la subdivision de ceux qui affectent la forme globuleuse. C'est de cette espèce que Cuvier a donné lanatomie; nous verrons, par suite de la comparaison , les applications qu'on pourra faire des disposi- tions anatomiques. Ayant trouvé dans deux individus une sorte d'atrophie dans les organes de la génération, soit par suite de la captivité des animaux, de leur nourriture ou de l'époque de l'année, je join- drai \\x\^ ligure de ces organes tels qu'ils se sont présentés; ils pourront quelquefois aider à nous mettre sur la voie de la véri- table détermination de certains organes encore douteux , je veux dire du testicule et de l'ovaire, sur la nature desquels on est loin d'être d'accord. Système nerveux. — Ce système est formé Sur le même type 28o V Ais BENEDEîN . — Aiiatomie de /'Hélix al^ira »' que celui des autres Gastéropodes jwnns, il se fait remarquer par le grand nombre de nerfs qui partent du collier nerveux. On aperçoit d'abord deux: ganglions sus-œsophagiens qui re- présentent le cerveau et qui sont contenus tlans un névrilème très lâche; ces deux ganglions sont unis par une commissure. • Il part de chacun de ces ganglions le nerf optique, le nerf du tentacule inférieur, dont le rameau principal se perd autour de la hanche, les nerfs qui se rendent aux petits muscles ex- trinsèques de la bouche, les nerfs qui se rendent à la peau qui recouvre la tête, un nerf du côté droit qui se rend à la verge, et les deux fdeîs qui forment le collier par nna rémiion avec les ganglions inférieurs. Inférieurement à l'oesophage, il y a quatre ganglions réunis en une seule masse, dont ceux du milieti fournissent les nerfs qui se rendent aux principaux viscères, et les autres fdets in- nombrables qui en partent vont se perdre dans le pied, le man- teau et les muscles rétracteurs. ,■ Le nerf optique se laisse parfaitement disséquer jusqu'à sa terminaison. Il part du cerveau, entre dans le tentacule en for- mant plusieui-s zigzags, comme le montre la figure, et se perd dans le globe de l'œil. On conçoit bien pourquoi le nerf doit se replier sur lui-même, le globe de l'œil étant à l'extrémité du tentacule, lorsque celui-ci s'épanouit. Système musculaire. — Le pied qui est musculaire dans toute son étendue, et dont les fibres s'entrecroisent en tout sens, s'effile considérablement pour pouvoir entrer dans l'ouverture étroite de la coquille. Il est entouré par le collier, qui serre le pied comme un sphincter, et dont le bord est musculeux et très épais; les fibres musculaires diminuent à mesure qu'il s'enfonce dans la coquille. Immédiatement au-dessus de la partie infé- rieure, on voit le muscle rétracteur du pied, dont les fibres s'entrelacent avec celles de cet organe, et qui va s'attacher pos- térieurement à la columelle de la coquilie; il sert à tirer le pied au dedans de la coquille. En dessus de celui-ci est un autre muscle columellaire; il s'unit antérieurement à la paroi nuis- culeuse de la cavité buccale, et il s'attache à la columelle dec-» ricre le précédent; c'est le muscle rétracteur de la bouche. VANBENEDE3.'. — u4natomie de /^Helix algira. 281 Au-dessus de celui-ci, qui forme comme un planclier sous l'œsophage, on trouve les muscles propres des tentacules, qui prennent leur attache sur sa surface; ils sont réunis posiérieu- re:nent et formetit le rétracteur commun des tentacules. Le muscle rétracteur de la verge va prendre son point d'at- tache sur les parois de la grande cavité viscérale; il est très développé dans cette espèce. Tons ces muscles que nous venons d'énumérer après le pied sont des muscles rétracteurs, sauf un seul qui agit comme sphinc- ter. Il y a au tentacule oculaire deu.x petits muscles très distincts qui produisent le mouvement contraire des précédens. II3 s'at- tachent d'un côté à l'enveloppe de l'œil et de l'autre côté à la peau. Cuvier ne parle pas de ces muscles (\^.ns l' Hélix pomatia. 6 ième di'^estif. — La bouche est armée comme dans toutes les espèces de ce groupe d'inie pièce cornée assez solide, dont la moitié qui est très dure fait saillie en dehors, tandis que le reste est engagé dans l'épaisseur des muscles. Cette pièce ressemble beaucoup au bec des Céphalopodes avec lequel on ne peut s empêcher de le compai'er; elle est adhérente à la voûte de la bouche. Il se trouve inférieurement, sur la masse musculaire, un autre pièce cornée enclavée de même dans l'épaisseur des mus- cles et considérée généralement comme la langue. La pièce supérieure présente au milieu une saillie recourbée en avant qui lui donne cet aspect de bec d'oiseau, tandis que la pièce inférieure est beaucoup moins solide et se trouve repliée vers son milieu sur elle-même. Elle est divisée en deux par- ties : l'une postérieure est adhérente aux muscles; l'autre moi- tié est entièrement libre et mobile et peut jouer dans la cavité de la bouche: c'est sans doute à cause de cela qu'elle a reçu le nom de langue. Sur toute la surface de cette lame on remarque des crochets très fins qui servent à retenir et à broyer les ali- mens par le point d'appui qu'elle offre à la dent supérieure. Ces crochets sont disposés d'une manière très régulière en formant des dessins qui semblent caractéristiques lorsqu'on les examine au microscope. Ce serait peut-être un moyen très avantageux à en)ployer pour la détermination des espèces douteuses. a8a VANBBNEDEN. — u^natomie de /^Helix algira. La cavité buccale est très mtisciileiise, surtout à sa partie inférieure. Ses principaux filets nerveux sont fournis par le gan- glion sous-œsophagien. L'œsophage comuience dans la voûte de cette cavité. Les glandes salivaires l'enveloppent presque immédiatement après sa sortie du collier nerveux, et il reste d'un volume égal jusqu'à ce qu'il se rende, dans le foie. Ici se montre l'estomac en forme de sac très allonge et à p rois aussi minces que dans le reste du tube digestif. L'intestin se contourne immédiatement après sa naissance, produit encore un léger renflement, vient barrer en avant l'extrémité du foie et va s'ouvrir à l'extérieur après avoir formé une anse dans l'intérieur de cette dande. Les "landes salivaires sont très volumineuses et entourent parfaitement l'œsophage. Elles foi ment un véritable anneau et donnent naissance aux conduits excréteurs qui se rendent par dessous le cercle nerveux, dans la cavité buccale à travers les parois supérieures. Le foie est très volumineux. Il est divisé en deux parties dont l'ufie forme avec l'ovaire le tortillon, tandis que l'autre entoure les intestins en forme de lobules. Les canaux biliaires répandent le produit de la sécrétion dans l'intestin immédiatement après son origine. Système circulatoire. — Le sang se porte par un grand nombre de subdivisions de ses vaisseaux à la veine pulmonaire, et c'est sur son trajet que se fait l'hématose. Le réseau vasculaire est très ré- gulièrement placé sur les parois supérieures du sac pulmonaire et la veine naît sur la ligne médiane de la réunion de tous ces vaisseaux. L'oreillette est ]:)etite et comprise dans le péricarde. Il se trouve un rétrécissement entre elle et le cœur. Le péricarde est uni aux parois du sac pulmonaire. Le cœur se meut librement dans son intérieur. L'aorte naît à l'extrémité opposée de la veine pulmo- naire, et elle se divise en différens rameaux qui vont se perdre dans le corps. L'organe de la viscosité, que M. de Blainville regarde comme un organe de dépuration, est situé dans les pai^ois supéi'ieures du sac j)idmonaire à coté du cœur et de la veine pulmonaire. Il vANBEWEDEff. — ^natoTTiie de /^Helix algira. aSS est allongé, arrondi aux deux extrémités. Sa texture dénote sa nature glandulaire On l'aperçoit à l'extérieur à travers la peau qui recouvre le dos. Système générateur. — La détermination de ces organes prin- cipaux étant encore un point en litige, puisque les uns regardent comme testicule ce q'ie les autres considèrent comme ovaire, ci vice versa, j'ai dû choisir entre ces deux déterminations, et j'ai pris celle deCiuvier et de Carus;mais je n'ai point jusqu'à présent la conviction que telle est la détermination précise qu'on doit donner des mis ou des autres. Le testicule est situé à l'extrémité postérieure du second ovi- ductcoude la matrice, llest assez volum iieux, de couleur jaune et d'un aspect luisant. Il reçoit de l'ovaire logé dans le fuie le pre- mier oviducte ou bien les parois de ce premier oviducte se con- fondent dans son propre tissu. Ije canal déférent par l'intermède d'une gl.tnde très allongéeet située «ont le longdelamatrice, pa- raît venir aussi aboutir à cet organe. Cette glande, qui est surtout très développée dans les Limnéfs où elle forme une grande ]io- che, est remarquable iei, de même que dans l Hélix promatia par sa grande étendue. La nature de cet organe de même que sa fonction sont encoi'e inconnues. Le canal déférent est long, arrondi et d'une consistance assez grande. Il est diversement replié dans les parois étroites que lui laissent les organes environnans, et il va aboutir à l'extré- mité de la verge. A l'endroit où le canal déférent se rend dans la verge, il y a un grand et fort muscle rétracteur, qui prend son point d'appui sur la portion membraneuse qui sépare le sac j)ul- monaire du sac viscéral, et qui retire cette organe après l'acte de la copulation. Vers le milieu de la verge on aperçoit un bourrelet dont les bords sont libres et flottars. iSovaire est situé dans le foie comme dans le plus grand nom- bre de Mollusques, et cette disposition, qui se trouve jusque dans les Bivalves, est très favorable à cette détermination. L'ovaire dans cette espèce n'est point aussi nettement distincte que dans les autres Pulnjonés, et il se trouve logé à l'extrémité des tours de spire. Le premier oviducte qui naît par plusieurs ra- mifications de cet organe et qui longe le côté interne des tours 284 vAPfBENKDEN. — ^natoiTiie de /^Helix algira. de spire, ou le bord columellaire, se replie différentes fois sur lui-même en se séparant du foie, et après de nombreuses cir- convolutions, il se rend au testicule. J'ai trouvé des Zoosper- mes dans ["intérieur de ce canal qui est le même que celui où Prévost de Genève en a trouvé le premier dans les Limnées. (i) A 1 extrémité antérieure du testicule naît comme nous venons de le voir le second oviducte ou la matrice. Elle est assez large et fortement festonnée comme un uitestiii. Cette matrice se rend dans une poche scn)blable à celle qui loge le cristallin dans VHelLx pometia et où aboutit également un canal qui provient de la bourse du Pourpre. Cette bourse du Pourpre envoie son conduit dans la bourse commune, à côté de la matrice, et les parois de l'un et de l'autre semblent être continuées. La bourse qui est assez grande est attachée au second oviducte ou ma- trice. J'ai trouvé dans l'intérieur de cette bourse des animal- cules en aussi gi-and nombre que dans le premier oviducte. (2) A l'endroit où s'insèrent dans ï Hélix pometia les vésicules multifides, dont la fonction n'est point encore connue, il v a tout autour de cette poche une glande qui a ini aspect graïujlé et qui remplace probablement les vésicules des autres Hélices. L'absence de ces appendices et la simple réunion de la poche du Pourpre avec la matrice à l'extrémité de cette poche rend cette partie de l'appareil extrêmement simple, tandis qu'on a de la peine à le débrouiller dans les autres Hélices. Je me borne dans ce moment à l'énoncé des faits, me réser- vant de chercher la solution de plusieurs de ces problèmes phy- siologiques, dans un travail spécial sur les organes de la géné- ration de ces animaux. Atrophie de V appareil de la génération. Dans la disposition anomale que nous avons indiquée eji (i) De la génération chez les Limnées. (Mém. de la Soc. de physique et d'hist. iiat. de Ge- nève, toiii. IV. a . livr.p. i;i.) (a) M. de Blainville ( Aclinologie, p. SgG) rapporte qu'il a trouvé des zoospermes dans l'orgiine que Cuvier appelle testicule et dans celui qu'il considère comme l'ovaire. » VA.NBENEDEN. — Anatomie de /^Helix algira. 285 commençant, et qui est représentée à la figure 5, l'appareil, est d'une petitesse telle que c'est à la faveur de la forme que la verge a conservée , et de ses rapports avec les autres organes, qu'on le reconnaît pour ce qu'il est réellement. Le testicule est extrêmement petit. On ne trouve presque au- cune différence entre lui et le reste de l'appareil. La glande ( prostate ) qui est accolée contre la matrice ne laisse que quel- ques traces légères de son existence. Le canal déférent l'appen- dice de la verge, et le muscle rétracteur sont réduits à une grande minceur. L'ovaire logé dans le foie est à peine visible, de même que son premier oviducte. Le second oviducte semble ne pas être diffé- rent du testicule, et il se rend avec le canal de la bourse du Pourpre à la poche commune comme deux cordons sans aucune dilatation ou boursoufleirient. Comparaison de V Hélix pomatia auec l'Hélix algira. Nous examinerons les mêmes appareils d'après l'ordre que nous avons suivi dans leur description. Le système nerveux offre d'abord cette différence dans le cerveau, (^neV Hélix pomatia \\ a en dessus de l'œsophage qu'un cordon nerveux, tandis que dans VHelix algira on aperçoit dis- tinctement sur la ligne médiane, deux ganglions qui sont unis entre eux par une commissure. Au lieu d'avoir un gros cordon de l'épaisseur du cerveau pour former le collier nerveux, il n'y a dans Xalgira que deux filets d'une assez grande ténuité, qui lient la portion sus-œsophagienne à la sous-œsophagienne. Pour troi- sième différence on peut signaler le nombre prodigieux de nerfs qui sortent dans VHelix algira Au cerveau et des ganglions sous- cesophagiens, tandis qu'il est facile de compter le nombre de fi- lets beaucoup plus gros qui proviennent surtout de l'anneau nerveux de \' Hélix pomatia. J^e canal digestd présente surtout une différence dans les pièces cornées qui arment la bouche. Dans V Hélix pomatia la pièce suj)érieure offre sur tout son bord Ubre des dentelures qui se continuent en autant de cannelures sur sa surface antc- 286 vanbejSEDen. — u^natomie de /'Hélix algira. rieiire; la forme de cette pièce dans VHeîix algira rapjjelle an contraire celle des Céphalopodes. La partie moyenne est bombée sur le milieu et tranchant sur tout son bord libre. Cette disposition explique parfaitement pourquoi cette espèce sem- ble se distinguer par ses mœurs des autres espèces. L'œsophage est entouré dans V Hélix algira des glandes sali- vaires constituant une masse unique, tandis que dans XHelix po- matia, ces glandes enveloppent l'estomac même et se divisent eu plusieurs ramifications disposées autour de cet organe. Dans XHelix pomatia^-A quelque distaîice de l'estonîac, l'intestin ofl're un cœcum à l'endroit où les vaisseaux biliaires se rendent; dans XHelix algira l'intestin est continu et il présente un second reiiflement allongé immédiatemeiit après qu'il s'est atrophié sur lui-même. C'est dans les organes de la génération que nous allons voir les différences les plus marquées. L'appendice de la verge a de même que le canal de la bourse du Pourpre un volume beaucoup plus considérable dans V Hélix pomatia; dans V algira on ne voit qu'un très petit appendice à la verge , et le canal de la bourse du Pourpre est très court et attaché à la matrice. L'organe femelle n'offre que peu de différence jusqu'à l'en- droit où les diflérens conduits s'unissent dans la bourse com- mune. Dans X H. pomatia nous voyons une bourse du dard, des deux côtés de l'extrémité de l'oviducte, un amas d'appendices abou- tissant à un canal commun, et la conduit de la bourse du Pour- pre qui aboutit à ce même oviducte avant les appendices dont nous venons de parler. Dans XHelix algira , nous ne distinguons pas de bourse du dard , ou du moins la bourse ne contient point un corps cristal- lin, et l'oviducte s'abouche au fond de cet organe^ avec le con- duit de la vésicule du Pourpre. Il n'y a point de vésicule multifides, mais on voit à la place un corps glandulaire entourant entièrement cette bourse comme •\m anneau autour du doigt. VAWBENEDEN. — ^natoiiiie de /^Helix algira, ^^87 Nous résumerons nos différences ainsi qu'il suit : 1° Il y a deux ganglions représentant le cerveau dans \ Hélix algira et quatre ganglions intérieurement; il n'y a qu'un anneau nerveux ?ans ganglioiîs distincts^ si ce n'est le supérieur et l'in- férieur dans V Hélix p077iatia. 1° Le nombre véritable de filets nerveux sortant de l'anneau nerveux est beaucoup plus considérable et les filets plus tenus dans XHt^lix algiia que dans X Hélix po mat la. 3" Les glandes salivaires entourent l'œsophage dans Valgira et l'estomac dans X Hélix pomatia. 4° L'appendice de la verge est beaucoup plus long de même que le conduit de la vessie i\u Pourpre dans V Hélix pomatia. 5° Il n'y a point de dard dans Falgira^ et la poche qui le con- tient sert de conduit dans Valgira, aux organes femelles. 6" Les vésicules multifides sont représentées par un co rps glandulaire sans aucun appendice dans VHelix algira. 7° La boiuse du Pourpre est libre et flottante au bout de son canal dans X Hélix pomatia et adhérent à l'oviducte dans \ Hélix algira. Avant de proposer une division sous-générique de.s Hélices, il sera certainement convenable danatomiser la pi upart des es- pèces si on veut les grouper d'après l'ordre de le;urs affinités. Il me semble que les divisions pourront s'élaljlir sur l'absence ou la présence des vésicules multifides, ainsi qrie sur leur nombre comme l'a proposé M. de Blainville, et que le,s caractères spéci- fiques pourront se trouver tant dans les pièces cornées qui arment la bouche que dans les autres différences qu'offre cet a[)paroil. Pour que ces caractères deviennentzoologiqufjs, on devra tou- jours tâcher de les traduire par quelques autrc.j caractères dans la coquille. 288 vAiNBE>Eoi?.\. — Anutomie de /^Helix algira. EXPLICATION DE LA PLANCHE X. ( Toutes les figures sont grossies, du double. ) Fig. I. Représentant principalement le système nerveux et les tentacules, a. eavité buccale b. grand muscle rétracteur de la bouche c. œsophage; ild. conduit salivaire; e. manleau;/. pe- tit muscle Iransverse qui tiro la bouche sur le côté; i^. tentacule supérieur; /;. tentacule infé- rieur ;/'. i. muscles rilracteurs communs des deux tentacules; y. muscles coniracteurs des ten- tacules supérieurs ; k. cerveau; /. ganglions inférieurs; m. utrf opiiquc; n. nerf du tentacule in- férieur ; o. nerf des oigaiics de la digestion; p. nlexus nerveux du pied; a. nerf des parties latérales et supérieuies du manteau. ^, Fig. 2. Représentant surtout les muscles principaux, aa. le pied; h. une coupe du collier; c. muscle rétracleur du pied; d. muscle réfracteur delà bouche; c. la cavité de la bouche; J. le caucil qui est furiné par les parties envi-ounantesel qui conduit à la bouche lorsque l'animal est retiré; g. màihuiie ou dents supérieures; //. œsophage; c. estomac; k. le tortillon. Fig. 3. Celte figure montre principalemeut le sac pulmoraire ou plutôt ses parois, a. paro.s supérieure du sac pulmonaire; h. organe de la viscosité ; c. péricarde; . DESHA.TES. — Température des périodes tertiaires. toute leur influence dans les lieux qui les ont vus naître. Le plus grand nombre des Mollusques et des Zoophytes remplissent ces conditions. Pour arriver à la connaissance des températures des temps antérieurs à l'existence de l'homme, il y a une marche logique à suivre. Il faut d'abord chercher un point de départ dans la nature actuelle, pour s'assurer si la vie des animaux dont il va être question est liée plus ou moins intimement à des condi- tions parmi lesquelles la température jouerait le plus grand rôle. C'est ce qui me détermine à exposer très rapidement quel- ques laits relatifs à la distribution des Mollusques, en allant du nord au midi; et, pour abréger, je parlerai seulement de ceux qui sont répandus depuis le cap Nord jusqu'au golfe de Guinée. Si l'on prend dans leur ensemble le petit nombre d'espèces qui vivent au nord, on peut les partager en deux sortes bien distinctes: les unes, propres aux mers froides, n'en dépassent pas les hmites; les autres, en moindre nombre, viennent vivre dans les merç tempérées d'Allemagne, de France et d'Angleterre avec les espèces de ces mers. En examinant les Mollusques de nos mers tempérées, dans lesquelles il existe un plus grand nombre d'espèces que dans les mers du Nord, il est facile de les séparer en trois séries. Dans la première sont comprises les espèces que je viens d'in- diquer, celles qui remontent dans les mers du Nord; les es- pèces de la seconde série se dirigent vers les mers méridiona- les ; celles de la troisième enfin sont propres aux mers tem- pérées. Descendons maintenant dans, la région intertropicale, et nous y observerons des phénomènes semblables; nous y rencontre- rons un plus grand nombre d'espèces que dans les deux régions précédentes, et si, parmi elles, quelques-unes se trouvent aussi dans la région tempérée, un grand nombre est propre aux mers équatoriales. Voilà les faits généraux, et l'on peut déjà en tirer cette con- séquence générale , que chaque ensemble d'espèces représente la moyenne température de chacune des régions. Mais il est certaiues espèces plus localisées et d'autres plus généralement 'g. p. DEsnATES. — Température des périodes tertiaires. 291 répandues. Ainsi le Biiccinum undatum , par exemple, se trouve depuis le cap Nord jusqu'au Sénégal, allant en se mo- difiant avec la température ; aussi il est assez facile de distin- guer les variétés propres aux trois ou quatre termes principaux " de température. Cette espèce n'est pas la seule ainsi répandue ; mais jusqu'à présent je n'en connais qu'un très petit nombre 3} antj comme celle-ci , la propriété de vivre à des températures si diverses. D'autres espèces plus sensibles^ à ce qu'il paraît, aux in- fluences des températures, sont beaucoup plus localisées, et ce sont celles-là qu'il est plus important de connaître. Je vais en signaler quelques-vmes : 1. Buccinum glaciale; a. Cardium çroendlandicura. Ces deux espèces ne dépassent pas le cercle polaire , et on les trouve en Norwège et au Groendland. 3. Terebratula psittacea. Elle vit entre le 65 et le -yS degré. Pour moi, ces espèces et plusiems autres représentent la température moyenne du nord de la Norwège. 1. Le Tellina ballica. 2. Le Patella noachina. 3. Le Natica clausa. /(. Le Patella testudinalis, plusieurs espèces du genre Astarte et plusieurs autres espèces, me représentent la tempé- rature moyenne du nord de l'Angleterre, du midi de la Suède et du Danemark. Dans la Manche, sur les côtes de France et d'Angleterre, il existe aussi j)Iusieurs espèces propres à notre température : i.Psammobia vespertina. 2. Pecten irregularis, etc. Les côtes d'Espagne et de Portugal sont plus inconnues que celles de la Nouvelle- Hollande ou de l'Amérique méridionale. La Méditerranée renferme aussi un grand nombre d'espèces qui lui sont particulières; mais comme elles appartiennent aune mer intérieure, nous n'en parlerons pas actuellement, dans la crainte de voir attribuer leur présence à ce cas particulier et exce|)liofinel. Les observations sont peu nombreuses sur les côtes d'Afrique depuis la Barbarie jusqu'au Sénégal ; mais pour celte région im- portante, nous avons l'exccllenl ouvrage d'Adauson, et les rc- 19. 2g7. G. p. PESHAYES. — Tewpéi'atui'C des périodes tertiaires. latioiis fréquentes du commerce avec le Sénégal et la Guinée ont depuis long-temps enrichi les collections des coquilles ma- rines de cette région. Parmi le grand nombre d'espèces connues dans la zone inlertropicale, il y en a beaucoup qui lui sont particulières; la liste en est trop longue pour être rapportée ici. Ces espèces, habituées à une haute température peu variable, ne se rencontrent vivantes sur aucun autre point de la surface du globe; elles expriment donc avec fidélité la température des raers dans lesquelles elles habitent. Ces faits demanderaient sans doute à être développés dans un travail spécial. Ils me font espérer que les zoologistes pour- ront par la suite répondre à une question comme celle-ci : Telle série d'espèces étant donnée, indiquer la température du lieu d'où elles proviennent. C'est ainsi que dans un avenir prochain, j'ose l'espérer, l'attention des zoologistes, dirigée vers un but nouveau, donnera à leur science les moyens de confirmer les expériences des physiciens et d'y suppléer quelquefois. Ces faits relatifs à la coïncidence de la température avec la présence de certaines espèces, mentionnés avec le plus de con- cision possible, devaient précéder ce que j'ai à dire sur ia tem- pérature des époques géologiques des teiTains tertiaires. Je dois ajouter que, pour arriver sur cette question intéressante, il fal- lait comparer avec soin, avec une minutieuse patience, toutes les espèces vivantes connues avec toutes celles qui proviennent des divers terrains tertiaires de l'Europe. Voici les principaux résultats obtenus à l'aide de ce long travail : i" Les terrains tertiaires de l'Europe ne contiennent aucune espèce identique des terrains secondaires sous-jacens; 2° Les terrains tertiaires sont les seuls qui contiennent fos- siles des espèces encore vivantes ; 3° Les espèces analogues sont d'autant plus nombreuses, que le terrain est plus ix'cent, et réciproquement. 4" Des proportions constantes (3 pour cent, 19 ponr cent , Sa pour cent) dans le nombre des espèces analogues, déter- miiHMit l'âge des terrfiips tertiaires; G. P. D[:sHAYES. — Température des périodes tertiaires. 293 5* Les terrains tertiaires sont en superposition et non en pa- rallélisme comme on l'avait d'abord supposé. 6" Les terrains tertiaires, sous le rapport de leur zoologie , doivent être divisés en trois groupes ou étages, (i) Les derniers terrains tertiaires, les plus superficiels, ont été déposés lorsque la température de l'Europe était, à peu de chose près, semblable à celle que nous éprouvons; en voici les preu- ves : les terrains tertiaires de cet âge de la Norwège, de la Suède, du Danemark, de Saint-Hospice près Nice, d'une partie de la Sicile, contiennent à Tétat fossile toutes les espèces identiques des mers correspondantes, et entre autres cellesdont nous avons déjà parlé, qui, plus localisées, représentent bien mieux pour nous la température. Ces fossiles offrent les mêmes séries de variétés que Içs espèces vivantes, ce qui annonce bien positive- ment la stabilité de la température ou de très faibles modifica- tions depuis le moment de l'enfouissement des fossiles jusqu'à nos jours. Ces mêmes terrains du versant méditerranéen de la France, de l'Espagne et du Piémont, de l'Italie, de la Sicile , de la Morée et de la Barbarie (Alger), recèlent une grande partie des es- pèces qui vivent dans la Méditerranée, mais en contiennent aussi dont les analogues ne subsistent plus ou sont distribués en petit nombre dans les régions chaudes de l'Océan atlantique et dans les mers de l'Inde. Pour se faire une juste idée de la période tertiaire sur le pourtour de la Méditerranée, il faut distinguer trois sortes d'espèces fossiles : 1° celles dont les analogues vivent encore dans la Méditerranée; 1° celles en petit nombre dont les analog'ies ne sont plus dans la Méditerranée, mais se retrouvent dans l'Océan Atlantique,, la Mer-Rouge et la Mer des Indes 3° celles dont les analogues vivans n'existent plus. Ces observations m'ont fait penser que la Méditerranée avait éprouvé un faible abaissement de température depuis (jue la chaîne de l'Atlas d'un côté et celle de l'Apennin d'iui autre, avaient pris leur relief actuel. Ces changemens dans l'élévation (i) Dcjiuis lo mois d'aoïU iS.")! quo j'ai pi'ouvc rcxistcnce de ces groupes , en indiqua ut le» lieux uù ou pouvail les observer, les g<';olo;jues ont (.•onlirmù leur irparatiou. 294 G. p. DESHAYES. — Température des périodes tertiaires. des terrains, et par suite dans la tempéi^ature, expliqueraient l'extinction des analogues vivans des espèces de la troisième sé- rie et la distribution particulière des espèces de la seconde série dans des mers plus chaudes que la Méditerranée. Ceci me fait re- garder comme très probable qu'avant les derniers mouvemens des bords de cette mer, elle avait avec l'Océan Atl;in\ique une large communication par le grand désert africain et avec l'O- céan indien une autre communication , soit par la Mer-Rouge, soit par les teiTCs basses de l'Arabie qui séparent la Méditerra- née du golfe Persique. La seconde période tertiaire se compose d'un grand nombre de petits bassins répandus surtout vers le centre de l'Europe. La Superga près Turin, le bassin de la Gironde, les faluns de laTouraine, le petit bassin d'Angers, le bassin de Vienne en Autriche, la Podolie, la Wolhynie et quelques autres lambeaux sur la frontière méridionale de la Russie d'Europe , dont quel- ques parcelles se montrent non loin de Moscou. Les terrains la- custres de Mayence et des bords du Rhin appartiennent proba- blement aussi à cette période. Pendant cette époque, la température a été bien différente de ce qu'elle est actuellement dans les lieux que nous venons de citer. En effet, les espèces propre? au Sénégal et à la mer de Guinée, celles qui représentent le mieux la température de cette partie de la zone équatoriale , se retrouvent à l'état fossile dans les couches dépendantes de cette seconde période. Maintenant, si , tenant compte du nombre des espèces, de la grande quantité d'individus appartenant à chacune d'elles, de leur volume plus considérable, ce sera sur le bassin de la Gi- ronde que nous ferons passer la ligne de plus grande intensité de la chaleur, et nous dirons : Là a régné autrefois, pendant une longue suite de siècles , une température équatoriale. Il a fallu cette température pour que les espèces aujourd'hui fos- sdes aient vécu jadis dans nos mers, car elles n'y vivent plus et ne pourraient y vivre actuellement ; elles y vivaient , pourquoi n \ vivraient-elles plus si la température était restée la même ? Il .1 fallu que cette température se continuât pendant une longue suite de siècles, pour que des générations entassées for- G. P. DESHATES. — Température des périodes tertiaires. 296 massent de leurs débris un sol d'une vaste étendue et d'une as- sez grande épaisseur. Si, comme je le crois fermement, le bassin de la Gironde a été déposé sous une température équatoriale, il suffira de jeter un regard sur une carte pour se convaincre que l'influence de cette température s'est fait ressentir jusqu'en Pologne et au midi de la Russie d'Europe. Pour déterminer la température équatoriale de ma seconde période tertiaire, j'ai constaté l'analogie de près de deux cents espèces de la zone intertropicale avec des espèces fossiles ré- pandues surtout à Bordeaux et à Dax, et dans les autres bassins appartenant à cette seconde période. Un moyen aussi concluant manque malheureusement pour déterminer la température du premier étage des terrains ter- tiaires. Ce premier groupe, représenté particulièrement par le bassin de Paris, occupe aussi celui de Londres et celui de Va- lognes, presque toute la Belgique et la Hollande, plusieurs points des Alpes, Castel-Gomberco, le Val-de-Ptonca, quelques petits bassins de la Hongrie et de la Moldavie , la partie infé- rieure du bassin de la Gironde (Blaye, etc.), enfin, mais avec quelques doutes, tous les terrains tertiaires inférieurs de l'A- mérique septentrionale. Sur plus de quatorze cents espèces reconnues dans les ter- rains parisiens , trente-huit seulement ont leurs analogues vi- vans. Il est vrai que la plupart de ces trente-huit espèces habi- tent dans toute la zone équatoriale; cependant parmi elles il y en a quelques-unes qui se répandent non-seulement dans cette zone et remontent jusque dans nos mers tempérées, mais on eu. voit aussi quelques autres passer dans la mer du Nord. Il faut donc abandonner, pour estimer la température de la plus importante période tertiaire, le moyen que j'ai employé pour les deux précédentes. Je pourrai cependant suppléer par plusieurs moyens de moindre valeur à celui qui m'échappe ici. Dans les mers Glaciales , il n'existe qu'un très petit nombre d espèces de Mollusques ; mais d'autres espèces s'ajoutent à celles- là à mesure que l'on s'avance vers les régions plus chaudes , et Ion voit ainsi s'accroître de huit ou dix qui subsistent vers le 296 G. P. DiîsnAYES. — Températuiû des périodes tertiaires. 80-^ degré, jusqu'à près de neuf cents qui vivent dans la région tropicale du Sénégal et de la Guinée. Cet accroissement des es- pèces avec la température , indique assez toute l'influence qu'exerce sur la création des êtres vivans cet agent si puissant, la chaleur. JMais ces phénomènes ne se montrent pas «eidement dans la partie du globe terrestre que j'ai choisie pour exemple , ils se reproduisent aussi de la mer de Bering aux îles de la Sonde ; de chaque côté de rA.niérique septentrionale, et, en sens in- verse, de chaque côté de l'Amérique méridionale. Un fait important vient donner un nouveau point d'appui à l'estimation de la température des deux dernières périodes ter- tiaires : c'est l'accord dans le nombre des espèces fossiles et des espèces vivantes. Ainsi, au nord, peu d'espèces vivantes , peu d'espèces fossiles; dans la région méditerranéenne, environ sept cents espèces fossiles, près de six cents vivantes. Il faut se rappeler que cette différence vient de ce que parmi les espèces fossiles, il y en a nn certain nombre appartenant à des races per- dues. Enfin la température élevée de ma seconde période sera mise hors de contestation, lorsque, aux mille espèces fossiles de cette éooque, seront opposées les neuf cents vivanj;es dans les mers inlertropicales de l'Afrique. Puisque le nombre des espèces s'accroît avec la température, puisque sur un point déterminé de la région intertropicale on trouve neuf cents espèces, il me semble que, par une induction naturelle, on peut attribuer à ma première période tertiaire une température au moins équatoriale, car on y reconnaît, comme nous l'avons déjà dit, quatorze cents espèces sur lesquelles douze cents environ sont accumulées dans le bassin de Paris en particulier, c'est-à-dire sur une étendue de quarante lieues de diamètre dans un sens et de cinquante-cinq dans l'autre. Il n'existe plus dans aucune de nos mers un seul point rassem- blant autant d'espèces dans un espace aussi étroit. Si nous examinons actuellement ces espèces, nous les trouve- rons particulièrement grandes et nombreuses dans des familles et des genres dont les espèces se multiplient dans les régions les plus chaudes de la terre. Cent quarante espèces de Cérites, un grand nombre de Pleurotomes , de Fuseaux, de Mitres, de c. V. Di;sHAYES. — Température iles périodes tertiaires. ^97 Volutes, de Rochers, de Vénus , de Bucardes , d'Arches, etc., etc., fossiles aux environs de Paris,; l'absence dans ce bassin des formes propres aux mers septentrionales, tous ces faits re- latifs au nombre et h. la nature des espèces , se réunissent pour attester fortement que la grande période parisienne s'est écoulée sous une température équatoriale probablement plus élevée que celle de l'équateur actuel. En empruntant à d'autres parties de la paléontologie pari- sienne des documens comparables à ceux que fournit la con- chyliologie, je trouverai dans le grand nombre des Pachy- dermes, leur taille quelquefois gigantesque, une preuve de plus de la haute température du bassin de Paris. Où trouve-t-on au- jourd'lmi des animaux analogues , si ce n'est dans les parties équatoriales de l'ancien et du nouveau continent , dans les îles eloppement des œufs des Poissons. se; en un mot, pendant que j'étais ravi en extase par la beauté (lu site, un bruit soudain vint frapper mon oreille et me tirer de ma rêverie; je crus d'abord qu'on frappait l'eau avec des bâ- tons ou avec la partie plate d'un aviron : curieux de savoir ce que c'était, je promenai aussitôt mes yeux sur les bords du lac, et je ne tardai pas à découvrir le lieu d'où le bruit venait et la cause qui le produisait : bref, c'étaient des poissons qui dépo- saient leur frai. Désirant voir de près cette scène, je me rappro- chai insensiblement du lieu où elle se passait, et, profitant des arbrisseaux et des rosiers dont les rives du lac sont ornées, je me cachai de manière que sans être vu j'ai pu observer ces pois- sons à mon aise et de très près. Ils frayaient à l'embouchure d'un ruisseau qui apporte au lac le tribu d'une eau fraîche et limpide, mais si peu abondante que les petits cailloux du lit qu'elle parcourt se trouvent presque à sec. > . Vous savez sans doute que plusieurs espèces de poissons ont l'habitude de frayera l'embouchure des rivières: les saumons, par exemple , sont de ce nombre ; mais ceux dont je vous parle n'étaient pas de cette famille, c'étaient des gujons communs (cYpriniis gobio). Voici de quelle manière ils déposaient leur frai: ils s'approchaient de l'embouchure, puis nageant tout-à- coup avec vitesse et donnant à leur corps, par ce moyen, une forte impulsion, ils sortaient du lac et remontaient le ruisseau jusqu'à la distance de deux pieds et demi à-peu-près, non pas en sautant, mais en glissant en quelque sorte sur le gravier; après ce premier élan , ils s'arrêtaient et remuaient légèrement leur tronc et leur queue; en lui mot, ils frottaient leur abdo- men sur le gravier, car ils le posaient entièrement sur le lit du ruisseau, et, à l'exception de leur ventre et de la partie infé- rieure de leur tète, tout le reste de leur corps était à sec ; ils res- taient dans cette position pendant sept ou huit secondes; puis, frappant de leur queue avec force le lit du ruisseau et faisant jaillir l'eau de tous côtés, ils se tournaient et regagnaient le lac pour recommencer les mêmes ébats. Un naturaliste a avancé que les poissons, en déposant leur frai, se tournent sur un côté de manière que le ventre du mâle se trouve appliqué ou du moins très près et vis-à-vis de celui de RUscoM. — Déuelûppement des œufs des Poissons. 3og la femelle. Je ne conteste pas le fait; je vous déclare simplement que les poissons dont je vous parle n'ont jamais fait un pareil mouvement : les femelles et les mâles ne faisaient que se lancer sur le lit du ruisseau de la manière que je viens de vous dire; les premières répandaient les œufs , les secondes la laite. Ce qui m'a frappé, ce fut de voir que parmi les poissons qui frayaient, et dont les plus gros ne dépassaient pas la longueur d'un pied, il y en avait de fort petits ; j'ignore si ces derniers déposaient des œufs et de la laite, mais certes ils se lançaient sur le lit du ruisseau tout comme les autres. J'ai joui pendant un quart d'heure de cette scène, qui pour moi fut très amusante, quand tout-à-coup un gros canard mus- qué (anas 7noschata), sortant lestement du lac, saisit avec son bec un petit poisson qui sautait sur le lit du ruisseau pour re- gagner le lac , et s'en alla avec sa proie après avoir rais en fuite tous les autres. !N'ayant donc plus de poissons à observer, je portai mon attention sur les œufs qu'ils avaient déposé : ils n'é- taient ni amoncelés comme ceux des grenouilles, ni en cordon ou en chapelet comme ceux des crapaiids , ni eu ruban ou en dentelle très large comme ceux de la jperche de rivière , mais dispersés de manière qu'on eût dit que le lit du ruisseau était ensemencé d'œufs. Après avoir fait cette observation, j'ai été me pourvoir d'une écuelle fort grande, puis étant retourné à l'embouchure du ruis- seau, j'ai recueilli trois ou quatre cailloux auxquels adhéraient des œ'ufs, une douzaine à-peu-près ; j'ai placé les caillo-ux dans l'é- cuelle avec de l'eau puisée dans le lac, et de retour à la maison, j'ai mis l'écuelle dans le coin d'une chambre et je n'y ai plus fait at- tention ; huit ou dix jours après, ayant visité l'écuelle , j'y trou- vai quatre poissons fort bien développés et qui nageaient à mer- veille; ils étaient très petits, et n'étaient perceptibles qu'à cause de leurs yeux, qui, vus pardessus, se prosentaient comme deux points noirs assez larges; toutlc reste de leur corps était si trans- parent, qu'il eût été difficile de les voir si je n'eusse pas c. la précaution de placer les cadloux dans une écuelle vernissée de brun : vous voyez donc que même sous ce rapport, j'ai eu plus de Ijouheur (juc M. baer, car j'ai vu uou-seulemeut les mêla- 3 1 o RUSCONi. — Développement des œufs des Poissons. morphoses que subissent les œufs avant de prendre la forme d'embryon, mais j'ai pu sans la moindre difficulté et sans me donner la moindre peine, faire développer des œufs recueillis peu après avoir été fécondés. M. Baer nous dit (page 2) qu'il a été obligé par la suite de continuer ses observations sur le lieu même où les poissons avaient déposé leur frai , et en disant cela il veut donner à ceux qui voudront s'occuper de ce sujet un avis dont ils pourront faire leur profit; mais je pense que les naturalistes, doréna- vant, prendront le parti de faire la fécondation artificielle, qui est indispensable pour ceux du moins qui veulent voir les mé- tamorphoses des ovules, et en même temps constater un fait que j'ai annoncé autrefois et que je me plais à répéter ici, savoir, que le mode dont les Batraciens et les Poissons se développent est différent de celui des Oiseaux. Je sais que bien des anatomistes regardent le vitellus de l'œuf des oi- seaux, des amphibies et des poissons, comme l'analogue de la vessie ombilicale des mammifères. Certes, je serais bien de leur avis, s'ils se limitaient à parler simplement des Oiseaux, des Ophidiens , des Chéloniens et des Sauriens ; mais je ne puis nul- lement partager leur opinion quand ils soutiennent que cette analogie se trouve vraie même à l'égard des Batraciens et des Poissons, car les observations que j'ai faites m'ont prouvé le contraire : chez les Oiseaux, par exemple, la membrane blasto- dermique qui renferme la matière du vitellus est un appendice des intestins, une poche intestinale qui rentre dans la cavité du bas-ventre , ainsi que cela a été fort bien vu et parfaitement démontré par M. Dutrochet et par d'autres; au coniraire , chez les Batraciens et les Poissons (ceux du moins dont j'ai suivi le développement), la membrane propre du vitellus n'est pas une poche intestinale, mais la peau du futur animal ; elle est la pre- mière à s'org?niser, et dès que sa transformation en peau s'est accomplie, vous voyez l'ovaire s'allonger dans un sens, s'aplatir dctiis un autre, en un mot vous reconnaissez que le globule se transforme et prend pen-à-peu la forme embryonnaire : ceci est un f a t de la plus grande évidence , et notez bien que la diffé- RUscoNi. — Déi^eloppement des œii/s des Poissons. 3 1 1 rence que je viens de signaler en amène d'autres qui sont plus ou moins intéressantes. Les principes généraux, je le sais bien, sont fort commodes; mais la nature se joue assez souvent de nos lois générales : elle varie ses plans et arrive à son but par des voies diverses : voyez par exemple l'ovule de la perche de rivière, vous y trouverez la vésicule ombilicale(f) qui est déjà renfermée dans la mem- brane vittUine, la peau du futur animal; elle se rapetisse peu- à-peu à mesure que l'ovule se transforme en embryon, et au vingt-neuvième jour après la fécondation , elle a passé en tièrement dans le canal alimentaire dont elle est un appendice : voilà donc une différence, car le mode dont la Perche se déve- loppe se rapproche à quelques égards de celui des Oiseaux et de celui des Batraciens. (2) Vous me demanderez peut-être s'il y a quelque différence à l'égard de la vésicule de Purkinje entre les oeufs des Batraciens et ceux des Poissons; à cette question, je réponds que je n'ai jamais eu l'occasion de chercher cette vésicule dans les œufs de ces derniers ; je crois cependant qu'elle existe dans les œufs des Poissons tout comme dans ceux des Oiseaux et des Amphibies: dans les Batraciens, elle est située à la surface de l'ovule, immé- diatement au-dessous de la membrane vitelline; elle a la forme d'une lentille très bombée, décroît peu-à-peu à mesure que l'o- vule s'approche de l'époque à laquelle il doit passer dans l'ovi- ducte, et elle n'existe plus dès que l'œuf s'est insinué dans ce (i) Je désigne celte vésicule qu'on voit au milieu et immédiatement au-dessous de la mem- brane sphéroïde qui contient la matière de l'œuf, par le nom de vésicule ombilicale, sans pré- tendre toutefois que cette dénomination soit juste. (a) Ayant suivi de nouveau le développement de la Perche de rivière, j'ai vu que les œufs de ce poisson éprouvent , à quelques petites différences près , les métamorphoses qu'on ob=crve dans les œufs des Ratracieas ; le segment de l'œuf sur lequel les métamorphoses ont lieu devient pou-à-peu d'un blanc mat, tandis que dans les œufs des Cyprins, ce même segment, qui cor- reipond à l'hémisplièrc brun de l'œuf de la grenouille, est toujours, pendant les métamor- piioses, très transparent, de manière que, pour voir les sillons et les lobes sur les œufs de la Perche, il n'est pa* néressaire avant tout de les rendre opaques au moyen de la mixture acidulée dont je vous ai parlé plus haut : les métamorphoses des œufs de a Perche se succédant rapide* m(;nt; c'est sans doute par ce motif qu'elles me sont échappées la première fois que je m« suit occupé de CM tujct. 3j2 duvehjvoy. — Sur le Foie. conduit . la matière dont elle est remplie n'est pas aqueuse , puisque sous raction de l'acide nitrique elle se condense ni plus ni moins que la matière du vitellus. Je m'occupe à présent du développement successif de l'encé- phale des Poissons, et je reprendrai ce sujet quand j'aurai donné à mes observations un peu plus d'étendue. A vous dire la vérité, j'ai quelque doute à l'égard des nouvelles déterminations que M.Serres a données aux différentes parties dont l'encéphale des Poissons se compose, et par cette raison je voudrais bien que ce sujet fixât votre attention : vos observations, faites avec le talent qu'on vous connaît, seraient fort intéressantes; elles ap- porteraient de nouvelles lumières, et dissiperaient nos incerti- tudes sur différens points qui selon moi sont encore un sujet en question. Note additionnelle au mémoire de M. Duvernoy, sur quelques jxirticularités du système sanguin abdominal et du canal ah- nientaire de plusieurs poissons cartUa^ineux (Annales des Se. nat. t. iir, p. 274-) «v C'est dans les Essais de physique de Pinault , t. m, p. 218, et pi. XV (Paris, 1680), in-12, que M. le professeur Rapp avait vu la première description de la singulière valvule intestinale décrite dans ce mémoire. Ce même professeur m'écrit (le 1 dé- cembre i835), qu'il avait observé cette même valvule à Cette, dans le canal intestinal du Squalus glaucus. Il est également nécessaire d'ajouter ici que, dans l'explication de la planche iv du volume précédent, la figure 3 a été mal éti- quetée; elle appartient à la chèvre et non au chien; il y a aussi, dans le texte de ce mémoire, plusieurs fautes d'impression (sur- tout dans la note de la page 262 ) , mais le lecteur pourra faci- lement les reconnaître, sans que nous les indiquions ici. académie des Sciences. 3i3 Analyse des travaux analomiques , physiologiques et zoolo' giques présentes à l' Académie des Sciences pendant le mois de mai i 856. Séance du 2 mai i836\ Extrait d'une lettre de M. Mahion de Procc à M. de Blainville, sur un. jeune Orang-oulanç apporté vivant de Sumatra à Nantes , et faisant au- jourd'hui partie de la ménagerie du 31uséum d'hiatoire naturelle de Pa- ris. (Coniimmiquc par M. de Blainville.) « Je uic suis transporté hier chez le capitaine Van Iscgheni, et ce n'est pas sans un vif intérêt que j'y ai contemplé, pendant plus d'une demi-heure, lo jeune Orang-outang mâle qu'il a rapporté de Sumatra, et dont vous avez envie de faire l'acquisition pour le Jardin du Roi. « Je dis l'orang-outang, parce qu'il ne m'est pas permis de douter que ce n'en soit un. Du reste, vous en jugerez vous-même en dernier ressort, d'après quel- ques indications que je vais vous fournir. « Son front est très élevé et bombé dans la ligne médiane, de manière à si- muler assez bien le front de certains hommes ; il est tout-à-fait dépourvu de longs poils, ainsi que le reste de la face, sauf les côtés des joues oîi de longs poils roux simulent très bien des favoris. « Son nez ne fait point de saillie; ses yeux ont une expression d'intelligence et de douceur remarquable ; les paupières sont garnies de longs cils ; son mu- seau n'est nullement proéminent, mais ses lèvres sont très mobiles, et peuvent s'allonger de deux pouces environ. Les oreilles sont bien bordées, et ressemble- raient à celles de l'homme si elles étaient pourvues du lobule qui caractérise ces dernières. « La face est d'une couleur ardoisée, dont l'intensité va en se dégradant du centre à la circonférence. « Il n''a point de callosités aux fesses; il ne porte aucun vestige de queue, et il a l'anus un peu proéminent. « Les pouces sont très petits comparativement aux autres doigts, dans les mains de devant comme dans celles de derrière. . « Tout le corps, à l'exception de la face et des parties antérieures et latérales du cou, est couvert de longs poils roux ; et ceux de la tête se portant d'arrière en avant sur le front, font exactement l'eftct d'une perruque. « Les dents offrent l'apparence de celles de l'homme, si ce n'est que les ca- nines sont relativement plus allongées que chez celui-ci, et qu'elles se logent, lorsque la Louche se ferme, dans un espace vide, situé, pour la mâchoire infé- rieure, derrière les canines^ et, pour la mâchoire stipérieurc, en dedans. « Cet aniujdl, dont l'âge peut être supposé de neuf mois environ, n'a encore 3r4 y^cadémie des Sciences. que quatre molaires de chaque côté à la mâchoire inférieure, et deux 1 choire supérieure. « Sa taille est d'enriron deux pieds six pouces, dans la station debout. ft Du sommet de la tctc à l'anus, on trouve une longueur de dix-huit pouces. « La cuisse, la jambe et la main des extrémités abdominales ont chacune six pouces de longueur. ce Dans les membres thoraciques , le bras a huit pouces, l'avant-bras sept pouces et demi, et la main six pouces. « J'ai été frappé de la lenteur des raouvcmcns de l'Orang-outang , laquelle contraste avec la turbulence des autres singes. J'ai été plus frappé encore de son air calme et réfléchi, de sa sociabilité apparente, et de je ne sais quoi d'hu- main répandu sur sa physionomie. « 11 est de la plus grande douceur, et recherche les caresses même des étrangers. (c Vous pourrez juger du degré de son intelligence par les deux faits suivans, lesquels se sont passés sous mes yeux. a Son maître lui donnant à manger d'une certaine distance, il descendit de la chaise sur laquelle il était assis, la prit à deux mains, la porta auprès de celle de son maître, et se plaça de nouveau sur cette cliaise, dans la posiiion qu'il venait de quitter. a Voulant ouvrir une porte qui communiquait dans une autre pièce, il porta une chaise auprès de cette porte , monta dessus, et saisit le bouton de la serrure, en lui imprimant un mouvement de rotation semblable à celui qu'il avait vu faire pourl'ouvrii-. « Cet animal est omnivore dans toute la force du terme, et très facile à nour- rir. Il est très propre, et paraît jouir d'une bonne sanlé. « M. Van Iseghem possède un fragment de la peau de la mère de ce jeune singe. Cette peau prouve que l'animal auquel elle appartenait avait au moins deux pieds de long de la nuque à l'anus. On a dit à M. Van Iseghem que cette mère avait cinq pieds de haut. » (i) Maladies des vers à soie. — Recherches sur la JUuscardine j par M. Ag. Bassi, de Lodi. La maladie qui a été l'objet des recherches de M. Bassi a reçu en français le nom de Muscardine, à cause de la ressemblance que présente le ver qu'elle a fait mourir avec une espèce de pastille allongée très connue en Provence. La muscardine attaque le ver à soie dans tous ses âges et tous ses états. Quoi- que plusieurs jours s'écoulent entre son invasion et sa terminaison, qui est tou- jours fatale, elle ne se manifeste, pour ainsi dire, par aucun signe extérieur, et (i) C'est d'après ces renseignemens que le Muséum d'histoire naturelle de Paris s'est décidé à faire l'acqubition de ce curieux animal qui se voit mijourd'lmi dans la ménagerie du Jardin du Roi. académie des Sciences. 3 1 5 sauf daus les épidémies les plus violentes, le ver qui en est atteint meurt eu con- servant sa couleur naturelle, son volume et toutes les apparences de la santé. Apeine^ cependant, le corps est-il privé de mouvement, que de moelleux et de fljsque qu'il était, il devient consistant, et peu-à-peu il acquiert assez de du- reté pour être cassant. Souvent pendant que ce changement s'opère, il y a al- tération de la couleur, ordinairement en une teinte pourprée, quelquefois en an bleu foncé. Il ne paraît pas que ce soit la réduction à l'état d'esclavage qui ait rendu le ver à soie sujet à la moscardine, puisqu'il n'e^t pas très rare de rencontrer des larves d'autres lépidoptères vivant en pleine liberté, qui en sont également at- teintes. D'ailleurs la maladie ne semble pas être du nombre de celles qui peu- vent naître sous l'influence du mauvais régime auquel les vers sont quelquefois soumis dans les magnaneries. M. Bassi a en vain essayé de la faire se dévelop- per chez ces animaux, en les plaçant dans les circonstances les plus défavorables; il n'est parvenu à la faire naître chez nn individu sain , que par voie de conta- gion , c'est-à-dire par voie de communication directe ou indirecte avec un autre individu précédemment atteint du même mal. Avant de parler des circonstances suivant lesquelles a lieu cette propagation, il convient de faire remarquer que le ver, mort de la muscardine, se couvre ha- bituellement, au bout de peu de temps, d'une efflorescence semblable à de la neige. Cependant, si le cadavre est placé daus une atmosphère d'une extrême sécheresse, cet enduit farineux ne se montre pas ; il ne se montre pas non plus chez les individus qui succombent à ce qu'on appelle la muscardine bâtarde on noircissure. Tant que cette efflorescence ne s'est pas montrée, la propagation de la mala- die n'a pas lieu parle simple contact extérieur. Mais si l'on entame largement la peau d'un individu récemment mort de la muscardine ou près den mourir, et qu'ensuite, avec l'instrument mouillé par le liquide intérieur, on touche ou, ce qui est plus sûr, on pique la peau d'un individu sain, on lui communiquera la maladie. L'effloresceuce blanche, en effet, comme l'a reconnu M. Bassi, n'est que la partie extéiieure d'une multitude innombrable de petits champignons, lesquels, avant la mort de l'animal, existaient déjà sous ses tégumens et s'y accroissaient a ses dépens, sans pouvoir d'ailleurs se faire jour au-dehors, eu raison de la résistance que leur offrait la peau ; ils ne peuvent percer l'enveloppe cutanée que lorsqu'elle est déjà ramollie par un commencement de putréfaction. Leur fructification suit de près leur apparition à l'extérieur, et les germes innombra- Llcs qui se répandent sur les corps voisins ou se dispersent daus l'atmosphère, vont au loin porter la maladie. Les germes, attachés à des corps solides, peuvent conserver long-temps la faculté de se rc|)rortuirc et de faire naître ia muscardine chez les vers à soie sur le corps desquels ils seraient portés. M. Bassi pense qu'eu les plaçant dans des 3i6 Académie des Sciences. circonstances convenables, ils conserveront près de trois ans leur activilc con- tagieuse. D'une année à l'autre ils se conservent aisément, et l'introduction d'œufs pro- venant d'une magnanerie infectée dans une magnanerie qni n'était pas encore atteinte de la maladie, pourra l'y faire apparaître ; non que le ver soit malade dans Tteuf même, mais parce qu'une fois éclos il pourra se collera sa peau quel- ques-uns des germes qui étaient restés attachés à la surface extérieure de la co- que. M. Bdssi, du reste, se croit fondé à conclure de ses expériences qu'on peut éloigner cet+e cause d'infection en soumettant les œufs suspects à certaines lo- tions qui, faites en temps convenable, ne nuisent point à l'embryon. Si l'on agite sur l'eau un ver mort de la mascardine, et déjà couvert de l'en- duit farineux, cet enduit se détache en partie, flotte à la surface, et peut y res- , ter ainsi assez long-temps sans perdre son action nuisible. Si l'on plonge l'ani- mal avec assez de précaution pour que les germes ne se détachent point et res- tent submergés, ils se conservent sans altération pendant plusieurs jours, tandis que le ver pourrit promptcment. Les expériences microscopiques faites plus récemment par M. Balsamo, pro- fesseur d'histoire naturelle au lycée de Milan, ont confirmé les idées de M. Bassi sur la nature de la mascardine. Cet observateur a reconnu que l'efflorcscence blanche, qui se montre à la surface du ver mort depuis quelque temps, est duc eu effet au développement d'une multitude de plantes cryptogames : ces plantes lui ont paru appartenir au genre Botrytis. L'es]«cce dont il s'agit ici, le B. Bas~ sianuj offre suivant lui les caractères suivans : Jloccis densis j albis , erectis, ramosis / ramis sporidiferis sporulis subovatis. De nombreuses observations l'ont conduit à reconnaître : ce i" Que cette muscidinée ne se voit jamais que sur des vers morts delà muscardine; qu'elle ne se rencontre jamais psrmi les diverses espèces de moisis- suies qui se développent sur des vers desséchés artificiellement; qu'on peut la reproduire sur tel individu qu'on choisira, en lui communiquant les germes pris sur un ver affecté de muscardine ; « 2° Que la peau du ver attaqué de la maladie est parfaitement saine, et que les élémens morbifiques gisent dans un pigmentum sous-cutané, qui peut aug- menter de volume , et envahir presque toutes les parties intérieures du ver et de la nymphe ; ce 3" Que ce pigmentum offre un amas de petits grains semblables aux spo- res de la moisissure, lesquels, dans àts circonstances favorables, s'allongent en filamens qui portent des germes capables de reproduire le véritable Botrytis Bassianu. y> A celte occasion, M. Duméril communique une observation « qui, dit-il, a a quelque analogie avec ce fait, c'est que souvent, apris les finies d'automne, te on trouve attachées contre les murs An grand nombre de mouches mortes, éta- « iées, bien conservées et excessivement gonflées dans la région de l'abdomen, i( dont le corps se trouve couvert d'une poussière Idauchc, très fine. académie des Sciences. Zin « En examinant à la loupe cette poussière et la matière qui remplit le ventre, « il est facile de reconnaître que c'est une ■véritable moisissure développée con- te stamment de la même manière, et qui peut-être a été également la cause de la « mort de ces insectes, comme les Trjsiphés font périr les plantes qu'elles atta- « quent. » Séance du 9 maî. Èmpreinles de pieds d'un quadrupède dans le grès bigarré de tfildburg-' Jiausen, en Saxe ; communication par M. de Blainville. « Dans le cours de l'année dernière, M. de Hiimboldt d'abord, et M. Link ensuite, ont entretenu l'Acadt'mic au sujet de plaques ou dalles de grès, des environs de Hildburghausen ea Saxe, appartenant gcologiqiiement au grès bi- garré ou nouveau grès rouge, à la surface inférieure desquelles on a rcmai-qué un nombre considérable de figures en relief assez régulières et régulièrement disposéeSj pour que plusieurs naturalistes allemands aient pu les regarder comme les résultats de pas d'animaux quadrupèdes de la famille des quadrumanes ou singes, suivant les uns, de celles de Didelpnes pédimaucs on Sarigues, suivant les autres, comme MM. Wiegmann et Hiimboldt, et même de Salamandres gigantes- ques, d'après MM. Munster et Link. L'administration du Muséum d'Histoire naturelle, dans le but d'éclaircir une question aussi intéressante en paléontolo- gie et dont on a déjà tiré des conséquences .si contradictoires à ce que l'on ad- met assez généralement aujourd'hui comme résultat de l'état actuel d" nos con- naissances sur l'histoire de la succession des êtres organisés à la surface de la terre, s'cft empressée de faire l'acquisition d'un grand et beau morceau de ce grès à la surface duquel existent trois séries de ces prétendues impressions tra- duites en plate-bosse et liées entre elles par une rc^Xiiilation plus ou moins ser- rée. Au j)remicr examen qu'il en a fait, M. de Blainville croit s'être assuré que ces figures en relief ne doivent en aucune manière être attribuées à des em- preintes qu'auraient laissées les pieds d'un animal quadrupède quelconque mar- chant sur un sol susceptible de les recevoir et de les garder assez long-temps pour qu'ensuite elles aient pu être rcriiplics par une matièie plus ou moins molle et capable de se solidifier. Il pense au contraire que ce sont indubitabl ment des traces de végétaux analogues sans doute à ceux que l'on a déjà rencontrés plu- sieurs fois da>is le grès rouge ^ et considérés comme des Prêles gigantesques , ou des Rhyzoïnes de quelques Acorus ou même des tiges sarmenteuses plus ou moins réticultcs et anastomosées, ce qu'il ne lui appartient pas de décider. Quant aux raisons à l'appui de son opinion, que ce ne sont certainement pas des empreintes de pieds d'animaux quadrupèdes, M. de Blainville se piopos' de les soumettre au jugement de l'Académie, dans une de ses séances proi haines, aussitôt qu'il aura pu faire exécuter des dessins rigoureusemcn' exacts du bel échantillon ar- rivé dernièrement au Muséum, comparativement avic dis figures d'empreintes dcj pattes d'un Singe, d'une Sarigue cl d'une Salamandre, » 3i8 Académie des Sciences. Recherches sur la disposition des plumes chez les oiseaux, et sur les muscles destinés à mouvoir ces plumes , par M. Jacquemin. Dans une prccédciite lettre l'auteur avait considéré le mode d'implantation des plumes à la face supérieure du corps ; cette fois il s'occupe de la face in- férieure; il décrit aussi les écailles cornées qui recouvrent les pieds, enfin il indique les différens muscles qui servent au mouvement des plumes. Ces mus- cles suivant lui sont au nombre de quinze, dont cinq occupent la face supérieure du corps , deux la face inférieure , cinq le Lras, un la jambe, deux la région de l'oreille. Séance du 16 mai. ^nalomie et physiologie de la Corneille ( Corvus corone)> prise comme type de la classe des Oiseaux , etc., par E. Jacquemin. (Second mémoire : Insertion des plumes qui recouvrent la peau de cet oiseau , et muscles qui serinent à leur mouvement. ) Lettre sur la structure des poumons j par M. Bourgery. L'Académie ayant reçu , dans une de ses précédentes séances, un travail sur la structure des poumons, M. Bourgery annonce qu'il s'est occupé de recher- ches sur le même sujet, et qu'il les aurait déjà soumises au jugement de l'Aca- démie si les dessins explicatifs qui accompagtienl sou mémoire eussent été ter- minés. En attendant , il croit devoir faire connaître les principaux résultais aux- quels il est arrive. Apres avoir indiqué sommairement la disposition générale des artères et des veines pulmonaires, puis leurs rapports avec les canaux aci'iens , ilentre dans quelques détails sur la terminaison de ces trois ordres de vaisseaux. « Le capillaire aérien n' *,* point une cellule ou vésicule j mais un canal. «. Les canaux aériens capillaires, dont l'agglomération forme les lobules, sont incurvés ou légèrement sinueux, incliwés et entrelacés en divers sens. Ils se jet- tent tous les uns dans les autres, de façon à donner l'idée d'un labyrinthe, ce qui me les a fait nommer, dit l'auteur, canaux labyrinthiques. Ils naissent des plus petits canaux bronchiques. « Ces derniers sont d'abord rectilignes et ramifiés sous forme alterne. Devc-. nus capillaires à leurs derniers embranchemens , ils s'uicurvent, reçoivent les canaux labyrinthiques qui s'ouvreiit sur leurs parois, et ils se terminent en s'a- bouchant avec l'un d'eux qui continue leur direction. Ces canaux, dont le dia- mètre n'excède que de moitié celui des autres, s'en distinguent surtout par leur plus grande longueur et l'excès d'épaisseur de leurs parois. « Quant aux capillaires sanguins j une artériole , à son arrivée dans le lo- bule pulmonaire , représente une tige dont les rameaux divergens se distribuent en cône ou en arbre. Chacune des branches principales ayant atteint les cloisons, c'est-à-dire les espaces intercanaliculaires, enveloppe les canaux les plus voi- sins par autant d'anneaux vasculaires formés par ua seul vaisseau. La mêiae dis- Académie des Sciences. 319 position se rcpcte de proche en proche , tous les canaux se trouvant ainsi envi- ronnés de vaisseaux annulaires interposés entre leurs cloisons et qui s'abouchent les uns avec les autres dans les points tangens ou aux nœuds d'intersection ; en sorte que, sur une coupe entre Jeux rameaux nés de l'artériole d'origine ou de deux artérioles voisines, la surface est formée par un canevas de ces anneaux vasculaires communiquant entre eux , ou mieux , se continuant partout sans in- terruption, et décroissant un peu en diamètre, des rameaux vers le centre moyen de jonction. ce Les veinules naissent du canevas annulaire en sens inverse des artérioles; ainsi c'est ce canevas lui-même qui constitue le système capillaire sanguin pul- pionaire. » Séance du 23 mai. appréciation de la température moyenne des époques géologiques terrains tertiaires en Europe , au moyen de l'étude comparative des espèces vivantes et fossiles de coquilles, par M. Deshayes. (Voyez ci-dessus pnge 289.) Observation sur deux espèces de fausses galles. M. Vallot , de Dijon, adresse quelques observations sur une espèce de Ten- thièdes qui attaque les branches de chèvre-feuille, les déforme et les rend cassantes. « On remarque, dit-il, sur les branches du Lonicera xvlosteon Linn., des renflemens iirégiiliers oui les rendent fragiles dans ces endroits. Ces rcnflcmcns qui déforment les tiges, présentent du côté convexe le prolongement de l'écorce, et du côte concave une apparence de carie ou gélivure : ils ne s'opposent point aux progrès de la végétation. eîoppement des ^nodontes. on voit sur sa ligne médiane des points incrustés de matière calcaire. Les dents augineutent en nombre et commencent à paraître jusqu'à son extrémité. Le crochet et la bande ligamen- teuse prennent la teinte légèrement brunâtre du reste de la co- quille. On n'aperçoit, au reste, aucune articulation entre cet organe et la valve à laquelle il est attaché. 13" et \l^ jours. — Les crochets et la coquille acquièrent plus de solidité parime incrustation successive. Néanmoins, les pre- miers demeurent flexibles et comme cartilagineux, la matière calcaire n'y étant que disséminée par points, tandis que les valves se solidifient entièrement quoique conservant leur translu- cidité entre les points opaques formés par le premier dépôt des sels terreux. Les dents s'allongent, se consolident, et présen- tent tout-à-fait un aspect corné. Vers cette époque, les crochets qui étaient restés couchés dans l'intérieur de la coquille, se redressent sur elle à angle droit quand le petit animal ouvre ses valves, mouvement qu'il commence seulement alors à exécuter. Deux lames sémilunaires, transparentes , s'attachent à droite et à gauche du crochet, et se rendent au bord interne de la coquille. Ces lames demeurant tendues lors même que l'animal rapproche le crochet de ses valves , je les ai considérées dès ce moment comme des muscles destinés à fléchir cet organe, le mouvement d'extension étant dû à l'élasticité du ligament sur lequel il est implanté. Lorsque la petite Anodonte ouvre sa coquille, on voit le muscle adducteur placé au milieu et vers le tiers supérieur, ainsi que nous l'avons déjà dit. On eu distingue très bien les fibres que l'on voit se contracter sous ses yeux. En avant et en arrière du muscle, on aperçoit les vaisseaux dont nous avons parlé pénétrer dans un amas de globules semblables à ceux qui constituent le germe. Autour de ces points d'insertion, on voit se former presque constamment de petits tourbillons analogues à ceux que fournissent certains infusoires. Je n'ai jamais dis- tingué de cirrhe. On ne reconnaît, du reste , d'autre trace d'or- ganisation qu'une cavité allongée placée à la partie inférieure du muscle, cavité que nous verrons être le premier rudiment du tube intestinal. QUATREFAGES. — Dépeloppement des Anodontes. 837 Les vaisseaux que nous avons décrits , et qu'avec MM. Rathke et Jacobson nous considérons comme les organes de la nutri- tion de l'embryon, comme de véritables vaisseaux ombilicaux, traversent la matière pulpeuse dans laquelle sont plongées les petites Anodontes, et se rapprochent de manière à former dans îesloculesdes branchies de la mère de nouvelles cloisons le long desquelles sont appliqués les petits. Arrivés près des feuillets de la branchie, ils se divisent en deux ou trois branches dont cha- cune est presque aussi volumineuse que le tronc principal, et se terminent par nn petit renflement piriforme, sans entrer en communication avec les vaisseaux de la mère. Ces renflemens jouissent à \\n haut degré du pouvoir absorbant et exsorbant. En les isolant autant que possible, on voit les uns se couvrir de cirrhes et les autres donner naissance seulement à des tourbil- lons très rapides. Il semblerait , d'après cela, que les premiers seraient des organes d'exsorption , les seconds d'absorption. Quant aux vaisseaux qui sillonnent la matière yjulpeuse dont nous avons parlé, ils se terminent à-peu-près de la même ma- nière dans le voisinage des feuillets branchiaux. Ainsi on pour- rait être tenté de croire que, parmi les vaisseaux ombilicaux, les uns sont de véritables veines, les autres des artères venant puiser dans un placenta les matériaux nécessaires, et y rapporter ce qui devient inutile à la nutrition de la petite Anodonte. Je n'ai pu reconnaître la moindre trace d'irritabilité dans ces vaisseaux , quelques moyens que j'aie employés pour cela. Plu- sieurs fois j'ai cru les voir se contracter ou se dérouler, mais j'ai fini par m'apercevoir que ces mouvemens étaient produits par quelque Anodonte qui ouvrait et fermait sa coquille, mouve- ment qu'elles exécutent très souvent. Les jours suivans n'amènent pas de grands changemens; seu- lement la coquille et ses dépendances se foncent en coideur et acquièrent plus de solidité : les fibres musculaires deviennent plus distinctes : les globules sont distendus par les globulins ; mais l'accroissement marche toujours avec une extrême lenteur. 20-0.^" jours. ' — T^a bande translucide qui règne autour des valves , cl que nous avons vue persister plus long-temps que ces 328 QUATREFAGEs; — Développement des Anodontes. dernières dans son état primitif de cartilage, est entièrement incrustée, excepté sur le bord qui touche à la coquille. Là règne un sillon qui la sépare de cette dernière , sillon assez profond à l'angle inférieur et sur les côtés , et qui va en s'effacant vers le Lord cardinal. Pour reconnaître bien distinctement cette dis- position, il faut faire macérer les petites Anodontes. Alors on voit qu'un ligament interposé règne tout le long de ce sillon en bas et sur les côtés , et va aboutir supérieurement au bord car- dinal où il se confond avec le ligament de la charnière. La cou- leur de la bande est la même que celle du reste de la coquille : le crochet semble n'en être qu'un prolongement , et l'attention la plus soutenue n'a pu me faire reconnaître d'articulation in- termédiaire. Le crochet est demeuré flexible, et la matière cal- caire n'y est déposée que par points. Sa longueur égale les deux tiers de la hauteur de la coquille; sa forme est celle d'un tri- angle isocèle à côtés légèrement concaves. A sa face externe se trouvent les dents en cylindres arrondis à leur extrémité , au nombre de quatorze à seize. Elles sont placées sur deux rangs alternes à la partie supérieure du crochet, et sur trois dans le point où il s'élargit assez pour cela. Quelques-unes sont irrégu- lièrement groupées à sa base : ce sont celles que nous avons vu paraître les premières sous la forme d'une petite houpe. Deux faisceaux muscul^iires, revêtus extérieurement d'une forte apo- Jiévrose qui résiste long-temps à la macération, s'attacheni de chaque côté du crochet : l'un plus large , depuis la base jusqu'au tiers supérieur, l'autre depuis ce point jusqu'à l'extrémité. Le premier se porte au bord interne , et le second à la face interne de la bande qui règne autour des valves. On voit que tout ce singulier appareil tient à cette dernière, et qu'en supposant que ce soit une partie caduque, il doit disparaître avec elle. A cette époque, les globulins ont remplacé les globules au- tour du muscle adducteur. Ils se sont développés surtout dans le tiers médian , et forment dans chaque valve une espèce de masse tout-à-fait transparente, dont les dimensions varient quel- quefois d'un moment à l'autre, et au milieu de laquelle on voit, outre le canal digestif déjà aperçu, une autre cavité allongée qui plus tard formera l'aorte. Au point où s'insèrent les cordons QUATREFAGES. — Dèç eloppement des udtnodontes. 829 ombilicaux, on voit un petit renflement auquel ils paraissent aboutir. Nous avons vu que la petite Anodonte écarte souvent ses valves au point qu'elles se trouvent sur le même plan. On con- çoit que dans cette position le muscle adducteur éprouve une extension très considérable. En outre, la contractilité de la fibre musculaire ne paraît pas très forte à cette époque de la vie , tandis que le ligament de la charnière semble avoir acquis une élasticité très prononcée. Aussi voit-on souvent le petit animal faire de vains efforts pour refermer ses deux valves, qui la plu- part du temps demeurent au moins entrouvertes. Si elles se rapprochent assez pour que les crochets, en s'abaissant l'un vers l'autre, viennent à se rencontrer, on voit ceux-ci s'incurver davantage, et les dents s'engrener les unes dans les autres à la manière des pignons de deux roues. C'est à l'aide de ce curieux mécanisme que la petite Anodonte parvient à fermer entière- ment sa coquille et à la maintenir dans cet état malgré l'action continuelle du ligament de la charnière. D'après la disposition des dents que nous avons vues être al- ternes, on conçoit que lorsque les deux crochets sont appliqués l'un contre l'autre , les mouvemens d'avant en arrière que pour- raient exécuter les valves en glissant l'une sur l'autre , sont ar- rêtés aussi bien que ceux de haut en bas. La petite Anodonte trouve donc dans cette espèce de charnière supplémentaire un moyen de plus pour résister aux causes légères qui pourraient si facilement à cette époque disjoindre les deux valves de la co- quille. Enfin , le singulier appareil qui nous occupe peut servir de moyen de défense à notre petit bivalve. En effet, lorsqu'il a quitté le sein protecteur de sa mère, il est exposé aux attaques d'ennemis nombreux qui en détruisent des quantités innom- brables. Or, il se trouve protégé dans le point le plus faible, d abord par son crochet aigu et armé de dents redoutables, puis par cette espèce de barrière musculo-tendineuse qui ferme une partie de l'orifice de la coquille lorsque les valves en sont écartées. A dater de ce momcntr, le dévcloppemcut de la petite Ano* 33o QUATREFAGES. *— « Développement des Anodonies. donte marche avec plus de lenteur encore qu'auparavant, par suite, je pense, des riguem-s de la saison. On remarque seule- ment que les muscles adducteurs du crochet paraissent se ren- forcer peu-à-peu. Vers le 45® ou 5o' jour, la coquille change de forme. Le côté postérieur paraît s'allonger en même temps que le bord cardi- nal s'accroît dans ce sens, tandis que le côté antérieur demeure stationnaire. En avant du muscle, entre l'aorte et l'intestin, on voit paraître une rangée de globules un peu plus opaques que le reste du corps , et qui plus tard deviendront le foie. La masse de l'animal a augmenté au point que lorsque les valves sont ouvertes, on dirait qu'il ne peut être contenu dans sa coquille sans éprouver une forte pression. Les petits mamelons où abou- tissent les cordons ombilicaux ont pris de l'accroissemeut et une forme bien déterminée. Ils sont composés de cinq ou six côtes séparées par des sillons longitudinaux. Au point d'inser- tion se trouve un petit enfoncement ; de sorte qu'ils ressem- blent assez à la moitié supérieure d'une pomme calville. Au 60® jour environ, la coquille a pris plus d'épaisseur. Le sillon qui sépare la bande marginale du reste des valves s'est creusé plus profondément, surtout à l'angle inférieur, où celles- ci présentent des espèces de déchirures. ^o" jour. — Le foie a atteint le muscle. Dans le reste du corps, on aperçoit quelques rudimens de vaisseaux se formant par lacunes et se dirigeant de bas en haut. 80^ /our. — Au milieu du foie, on aperçoit dans chaque valve une cavité irrégulièrement ovalaire, dirigée de haut en bas, placée derrière l'aorte, laquelle s'est allongée de manière à arriver jusqu'à sa partie antérieure et supérieure : c'est l'esto- mac qui commence à paraître. Je n'ai pu reconnaître d'une ma- nière bien positive si c'était une véritable lacune résultant de l'écartement des globules, ou bien si c'était un de ces derniers dilaté et formant ainsi le premier rudiment de la grande poche digestive. C)6*jour. — Les dimensions delà cavité stomacale ontaugmenté. L'aorte qui les contourne antérieurement se dilate à la partie supérieure pour former le cœur sous la forme d'une ampoule QtJATREFAGES. — Dêi>eîoppement des Anodontes. 33 1 allongée et recourbée inférieurement, de manière à embrasser l'estomac. L'intestin s'allonge, arrive jusqu'au foie en avant, se coude un peu en zigzag inférieurement et remonte après avoir contourné le muscle adducteur jusque vers le milieu du bord cardinal. i-xo" jour. — Les lacunes que nous avons remarquées dans la masse du corps de l'animal se sont organisées en vaisseaux ramifiés. L'intestin est en communication avec l'estomac; le cœur contourne ce dernier en arrivant au-delà de sa partie postérieure; on distingue à travers le muscle un autre vaisseau qui se forme le long du bord cardinal. Est-ce l'aorte descendante ou bien le rectum qui commence seulement alors à paraître? Enfin, vers le laÔ'jour environ, l'Anodonte se débarrasse tout-à-coup de tous ses petits. Je pense que l'accroissement de ces derniers finit par distendre et déchirer la membrane si ténue qui ferme le repH de la branchie et qu'ils sont ensuite expulsés. Cette délivrance a lieu dans quatre ou cinq jours pour le plus grand nombre des mères, car le ai janvier j'avais toutes mes Anodontes pleines de petits, et le 28 du même mois je n'en trou- vai pas une seule qui en contînt sur une vingtaine que j'ouvris. Comme il m'en restait quelques-unes déposées depuis long- temps dans un baquet, j'espérai trouver au fond de celui-ci les petits expulsés par leur mère. J'en découvris, en effet, pUisieurs dans la vase; ils étaient vivans et paraissaient plus forts que ceux que j'avais observés jusque-là. Le mouvement par lequel elles ouvraient leurs valves était plus lent et plus gradué; peu les avaient écartées, au point de les avoir sur le même plan, et elles n'oflraicnt plus ces mouvemens saccadés qui faisaient naître l'idée d'iui effort brusqtie et violent nécessaire pour les fermer. La coquille était toujours translucide, brunâtre; les fibres des muscles du crochet très distinctes. L'estomac communiquait avec le liquide ambiant par une ouverture ovalaire dont les bords étaient garnis de cirrhes. Je ne pus douter que ce ne fut réellement l'entrée du tube digestif, ayant vu plusieurs infu- soires pénétrer par là dans l'intérieur, entraînés, je pense, par 1 aspiration exercée par l'animal. Le muscle adducteur des valves offrait uu léger sillon longitudinal, comme s'il voulait se séparer 332 QUATREFAGES. — Déi^eloppement des Anodontes. en deux faisceaux. Le foie occupait environ un tiers de la lon- gueur de la coquille; il était toujours formé de globules incolo- res et seulement un peu moins transparens que le reste du corps; la forme de l'estomac était irrégulièrement quadrilatère. Le cœur ne présentait aucune contraction : on distinguait la grande artère mésentérique; au reste, ni elle ni le tronc prin- cipal n'offraient de ramifications sensibles. C'est en vain que j'ai cherché à reconnaître quelques traces du système nerveux, probablement sa ténuité et sa transparence l'ont dérobé à mes recherches. Réflexions. Il est difficile, après avoir lu ce qui précède, de s'expliquer comment Leuwenhoeck a pu voir les petites moules des étangs ( Anodontes, Unio), en tout semblables à leur mère, tant dans l'oeuf que dans les branchies. En effet, les différences de forme et d'organisation sont certes assez grandes pour justifier ceux qui, comme MM. Rathke et Jacobson, ont considéré ces petits bivalves comme tout-à-fait étrangers à l'animal qui les nourris- sait. On serait encore plus volontiers porté à embrasser cette opinion par la circonstance de l'abandon qu'ils font du sein maternel avant d'avoir pris leur forme normale. Mais à part les raisons si bien développées par M. de Blainville, il me paraît impossible de regarder ces petits animaux autrement que comme le produit de l'Anodonte, que l'on voit pondre sous ses yeux. Pour suivre le développement des petites Anodontes, j'ai dû me procurer un grand nombre de mères, et c'est dans leurs branchies que j'allais chercher chaque fois celles que je voulais soumettre à mes observations. J'ai pu de cette nianière les suivre pas à pas; mais lorsque j'ai voulu en mettre à part dans des verres, elles étaient toujours mortes au bout de vingt-quatre heures, et ne tardaient pas à devenir la proie des Infusoires, et surtout comme l'ont remarqué Leuwenhoeck et d'autres obser- vateurs, des Vibrions et des Brachions. Ce résultat n'a, du reste, rien de plus étonnant que la mort d'un fœtus de mammifère qu'on extrairait du ventre de sa mère avant l'époque marquée pour la naissance. QtJATREFAGES. — Développement des Anodontes. 333 Je n'ai pas observé que, pour la sortie des petits, il se formât de nouveaux canaux. La cause que j'ai indiquée me paraît plus que suffisante pour l'expliquer. Une fois la membrane qui ferme le replis de la branchie déchirée ils ont dû sortir, aidés proba- blement par une réaction de la part de celle-ci, et être entraî- nés par l'eau respirée en même temps que la masse placentaire qui les environnait. Le développement embryonnaire des Anodontes ressemble en tout dans les premiers temps à celui des Limnées et des Pla- norbes. Dans les Acéphales comme dans les Pulmonés nous voyons un germe primitif composé de globules qui se dévelop- pent du centre à la circonférence par l'accroissement des glo- bules plus petits renfermés dans les premiers (globulins). Il esta regretter que la coquille de nos bivalves, qui, bien que translu- cide ne permet pas de distinguer des organes aussi diaphanes , empêche de pousser plus loin les recherches comparatives. Néanmoins quelques faits que nous avons constatés chez les Pul- monés aquatiques se sont reproduits ici sous nos yeux. Telle est la formation de quelques canaux ou cavités par lacune , par écartement des globules, et non par le développement de ces derniers. Je n'ai pu le reconnaître bien évidemment que pour quelques troncs veineux. Le tube digestif et en particulier l'es- tomac m'ont laissé dans le doute à cet égard : néanmoins sa forme et l'analogie m'engageraient à penser qu'il doit en être de même. 11 n'en est pas ainsi pour le cœur et l'aorte dont j'ai pu suivre les progrès pas à pas. J'ajouterai que dans les Anodontes comme dans les Pulmonés le canal digestif s'est formé de plusieurs par- ties primitivement isolées, et que chez elles comme chez ces der- niers nous avons vu le système circulatoire et digestif montrer d'abord, non l'organe central (le cœur, l'estomac), mais bien des dépendances excentriques de ceux-ci (l'aorte, l'intestin). Chez les uns et chez les autres la forme des organes a précédé leur texture définitive. Le système nerveux qui, dans les Pulmonés aquatiques sem- ble être le point de départ de l'organisation s'est ici dérobé à nos recherches. N'existerait-il pas encore à cette époque; et ne viendrait-il compléter l'organisme de l'Anodonte qu'à l'époque 334 QUATBEFAGES. — Dépdoppement des Anodontes. où celle-ci, par une véritable métamorphose acquerrait sa forme et son organisation définitives? C'est là une curieuse question qui ne peut ètre'résolue que par des recherches ultérieures. Une chose assez remarquable, c'est que le cœur ne nous ait pas présenté de pulsations même après que le petit animal a eu quitté labranchie où avait commencé son existence. Cette cir- constance m'a tenu quelque temps en suspens sur la nature de ce renflement piriforme placé à l'extrémité de lartère. Néan- moins la position de celle-ci qu'il était impossible de méconnaî- tre, et sa marche progressive vers le lieu où se trouve placé le cœur chez ces animaux, m'ont fiiit penser qu'il ne pouvait pas y avoir de doute. Enfin nous appellerons l'attention sur la disposition des or- ganes qui sont tous en double chez la petite Anodonte. Si les conjectures que j'ai formées sur la nature de chacun d'eux est juste, il s'ensuit qu'à cette époque de sa vie elle a deux cœurs, deux estomacs, deux bouches , etc. Ces organes sont-ils desti- nés à se rapprocher, à se confondre chacun avec son pareil? Ce serait là pour l'observateur une bien belle démonstration de la loi de M. Serres. Au reste leur développement n'est pas régu- lièrement symétrique. En général ceux de la valve gauche étaient plus avancés , excepté l'aorte qui a toujours marché avec la même vitesse dans l'une et dans l'autre. Je terminerai en regrettant de n'avoir pu étendre nos re- cherches aux jeunes Unios. Mais sur une vingtaine que j'ai ou- vertes, je n'en ai trouvé aucune qui contînt soit des œufs, soit des petits, ce qui doit être attribué à la saison, puisqu'il paraît d'après les observations de M. de Blainville que la fin du prin- temps est l'époque de la pante pour ce genre d'Acéphales. EXPLICATIOÎT DE LA PLANCHE XH. Fig. I . OEuf d'Anodonte au moment de la ponte ; a, le germe composé de globules très dis- tincts qui contienoent des globulins. Fig. 2. Id. quatrième jour ; a. le germe composé de globulins; h. segment opaque qui de- viendra la charnière. Fig. 3. Germe au cinquième jour. a. le germe devenu triangulaire; h. le segment débor-. dant à droite et à gauche. QUATREFAGFS. — Déifeloppemoît des ^nodontes. 335 Fi". 4. Sixième jour. a. la coquille encore membraneuse; b. le germe ou rudiment du corps ; c. la charnière. Fig. 5. Septième jour. a. la coquille distendant les parois de l'œuf : elle est encore mem- braneuse ; b. le corps visible encore à travers la valve ; c. empreinte du muscle adducteur des valves. Fig. 6. Huitième jour. La coquille au moment de l'éclosion. a. la coquille incrustée par points; b, bande translucide et encore ligamenteuse qui entoure les valves et à laquelle tien- dra plus tard le crochet et ses dépendances; c. empreinte du muscle; d. premières dents du crochet. Fig. 7. Même jour. Vue de la charnière, a. a. la coquille proprement dite ; b. b. la bande; c. c. ligament cardinal. Fig. 8. Dixième jour. Rudimens du crochet, a. la coquille; b. la bande; c. le crochet. Fig. 9. Quatorzième jour. Une valve vue de profil, a. La coquille; ^. la bande; c. le cro- chet garni de ses dents; d. muscles adducteurs du crochet. Fig. 10. Anodonte ouverte, a. a. la coquille; b. b. la bande; c. c. les crochets; d. d. les muscles adducteurs dis crochets; e. rau'cle adducteur des valves;//, cordons ombilicaux ; g. g. ligament cardinal; h. h, premiers rudimens du tube digestif; i, i. corps de l'Anodonle com-r posé de globules peu distincts. Fig. 11. Vingt-cinquième jour. Le crochet et ses dépendances, a. la coquille incrustée par points; b. b. les bandes toujours translucides quoique incrustées; c. le crochet; d. d. sil- lon rempli par un ligament qui unit la bande à la valve correspondante ; e. e. premiers muscles adducteurs du crochet;// seconds id. Fig. J2. Terminaison des vaisseaux ombilicaux; a. a. renflemens piriformes qui terminent les vaisseaux ombilicaux; b. un de ces vaisseaux; c.c.c. c. vaisseaux placentaires; f.ivOt; /é^«ia aurifa des organesvisuels dis- tincts qui se présentent sous la forme de petits points rouges sur la surface de huit masses de couleur brune rangées autour delà circonférence du disque ; ces niasses consisient chacune dans un petit corps ovale ou cylindroïde, jaunâtre, avec un peiit pédoncule délié. Ce pédoncule très peu allongé s'élève d'une vésicule dans l'intérieur de laquelle on voit un corps glanduleux , libre, de couleur jaune vu par la lumière transmise, et blanchâtre par la lumière réfléchie. C'est sur la surface dorsale du corps jaune qui surmonte le Pédoncule , qu'on aperçoit le petit point rouge bien arrêté que le professeur Ehrenberg prend pour un œil. Il compare les yeux des Méduses à ceux des fiotifires et à ceux des Entoinestiacés. Le corps glanduleux placé à la base du pédoncule est regardé par lui comme nn ganglion optique qui a des rapports avec deux filamens qui s'entrecroisent à-peu-près vers le milieu de leur trajet. Il pense que ces filamens appartiennent à un cercle nerveux qui, dans la plus grande partie de son trajet, longe la base de la rangée de tentacules , de manière à former pour ainsi dire la paroi antérieure du vaisseau circulaire ou appendice de la cavité digestive qui entoure le bord du disque. Ehrenberg décrit en outre un autre cercle nerveux, composé de quatre masses gançlioniformes disposées autour de la bouche , chacuce de ces masses étant en rapport avec un groupe corr; .dant de tenta- cules. — {Miilleri Archiv's i334c p. 662 , et Annales des Se. Nat. 2* série, t. 4 , p. 290.) owEisr. — Sur les Entozoaires. 343 dii^estive interne, un des caractères les plus iniportans et les plus généraux du règne animal. Dans les Sterelmintha, comme dans le plus £[rand nombre des Acrita^ il n'y a qu'une seule commu- nication entre la cavité digestive et l'extérieur du corps. Les genres Cœnurus paraissent seuls faire exception. Dans ce genre en effet, comme dans les Zoophytes composés, la nutrition s'ef- fectue par le moyen d'une bouche, mais sans aucun anus. Le système vasculaire dans les Acrita, quand on peut en trou- ver des traces, répond à l'état du système digestif, et comme ce dernier consiste en des canaux réticulés enfoncés dans le parenchyme du corps, sans présenter des /jatow proprement dites; ces vaisseaux sont ordinairement superficiels, et on aper- çoit dans leur intérieur une sorte de tourbillon des fluides nutritifs , analogue à celle qu'on peut observer dans certaines plantes; mais il n'y a pas une véritable circulation. On rencon- tre cette disposition en descendant l'échelle jusqu'aux PolygaS' ttiques, dans lesquels le professeur Ehrenberg a reconnu l'exis- tence de canaux superficiels, hyaloïdes. Dans les genres de Ste- relmintha qui manifestent des traces d'un système sanguin on aperçoit une sorte d'ondulation dans des canaux qui ressem- blent par leur forme, par leur position et par leur structure, à ceux qui se trouvent chez les Trematoda et surtout dans les Planariées et dans les Echinorhynques ; plusieurs espèces de ce dernier genre présentent un réseau vasculaire cutané d'une grande richesse, (i) Parmi les Acalèphes, le genre Méduse présente un système vasculaire tout aussi simple que celui des Acrita les plus infé- rieurs , comme on peut voir dans le réseau vasculaire margi- nal du disque du Rhizostomd , et si on compare cette structure avec les vaisseaux bien plus développés des Echinodcrmcs^ on sera disposé à croire que les Acalèphes doivent être rangées dans la division la plus simple des Rayonnes de Cuvier. S'il est vrai, comme on affirme, que les Méduses ne produisent pas des œufs, mais des gemmules garnies de cils et doués de locomotion , nous avons une raison de plus pour ranger les (I) Ediirorliynclius Tajculosus, Rud, tyn^ R. 58 1. 344 owEN. — Sur les Entozoaires. Acalèphes parmi les Jcrita où Ton remarque seulement le mode de reproduction analogue à celle des plantes, c'est-à-dire celle qui s'opère par des gemmules internes, ou externes, ou par séparation spontanée. Ce caractère ne s'applique pas cependant à tous les Jcrita , car les Stcrelmintha se propageant par des œufs, possèdent des organes de génération manifestes et séparés des organes diges- tifs. Ces organes sont ou cryptandres , c'est-à-dire productifs sans imprégnation, comme dans les Cystica et dans les Cestoï- des , ou bien une glande fécondante est surajoutée aux ovaires, comme dans les Trematodes; ou enfin les sexes sont séparés comme dans les Acantocephales . Ainsi donc presque tous les modes de reproduction qu'on observe dans les classes supérieu- res du règne animal se montrent chez les Acrita. Ainsi, nous voyons que, dans ce sous-règne des Acrites, tous les organes , à l'exception de ceux de la digestion et de la reproduction, sont plus ou moins confondus ensemble, et que le parenchyme de leur corps paraît remplir plu- sieurs fonctions. On voit aussi que quand un organe se dessine nettement il est répété souvent d'une manière pres- que indéfinie dans le même individu. Ainsi, dans les Polypes, les canaux de la nutrition s'ouvrent fréquemment à l'exté- rieur par mille bouches, et les Polygastriques doivent leur nom à une multiplication analogue de la cavité digestive. Dans les Sterelmintha le système générateur devient le sujet de cetterépé- tition: ainsi chaque articulation du Tœnia est le siège d'un ovaire séparé, quoique toutes ces articulations doivent leur nourriture aux prolongemens des mêmes tubes digestifs simples. Encore dans les Eponges calcaires et siliceuses, qui les premières de îoutle règne animal offrent, pour ainsi dire l'esquisse d'un sque- lette interne, lequel en se développant semble les dépouiller a peu de traces de vie qu'elles possédaient antérieurement, on voit que l'organisation se borne à répéter continuellement Gins toutes leurs parties ce squelette rudimentaire. Les puissances formatrices étant ainsi dirigées sur un petit r ubre d'opérations simples , et non pas concentrées sur un seul système, il n'est nullement étonnant de ti^ouver dans les owEN, — Sur les Eniozoaires. 345 Acrita une très grande diversité de formes extérieures; presque tous les types de l'organisation animale se trouvent comme ébauchés dans cette classe d'êtres. « La nature, dit Mac-Leay (i), bien loin d'agir sans ordre en comtnenrant son ouvrage , nous a donné dans ces animaux imparfaits, l'esquisse , pour ainsi dire, des différentes formes qu'elle avait l'intention d'adopter plus tard pour tout le règne animal. -» Ainsi dans la masse mu- queuse et presque inerte des Sterelmintha ^ on retrouve les traits principaux desMollusques(2). Dans la masse charnue vi- vante qui environne l'axe terreux et creux des Polypes nageurs, on voit les vestiges d'un animal vertébré; dans l'enveloppe crus- tacée de la masse vivante des Polypi vaginati et dans leur struc- ture plus ou moins articulée, nous apercevons les premières indications du type des animaux articulés. Ayant été ainsi amenés par des considérations sur la place que les Trichina doivent occuper dans un arrangement natu- rel, à passer en revue la classification générale des Ento- zoaireSy et les affinités entre les autres classes de Rayonnes et à examiner si cette division du règne animal doit être conservée comme Cuvier l'avait établie, je viens maintenant jeter ini coup- d'œil sur les Entozoaires qui n'appartiennent pas au groupe des Sterelmintha, et je les considérerai sous le point de vue de leurs rapports avec les Piadiaires qui restent après qu'on en a détaché les Acrita. Je propose Ae (\'\.\'\?>ev\es vers cavitaires de Cuvier qui renfer- ment les Nematoidea de Rudolphi, les vers rigidules de Lamarck, et les genres JS emertes ^XLinguatula [PentastomaRud.), en deux sections, dont la première sous le nom de Cœlelmintha (3), com- prendrait les Nematoidea et genres Linguatula et Sipunculus , tandis que l'autre serait formée par les vers rigidules et aurait le titre iïEpizoa. Les recherches récentes du docteur Nord- (i) Horœ Entomologiem , vol. i. part. n. p. aî8; (a) Cependant les Mollusques se lletit d'une manière plus intime avec les Polypes composés par l'intermédiaire des goures Botrylla, Rscliare et Ccllain;; tandis que IcsTremadotus «on- duiicnt évidemment aux Annélidcs suceurs, tels que les Sangsues, etc. (3) KciXo? , eavus ; cXjmu; lumbrkus. 346 o\VE]v. — Sur les Entozoaires. mann, démontrent que beaucoup d'animaux de cette dernière section présentent, dans leur condition primitive et libre, une organisation bien supérieure à celle qu'ils offrent après s'être" fixés sur les animaux qu'ils infestent. Ces deux sous- divisions ont chacune mi système ner- veux , qu'on peut appeler filamenteux , analogue à celui des Echinodermes et des Rotifères du professeur Ehren- berg , car dans tous ces animaux de simples filamens ner- veux dépourvus de ganglions, et dont le nombre et la direc- tion varient suivant la forme de l'animal, partent d'un point placé auprès de la partie supérieure du canal alimenlaire. Cette condition du système nerveux est accompagnée d'un dévelop- pement très apparent de l'appareil musculaire et surtout de la tunique musculaire du tube digestif, lequel flotte libre dans l'intérieur d'une cavité abdominale, et tous, à la setile excep- tion de la famille des Echinodermes, ont une ouverture anale manifeste. Il n'y a plus dans cette division aucun exemple de reproduction fissipareni s^exnm\)^:\re.T)^\^%\c?> Echinodermes qui se rapprochent des Polypes à tuyaux par l'intermédiaire des^«- crinites immobiles, pédicules, le fluide nutritif circule dans des artères et dans des veines distinctes ; et dans les Holothuries un véritable appareil respiratoire est sur-ajouté. Si on suit la série animale depuis les Echinodermes qui présentent l'aspect vermi- forme allongé et en même temps une sorte de ramollissement de la croûte qui les revêt à l'extérieur, on arrive par une transi- tion facile et naturelle en parcourajit les SipuncuU aux Cœlel- mintha ; et je crois que ces deux derniers groupes ont entre eux des rapports plus intimes que n'en ont les SipuncuU avec les Echinodermes ^ et je me fonde sur l'absence des organes de respiration et des pieds tabulés dans le premier, sur des traces obscures d'un appareil vasculaire et sur l'aspect de leur système nerveux. Les Cœlelmintha ainsi établis présentent les mêmes variétés dans les organes de la génération que les Sterelmintha. Nous trouvons l'appareil femelle sans les organes fécondans, ou le type cryptandre, dans les SipuncuU ; dans les Linguatula on voit s'ajouter des glandes mâles , mais sans fécondation réel- owEiv. — Sur tes Entôzoaires, 347 proque, et enfin des sexes séparés se présentent clans les Ne- matoidea. Si nous distribuons les parasites internes du corps humain selon cet essai de classification naturelle des Entozoaires , on verra que ces animaux appartiennent au moins à trois classes distinctes du règne animal. ENTOZOA HOMINiS. Sub regnum ACRITA. Classis (INFUSORIA Ciiv. ) 1. Cercaria seminir,. (2) Cui locus semeii virile. 2. Tiichlna spiralis. Muvculi voluntarii. Classis Sterelmintha. 5. Echinococcus hominis. Hepar. 4. Cyslicercus Cellulosœ. Mtisculi, cercbrum. 5. — visceralis. Viscera generalim. 6. Tœnia soli.um. Intestina tenuia. 7. Bothriocephalus latus. Intestina teiiuia. 8. Polystoma venarum. Veuœ. 9. — Plnguicola. Ovaria. 10. Distoma JiepaUcum. Vesica fellea. Sub regnum NEMATONEURA. (2) Classis Cjelelminta. I ! . Ascaris vermicularis. Intestinum rectum. la. — lunihricoides. Intestina tenuia. j3. Sliongylus Gigas. Eei). i4. Spiropcera Hominis. Vesica urinaria, i5. Tricocephalas dispar, Cœciim, intestina crassa. 16. Filuria broiwlùalis. Gland ul;e bronchialcs. 17. — Medinensis. Substantia cellulosa. 18. — Oculi. Oculus. (i) Comme ia disposition de la cavité digestive n'a pas] été observée dans ce genre et dans celui fjoi le «uit immédiatement, on ne peut pas les Yasser parmi les Pofygastriqucs d'Eh- renberg. (a) rt,\i.t. fdum , cl nsupon nervus ; expression 'qui désigne l'état du système nerveux qui sépare les Calclmùitha et les Epizoa des animaux articulés et les rapproche des Echinodcrmts et des Rotijires. 548 FALCONER ET CA.UTLEY. Description du Sivatherium giganteum, nouveau genre de Ru- minans fossiles de la vallée de Markanda, dans la branche Siçdlek des montagnes inférieures de l'Himalaya, Par MM. Hugii Falconer , MD. Directeur du Jardia botanique de Scharanpur, Et le capitaine Cautley, Surveillant du Doab-Canal. (i) Le fossile dont nous publions ici la description est une nou- velle acquisition pour la Zoologie antédiluvienne, et ce fait seul suffirait pour y donner de l'intérêt; mais il mérite surtout de fixer l'attention à cause de ses grandes dimensions qui dé- passent celles du Rhinocéros, de la famille à laquelle il appar- tient, et du mode de conformation qu'il présente. Le Sivatherium est, en effet, un des animaux perdus les plus remarquables que l'on ait encore rencontré dans les couches peu anciennes de la terre. Tous les genres de mammifères fossiles, découverts et fondés par Cuvier, appartenaient à l'ordre des Pachydermes, les espèces qui se rapportaient à d'autres groupes ayant toutes leur repré- sentant actuellement vivant sur la surface du globe. Parmi les Ruminans, on n'a encore rencontré aucune déviation remar- quable des types actuels, et les espèces fossiles sont extrême- ment voisines des espèces récentes. Cependant , d'après la position isolée des Girafes et des Chameaux, il était présumable que certains genres, actuellement perdus, avaient jadis formé le passage entre ces animaux, les autres Ruminans et les Pachy- dermes. Or, le Sivatherium est précisément dans ce cas, car il (x) Ce mémoire vient de paraître dans le Journal nf the Asiatlc Society ofBengal qui se pu- blie à Calcutta , et qui contient plusieurs articles très intéressans sur les fossiles découverts r«-^ cemmeut dans l'Himalaya (janvier i836). Sur un nouveau genre de Ruminant fossile. 349 établit une liaison entre les Ruminans et les Pachydermes, et offre en même temps des particularités individuelles si mar- quées , qu'il n'a pas d'analogue parmi les animaux connus ap- partenant à l'un ou à l'autre de ces ordres. Le fossile , d'après lequel nous avons établi le genre dont la description va nous occuper, est une tête dans un état de con- servation remarquable. Lorsqu'on la découvrit, elle était heu- reusement si enveloppée dans une masse de pierre , que toutes les parties les plus importantes étaient restées intactes, bien que, pendant long-temps, elle eût été exposée à l'action d'un courant d'eau ; le quartier de roche où elle était logée aurait même pu échapper à l'attention, si dans un point le bord des dents n'avait fait saillie à sa surface. Après un travail long et difficile, on est parvenu à enlever la gangue terreuse, de manière à mettre à nu cette énorme tête avec ses cornes, ses os nasaux élevés en voûte au-dessus du chanfrein, et toutes ses dents molaires; les seules mutilations consistent dans la fracture de l'extrémité des cornes, du sommet du crâne, là où le plan occipital se joint au plan des sourcils, et de l'extrémité du mu- seau. Enfin, les seules parties encore engagées dans ia pierre sont une portion de l'os occipital, les fosses zygomatiques des deux côtés, et la base du crâne dans le point occupé par le sphénoïde. La forme de cette tête est très singulière (i). Les traits les plus remarquables sont : i° son volume, qui approche de celui de la tète de l'éléphant; 2° l'immense développement et la lon- gueur du crâne derrière les orbites; 3" les deux axes osseux des cornes qui naissent du sourcil entre les orbites et s'écartent l'un de l'autre; 4° la forme et la direction des os nasaux qui s'élèvent beaucoup au-dessus du chanfrein et se prolongent en une voûte pointue au-dessus des narines externes; 5° la forme massive, la largeur et la brièveté de la face en avant des orbites; '^i" le grand angle sous lequel la surface triturante des molaires supérieures s'écarJc de la direction de la base du crâne. Vue de profil, cette tête ne ressemble à celle d'aucun autre (1) Voy, pi. n. 35o FALCOIfER ET CAUTLEY. animal, tant à cause de la direction et de la forme des cornes, que de l'élévation et de la courbure des os nasaux. Le nez ressemble' un peu à celui du Rhinocéros, mais cette appa- rence est illusoire, et dépend seulement de ce que le museau est tronqué. Vue de face, la tête paraît avoir à- peu-près la forme d'un coin, sa plus grande largeur étant au vertex, et ses dimensions diminuant graduellement de là jusqu'au museau; des rétrécisseraens brusques s'observent seulement en arrière des orbites et sous les molaires. Les arcades zygomatiques ne sont nullement saillantes et même presque cachées; le sourcil est large, plat et renflé latéralement, de manière à former deux convexités ; les orbites sont écartés et ont l'apparence d'avoir été projetées en avant à cause du grand prolongement de l'os frontal vers le haut. Il n'y a ni crêtes ni lignes saillantes ; la sur* face du crâne est lisse, et présente des lignes courbes sans an- gles. Enfin, depuis le vertex jusqu'à la racine du nez, les os suivent un plan droit et offrent une légère élévation entre les cornes. § I. Des dents. — Les dents molaires sont au nombre de six de chaque côté à la mâchoire supérieure; la troisième de la série ou dernière molaire de première dentition a été remplacée par la dent permanente correspondante, et l'usure de celle-ci et de la dernière molaire est assez avancée , ce qui indique que l'animal avait déjà passé l'âge adulte. (PI. 12. fig. 2.) Les dents sont, sous tous les rapports, celles d'un Ruminant n'offrant que de légères particularités individuelles. Les trois dernières mâchelières ou grosses molaires sont chacune composées de deux portions ou demi-cylindies renfer- mant chacun, lorsqu'ils sont usés, un double croissant d'émail dont la convexité est tournée en dedans. De même que chez les Ruminans , la dernière molaire ne présente pas d'autre compli- cation comme dans la molaire correspondante d'en bas. La sur- face triturante est inclinée du bord externe en dedans, et la forme générale est exactement celle des dents du Chameau ou du Bœuf, mais avec des dimensions plus considérables. Les crêtes d'émail sont inégalement saillantes et les dépressions Sut un nouveau genre de Ruminant fossile. 35 1 situées entre ces lignes sont inégalement creusées. Enfin chaque demi-cylindre présente,' dans la section horizontale, sur la sur- face externe, trois tubercules sailians ou arcades avec des sinus intermédiaires, et du côté externe une courbure simple. D'autres particularités distinguent ces dents de celles des Ruminans; ainsi, par suite du raccourcissement de la mâchoire, les dents sont beaucoup plus larges comparativement à leur longueur, la largeur de la troisième et quatrième molaires étant à leur longueur sous les rapports de aP°""',24 à if',55 et 2''",2 à i''",G3. Leur forme est aussi moins prismatique; le corps de la dent présente, à sa base, un renflement en forme de collet, à partir duquel sa face interne s'incline en-dehors, de façon que la couronne se rétrécit un peu. Dans la troisième molaire, la largeur de la couronne n'est que de i^",93, tandis que le dia- mètre du collet est de 'i^-^ii\. Les saillies et les creux de la surface externe des dents descendent aussi moins bas sur le corps et disparaissent sur le collet; il n'y a point de colonnes accessoires sur le sillon de jonction à la face interne; et les croissans d'é- mail présentent un caractère qui les distinguent des dents de' tous les Ruminans connus, car la lame interne, au lieu d'offrir une courbure presque simple, décrit des zigzags à-peu-près de la même manière que chez l'Elosmatherium. Entre elles, ces grosses molaires ne diffèrent que par le degr é de leur détrition; l'antépénultième est la plus usée, et les 'la- mes en croissant moins courbes, plus rapprochées et m'oins distinctes. Les trois mâchelières antérieures ou molaires simples ont la forme ordinaire chez les Ruminans, savoir, celle d'u.n demi- cylindre simple avec une seule paire de lames en croi ss-iint. La ])reraière est très usée et mutilée; la seconde est plus entière, ayant fonctioiinée pendant moins long-temps, et nriontre très bien les courbures flexueuses de la lame d'émail qui forme le croissant; la dernière présente la forme simple d'à la dent de seconde dentition qui remplace la dernière molaire de lait, et elle montre aussi la disposition onduleuse de l'émail. Quant ù la position des dents dans la mâchoire, il -est à noter que les quatre dernières molaires, savoir, les trois molaires pcr- 352 FALCONER ET CAUTLET. manentes et la dernière de lait sont placées sur une ligne droite, et que les deux séries sont parallèles entre elles; mais les deux premières molaires se dirigent tout-à-coup en dedans, et si ce changement dans leur alignement n'existait pas, les deux rangées de dents auraient représenté exactement les deux côtés d'un carré équilatéral, la longueur de chacune de ces rangées et la distance qui sépare les dents étant presque la même, savoir, g pouces 8 lignes et 9 pouces 9 lignes. Le plan suivant lequel la détrition s'est opérée sur la ran- gée entière de dents d'arrière en avant n'est pas horizontal, mais légèrement courbe et dirigé en haut, de manière à former, avec la base du crâne, un angle assez fort; aussi, lorsque la tête est posée sur les condyles et les dernières molaires, le plan qui traverse ces points est coupé à un angle d'environ 4^° par la ligne correspondante au plan de détrition des molaires, et cette particularité'est un des traits caractéristiques de cette tête. Voici les dimensions des dents dont nous venons d'étudier la forme. Longueur. Largeur. Dernière molaire du côté droit — 2.35 (1) Pénultième, id. id 2.20 2.38 Antépénultième, id. . 1.68 2.20 Dernière molaire simple .'. . . . .'. . 1.55 2.a4 Deuxième id. 1.70 i.gS Première id, • ■ .' 1.70 i.go Du côté Du côté externe. interne. Hauteur de la dernière molaire 9.9 5.5 — troisième molaire. • » . . 9.8 5.5 — seconde molaire. '. . . 8,4 4.5 — première molaire • . 6.4 3.2 Longueur totale de la série des molaires g p. 8 1. § 2. Des os de la tête et de la face. — Par suite de l'âge de l'animal auquel cette tête appartenait, tous ses os s'étaient soudés entre eux de manière à ne plus laisser de traces de leurs sutures, et à faire disparaître complètement leurs limites respectives. L'os frontal est large, plat et légèrement concave dans sa « ( i) Toutes les mesiures employées dans ce Mémoire sont des pouces anglais. ^ Sur un nouveau genre de Ruminant fossile. 355 moitié supérieure; sur le vertex , il présente latéralement deux renflemens considérables et décrit une large courbure en des- cendant vers les os temporaux. Antérieurement , il se rétrécit derrière les orbites, et ensuite s'élargit de nouveau et envoie à l'os malaire une apophyse qui complète la paroi orbitaire ex- terne; sa largeur, dans sa partie la plus haute, en arrière de l'orbite, est de i6p., a. Deux apophyses coniques courtes et épaisses naissent par une base très large, en partie entre les orbites et en partie derrière ces cavités; elles se rétrécissent rapidement, de manière à se terminer en pointe; mais dans le fossile dont nous donnons la description, elles ont été mutilées près de leia- extrémité. La direction de leur axe est perpendi- culaire à leur base, et elles divergent entre elles sous un angle très ouvert ; enfin leur surface ne présente point de rugosités et est lisse partout. Ces apophyses sont évidemment les axes osseux de deux cornes inter-orbitaires, et par leur position aussi bien que par leurs dimensions, elles rendent cette tête très re- marquable. Les connexions du frontal avec les autres os ne sont nulle part distinctes. A son extrémité supérieure, le crâne est fracturé de manière à faire voir la structure intérieure des os ; les tables interne et externe sont très écartées l'une de l'autre, et l'inter- valle qu'elles laissent entre elles est occupé par de grandes cellules formées, comme chez l'Eléphant, par des expansions la- mellaires du diploé osseux; dans l'occipital, l'intervalle entre les deux tables excède i p.i /a. Sur le coté gauche du frontal, la table externe a été enlevée sur le renflement du vertex et laisse apercevoir des moules de cellules oblongues ou en forme d'a- mandes avec des parois lisses. L'os temporal est en majeure partie caché par la gangue pier- reuse qui n'a pas été enlevée dans la fosse temporale, et on ne distingue aucune trace de la suture écailleuse; les apophyses inférieures de cet os, situées dans le voisinage du trou auditif, ont été détruites ou sont restées cachées; l'apophyse zygonia- tique est longue et va rejoindre l'apophyse correspondanle de l'os mal.'iire, en suivant une direction à peine courbe; inie ligne menée le long de sa surface, passerait antéricureniejit par les V. Zoor,. — Juin, a3 354 FALCONER ET CAIJTLEY. j tubérosités de l'os maxillaire et postérieurement sur le bord supérieur des condyles de l'occipital; du reste, cette arcade est forte et épaisse. La fosse temporale est très longue et peu profonde; elle ne s'élève aussi que peu sur les côtés de la tête, et est dépassée par les bords de l'os frontal. La forme et la po- sition de la surface articulaire de la mâchoire inférieure sont restées cachées par la gangue. Cette tête fossile n'offre rien qtii puisse servir à la détermi- nation de la forme et des limites des pariétaux, le crâne étant très mutilé dans la région occupée par ces os; mais ils parais- sent avoir été semblables à ceux du Bœuf, et s'être étendus de- puis l'os occipital jusqu'au frontal à l'angle supérieur du crâne. La forme et les caractères de l'occipital sont bien marqués. Cet os occupe un grand espace, sa largeur étant proportionnée à celle du frontal, et sa hauteur considérable; latéralement, il se prolonge en deux ailes, qui commencent au bord supérieur du grand trou occipital et se dirigent en haut et en dehors. Ces ailes sont lisses et excavées inférieurement et extérieurement, depuis le voisinage des condyles jusque vers la région mastoï- dienne du temporal; leur bord interne se continue avec une crête, qui part du bord du trou occipital, diverge presqu'à angle droit de son congénère et limite une grande fosse trian- o-ulaire, dans laquelle elle descend brusquement. Dans la tête fossile, cette fosse est en majeure partie occupée par de la pierre; mais elle ne paraît pas être superficielle, et semble être une simple modification de la conformation qui se voit chez l'Éléphant. Il n'y a pas de trace de crête ni de protubérance oc- cipitale : latéralement, dans ses points de jonction avec le tem- poral, l'os est mutilé, et là aussi bien qu'à la fracture de son bord supérieur, on voit que son intérieur est rempli de grandes cellules, formées par des lames du diploé et renfermées entre les deux tables osseuses , qui sont très écartées; cette disposition est surtout très marquée dans la portion supérieure de l'os, où les cellules paraissent se joindre à celles du frontal. Les condyles sont très grands et très bien conservés; le plus grand diamètre de chacune de ces éminences articulaires, est de 4-4 P- ? ^t 1^ distance comprise entre leurs deux angles extérieurs, mesurés Sur un noupeau genre de Ruminant fossile. 355 à IraTers le grand trou occipital, est de 7.4 p. , dimensions qui sont supérieures à celles de l'Eléphant. Quant à leur forme , elle est exactement la même que chez les Ruminans ; en effet , leur surface externe se compose de deux surfaces convexes, qui se rencontrent et forment un angle arrondi; l'une, dirigée dans le sens du grand axe, s'étend obliquement en arrière depuis le bord antérieur du grand trou; l'autre, se voit en avant et au dessus du bord postérieur , leur ligne de jonction étant dans la direction du diamètre transversal du grand trou. Cette dernière surface est la plus grande, son diamètre antéro-postérieur étant de 2.5 p., et son diamètre transversal de a, 6. Les grandes di- mensions du trou occipital et des condyles, ont dû entraîner un développement correspondant dans les vertèbres et avoir modifié la forme du cou et des membres antérieurs. L'os sphénoïde et toutes les parties de la base du crâne, de- puis le grand trou occipital jusqu'au palais, manquaient ou étaient cachés. La partie du sourcil où commencent les os du nez n'est pas distincte ; la suture de ces os avec le frontal, étant complètement effacée, on ne voit pas comment ils s'y joignent. Entre les cornes, on remarque une élévation dans les sourcils, qui, un peu plus en avant, s'abaissent de nouveau, et un peu au de- vant d'une ligne réunissant les angles antérieurs des orbites, se trouve une autre élévation du sourcil. Depuis ce point, qui peut être considéré comme la racine du nez , les os nasaux commencent à s'élever, en formant avec le plan des sourcils, un angle considérable; ils sont larges, bien arqués à leur base, et décrivent en avançant une ligne convexe, de manière à se rétrécir rapidement et à se terminer par une pointe, recourbée en bas, qui surmonte les narines extérieures. Dans une portion considérable de leur longueur, ils sont unis aux os maxillaires; mais ati devant du point où ils commencent à se rétrécir, leur bord est libre et séparé des maxillaires, par un sinus très large, de façon que, vue latéralement, leur forme a beaucoup de res- semblance avec celle de la mandibule supéncure d'iui Faucon, écartée de la mandibule inférieure. M.dheareuscment, les bords antérieurs des maxillaires sont tellement mutilés, qu'on no aï. 356 FALCOîîER ET CAUTLEY. peut déterminer la longueur exacte de la portion libre des os nasaux; mais on l'a mesurée dans une étendue de trois pouces. La même cause empêche de voir à quelle distance les os nasaux s'approchent des os incisives , qu'ils ne paraissent pas toucher ; et ce point aurait été important à observer, car de là dépend la conformation des parties molles du nez. La hauteur et la forme des os nasaux constituent le trait le plus remarquable de cette tête singulière; vus en dessus, ils paraissent passer rapidement d'une base très large à une pointe aiguë, et leur hauteur ver- ticale à leur base , dans le point convexe le plus élevé au dessus du sourcil, est de 3 p. 1/2. La forme des maxillaires est remarquable sous deux rapports ; 1° par leur brièveté , comparée à leur largeur et à leur profon- deur; et 2° par la direction oblique de la ligne des alvéoles, qui, à partir de la dernière molaire antérieure s'élève , comme si la mâchoire avait été refoulée en haut pour correspondre à l'élé- vation des os nasaux, où joint la base du crâne, en formant un ^ngle. La brièveté de la mâchoire a déjà été signalée , en par- lant des dimensions des dents; nous avons vu que les molaires sont comprimées, et que leur largeur dépasse leur longueur dans une proportion peu ordinaire chez les Ruminans. Nous avons mentionné aussi la largeur des maxillaires; l'intervalle entre le côté externe des alvéoles, est égale, avons-nous dit, à la longueur de la ligne occupée par les molaires. Les tubéro- sités jugales sont très grandes et saillantes; leur diamètre à leur base est de 2 pouces , et la largeur des joues vers leur milieu, de 12.2 p., tandis qu'au niveau des alvéoles elles n'ont que 9.8 p. Elles sont situées au dessus des troisième et quatrième molaires, et une crête peu distincte monte de là vers l'os molaire. Le trou sous-orbitaire est grand; son diamètre vertical étant de 1,2 p.; il est situé au dessus de la première molaire , comme dans le Bœuf et les Cerfs. Le bout de la mâchoire est cassé à environ 2,8 p. de la première molaire, au-devant du bord alvéolaire de laquelle est une dépression subite de 1,7 p. Le museau ne présente plus dans ce point, qu'une largeur de 5,8 p., et plus «n avant à la fracture, seulement l\,\. La voûte palatine est i^onvexe d'arrière en avant, et concave transversalement. Jl Sur un nouueau genre de Ruminant fossile. ^Si ne reste aucune trace du trou palatin , ni de la suture des os propres du palais. Les apophyses sphéno-palatines et toutes les parties situées entre ces éminences et le grand trou occipital , manquent ou sont restées cachées (i). La mutilation de la portion antérieure du museau, empêche aussi de voir comment les os in- cisifs étaient réunis aux maxillaires; mais il paraîtrait qu'ils ne s'élevaient pas en avant jusqu'au point d'union de ces derniers os avec les os nasaux. La même cause a empêché de bien re- connaître le mode d'union des os nasaux et maxillaires, ainsi que la grandeur et la profondeur de l'échancrure du sinus nasal. L'os malaire ou jugal est épais, massif et un peu saillant. Son bord inférieur est terminé brusquement par un creux, qui des- cend sous les maxillaires; le bord supérieur concourt puissam- ment à la formation de l'orbite. L'apophyse orbitaire s'unit à une éminence correspondante du frontal, pour compléter en arrière le cadre de l'orbite. L'apophyse zygomatique ce forte, épaisse et un peu aplatie. Aucune portion de l'arcade zygomati- que n'est proéminente ; l'intervalle entre les points les plus sail- lans de cette arcade n'étant pas, à beaucoup près, aussi larges que la partie postérieure du crâne, et un peu moindre q^ue la largeur comprise entre les éminences malaires. Il est impossible de distinguer la grandeur ou la forme des os lacrymaux, à raison de l'absence complète de sutures. La sur- face de la région lacrymale se continue insensiblement avec celle des parties voisines. Il n'y a pas de trou à la partie anté- rieure et inférieure de l'orbite, pour le passage du conduit lacry- mal, ni de fosse au dessous, indiquant l'existence d'un sinus sous-orbitaire ou lacrymal. Il faut aussi ajouter un fait omis ci- dessus ; savoir : que le frontal ne présente aucune trace de trou sourcilier. Les orbites sont placées très en avant, par suite du grand développement du crâne supérieurement et de la brièveté des os de la face; ils sont situés aussi un peu plus bas que d'ordi- naire , leur centre étant à environ 3,6 p. au dessous du niveau du sourcil. En débarrassant ce fossile de sa gangue pierreuse; on (i) Ejcepté un« iiorlion do la rcgiou basilaiie qui ressentbk à celle des Rmniuaiis. 358 FALCONER ET CAUTLET.' a altéré un peu la forme du bord de ces fosses; du côté gauche» où elle est le moins altérée, l'axe de l'orbite forme un petit angle avec le plan du sourcil. Le diamètre antéro- postérieur de ces cavités, est de 3,3 p., et leur diamètre vertical de 2,7. Il n'y a point d'éniinences ni d'uiégalités sur le bord orbitaire, comme chez les Kuminans; sa dire>:tion est très oblique; l'intervalle entre le bord supérieur ou frontal des deux orbites, est de 12,2 p., et celui entre leur bord inférieur de 16,2. Voici les dimensions de la tête du Sivatlierium Giirantewn : Pouces anglais. Mètres. Du bord antérieur du grand trou occipital à l'alvcolc de la première molaire 18. 85 0.478 Du bord antérieur à l'extrémité tronquée du museau. . . ." 20, 6 0.626 Du bord antérieur au bord postérieur de la dernière molaire. lo. 3 0.26a De la pointe des os nasaux au bord fracturé supérieur du crâne en ligne droite 18. o 0.456 De la pointe en suivant la courbure 19- o 0.482 De celle à l'endroit oi!i la voûte du nez commence à s'élever au dessus du sourcil (en suivant la courbure). .... 7. 8. 0.198 De ce dernier point jusqu'à la fracture du nez 11. 2. 0.284 De l'extrémité des os nasaux au niveau de l'e-xtrcmité des cornes 8. 5 0.216 De l'angle antérieur de l'orbite droit à la première molaire. g. g o.25i De l'angle postérieur à la première molaire 12. 1 0.307 Largeur du crâne au vertcx ( la mutilation du côté gauche étant rétablie), environ. 22. o o.SSg Largeur entre les orbites mesurées au bord supérieur. . .' 12. 2 o.Sog — Id. inférieur. . .'.' 16. 3 o.4n — en arrière des orbites dans le point oii le frontal se rétrécit i4. 6 0.870 — entre le milieu dts arcades zigomatiques 16. 4 0.4i7 — entre les éminences malaires '.^ i6. 6 0.122 — delà base du crâne derrière les aph. mastoïdes. . . 19. 5 0.496 — entre les éminences jugales des os maxillaires . . . 12. 2 o.Sog — de la mâchoire au devant de la première molaire . . 5. 8 0.149 — dans le point mutilé 4. x o.io4 — entre les surfaces externes des cornes à leur base . . 12. 5 o.3i2 — id. à leur extrémité — îd. fracturée. .. i3. 6 0.347 Elévation verticale des cornes au-dessus des sourcils. .; . . 4. 2 o.i65 Sur un noupeau genre de Ruminant fossile. 359 Distance de la convexité des condyles occipitaux au milieu — de l'os frontal entre les cornes. ii'9 o.3o2 — du corps du spliénoïde au même point g. 9 0.232 — du milieu du palais entre les tioisième et quatrième molaires à la racine des os nasaux. . . - , ^ s^'î |"c 5 0.192 — de la surface postérieure de la dernière molaire à l'ex- trémité des os nasaux i3. o o.oot — de la couronne de l'avant-dernicre molaire à la âacine des os nasaux lO. 3 O.262 — de la convexité des os nasaux près leur extrémité à la voûte palatine au devant de la première molaire. 5.53 o.i4o — du milieu de l'aile de Toccipital au renflement frou" tal du vcrtex ,. . = «.98 0.228 — du bord inférieur de l'orbite à la couronne de la cin- quième molaire 7-3 0.186 — de la couronne de la première molaire jusqu'au bord du palais situé au devant. ......... 3. 6 o.c6& — de l'angle antérieur de l'orbite à l'extrémité des os nasaux 10. 2 0.269 Diamètre antéro-postérieur de l'orbite gauche. ..... 3. 3 o.o84 — vertical. 3. 7 0.068 — antéro-postérieur du grand trou occipital. ... 2. 3 o.o58 — transversal 2. 6 0.066 — longitudinal des condyles 4. 4 o. 112 — transversal 2. 4 0.060 Intervalle entre l'angle extérieur de ces condvles mesurés par dessus le trou occipital ': a • 7-4 0.118 Parmi les ossemens nombreux recueillis dans le voisinage de l'endroit où l'on a découvert cette tête , se trouve un fragment de la mâchoire inférieure d'un très grand Rimiinant, que nous ne doutons pas avoir appartenu au Sivatherium, et qui provenait probablement du même individu. C'est la portion postérieure de la mâchoire droite, cassée au bord antérieur de la troisième molaire; l'apophyse coronoïde, le condyle et la portion corres- pondante de la branche, ainsi qu'une partie de l'angle de la mâchoire, manquent également. Il ne reste que les deux trous postérieurs de la dernière molane,dont la couronne est en partie mutilée, mais laisse apercevoir Ks cioissans d'émail, et présente ainsi les caractÔK'es propres aux dents des Ruminans. Le contour de la mâchoire pris d'une scclioa verticale, représente un cl- 36o FALCOKER ET CAUTL^Y. lipse, et sa surface externe est plus convexe que l'interne. L'os s'amincit du côté interne, vers l'angle de la mâchoire, de ma- nière à former une dépression musculaire, grande et bien mar- quée, et un sillon très bien défini remonte de cette dépres- sion sur la branche de la mâchoire , vers le trou maxillaire , comme chez les Ruminans. La surface de la dent est couverte de petites rugosités et de stries, comme dans les molaires supé- rieures de la tête. Enfin, elle était formée de trois demi-cyha- dres, comme c'est ordinaire dans cette famille, et son usure considérable prouve que l'animal auquel elle appartenait, était, de même que celui dont provenait la tête , plus qu'adulte. La forme et les proportions de cette mâchoire se rapportent très exactement à celles de la partie correspondante du squelette du Buffle, comme on peut le voir dans le tableau suivant, où on la compare aussi avec le Chameau. Sivalherium, Buffle. Chameau, Hauteur de la mâchoire au niveau de la dernière mo- laire. . .; . . . . ;-. : , . 4.95 p. 2.65 2.70 Epaisseur.. . ..-...- 2.3 i.o5 i.4o Largeur de la dernière molaire. ...,.., i.35 o.64 0.76 Longueur des 2/3 postérieurs de cette dent. . . . 2.i5 o gS i.i5 On ne connaît aucun Ruminant ni récent ni fossile ayant une mâchoire aussi grande, ses dimensions étant environ le double de celles de la mâchoire d'un Buffle dont la tête était lon- gue de 19, 2 p. (0,489m-) et supérieures à celles des Rhinocéros, Nous n'hésitons par conséquent pas à rapporter ce fragment au Sivalherium piQaniewn. Nous ne savons rien de plus, touchant l'ostéologie de la tête de ce grand animal; mais d'après les faits que nous venons d'ex- poser, on peut facilement deviner quelle devait en être la dispo- sition générale. L'état de mutilation du museau et du vertex est très à regret- ter, car cola laisse dans le doute quelques points fort intéres- sans de la structure du Sivatheriura ; savoir : 1° l'existence des dents canines et incisives à la mâchoire inpérieure, et leur nom- bre s'il y t n a ; 2° le nombre et l'étendue des os qui concourent à former ix base des narines; et li" l'existence ou l'absence de Sur un noupcau genre de Ruminant fossile. 36 1 deux cornes sur le verlex, outre les deux cornes interorbitaires. Quant au premier de ces points, nous ne pouvons nous guider par l'analogie pour arrêter notre opinion, car il existe des Rumi- nans pourvus de dents incisives et canines à la mâchoire supé- rieure et d'autres qui en sont privés ; il est aussi à noter que le Sivatherium diffère beaucoup de l'un et l'autre de ces groupes. Cependant deux faits nous portent à croire que cet animal fossile n'avait pas d'incisives : i° chez tous les Ruminans ayant les mo- laires rangées en une série normale et continue, et portant des cornes sur le front, il n'y a pas d'incisives ; dans le chameau et lesespèces voisines où il existe des incisives supérieures, les mo- laires antérieures sont séparées du reste de la série par un inter- valle et sont disposées autrement. Or, le Sivatherium avait des cornes et ses molaires étaient contiguës : par conséquent il est probable qu'il manquait d'incisives comme les autres Ruminans présentant les mêmes particularités de structure. L'étendue et les rapports des os incisifs sont des points in- téressans à cause des inductions qii'on peut en tirer relativement à la conformation des parties molles voisines. Chez la plupart des Ruminans à cornes les os incisifs se con- tinuent sous la forme d'une apophyse étroite le long du bord antérieur des os maxillaires et vont se joindre à la partie latérale des os nasaux , de façon que le cadre osseux des narines est formé par deux paires d'os, les incisifs et les nasaux. Dans le Chameau les apophyses montantes des os incisifs se terminent sur les maxillaires sans atteindre aux nasaux et par conséquent les bords de l'ouverture nasale sont formés par trois paires d'os : les incisifs, les maxillaires et les nasaux. Mais on ne voit jamais ni chez lès Ruminans à cornes, ni chez les Cha- meaux et autres Ruminans sans cornes, les os du nez s'élever au-dessus du niveau du front et faire air si une saillie notable, et leurs bords inférieurs ne sont jamais libres dans une étendue considérable vers le bout de ces os ; ce sont des lames osseuses à bords presque parallèles qui s'éiendent entre les maxillaires et se joignent aux apophyses montantes des incisifs près de leur extrémité, ou bien ne s'articulent qu'avec les premiers et jamais 362 FALCOIER ET CAUTLEY. ils ne se prolongent de façon à laisser entre leur bord et ces os une échancrure ou sinus considérable. Dans notre tète fossile, la forme et les rapports des os nasaux sont très différens; au lieu de se porter en avant sur le même niveau que le front, ils s'élèvent en formant avec cette partie un angle arrondi d'environ i5o°, saillie dont on n'a pas d'exemple chez les Ruminans et qui est même plus considérable que celle existante chez le Rhinocéros , le Tapir et le Paleotherium , les seuls mammifères herbivores dont la structure présente cette particularité. Au lieu d'être des lames étroites à bords parallèles, ces os sont larges et voûtés à leur base, et se rétrécissent rapi- dement en une pointe recourbée en bas et recouvrant les na- rines. Dans une étendue considérable de leur longueur ils ne sont pas articulés aux os voisins, mais restent libres et éloignés des maxillaires, de manière à laisser entre leur bord et les maxil- laires im vide considérable. Malheureusement nous ne savons pas exactement l'étendue dans laquelle les os nasaux étaient ainsi libres, l'os maxillaire étant mutilé des deux côtés et ses connexions avec les incisifs détruits, mais comme les os nasaux avancent au-delà du bord fracturé de la mâchoire, et que leur bord est bien de forme symétrique et également arquée de cha- que côté de la tête, nous ne pouvons douter que ces os n'aient été libres dans une longueur considérable et ne s'articulaient pas aux incisifs. Pour déterminer la disposition des parties molles voisines il faut chercher des analogies chez les Ruminans et les Pachy- dermes. La grande saillie formée par les os nasaux dans leSivatheriuni n'a pas d'exemple chez les Ruminans, et la connexion de ces os avec les incisifs ou la disposition contraire ne corres[;ond avec aucune particularité importante dans l'organisation de cette fa- mille. Dans la tribu Rovine on trouve le Bœuf et le Buffle ayant les os nasaux et incisifs réunis, tandis que dans le Yack(i) et l'Aurochs ils sont séparés. Dans le Chameau, ils sont égaie- («) Cuvier : Ossemens fossiles , t, iv, p. i3i. Sur un nouveau genre de Piuminant fossile. 363 ment séparés et chez cet animal la lèvre supérieure est plus mo- bile que chez aucim autre Ruminant. Dans l'ordre des Pachydermes on trouve les mêmes varia- tions, mais ces différences sont accompagnées de modifications correspondantes, très importantes dans la conformation des par- ties molles; c'est par conséquent dans ce groupe que nous de- vons chercher la solution de la question dont nous nous oc- cupons. Chez l'Éléphant et le Mastodonte, le Tapir, le Rhinocéros, et le Paloetherium trois paires d'os concourent à former les narines; savoir : les nasaux , les maxillaires et les incisifs (i); et chez ces animaux, la lèvre supérieure est très développée. En effet elle est préhensile chez le Rhinocéros ; 'chez l'Eléphant et le Tapir , elle se prolonge en une trompe, et l'étendue qu'elle acquiert corres- pond à des différences proportionnelles dans la position et la forme des os nasaux. Dans le Rhinocéros , ces os sont longs et épais ; ils s'étendent jusqu'à l'extrémité du museau et ont beau- coup de force pour soutenir les cornes de l'animal ; enfin la lè- vre elle-même est large, épaisse et très mobile mais peu allon- gée. Dans l'Eléphant ils sont très courts ; les os incisifs pren- nent un développement énorme pour l'insertion des défen- ses, et la trompe a ime grande longueur. Dans le Tapir ils sont courts, libres, excepté à leur base et saillans au dessus des maxillaires; mode de conformation qui est accompagné de l'existence d'une trompe bien formée. Chez les autres Pachy- dermes deux paires d'os seulement (les incisifs et les nasaux) en- trent dans la composition du cadre nasal; les os incisifs s'élè- vent de manière à joindre les nasaux, et ceux-ci au lieu d'être courts, saillans et séparés des maxillaires par une grande échan- crure, sont longs; en s'avançant ils restent unis aux maxillaires et ils ressemblent plus ou moins exactement à ceux des Rumi- nans. Dans ce groupe, nous trouvons le cheval, dont la lèvre supérieure est douée de beaucoup de mobilité, et chez cet ani- mal la portion inférieure des os nasaux est en même temps libre (i) Cuvicr : Osscmcns fossiles, t. ni, p. 39; 364 FALCONER ET CAUTLEY. dans une étendue considérable ; tandis que dans les autres gen- res, la lèvre ne ressemble en rien à un organe de préhension. Le Sivatherium présente le même mode deconlormation que chez les Pachydermes à trompe, et c'est au Tapir qu'il ressemble le plus. Il en diffère surtout par la saillie plus considérable des os nasaux sur le chanfrein, par la grandeiu' de ces os et par les di- mensions moindres de la grande échancrure naso-maxillaire. Mais comme il y a similitude dans tous les points les plus im- portans entre ces deux animaux , nous ne pouvons douter que le Sivatherium n'ait été pourvu d'une trompe comme le Tapir. D'autres analogies , quoique moins directes viennent corro- borer cette opinion : 1° La grandeur du trou sous-orbitaire. Dans notre fossile, les dimensions exactes de cette ouverture n'ont pu être détermi- nées, parce que ses bords avaient été mutilés en détachant la gangue pierreuse, mais son diamètre vertical paraît être d'envi- ron 1, 1 p. ou un peu moins. Or, un trou ayant de pareilles dimensions semble indiquer le passage d'un nerf volumineux et, partant, un grand développement de la lèvre. 2° La table externe des os du crâne est très éloignée de la ta- ble interne et en est séparée par des lames verticales du diploé qui forment de grandes cellules comme chez l'Éléphant ; l'os occipital s'étend aussi latéralement pour former des ailes pour- vues d'une cavité considérable comme chez cet animal. Or, l'une et l'autre de ces particularités d'organisation sont des disposi- tions appropriées pour fournir à l'insertion des muscles une surface très large, et font supposer un cou épais, charnu et peu mobile, conformation qui à son tour tend à prouver la nécessité d'une trompe. 3° La grandeur considérable des condyles de l'occipital qui sont plus volumineux que chez l'Éléphant, non-seulement pro- portionnellement aux dimensions de la tête, mais luéme d'une manière absolue. L'atlas et les autres vertèbres cervicaux ont dû être proportionnellement développés pour recevoir et sou- tenir ces condyles, et ont dû être entourés d'une masse muscu- laire considérable; circonstances qui l'une et l'autre doivent tendre à diminer beaucoup l'étendue des mouvemens de la tête A Sur un nouveau genre de Ruminant fossile. 365 et du cou. Or, pour approprier l'animal à son régime herbivore, il a dû être pourvu d'un instinct spécial pour atteindre sa nour- riture, ou bien avoir des vertèbres cervicales allongées propor- tionnellement à leur diamètre, de manière à donner de la liberté aux mouvemens du cou. Dans ce dernier cas, le cou aurait été d'une grande longueur, et pour le soutenir, ainsi que la masse musculaire y appartenant, il aurait fallu un développement im- mense des apophyses épineuses des vertèbres dorsales et de tout le membre antérieur, d'où aurait résulté une conformation gé- nérale du corps des plus lourdes. Il est par conséquent plus pro- bable que les vertèbres étaient comprimées comme chez l'Elé- phant et le cou court et épais; circonstances que nous avons déjà cru être favorables à notre opinion relative à l'existence d'une trompe. 4** Enfin , la face est plus courte, plus large et plus massive que chez aucun Ruminant ; elle ressemble un peu à celle de l'Eléphant et convient pour l'attache d'une trompe. Passons maintenant à ce qui se rapporte aux cornes. On ne peut douter que les deux apophyses épaisses, courtes et coniques situées entre les orbites n'aient été l'axe osseux de cor- nes semblables à celles des Antilopes et des Bœufs. Elles sont lisses et se confondent par leur base avec le reste du front sans présenter aucune trace de bourrelet. Les étuis cor- nés dont elles étaient enveloppées ont dû être droits, épais et peu allongés. Aucun Ruminant bicorne ne porte des cornes placées ainsi directement entre et au dessus des orbites, mais toujours plus ou moins en arrière. Le seul Ruminant ayant des cornes ainsi placées est l'Antilope de l'ilindoustan ( Tetracerus , antilope quadricornis ou Chicara des auteurs), qui, sous ce rap- port, diffère seulemeïit du Sivatherium par la position de ses cor- nes antérieures un peu plus avancées au devant des orbites. Cette ressemblance nous conduit naturellement à nous deman- der si le Sivatherium avait aussi sur le sommet de la tête deux autres cornes? Le crâne de notre fossile est mutilé tout en tra- vers du vertex, de manière qu'on ne peut s'assurer directement du fait, mais les considérations suivantes en rendent la présomp- tion au moins probable. 366 FALCONER ET CAUTLET. 1° x\insi que nous l'avons déjà dit, les cornes sont toujours placés plus ou moins en arrière des orbites chez les Ruminans bicornes; 2° Dans les espèces à quatre cornes connues, la paire de cornes normales est située sur le front et la paire supplémen- taire entre les orbites; 3° Dans la tribu bovine des Ruminans, l'os frontal est res- serré entre les orl)ites et au-dessus de ce rétrécissement, il s'é- largit de manière à former deux éminences qui sont situées aux angles latéraux du vertex, et qui se continuent avec l'axe osseux des cornes. Celte conformation n'existe pas chez les Ruminans sans cornes ou qui ont des cornes rapprochées des sourcils; or chez le Sivatherium elle se voit. • Quoi qu'il en soit, l'existence des cornes inter-orbitaires est nn fait fort remarquable dans la conformation de notre fossile; et si elles étaient seules, on voit, d'après leur position, que la structure de la tête serait peut-être encore plus singuhère que si une seconde paire de ces appendices surmontait le vertex. Pour juger de la longueur de la portion du museau qui manque dans notre fossile, €t pour déterminer la longueur totale de la tête, il faut aussi avoir recours à l'analogie. Chez la plupart des Ruminans à molaires contiguës, l'inter- valle compris entre la première molaire et le bord antérieur des os incisifs est presque égal à l'espace occupé par les mo- laires; tantôt c'est un peu plus, mais ordinairement un peu moins. Chez les autres Ruminans, tels que le Chameau, où les molaires antérieures ne sont pas disposées comme les autres, et en sont éloignées pour se placer au milieu îàe l'espace vide compris entre les molaires et les incisives, ce rapport n'existe plus; la distance comprise entre la première molaire '^t le bord antérieur des os incisifs était moindre que l'espace oc- cupé par les molaires. Chez le Sivatherium, les molaires jl sont en série continue; et si nous évaluons la longueur du 1 museau d'après cette analogie , nous aurons près de deux pouces pour l'espace entre la première molaire et l'extrémité M des os incisifs; ce qui donnera 2 8,85 pour la longueur totale de la tête, depuis le bord du grand trou occipital jusqu'à l'ex- Sur un nouveau genre de Ruminant fossile. 867 ^ trémité de la mâchoire supérieure. Cette évaluation pourra peut-être sembler un peu exagérée, mais nous sommes per- suadés qu'elle ne s'éloigne pas beaucoup de la vérité , car, pour un Ruminant, le museau serait encore court comparativement à la largeur de !a face. Il nous reste encore à nous occuper des orbites. La grandeur et la position des yeux établissent une différence remarquable entre les Pachydermes et les Ruminans; chez ces derniers, l'œil est grand et saillant, chez les premiers, il est plus petit et plus enfoncé, et il résulte une différence notable dans l'expression de la figure. Chez le Sivathérium, l'orbite est beaucoup plus petit proportionnellement à l'ensemble de la tête que chez les Ruminans actuellement existans. Cette cavité est aussi placée plus en avant dans la face et plus bas sous le niveau du sourcd; son bord n'est pas élevé et saillant comme chez les Ruminans, et sa direction est oblique, l'intervalle entre les bords orbitaires supérieurs étant de 12,2 p., et celui entre les bords inférieurs de 16,2 p. Le diamètre longitudinal dépasse le diamètre vertical dans le rapport d'environ 5 à 4» et 'le grand axe est presque dans la ligne du sinus naso-maxillaire à la portion postérieure de l'arcade zygomatique. D après cette conformation, nous pen- sons que Ipeil devait être plus petit et moins proéminent que dans les Ruminans actuels, et que l'expression de la face devait être plus lourde et plus désagréable , mais moins cependant que chez les Pachydermes, le Cheval excepté. Il est aussi à présumer que l'axe visuel était dirigé en avant aussi bien que latéralement, et qu'il était interrompu en arrière. Nous terminerons ici les considérations que nous nous étions proposé de |>résenter touchant la tête de notre fossile. Quant aux autres parties du corps, nous ne possédons encore rien qui puisse être rapporté avec certitude au Sivathérium (1). Parmi un (l) Pendant que ce mcmoiie éiait sous presse à Calcutia, M. Cautlcy a été informé de la dcrotivcrte de presque tous les os de l'un des membres d'un animal qui parait être le même que celui nommé ici SiTatiicrium. Nous possédons une Ncrtèhre cervicale de Humiliant qui a dû appartenir à on animal aussi grand «pu- le Sivatlicrinm, mais (|ue nous soriiincs porté à considérer , poiu' plu~irMis rai- sons, provriiii- de (picl(|uc aulie cspiice de Kuuiinanl (;ii;untes(pie dont l'exislrnce nous i!St à- {leu-pri's déinonli'éf. M. le liciiliiiant J'.alur nous a donné aussi des preuves de l'cxisleuec de i'iiliin et d'une iipéce de Chameau dans ces terraiui». 68 FAÏ.CONER ET CAUTLEY. grand nombre d'ossemens de chevaux découverts dans le même voisinage que la tête dont nous venons de donner la description, il s'est trouvé trois morceaux très bien conservés de la portion inférieure des extrémités d'un grand Ruminant, qui apparte- naient à trois jambes d'un même animal, et qui, par leur volume, ne pouvaient être rapportés à aucun des Ruminans de notre collection, si ce n'est au Sivatherium gigcaiteum ; nous nous abstenons cependant de les décrire ici, car ils nous semblent petits comparativement à notre tête fossile, et nous avons lieu de croire qu'il existe des débris d'autres grands Ruminans dans les mêmes terrains. La forme des vertèbres et surtout des os du carpe et du tarse, est un point d'un grand intérêt qui reste encore à constater; car nous pouvons nous attendre à trouver chez un animal aussi volumineux, le type ordinaire modifié. En raison de sa masse et de l'armature de sa tête, il est probable que peu d'animaux pouvaient résister au Sivatherium, et nous devons nous attendre à trouver ses membres conformés d'une manière favorable à la solidité plutôt qu'à la célérité. Du reste, nous ne doutons pas que, dans la riche moisson de fossiles que nous espérons recueillir encore dans la vallée duMarkenda, il ne se trouve quelques échan- tillons , propres à combler les lacunes nombreuses qui existent encore dans nos connaissances sur l'ostéologie du Sivatherium. La structure des dents a fait naître une conjecture, touchant les habitudes de cet animal. Nous avons vu ci-dessus, que la lame centrale démail , décrit une courbe flexueuse , ressemblant un peu à ce qui se voit chez l'Élasmotherium, disposition qui est évidemment destinée à augmenter le pouvoir triturant de ces dents. On en peut conclure, que la nourriture du Sivatherium était moins herbacée que celle des Ruminans à cornes, actuelle- ment existans, et se composait de feuilles et de jeunes bran- ches; ou bien, que les alimens étaient, comme chez le Cheval, plus complètement mâchés , l'appareil digestif moins compliqué, le corps moins massif, et la nécessité de la régurgitation moins marquée que chez les Ruminans de nos jours. Les mesures suivantes, prises chez le Sivatherium, l'Eléphant et le Rhinocéros, donneront une idée exacte de la taille de notre Sur un nouveau genre de Ruminant fossile, 36q| fossile , et quoique peu nombreuses, elles sont caractéristiques. Khinocéros Éléphant. Sivatbei'ium. de l'Inde à uue corne. Distance du trou occipital à la première molaire 23. lo i8.85 24. 9 Plusgrande largeur du crâne. ..■ . .... 26.00 522.00 i2,o5 Jd. de la face entre les os ma- laires -, 18. 5 1G.62 9'2o Plus grande hauteur du crâne 17.80 11. g ii.o5 Grand diamètre du trou occipital. . . . . . 2.55 2. 6 3. 6 Petit diamètre du trou occipital 2. 4 2. 3 i. 5 Moyenne de ces mesures i5.o6 12.38 10,22 Si l'opinion que nous nous sommes formée du Sivatherium est juste , cet animal devait être très remarquable , et devait remplir une lacune importante dans l'intervalle qui sépare les Ruminans des Pachydermes. D'après les dents et les cornes , il est évident que c'était un Ruminant, et d'un autre côté, l'ostéologie delà face, la disposition présumée de la lèvre supérieure, et la position ainsi que le volume de l'orbite, le rapprochent des Pachydermes. L'existence de quelque chose de semblable à une trompe , est une circonstance si anomale pour un Ruminant , qu'au premier abord, on pourrait douter de l'exactitude de la place assignée à notre fossile; mais sur un examen plus attentif, cette diffi- culté tombe. Dans l'ordre des Pachydermes, il y a des genres pourvus d'une trompe; d'autres qui en sont privés ; par conséquent, cet organe n'est pas essentiel au mode d'organisation de ce groupe de mammifères; mais son existence est déterminée par le volume de la tète ou les habitudes de ces êtres. Ainsi , chez l'Eléphant la nature a raccourci le cou, destiné à soutenir l'énorme tête, les longues défenses et le puissant appareil masticateur de l'animal, et a évité ainsi la perturbation qui serait résultée dans le reste du corps, par l'existence d'un long cou; mais lorsque le levier portant la tête a été diminué de longueur, d'autres moyens pour atteiîidre les alimens devenaient nécessaires à l'animal, et une trompe a été fixée au devant de sa bouche. Or, il nous suffirait de supposer un Ruminant, placé dans les mêmes conditions, V . ICoor., — Juin. u4 370 académie des Sciences, pour qu'un organe semblable lui devienne également néces- saire. D'autres conditions organiques, ont même déterminé l'existence d'un état rudimentaire de cet organe chez le Cha- meau, où la lèvre supérieure est fendue el chaque moitié, mo- bile et extensible, constitue un excellent organe du toucher. Le fossile que nous venons d'étudier a été découvert entre la rivière Marhenda et la vallée de Pinjor, dans la chaîne des montagnes du Sivalik ou Ilymalaiens inférieurs, et s'y trouve conjointement avec des os fossiles d'Éléphant, de Mastodonte, de Rhinocéros, d'Hippopotame, etc. Autant que nous pouvons en juger par nos recherches, cet animal n'était pas commun; car, comparé au Mastodonte et à l'Hippopotame ( H. Swalensis nobis , espèce nouvelle, caractérisée par l'existence de six inci- sives à chaque mâchoire), il était même très rare. EXPLICATION DK LA FLAIVCHE 1 3. Fig. I. Tête du' Sivalherium 'giganteum, vufi dé face. Fig. 2. La même, vue en dessous, Fig. 3. La même, vue de propl. Analy.'^e des travaux anatoniiqiies , phrsiologiqz/es et zuolo- {Tiques présentés à i^ Académie des Sciences pendant le mois de juin i836. Séance du 6 juin i836'. Analyse des travaux de Goethe en histoire naturelle et considérations sur le caractère de leur partie scientifique, par M. Geoffkoy-Satnt-Hilaibe. Dans ce mémoire M. Geoffroy s'applique à faire connaître quelle est la part (lui appartient à Goethe dans l'établissement de la théorie de Vanité organique. Séance du i3 juin. M. Geoffroy donne lecture de la seconde partie du mémoire sur GoclTic, com- mencé dans la séance précédente. '" \/4cadémie des Sciences. 871 Lettre sur les mœurs du Rossignol ; par M. D. Nervaux. « Je crois devoir vous comtauniquer une particulaiilc Je la vie du Rossi- gnol de laquelle j'ai (^tc témoin durant la dernière inondation. a Une partie de mon jardin a été envahie. Un de ces oiseaux avait fait son nid dans la liaic inférieure où les eaux monlaient avec impétuosité. Inquiet de savoir si elles parviendraient jusqu'au niveau de ce nid, je l'observai plusieurs fois par jour : il se trouvait à sis pas environ de k ligne formée par les eaux. Il V avait qtiatie oeai's. Un matin je n'en vis plus que deux et m'aperçus que l'cpu était à quelques lignes de la partie inférieure du nid qui était appuyé sur un fa"Ot d'épines placé pour boucheture.... Je pensai d'abord que les deux œufs qui manquaient avaient été submergés, mais peu d'instans plus tard, n'en ayant plus vn qu'un seul, j'observai avec attention, et quel fut mon étonnement en voyant les deux oiseaux rasant la terre eri volant avec rapidité en même temps qu'avec précaution et se dirigeant vers une des parties les plus élevées de mou clos, emportant avec eux le dernier œuf qui restait dans leur ancien nid , et de les retrouver tous les quatre dans nn nouveau à cent cinquante pas du premier, où depris sont éclos cinq petits. a Comment ces pauvres animaux ont-ils pn porter leurs œufs à une distance aussi grande ? est-ce arec le bec ou avec les ongles? C'est ce que je n'ai pas eu le temps de voir, mais ce qu'il y a de certain , c'est que les œufs ont été poités d'uia endroit à nn autre. 3) Structure des poumons^ par M. Bazin. M. Bazin annonce qu'il a étendu aux animaux carnassiers ses recberclies sur la terminaison des canaux aériens. Les lobules qu'on disait exister dans les pou- mons de tous les mammifères ne se sont présentés à lui dans aucun de ces ani- maux qu'il a eu occasion d'observer, et il a trouvé au contraire constamment, une disposition semblable à celle qu'il a signalée pour l'espèce humaine. 'Une préparation faite par M. Çoste lui a permis de voir dans les poumons d'un fœtua de lapin, dix-huit jours après la conception, les bronches se ramifiant en branches de plus en plus petites^ mais dont les dernières étaient toujouis ter- minéco eu cul-de-sac et sans anastomoses. Séance du 2.0 juin. Extrait d'un m.èrti.oire sur V Orâng-Outang pipant actuellement à la Ménagerie ; par M. GEorFiioY-SAiNT-IIiLAiRE, a Connu très anciennement des Malais, sous le nom iï orang-outang, ce nou- vel hôte de la Ménagerie y vint prendre position comme un sujet d'études pour les naturalistes et de profondes médilalions à l'égard des philosophes ; car ce ne fut pas tout-à-fail sa nouveauté qui a mis en émoi la cnpitalc, mais d'anciens souvenirs, que c'était un animal mi-partie homme et mi-partie singe. Sur celle Tieiilc tradition^ nous avons vu do toutes parts ailluer) vers le curieux animal » 34. 3^^ 'Académie des Sciences» tout le puLlic parisien , soit cette partie donucc par les salons aristocratiques qu'un désœuvrement incessant et un instinct de dédain poussent au mépris de ce qui n'est point grandeur à sa manière, soit ces hommes plus fermes dans leurs principes, non moins dévoués au sentiment de la dignité de notre espèce; cette foule des salons d'affaires ou qui afflue dans les ateliers. Toutefois, c'est un fait que je me suis attache à recueillir : ces visiteurs si di- vers se sont unanimement rencontrés dans une même et cette même pensée : l'animal de Sumatra n'est ni un homme ni un singe. Et le moment d'après se présentait à l'esprit cette idée accablante, comme étant le sujet d'un problème sans solution : Qu'est-ce donc ? et comment expliquer ces mouçemens et scè- nes de mœurs, ces répétitions ou apparence d'actes humains ? « La science , d'abord mal informée , a passé successivement d'une opinion à l'autre. Tulpius et Bontius avaient donné déjà des renseignemens étendus sur cette conformation tenant de l'homme, quand Linnaeus crut y apercevoir des traits non équivoques de similitude humaine. La conviction de ce grand homme en vint, à cet égard, jusqu'à l'engager à appeler l'animal décrit par Bontius et Tul- pius, à l'appeler, dis-je, dans la dixième édition du Système de la Nature, homo nocturnus, ou encore homo silvestris.Deçuis, Linnsus se réformant sur cela, fut imité par les naturalistes qui écrivirent, depuis lui , sur l'animal originaire des îles de la Sonde ; et l'on s'arrêta au parti de maintenir définitivement cette espèce ambiguë parmi les singes. « Dans notre actuelle occasion de revoir les faits et d'en juger, d'autres opi- nions, non moins diverses éclatent entre les naturalistes, ceux-ci, persistant dans leurs mêmes idées, et le public affluant dans le Muséum et y venant donner son avis. Dans ces circonstances, j'écoutai d'abord; puis, je me pris à douter. J'ai quelque temps balancé ; et si j'ai passé dans des rangs opposés, c'est que j'ai foi en la solidité des jugemens populaires, les masses, jouissant d'un sens instinctif, qui les rend perspicaces , et les crée très habiles à saisir le point synthétique des questions ; et enfin , d'autre part, pour m'engager à réexaminer la questivjn , je pouvais croire (tant d'exemples en fournissant la preuve) qu'à un fait, mal vu dans l'origine , les naturalistes avaient bien pu rattacher des observations non moins fautives, et finalement engendrant , avec de tels élémens, un préjuge au- jourd'hui assez difficile à déraciner. a Douter en pareil cas, c'était pressentir une découverte; et je m'aperçus que pour l'achever, j'aurais à remanier fondamentalement la matière. « Je disais naguère : ce Ne marcher sur les différences pour les apprécier se- « Ion la rigueur des vrais lapports naturels en toutes occasions et questions de 7 le 7, . .-.-. . id. . . . . . . (îrf.) +43,3 —32*8 leii, ,.:. . . .id.. . ... . . (id.) +43,3 —35,8 Publications nouvelles. Leçons d'anaiomie comparée de Georges CirviEE , seconde édition corrigée et augmentée. Publiée par MM.Duvernoy, Laurillard et F. Cuvier (neveu), in-8°. Paris i836. (1) « Cette seconde édition des Leçons d'anaiomie comparée est le dernier ouvrage dont M. Cuvier se spit occupé; et il y travaillait avec ardeur lorsque la mort l'a surpris. « Cependant il ne considérait cet ouvrage que comme l'esquisse d'un monument plus étendu; comme l'analogue, pour ses travaux anatomiques, de ce qu'avait été, pour ses travaux de classification, sou Tableau élémentaire des animaux ; et comme il avait fait succéder à celui-ci son grand ouvrage du Règne animal, il comptait faire succéder à celles-là ce qu'il a si souvent appelé sa Grande ana- iomie comparée. Aussi depuis plus de trente années n'avait-il cessé d'accumuler dans son cabinet et dans ses portefeuilles, les matériaux de cette immense en- treprise. Mais beaucoup de travaux préliminaires non achevés, l'époque encore éloignée où ses projets devaient se réaliser, l'impossibilité de réimprimer , telle qu'elle était, la première édition de l'Anatomie comparée, et cependant le besoin (i) Trois volumes sont déjà en vente, savoir : le tome premier, contenant les généralités t". ks organes du mouvement des animaux vertébrés; et le tome iv, divisé en deux parties, et cautenant les organes de la digestion des animaux vertébrés. Publications nouvelles. 877 de satisfaire à rerapresseinent du public pour cet ouvrage, l'avait déterminé à utiliser dès à présent, dans une seconde édition , le résultat de tant d'efforts. « Un dernier motif rendait aussi cette publication nécessaire : elle devait mettre fin à beaucoup de critiques au moins mal fondées. Il semblait, pour plu- sieurs personnes , que ce livre publié à la fin du dernier siècle, alors que son auteur n'avait que des collections incomplètes , exprimât sa seule et dernière pensée. On- lui en reprochait les inexactitudes et les lacunes^ comme si tous ses travaux depuis lors n'avaient pas eu eux-mêmes pour objet de rectifier les unes ou de combler les autres; comme si des préparations de toute espèce, expo- sées au public , n'étaient pas comme une édition corrigée de son œuvre. « Il y a plus, cl il est bon de le dire, ceux-là même qui lui ont reproché le plus vivement les imperfections de la première édition, c'est à Paris, dans les préparations de M. Cuvier, sous ses auspices, pour ainsi dire, qu'ils ont re- cueilli les élémens de leurs critiques; c'est avec ses propres armes qu'ils l'ont at- taqué. Sans doute, dans le domaine de la science, la publicité de la presse est le titre le plus sûr à la propriété, et M. Cuvier ne prétendait point disputer aux auteurs la nouveauté de leurs publications ; mais ne pouvait-il pas exiger de ceux dont il facilitait les travaux, plus de justice et d'impartialité ? « Une édition nouvelle des Leçons d'anatomie comparée était donc devenue indispensable, et il sera toujours à regretter que M. Cuvier n'eu ait pas revu toutes les parties comme il a revu la première. « Il en a assez écrit cependant, pour faire voir qu'il n'avait rien perdu de sa confiance dans la vérité de ses doctrines ^ dans la puissance des principes qui l'ont dirigé et soutenu au milieu de ses grands travaux scientifiques. a S'il a combattu et repoussé la plupart des systèmes qui se sont fait jour dans ces dernières années, sans nier toutefois l'utilité et la nouveauté des faits dont leurs auteurs les ont accompagnés , on verra qu'il s'est toujours appuyé pour cela, ou sur un nombre de faits plus grand, ou sur une appréciation plus rigoureuse des faits connus, et, par dessus tout, sur les principes d'une haute et sévère philosophie. « Enfin^ le plan général et les détails de cet ouvrage répondront d'eux-mêmes à un reproche qui a été plus récemment adressé à son auteur, et qui étonnera peut-être les personnes familiarisées avec les travaux de M. Cuvier , et qui en ont apprécié la nature et le but. On a dit, qu'il n'avait cherché dans l'étude des êtres que leurs différences, et que la science aujourd'hui, changeant de portée et s'clevanl plus haut, avait surtout égard aux ressemblances. Or, l'un des buts principaux de l'Anaiomie comparée en général, et celui de cet ouvrage en parti- culier, a toujours été de rechercher aussi loin que possible, et d'établir les ana- logies des organes au milieu des transformations que la nature leur fait subir ; et c'est précisément à cette recherche des analogies et des ressemblances que M. Cuvier a dû quelques-unes de ses plus heureuses déterminations, (i) (i) On peut même dire qu'il a poussé beaucoup plus loin que d'autres celle reclierche de» 3?^ Publications nouvelles. a Si ensuite le besoin des analogies n'a pas tellement préoccupé M. Cuvier qu'il lui ait fallu les retrouver partout, s'il s'est arrêté lorsque l'évidence lui manquait, c'est qu'il aurait cru, autrement, faire violence à la nature; et si, après avoir admis et décrit les ressemblances, il a admis et décrit les différences, il n'a fait qu'obéir à une nécessité logique à laquelle on ne peut se soustraire dans aucune science. L'Anatomie comparée, à ses yeux, ne pouvait avoir pour but l'une de ces choses plutôt que l'autre, elle les embrassait également toutes' deux ; et le spectacle de la nature ne lui a pas paru moins grand, l'œuvre de la création moins merveilleuse ou plus obscure, parce qu'il y trouvait des plans divers et des variations infinies. « Il nous reste à dire comment cette seconde édition doit être achevée. M. Du- vernoy, que M. Cuvier s'était associé pour cette seconde édition, mettra au ni- veau de la science la partie de l'ouvrage pour laquelle il avait coopéré dans la première : c'est un travail dont il s'occupe sans relâche depuis cinq années. Tou- tes les généralités du premier volume et une partie des détails sur les organes du mouvement des animaux vertébrés avaient déjà été revus par M. Cuvier lui- même ; M. Laurillard y a ajouté tous ceux qui manquaient. Enfin M. Laurillard et M. F. Cuvier neveu, se sont chargés de compléter ce qui concerne le système nerveux et les sens ; et comme il devient nécessaire de séparer les additions et corrections de ce qui appartient à la rédaction ancienne ou nouvelle de M. Cu- vier, ces additions seront comprises entre deux crnchcls [ ]. « Toutefois les matériaux de ces additions se trouveront pour la plupart, ou dans les collections et les noies de M. Cuviei-, ou dans les grands ouvrages et les méijoires qu'il a publiés depuis la première édition. Pour certaines parties oii ces ressources nous manqueront , nous aurons recours à nos propres recherches et aux travaux qui ont été publiés depuis la première édition. « Nous ferons ici une dernière remarque : c'est que si nous n'avons pas con- stamment cité , comme se trouvant dans Meckel ou d'autres, beaucoup des dé- tails que nous faisons connaître, c'est que les ouvrages de ces auteurs ont été en grande partie composés avec les préparations du cabinet de M. Cuvier, et que nous avons cru devoir les considérer comme appartenant au moins autant à celui qui a dirigé et fait ces préparations qu'à ceux qui les ont décrites. « Enfin, on ne perdra pas de vue en lisant ce livre, qu'il n'est qu'une seconde édition d'un ouvrage dont les limites sont étroites, et que ce n'est pas un réper- toire où seraient réunis tous les détails de la science ; nous n'avons dû souvent y taire entrer les faits que sous une forme un peu générale, sans pouvoir multi- plier les descriptions autant que le permettraient les richesses du cabinet d'ana- analogies ; car dans l'ADatomie comparée de Meckel, par exemple, et dans Bojanus , les mus. clés sont fréquemment décrits et nommés uniquement d'après leurs fonctions; de sorte que le p^ôme muscle ayart souvent, selon la forme des os et la nature de l'animal, des fonctions dif- férentes , cjp .,d de nom d'un animal à l'autre , et ne se trouve point ramené h un type commun. Publications nouvelles. 379 tomie, et l'infiaie variété des formes des animaux. Toutefois, nous nous appli- querons à ue rien ometlre de ce qui est susceptible d'entrer dans le cadre de l'ouvrage, et à ne négliger aucune des observations sur lesquelles sont établis les -principes fondamentaux de l'anatomie comparée; de cette science qui n'a pris rang parmi les sciences positives, que depuis la première publication de cet ouvrage. » ( Extrait de l'avertissement des éditeurs. ) EiSTOiRE naturelle des Cétacés j par M. Frédéric Cuvier. (1} Il n'est aucune branche de l'histoire naturelle des Mammifères qui, dans l'état actuel de la science soit plus difficile à traiter que celle des Cétacés, car ou ne possède sur la plupart de ces animaux que des connaissances très incomplètes , souvent entachées d'exagération et d'inexactitude, leur grande taille s''opposc à ce que les voyageurs en fournissent abondamment nos musées et l'éloignement des parages qu'ils fréquentent les rend d'ordinaire presque inaccessibles aux recherches des zoologistes. A.ussi en écrivant le livre dont nous annonçons la publication, M. Frédéric Cuvier ne s'esl-il pas proposé de donner une histoire complète des Cétacés, mais de rassembler les faits connus relatifs à ces animaux, d'en discuter la nature, de déduire les conséquences probables qu'il est permis d'en tirer, et de montrer en même temps ce qui manque à la science et ce qu'elle possède, but qu'il nous paraît avoir parfaitement atteint. (i) Un volume iji-S° civcc plaacbes, faisant partie des Suites à Bitffon publiées par Roret. TABLE DES MATIERES CONTENUS DANS CE VOLUME. Reclierches anatomiques et physiologiques sur Vorgane de l'ouïe dans les Oiseaux, par M. Bkeschet 5 Recherches sur les villositès du, chorion des Mammifères , par M. Mar- tin Saint-Ange. (Extrait.). 53 Analyse des travaux anatomiques, physiologiques et zoologiques présentes à l'Académie des Sciences pendant le mois de janvier i836". (Séance du 4 janvier). — Rapport de M. Duméril sur une monographie du genre Clytus, b^. — Rapport de M. Duméril sur une monographie des 0/ives, par M. Duclos, 56. — (Séance du ii.) — Lettre de M. de Hum- boldt sur la migration des animaux , 58. — Sur la spécialité des nerfs de l'odorat, du goût et de la vue, par M. G. Pelletan , 59. — (Séance du 18.) — Observations sur quelques espèces de singes confon- dues sous le nom diOrang-Outang , par M. de Blainville , 59. — (Séance du 25.) — Considérations sur les Singes les plus voisins de l'Homme, par M. Geoffroy Saint-Hilaire , 62. Recherches sur les communications vasculaires entre la mère et le fœ- tus , par M. Flourens. . 65 Mémoire sur le genre Sialis de Latreille , et considérations sur la classifi- cation de l'ordre des Névroptcr es , par F. J. PicTET., ^ 69 Remarques sur les nerfs stomato-gastriques ou intestinaux dans les ani- maux invertébrés , par M. le docteur Brandt ^', 81' Recherches sur les causes du mouvement du sang dans les vaisseaux ca- pillaires , par M. le docteur Poiseuille. ( Extrait. ) . . .' 111 Analyse des travaux anatomiques, physiologiques et zoologiques présentés à l'Académie des Sciences pendant le mois de février i836. — ( Séance du 1^'' février. ) — Nouveau genre de vers trouvé dans les muscles de l'homme, par M. Owen, 116. — Séance du 8 février. ) — Application de la Caméra lucida au microscope simple, par MM. Milne Edwards et Doyèrc, 116. — Recherches sur le déueloppement des Mollusques j par M. Jacquemin, 117. — Lettre sur les animaux microscopiques , par M. Peltier , 118. — Observation sur un fœtus informe, par M. Sdint-Hilairc, 119. — (Séawce du i5 février.) — Seconde lettre de M. Jacquemin sur le développement des Mollusques, 109. — Note sur le Diatoma Swartzii , par M. Laurent, 121. -r- Recherches sur le /ce- I Table des matières, 38 1 tusl par M. Flourens, 121. — (Séance du 22 février.) — Rapport de M. Flourens sur une tête d'Ours fossile ^ 121. — Mémoire sur la langue, par M. Duvernoy, 123. — (Séance du 29 février.) — Obser- vations sur la langue des Caméléons , par M. Duméril, 127. Mémoire concernant des calculs trouvés dans les canaux biliaires d'un. Cerf-volant femelle ( Lucanus capreolus ) , adressé à l'Académie des Sciences le 7 décembre 1 83 5, par M. V. AiTDouiN 129 Note additionnelle sur les canaux urino-biliaires des Insectes i34 Remarques sur les nerfs stomato-gastriques ou intestinaux dans les ani- maux invertébrés, par M. le docteur Brandt. (Suite) ! i38 Description d'empreintes de pieds dî Oiseaux dans le grès rouge du Mas- sachusets, par E. Hitchcock l54 Conspectus section um, generum, subgenernm et spccierum novorum, quae in fasciculo primo Prodromi descriptionum animalium a Mertensio in orbis terrarum circumnavigation e observatorura reperiuntur; auctore J. F. Brandt • . 180 Analyse des travaux auatomiques, physiologiques et zoologiques présentés à l'Académie des Sciences pendant le mois de mars i836. — ( Séance du i4 mars.) — Orang-Outang présenté à l'Académie par M. Geoffroy Saint-Hilaire, 18g. — Réclamations de M. Ehrenberg relatives à Vana" tomie des InfusoireSj 18g. — Sur V ajustement de Vœil aux différentes distances, par M. Maunoir de Genève, 189. — (Séance du 21 mars.) — Communication de M. Geoffroy Saint-Hilaire sur un fœtus humain vomi à Syra , igi. Publications nouvelles . . .191 Recherches sur les Organismes inférieurs , par F. Dcjardin. (Suite) . . igS Description d'empreintes de pieds ô^Oiseaux dans le grès rouge de Mas- sachusets, par E. Hitchcock. (Suite) . 206 Analyse des travaux auatomiques , physiologiques et zoologiques présentés à l'Académie des Sciences pendant les mois de mars et avril i836. — — (Séance du 28 mars.) — Lettre de M. Gay sur les Sangsues du Chili j 224. — Lettre de M. P..obert sur l'animal de la Spirulej 224. • — Lettre de M. Jacqucmin sur la respiration des Oiseaux, 223. — — (Séance du 4 avril.) — Note de M. Duvernoy sur la langue du Ca- méléon, 224. — ( Séance du 1 1 avril. ) — Lettre de M. Robert sur la Spirule , le Lamantin et la Hyène tachetée, 226. — Sur la mue des Oiseaux , par M. Jacquemin, 227. — Note sur Vembryon de Syra j par M. Geoffroy Saint-Hilaire, 228. — (Séance du 18 avril. ) — Seconde note sur le même sujet, 23o. — Lettre de M. Jacquemin sur les ca- naux aériens des Oiseaux , 23 1 . Publications nouvelles. . 1 f, 266 Mémoire surranatomic de XJlelix algira, par le docteur Vanbeweden , ^78 382 Table des matières. Observations sur l'estimation de la température des périodes tertiaires en Europe, fondée sur la considération des fossiles, par M. G. P. Deshayes. 289 Note sur les Chèvres et les Moutons sauvages de l'Hymalaya, par M. HoDGSoN 2g9 Lettre sur les cliangemens que les œufs des Poissons éprouvent avant qu'iU aient pris la forme d'embryon, par M. Ruscoxi 3oo Note additionnelle au mémoire de M. Dijvernoy, sur quelques particula- rités du système sanguin abdominal et du canal alimentaire de plu- sieurs poissons cartilagineux 3i2 Analyse des travaux anatomiques, physiologiques et zoologiques présentés à l'Académie des Sciences pendant le mois de mai i836. — (Séance du 3 mai. ) — Sur ï Orange par M. Marior. de Procès, 3i3. — Sur la Mu.icardine, par M. Bassi , 3(4, — ( Séance du 9 mai. ) — Sur les empreintes trouvées dans le grés bigarré j par M. de Blainville , 817. — Sur l'anatomie des Oiseaux^ par M. Jacquemin , 3i8. — (Séance du 16 mai. ) — Second mémoire sur le nicmc sujet, 3i8. — Lettre sur la structure des poumons, par M. Bourgery, 3 10. — (Séance du 33.)-^ Température des époques géologiques j par M. Dcsliayes, 3og. — Ob- servations sur les Fausses-Gal/eSj par M. Vallot , 319. — Lettre de M. Bégiu sur la structure des poumons^ '620. Mémoire sur la vie intrabrancbiale des jeunes Anodonles, par M. Qua- TREFAGES 321 Remarques sur les Entozoaires considérés eu général , et sur les modifica- tions d'organisation qu'ils présentent eu pariiculior; accompagnées de quelques considérations sur la place que leurs différeus genres doivent occuper dans une classification naturelle, parM.OwEN 336 Description du Slvatheritim gigantelim j nouveau genre de Ruminans fossiles de la vallée de MarkanJa , dans la branche Sivâlek des mon- tagnes inférieures de l'Himalaya, par MM. Falconer et Cautley. . . 348 Analyse des travaux anatomiques , physiologiques et zoologiques présentés à l'Académie des Sciences pendant le mois de juin i336. — (Séance du 6.) — Sur les travaux de Goethe^ par! M. Geoffroy Saint-Hilaire, 3/0. — ( Séance du i3.) — Sur les moeurs du Rossignol, par M. Nervaux, 3/1. — Sur la structure des poumons, par M. BagiujS/i. — ( Séance du 20. ) — Sur XOtang , par M. Geoffroy, 3/1. — Sur Y existence de branchies chez un insecte j par M. Guérin, 374. — "^ (Séance du 27.) — Sur VOrang,, par M. Geoffroy, 3/4. — Sur la température des animaux, par M. Back, 374. Publications nouvelles : . 376 TABLE DES MATIERES PAR NOMS D'AUTEURS. Addouin. — Sur des calculs biliaires trouvés dans un Lucane Cert- Vo- lant 129 et 134 J5ack. — Sur la tempéralure de quel- ques oiseaux Bassi. — Sur la Rluscardiue 3i4 Bazin. — Suf la sUucture des Pou- mons , 320 et 37: Blainvii.le. — Sur les espèces de Sin- ises confondus sous le nom d'Oraug- Oulang 5g — Sur les empreintes trouvées dans grès bigarré 3i, Bodchard-Cbantereau. — Sur les Mol- lusques et les Crustacés du Boulon- nais 333 BotriLLET. — Sur les Mollusques de l'Au\ergne 233 BooRGERT. — Sur la structure des Pou- mons . 3io Brandt. — Sur les nerfs stoniato-gas— triques ou intestinaux dans les ani- maux invertébrés .' 81 et i38 — Sur les genres et espèces nouvelles trouvés par le voyageur Mertens. . . igo Brïschet. — Sur l'organe de l'ouïe dans les oiseaux 5 CuviER. — Nouvelle édition du Règne animal 201 — Nouvelle édiiion de TAnatomie com- parée. . . • . • 374 CcviER (Frédéric). — Histoire des Cé- tacés 3^g Deshayes. — Sur la tempéralure des périodes tertiaires en Hurope d'après la distribution des co(|uilles fossiles. 280 Desmoulins. — Sur les Kcliinidcs. . . 233 DujARDiN. — Sur les organismes infé- rieurs iq3 Ddméril. — Piapport sur une mono- graphie du genre Clytus par MM. Lapurte et Gory 55 — Rapport sur une Monographie des Olives par M. Dnclos 56 — Sur la langue des Caméléons 12^ DcvERNOY. — Sur la structure de la langue i23 et 224 Mii.Nh T'^DWARDS et DovÈr.E. — Sur l'ap- plication du Caméra lucida au mi- croscope simple 116 — Sur les Polypes 12^ KuREwiiKRG. — Sur l'anatomie des in- fusoircs i8n Fai.cower et Cauti-ey. — Sur le Siva- thcrium f^i^'nntcitm , nouveau genre de Ruiniuaul foisile 348 Flotjrens. — Communications vascii- iaires entre la mère et le fœlus. 65 et 121 — Rapport sur une tête d'Ours fossile. 12 r Oaï. — Sur les Sangsues du Ciiili. . . 224 Geoffroy-Saint-Hilaire. — Sur les Singes les plus voisins de l'homme. . 62 — Sur un fœtus informe. . . 110 et iqi — Sur rOrang-Outang. . . 1S9, 371, 3^4 — Sur les lravau.\ de Goethe 3^0 GuÉRiN. — Sur des sacs bianchiaux chez un insecte hexapode 3^^ Goui'iL. — Sur les mollusques du dé- partement de la Sarlhe 233 Hitchcock. — Sur des empreintes de pieds d'oiseaux dans le grés rouge de Massachusets i54 et 206 HotiGsoN, — Sur les caractères des An- tilopes, des Chèvres, etc 299 HuMEOLDT. — Migration des animaux, 58 Jacqdemin. — Sur le développement des Mollusques 1 1 7 et 1 19 — Sur la mue des oiseaux 227 — Sur les canaux aériens des oiseaux. 281 — Sur l'anatomie des oiseaux 3i8 Laurent. — Sur le Dialonia Swartzii. 121 Lesson.— Sur la famille des Béroïdes. . 235 Marion de Procès. — Sur l'Orang-Ou- 'ang 3i3 Martin-Saint-Ange. — Villosités du Chorion des Mammifères 53 MAnsoiR. — Sur l'ajustement de l'œil aux différentes distances i8g Nervaux. — Sur les mœurs du Rossignol. 371 OwEN. — Sur le genre T/vt/j/wa. ... ii6 — Remarques sur la classification des Entozoaires 33g Pelletan. — Sur la spécialité des nerfs des Sens 5» Pelletier. — Sur les animaux micros- copiques jjg PiCTET. — Sur le genre Sialis de La- treille et sur la classification des Né- vroplères 5^ PorsEuiLLE, — Sur les mouvemcns du saug dans les vaisseaux capillaires. . m QuATREFAGES. — Sur le développement des Anodonles 331 Ravin. — Fanons des Balénoptères. . . 266 Robert. — Sur l'auimal de la Spirule, •^'c 22/j^ et 226 Rdscowi. — Sur le développement des anifs de poisson 300 SwAN. — Sur le système nii^veux. . . . 335 Vam.ot. — Sur les fausses Galles. . . . 319 Vaniikni.oen. — Anatomic de l'Hélix ■^IS"» 278 TABLE DES PLANCHES. Planches l et 2. Anatomie de l'oreille des Oiseaux. 3. Sialis. 4 et 5, Nerfs stomato-gastriques. 6 , 7 et 8. Empreintes de pieds d'oiseaux. 9. Infusoires. 10. Anatomie de l'Hélix algira. 11. Anatomie des fanons des Balénoptères. 12. Développement des Anodontes. i3. Sivalherium giganteum. FIN DU CINQUIEME VOLUME. /•./.• ./,'..• Sfienc nah 2 ' Série Zool. Tom- â. l'I ■ J- Fiq- 2 . Tiff. 3. \.. a \ Fiff.3 f'fl 9 Fiff./f. 'a i r^Sr^i^-^ Fui II Fil), jo aky- ./• 't'^£i::Jt- f e Fiy. li ^^■■■■ y '» rit) ■ jj J ^ Oniffr ifi/rnir t/,/,i C/ioiirll,- . / ,t'tri.i /i,ui>nt,;i .//m. //(■.-• .rrU'iir n,i(. 2' J'rrii- Zitûl. Toin. .*>. PI- .■' . Fi.,. H,/. (!■ l! - «i /',./,/ .M' (.'i-iiri' >^'itt/t'.f h .Inn . ile^r J'cJenc. nilt. 2!' JVrie . Zoo/ . 7 ont . .) . /'/. y; ^^ A'/'r/.'r , i'/<'///i//<>-i/i/.i//-/,//f/'.i Jnn. dAf Jaene. ruit 21 J'érie , ^fr> ji y ^ 1/ o r y 1 >-^>-â i;» ^ "f^^// j5 /K"//./- ,i'/,>/ini/i> - i/a,r//-/'y///;r 4 .1/t/i. tf(\i' Jr/'r//r . /ni/. 'j!'ifrr// Zooi. 7'i>nt- .'• /V. /''. I,„l../,:r.r,;i;„n,l/. 'jr .iWl,' /««/ /;) ^- "k "-^._"^-'^' --(T j,S ^K^ ^^ ■^1 ly .^ 'S J ^ ^ "5^ SN Va .^ A III) . lif.r ,l',-i,-/l,- . .' /.„„/. y ,'iri n. n.-.A'.i/ ■l'".'' Sfrie /.o»/ T .' J'I H Û- Cflt/(7/deihr Û Jlinhnii^f . k ^ M ^ ^ «- ^ Kiiiii/i'i/t/i',r i/i' iiri.y i/ i'i,iciii/.r ./////. tft'.f ,t'r/.'/fr- //#//- UfSt-rti' ^00/ . Ttf/fl • .' . /V. 7. (■./'. (V. ,r G./. t.<7. ./ II../ II.i^. 1. <7 l.fi ¥^| ." « D.rt l>.^ ..A^ K.C K./- Jr / K.é" Kr/ î j'V' A /- .\,f //////.(■////•/•./ ^tnrt . t/^^r ^i'rtf'fir . n*ri. 'Jf ff't'rtt' . Zoo/. Toni. S ■ PL. ST-^-dl #1f ' w ■'\ h ^ (y / .///i///'////(' //<' / //('//.r ///.'/. r.'ti,. ,'. /V. // :X^ " ''^^^ss^^iMwi;;i'i'mMi'^&iu^^ 'VCs^xi"^''" /Jt//t'/lll/>/f/l- li /ll'l .'/ . Jrx yl\-/''/t<'. ^W//. 'J'.' Strie /.,...l. Icrn. :, l'I. j:j :{ 4 6 S ^• l -:t '.'V / /■ l>i..^;- -;.-^ ,/' ./ /)i'n('/i>/)/ii'Hi,'n/ i/f.i hhii/i'/i/r.i . I i I 1 ^û mp'